Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Des propositions alternatives pour Jacquemard et le textile aubois

Les mesures envisagées par le nouveau plan social de l’entreprise Jacquemard dans l’Aube s’inscrivent délibérément dans la perspective d’une diminution des productions fabriquées en France et d’un recours accru à l’activité de négoce à partir de productions fabriquées à l’étranger.

Le chiffre d’affaires diminuera it de 0, 3% en valeur en 2003, puis à nou veau de 0,7 % en 2004. Les achats d’appr ovisionnement augmentera ient de 19% en 2003 puis à nou veau de 20 % en 2004. Au tota l, la richesse nou velle produite par l’entr eprise (valeur ajoutée) diminuera it de 16,7% entr e 2002 et 2004, le taux de valeur ajoutée (valeur ajoutée / chiffre d’affaires) perdrait 7 points .

Simultanément, le plan prévoit :

  • une augmentat ion du profit d’exploitation de l’ordre de 20% faisant passer la par t des profits dans la valeur ajoutée de 6,42 % à 23%,

  • une augmentat ion des charges financ ières (intérêts versés aux banques et aux marchés) de 80 % (de 2,04 % à 4,40 % de la valeur ajoutée)LICITÉ DANS

Lpour réaliser cela, il est prévu d’amputer la masse salariale de 6,6 millions d’soit 34 %.

Ce plan ne peut qu’aggraver :

  • les difficultés de l’entr eprise elle-même . Cette logique était déjà celle du précé dent plan de réduc tion des coûts tota lement suppor té par les salariés. Cela a débouc hé sur les difficultés actue lles,
  • les con ditions de concurr ence par la baisse des coûts salariaux dans l’industr ie régionale du textil et, au-delà, dans toute l’industr ie régionale : les concurr ents sont en effet tentés de riposter à ces choixde l’entr eprise par encor e plus de délocalisation et de réduct ion du coût salarial en France .

Cette logique ne peut que con duire à dévitaliser l’industr ie textile qui, confrontée à la concurr ence de pays à faibles coûts salariaux, devrait rechercher une issue par la montée en gamme et la divers ificat ion des productions, la format ion, la qualification et la sécur isation des salariés.

Tout laisse penser, comme le craignent les salariés eux-mêmes , que, avec un tel plan, de nou veaux licenc iements seront proposés . En effet, le seul actionna ire du groupe, Dominique Jacquemar d, refuse d'engager une divers ification de sa production vers des produits de plus haute valeur ajoutée . Ainsi la pérennité à Romilly sur Seine du groupe Jacquemar d se trouve effect ivement com promise car sa straté gie actue lle semb le réso lument tournée vers la seule activité de négoce et la délocalisation avec comme objectif unique de retr ouver ses profits au détr iment de l'emploi dans la seconde ville auboise.

Des choix différents pourraient être envisagés dans la perspective d’une logique visant à diminuer d’autres coûts que les coûts salariaux :

diminuer for tement les charges financ ières moyennant un rééche lonnement des cré dits et l’accès à de nouveaux cré dits à très bas taux d’intérêt ass is sur une garantie Sofaris. Cependant ce cré dit avanta geux devrait êtr e assor ti d’une sélectivité incitative favora ble à l’emploi et à la format ion, moyennant une bonification modu lée à par tir de fonds régionau x,des économ ies sur les achats d’appr ovisionnement en réor ientant les productions vers des fabrications à plus for te valeur ajoutée , plutôt que le recours mass if aux produits délocalisés.

Ce sera it autr ement plus efficace pour les entr eprises concernées , pour l’emploi et la qualification dans l’Aube et pour l’industr ie nationale que ce que propose Nicole Fonta ine (secréta ire d’Etat à l’Industr ie) : « davantage de réduction des charges sociales sur les bas salaires ainsi que la réforme de la taxe professionne lle ».

