Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Hewlett Packard : sécuriser les prélèvements financiers ou sécuriser l’emploi et l’avenir du territoire ?

Il est indiscutable qu’il y a une détérioration de la conjoncture. Mais elle frappe toutes les entreprises du secteur informatique dans le monde entier. H.P. France ne présente pas de particularité en ce domaine. Si H.P. France subit une stagnation de son chiffre d’affaires, la pression sur le résultat n’est pas due aux frais de personne l.

La par t des frais de personne l dans le tota l des charges (hors achat des marchandises ) était de plus de 43% en 2000 et de l’ordre de 40% en 2001 (les frais de personne l ont reculé de 5% hors participation l’an dernier).

En réalité, dans la structur e des coûts de H.P. France les frais de personne l n’entr ent que pour une par t minime relativement aux matières consommées (con sommat ions intermé diaires) qui acca parent près de 79% du chiffre d’affaires en 2001 contr e 68,5% en 1998.

C’est d’ailleurs parce que ce poste a cru de plus de 27% entr e 1999 et 2001 que la valeur ajoutée produite par l’entr eprise chute de plus de 17% alors que le chiffre d’affaires a crû lui de plus de 17%.

S’il y a des économ ies à faire c’est dans ce poste plutôt que dans l’emploi et les salaires !

Alors que le chiffre d’affaires de H.P. France a stagné en 2001 (1), après une for te croissance en 2000, celui de H.P monde a reculé (en net) de 7%, à cause de la mau vaise conjonctur e amér icaine.

Cela a entra îné une chute de 65% du bénéfice d’exploitation consolidé du groupe (1 439 millions de $). C’est ce qui a fait déclarer à Carly Fiorina que 2001 « a été l’une des années les plus dures de l’histoire » (2).

Mais cela n’a pas empêché le maintien par le groupe d’un dividende versé aux actionna ires de 0,32 $ par action (identique à celui de 2000).

A la clef, un prélèvement global de 620 millions de $ sur le résu ltat conso lidé du groupe (3).

Carly Fiorina : « c’est le meilleur moyen de créer de la valeur pour nos actionnaires »

Autr ement dit, pour mainten ir à très haut niveau les dividendes versés par le groupe à par tir des Etats -Unis, alors que la conjonctur e devient plus difficile, on cou pe dans la masse salariale selon les canons du modè le anglosaxon… jus qu’en France et en Europe.

En fait c’est pour cette raison et pour absorber les coûts et les risques cons idéra bles entra înés par la fusion avec Compaq que la direction du groupe, dans une conjonctur e mor ose, cherche à diminuer au maximum et avant tout le coût salarial de l’emploi, en France notam ment .

Elle met ainsi en danger l’avenir même des unités françaises du groupe, allant jus qu’à la dévitaliser au profit des USA :

  • fermetur e d’Annec y ;

  • rapatr iement à Houston (Texas) du développement des PC.

Elle por te atte inte, ce faisant , à l’inté grité des bass ins d’emploi de Greno ble et d’Annec y, mais auss i à celle du site frança is et eur opéen de production et de recherche.

Pour tant H.P. n’a-t-elle pas accumu lé une « dette sociale et terr itor iale » en France et dans la région Rhône Alpes (fonds publics cons idéra bles, écréma ge de ressour ces humaines par l’accès à un pôle univers itaire d’excellence , utilisation d’infrastructur es et de ser vices publics de grande qualité, main d’œuvre de haute qualification et de grand savoir-faire).

Les salariés ne doivent pas faire les frais de la fusion Compaq

En fait, la restructurat ion projetée au détr iment des sites frança is (et eur opéens ?) de H.P. semb le viser un objectif centra l : sécur iser les rendements pour les actionnaires malgré une fusion avec Compaq d’autant plus lour de à digérer et aux résu ltats d’autant plus aléato ires à long terme que l’environnement et la conjonctur e s’avèrent beaucou p plus difficiles que ce qu’escom ptait le mana gement (chute de la croissance mond iale, guerr e des prix et freinage de la deman de sur les PC, effets de change avec le recul du dollar/eur o…)

  • doit avoir un comportement responsable pour l’emploi, la formation, la croissance réelle en France et en Europe

  • La fusion H.P./Compaq présente ainsi de très gros aléas . Un scénar io asse z probable peut laisser envisager de nou velles restructurat ions et de nou veaux licenc iements et trans fer ts d’activité au-delà de ce premier plan, avec un risque de dévitalisat ion de ce côté -ci de l’Atlant ique et à Greno ble singulièrement .

