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France et Allemagne : un couple adultère

La chronique économique de Pierre Ivorra. "Les investissements directs à l’étranger jouent un rôle stratégique dans les relations entre pays et entre zones économiques."

Comme dans une comédie de boulevard, le « couple franco-allemand » a son troisième larron. Certes, les liens entre la France et l’Allemagne sont réels. L’une et l’autre ne sont-elles pas des partenaires privilégiées ? Trop souvent, pourtant, cette présentation contribue à minorer les relations que chacun de ces deux pays entretient avec un troisième que l’on a tendance à oublier dans le placard.

Une étude de l’OCDE, l’organisme de coopération des grands pays capitalistes, datant de 2014, révèle que les États-Unis sont la première destination des investissements des capitalistes des deux côtés du Rhin. En 2012, l’encours des investissements directs s’y élevait à 241,5 milliards de dollars pour la France et à 221,7 milliards pour l’Allemagne. Or les investissements directs à l’étranger jouent un rôle stratégique dans les relations entre pays et entre zones économiques. Ce sont eux, pour une bonne part, qui tendent à réguler les flux commerciaux, financiers et monétaires internationaux.

L’Allemagne n’est que le 5e pays d’accueil des investissements français à l’étranger, derrière les États-Unis, la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. La France, quant à elle, n’est pour l’Allemagne, qu’en 5e position, derrière les Pays-Bas, la Belgique, les États-Unis et le Royaume-Uni. Cette réalité franco-allemande est aussi celle de l’Union européenne dans son ensemble. Les États-Unis sont en effet, et de loin, la première destination de ses investissements directs. Ils accueillent 13,5 % de la totalité de ses stocks d’investissements mondiaux.

C’est là certainement la raison pour laquelle les capitalistes français et allemands, leurs homologues européens et tout l’appareil administratif et politique à leur service paraissent « aimantés » par le dollar, l’« american way of business », Wall Street et la Banque fédérale. Ils font voyager leurs capitaux par-dessus l’Atlantique à la fois pour essayer de damer le pion à leurs concurrents américains et pour se soumettre au « veau d’or ». Autre réalité qui illustre ces liens adultérins : les investisseurs des États-Unis sont les actionnaires étrangers les plus importants à la fois des groupes français du CAC 40 et de son équivalent allemand, le DAX 30.

Ce ménage à trois explique pour une bonne part le côté bancal de la zone euro et de l’UE et la tendance des dirigeants européens à se soumettre aux décisions de Washington. Il souligne en même temps la nécessité pour une politique de gauche de s’émanciper à la fois de la tutelle de Berlin et de celle Washington. Certains, à gauche même, obsédés par la première, oublient la seconde.

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