Bref, pour accom pagner les straté gies de délocalisation et les prédations de la grande distr ibution, il faudrait encor e plus de diminution des cotisations versées à la Sécur ité sociale et de l’impôt payé aux collectivités locales. C’est une impasse noire.

Aucun acteur ne doit fuir ses responsabilités

2) Le patronat du textile aubois

Il a contracté une gigantes que « dette sociale » vis-à-vis des salariés de ce dépar tement . Pendant des années , il a refusé de développer la qualification et les salaires faisant la chasse à toute activité qui aura ient pu con duire à une augmentat ion sens ible du taux de salaire moyen en cantonnant souvent la production sur des segments de basse ou de moyenne gamme et les aubois dans des emplois à bas coûts salariaux.

Cela a permis, des années durant , des profits faciles, mais sans modern isation socialement efficace des productions.

Aujour d’hui ce patr onat a beau jeu de mettr e en avant la concurr ence de pays à bas coûts salariaux. Mais il s’agit une fois de plus, de just ifier son refus de développer les salaires, les qualifications et la production réelle, pour des délocalisations dans ces pays où ils escom ptent cont inuer à faire du profit facile à par tir de bas coûts salariaux.

Le patr onat doit assumer la par t qui lui revient pour contr ibuer à sécur iser l’emploi, la format ion et les revenus des salariés, et assur er la modern isation des out ils de production dans la visée d’une montée en gamme et en valeur ajoutée des productions.

La grande distribution doit rendre des comptes.

Elle por te une res ponsa bilité décisive en mettant en concurr ence les productions impor tées avec la production nat ionale, développ ant elle-même ses propres mar ques et imposant des con ditions meur trières aux fabricants .

Ce caractèr e pr édateur de la grande distr ibution concerne en fait toute l’industr ie de consommat ion en France et en Europe comme l’indiquent aujour d’hui à nouveau les protestat ions des agriculteurs ou il y a peu encor e celles des salariés de Moulinex ou des industr ies du cuir et chaussur es.

Or les recettes de la grande distr ibution proviennent des achats quotidiens des salariés et de leurs familles en France . Cela por te sur des masses cons idéra bles d’argent liquide.

Cet argent aujour d’hui est largement utilisé pour des placements financ iers et pour accumu ler les profits commerciaux dans le cadre d’une mise en concurr ence ravageuse des salariés du Nord, du Sud et de l’Est.

La grande distr ibution doit assur er la par t qui lui revient pour contr ibuer à sécur iser l’emploi, la format ion et le revenu des salariés

Les banques

Des années durant elles ont pros péré sur les marges confor tab les du cré dit à l’industr ie textile.

Aujour d’hui, elles cont inuent de bénéficier des salaires, pensions et retra ites des tra vailleurs de l’Aube qui, chaque mois, alimentent gratu itement les com ptes courants banca ires et postau x.

Ces éta blissements ont une res ponsa bilité à assumer face au déclin industr iel du dépar tement , pour aider aux conso lidations ou recon vers ions nécessa ires. Dans l’immédiat les banques devraient contr ibuer à des mesur es conser vatoires permettant aux entr eprises en difficultés de trésor erie d’y faire face.

Le cré dit banca ire devrait êtr e sollicité dans la région pour avanta ger les invest issements qui programment le plus d’emplois et de mises en format ion et pénaliser les opérat ions financ ières. C’est d’un dispos itif incitatif de ce type que devraient pouvoir bénéficier les entr eprises textiles pour encoura ger leur redéveloppement sur le terr itoire vers de nou velles gammes de produits (te xtiles techniques, textiles inte lligents …).

La politique de l’Etat

On mesur e pleinement désorma is le fiasco qu’a pu représenter la politique de baisse des charges sociales patr onales. Elle a rendu encor e plus faciles les profits acquis à par tir des bas coûts salariaux, et encoura gé le refus des patr ons du textile aubois de développer la formation et la qualification, de coo pérer pour par tager les coûts de recherche et développement et ainsi modern iser leurs productions.