  • Cette fusion s’inscr it dans une guerr e économ ique dont l’Europe et la France risquent de faire les frais. Il s’agit, en effet, pour ces deux groupes amér icains de partager les énormes coûts de recherche-développement dont la croissance est exponent ielle dans ce secteur (4), non pas pour co-développ er toutes les ca pacités humaines dans les pays où ils sont présents , mais pour accr oître les profits financ iers des actionna ires et tailler des croupières aux concurr ents (DELL, IBM, NEC…). Ceux-ci bien sûr vont riposter.

L’Etat frança is, l’Union eur opéenne vont-ils laisser faire, alors qu’il faudrait organiser tout autr ement les coo pérations pour par tager les coûts afin qu’elles profitent à l’emploi, à la format ion, aux salaires, au développement des recherches ?

Il est inadmissible que, pour absorber les coûts , pour tenter de conten ir les risques de cette opérat ion financière et sécur iser la croissance des rendements offer ts aux actionna ires à par tir des Etats -Unis, H.P. se permette de tailler ainsi dans les effect ifs et de dévitaliser des sites de production et de recherche en France et en Europe.

Après avoir enca issé des fonds publics impor tants et profité pleinement de la recherche et des qualifications frança ises , ce groupe amér icain va alour dir le chômage et la précar ité en France . C’est un com por tement irres ponsable qui est contra dictoire avec le modè le social eur opéen et même avec les valeurs que le mana gement de H.P. préten d défendre : « Aujourd’hui, Hewlett-Packard opère dans le monde entier, auprès de nombreuses et différentes populations. Nous insistons auprès de nos employés sur le fait que chacune de ces populations doit bénéficier directement de notre présence » (extrait du livre de David Packard « The H.P. way » page 166).

Il est légitime de refuser les licenc iements et d’exiger de

  • qu’elle se com por te, comme elle le préten d, en entr eprise res ponsa ble. Des solutions alternat ives aura ient nécess ité la suspension (mo rato ire) de toute l’opérat ion et, par ticulièrement , des suppr ess ions d’emplois et trans fer ts d’activité, cette suspens ion devant ser vir :

  • à faire la transpar ence sur la natur e des difficultés que le management préten d tra iter en procé dant ainsi ;

  • à engager une étu de sérieuse d’impact social et terr itor ial de ses décisions en France et, notamment , à Greno ble et Annec y ;

  •  à examiner si d’autr es solutions, socialement efficaces du point de vue des salariés et de la collectivité, ne sont pas envisageables, notamment voir dans quelle mesur e d’autr es coûts que les coûts salariaux peuvent êtr e diminués (notamment dans les consommat ions inter médiaires).

De même l’examen des con ditions pour recour ir à un cré dit banca ire sélectif à taux abaissé, en contr epar tie d’engagements chiffrés et contrô lables en matière d’emploi et de format ion pour conso lider l’act ivité de H.P. France aura ient été une piste à appr ofondir.

Quant à la saisine de la comm ission nationale de contrô le des fonds publics versés aux entr eprises pour éta blir l’efficacité de leur utilisation pour l’emploi et la format ion qu’en a faite H. P., qui a été engagée par les élus greno blois avant l’abrogation en catimini pendant la trê ve des confiseurs , elle doit êtr e menée à son terme .

La transpar ence doit êtr e faite sur l’argent public versé à H.P. et, pour l’obliger à négocier, la menace doit êtr e faite d’un remboursement éventue l de ces fonds.

Enfin, le Préfet, comme le lui autor ise l’ar ticle 118 de la loi de modern isation sociale (qui n’a pas été , lui, suspendu par M. Raffarin) doit réun ir sans tar der l’employeur, les représentants des organisations syndicales de H.P., les représentants des organismes consu laires ainsi que les élus intér essés . Cette réun ion, à laquelle nous proposons que les représentants du monde bancaire et du monde assoc iatif (assoc iations de chômeurs) se joignent , devrait « porter sur les moyens que l’entreprise (H.P.) peut mobiliser pour contribuer à la création d’activités, aux actions de formation professionne lle et au développe ment des emplois dans le bassin d’emploi » (art 118 non suspendu ).