La droite avec Raffarin redouble dans ce sens . Il faut absolument y mettr e un terme et avancer sur une toute autr e orientat ion.

Il s’agirait de con ver tir toutes les exonérat ions de charges sociales patr onales en sub vention pour une bonificat ion sélective des taux d’intérêt pour les cré dits à moyen et long terme accor dés par les banques pour les invest issements des entr eprises : plus ces invest issements programment de l’emploi et de la format ion, et plus le cré dit banca ire sera it bonifié.

Protéger les salariés, réorienter, co-développer

Un très large rassemb lement est poss ible contr e la fuite en avant des industr iels du textile et de la grande distr ibution qui ruinent de nom breux bass ins d’emploi.

Dans l’immédiat il faut exiger la suspension de toutes les procédures de plans sociaux et de lic enciement. Ce morato ire devrait permettr e :

  • de diagnost iquer toutes les causes des difficultés et d’ident ifier clairement les res ponsa bilités de chaque acteur ,

  • de faire l’inventa ire de tous les facteurs de coûts , autr es que les coûts salariaux, qui pourra ient faire l’objet d’économ ies nou velles,

  • de constru ire avec toutes les par ties concernées une réor ientat ion des choix industr iels et des gest ions des entr eprises en jeu.

Pour construire cette réorientation on peut exiger :

  • que soit inst itué un Fonds de protect ion et de promotion des salariés alimenté à par tir de contr ibutions spéc ifiques de la grande distr ibution, des banques, des actionnaires des entr eprises en cause , de l’Etat et de la Région,

  • ce Fonds doit permettr e, dans tous les cas , le maintien dans l’emploi à taux de salaire plein des salariés ou la mise en format ion avec un revenu de remplacement à un taux plein jus qu’à l’accès à un nou vel emploi choisi par les salariés,

  • que soit mit en place une tab le ronde à vocat ion décisionne lle par le préfet, réun issant toutes les par ties concernées , avec les représentants du secteur banca ire et de la grande distr ibution ainsi que les assoc iations de chômeurs . Cette instance aura it vocat ion à décider de l’effor t de réindustr ialisation ou de con vers ion d’activité des bass ins d’emplois touchés par les délocalisations et le déclin du textile en programmant les emplois et formations nécessa ires,

  • que la Région prenne toutes dispos itions utiles pour réor ienter sa propre politique d’aide au développement économ ique afin de stimuler un plan de sécur isation de l’emploi et de la format ion.

C'est parce qu’il existe des propositions alternat ives qui assur ent la promot ion et la protect ion des salariés que ceux-ci deman dent le gel de la procé dure de licenc iements et de la délocalisation au niveau actue l afin de se donner du temps pour mettr e en œuvre des propositions.

Cet effor t doit s’inscr ire dans des revendications plus vastes concernant la façon dont la France et l’Europe se préparent à l’ouver tur e à cer tains pays de l’Est à par tir de 2004 et à la fin des accor ds multifibres en 2005.

Ces deux échéances const ituer ont des chocs très impor tants sur l’industr ie frança ise et eur opéenne de grande consommat ion, notamment le textile et l’habillement .

Il ne s’agit en aucun cas de refuser ces échéances qui sont dans l’ordre des choses (l’Europe ne peut fonct ionner comme une bast ille fermée aux peuples de l’Est et du Sud). Mais il faut pour cela prendre des dispos itions urgentes au lieu de laisser faire, laisser aller et permettr e aux spécu lateurs de jouer sur le déses poir des salariés.

L’Europe doit décréter « l’état de crise manifeste » de l’industr ie textile afin de la réorganiser com plètement en stimulant les coo pérat ions nécessa ires, pour former les hommes et modern iser l’app areil de production, afin de rechercher de nou velles spéc ialisations à haute valeur ajouté , non directement en com pétition avec les productions dé localisables.

La France devrait prendre sans atten dre une initiative en ce sens .