Les salariés de H.P. comme de Compaq en France doivent bénéficier, dans l’immédiat, de mesures de protection

Pas de licenc iement sans étu de d’autr es solutions. Et si, après étu des contra dictoires, des suppr ess ions d’emplois s’avèrent cependant incontourna bles, le maintien dans l’emploi – avec le salaire et les droits assoc iés – ou l’accès à une format ion choisie – avec rémunérat ion maintenue – doit êtr e assuré à chacun-e jus qu’à l’obtention d’un nouvel emploi choisi (5).

La sécur ité de l’emploi ou de la format ion est indispensable avec les nou velles techno logies et pour mainten ir et développer le potent iel des bass ins d’emploi concernés comme ceux d’Annec y ou de Greno ble.

La responsabilité de l’Union européenne est engagée. La comm ission de Bruxelles a autor isé la fusion H.P.Compaq. Or, dans le même temps , elle parle de « res ponsab ilité sociale des entr eprises » et de faire de l’Union l’espace le plus performant au monde dans le domaine de l’économ ie de la conna issance et de l’informat ion.

L’Union eur opéenne ne peut laisser faire H.P. Nous deman dons que des dispos itions soient prises pour que les grands groupes ne trans forment pas l’Europe en champ de guerr e économ ique dans les techno logies informationne lles. Nous exigeons que cessent les délocalisations et trans fer ts d’activité entra înant une per te effect ive de potent iel et/où un pillage du savoir-faire.

Les coo pérat ions doivent êtr e organisées en Europe, dans ce secteur straté gique pour son avenir, afin de développer l’emploi, la format ion, la recherche avec des partages de coûts et de résu ltats . La BCE et la BEI pourra ient en ce domaine jouer un rôle nou veau impor tant pour initier un nou veau cré dit banca ire sélectif à taux très abaissé comme instrument financ ier eur opéen de ces programmes de coo pérat ion.

Nous deman dons aux élus eur opéens de se positionner face à cette exigence .

  1. Le chiffre d’affaires H.P.F. en 2001 a été de 6133 MF, comme en 2000 exactement. Il avait été de 5206 MF en 1999 et 4705 MF en 1998.
  2. En présentation du rapport d’exercices 2001 du groupe H.P, Carly Fiorina a précisé cependant : « Nous avons été l’un des rares constructeurs informatiques à enregistrer à la fois un bénéfice comptable et un bénéfice pro-forma, trimestre après trimestre. C’est une excellente performance… ».Elle ajoute que « dans le but de remédier à la baisse de notre chiffre d’affaires au moment du ralentissement de l’économie » les employésH.P. ont « dans un élan admirable, renoncé à des voyages et à des loisirs, en acceptant des réductions de salaires sur la base du volontariat afin de réduire la masse salariale »… Mais pas touche aux dividendes !
  3. Il faudrait ajouter à ce prélèvement celui des charges financières. On peut penser, malgré un net positif du à des taux d’intérêt maintenus bas et à des produits financiers demeurant élevés sans doute, qu’elles sont considérables puisque l’endettement à long terme du groupe est passé de 3,4 milliards de $ en 2000 à 3,73 milliards de $ en 2001.
  4. H.P. a dépensé en 2001 pour 2,7 milliards de $ pour la recherchedéveloppement après 2,6 milliards de $ en 2000 et 2,4 milliards de $ en 1999 (source : rapport H.P. 2001)
  5. L’article 108 de la loi de modernisation sociale (non suspendu) stipule que « le licenciement pour motif économique d’un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d’adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l’intéressé sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu’il occupe ou sur un emploi équivalent, ou, à défaut – et sous réserve de l’accord express du salarié, sur un emploi d’une catégorie inférieure ne peut être réalisé dans le cadre de l’entreprise ou, le cas échéant, dans les entreprises du groupe auquel l’entreprise appartient. Les offres de reclassement proposé au salarié doivent être écrites et précises ».

éd itori a l