Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Inventer ensemble un autre monde

EDITORIAL

Au moment des journau x, des exper ts proc hes des milieux financ iers ne cessent de distiller l'idée que nous sommes désorma is entrés dans un cycle de croissance , nous ne pouvons nous em pêc her de poser la seule quest ion qui vaille : à qui profite-t-elle ? Cer tainement pas à ceu x dont on refuse d'augmenter les rémunérat ions ni à ceu x qui sub issent les réduct ions d'em plois, à Alstom , Dunlop ou Unilever, ni aux habitants des quar tiers populaires. Et plusieurs rappor ts internat ionau x, de la Ban que mondiale, du sommet social de l'ONU, de la CNUCED, du programme pour le développ ement des Nations Unies, sont autant d'actes d'accusat ion contr e la mond ialisat ion ca pitaliste. S'app uyant sur la liber tota le de circulation des ca pitau x et des mar chan dises, cette mond ialisation fait chaque jour un peu plus la démonstrat ion qu'elle est l'exact contra ire de la liber et de l'émanc ipation humaine. Elle s'opp ose aux droits fon damentau x de la personne humaine dans l'accès à l'em ploi, la format ion, à la santé , au savoir.

 

la mondialisation capitaliste (...). s’oppose aux droits  fon damentaux de la personne humaine [et] ne cesse d’élargir les plaies béantes de la fracture sociale mondiale”

En s'opp osant à un développ ement harmon ieux et dura ble, elle mépr ise les droits des générat ions futur es. Les chiffres sont auss i acca blants qu'insu pp or tab les. Les ca pitau x circulent à la vitesse de 1 500 milliards de dollars par jour – 10 500 milliards de francs quan d un enfant meur t toutes les trois secondes . Les deux cents personnes les plus riches du monde ont vu la valeur de leur patr imoine passer de 440 milliards de dollars en 1995 à plus de 1 050 milliards de dollars , alors que trois milliards de femmes et d'hommes vivent avec moins de deux dollars par jour. Décidément , ce système ne cesse d'élargir les plaies béantes de la fractur e sociale mondiale.

Et de bons es prits, au cœur auss i froid que les coffre-for t qu'ils possè dent en ban que, se sont émus des sommes qu'il fau dr ait dépenser pour faire face aux beso ins de base nécessa ires à la lutte contr e le SIDA en Afrique. Mais ils ou blient de nous dire que cette somme trois milliards de dollars ne repr ésente que le cinquième du rem boursement de la dette de ce cont inent , qui s'allonge au fur et à mesur e des promesses d'effacement non tenues par les grandes puissances .

Ces quelques données valent con damnat ion sans app el du ca pitalisme, dont la seule obs ess ion est la rec herche du profit le plus élevé, dans un conte xte les beso ins de dépenses pour les révolutions informat ionne lles et bio-techno logiques mais auss i les beso ins en format ion, sont énormes . Au lieu d'en par tager les coûts par un nouveau type de coo pérat ion, ce système att ise une concur rence ac harnée au détr iment de l'em ploi, de la format ion, de la rémunérat ion du tra vail, de la protect ion sociale, des sécur ités sanitaire, alimenta ire et mar itime. En rec herchant les moyens financ iers sur les mar chés, il nourr it la Bourse pour la plus haute rémunérat ion possible des actionna ires, contr e l'em ploi et les prix des mat ières premières. Et il con duit à une incr oyable concentrat ion du ca pital et à des délocalisations par le mou vement de fusions-ac quisitions , au détr iment du développ ement humain au Nord comme au Sud.

Des inst itut ions comme la Comm ission eur opéenne , l'Organisation mond iale du commer ce, le Fon ds monétaire internat ional l'impu lse. Les gouvernements leur donnent car te blanc he ou impu lsent eux-mêmes cette logique, même s'ils pr éten dent vouloir human iser la mond ialisation. Or, l'enjeu posé aux peu ples aujour d'hui n'est pas tant "d'human iser" que de trans former la mondialisation actue lle en une mond ialisation pour le codévelopp ement dura ble.

Cette action est à la por tée de chaque citoyenne et citoyen. Elle com bine le mou vement pour ancr er la politique nationale à gauc he, réor ienter la construct ion eur opéenne , trans former et démocrat iser les inst itut ions internat ionales. Elle s'inscr it dans le vaste mou vement pour faire reculer les inégalités lancé par Rober t Hue lors du Congrès du Par ti commun iste.

L'efficacité de l'act ion pour l'em ploi et la format ion s'enracine dans le quar tier, le bass in d'em ploi, l'entr eprise et doit pouvoir se coor donner avec l'ensem ble des sites d'une même multinationale. Elle devrait trouver des relais au pr ès d'instances internat ionales dotées de struc tur es nou velles assoc iant salariés et élus pouvant bloquer tout plan de fusions-ac quisitions , de délocalisation ou de licenc iement dès lors que l'objectif ne visera it que l'augmentat ion de la rémunérat ion des actionna ires.

L'efficacité de l'act ion contr e la spécu lation financ ière et pour obtenir une taxation des transact ions financ ières de type taxe Tobin, passe sans atten dre dans les régions et les localités par un nou veau type de cré dit à tau x d'intérêt dégress if, dès lors qu'il ser t l'em ploi et le développement dura ble, mais auss i l'inclusion des ca pitau x financ iers des entr eprises dans le calcul de la taxe profess ionne lle comme le réclament les élus commun istes . Elle app elle une mod ificat ion du rôle et des missions de la Ban que centra le eur opéenne et des ban ques centra les nationales et la mise en place d'un pôle public banca ire. En ce sens , une réno vation profon de du FMI devrait lui donner mission d'impu lser ce nou veau type de cré dit afin d'aider à éra diquer l'analph abétisme, les maladies, la malnutr ition, à promou voir la format ion et l'em ploi, des projets locau x de développ ement , en infrastructur es, en équipement , en sout ien aux agricultur es vivrières, dans les pays du tiers monde .

 

l’enjeu posé aux peuple s aujour d’hui n’est pas tant « d’humaniser » que de transformer la mondialisation actuelle en une mondialisation pour le co-développement durable”

 

Cette démar che devrait s'app uyer sur la trans format ion des droits de tirages spéc iaux du FMI en une véritab le monna ie commune mond iale, définie à par tir d'un panier de monna ie. Cette créat ion monéta ire, non spécu lative, permettra it une for te revalorisation de l'aide publique internat ionale et de mettr e fin au système même de l'endettement .

Il n'y aura pas de progrès humain si on ne subst itue pas à la guerr e économ ique qui fait de terr ibles ravages au Nord comme au Sud, un nou veau système de coo pérations internat ionales fon dées sur un nou veau développ ement dura ble et solidaire, dans l'intérêt réciproque des populations du Nord et du Sud, pr éser vant les ressour ces de la planète . Cela passe à la fois par la fin des plans d'ajustement structur el et du car can du Pacte de stab ilité financ ière eur opéen qui corsète les dépenses sociales et publiques . Par contr e, il est nécessa ire de créer les con ditions d'un plus grand contrô le des fon ds publics et l'évaluation de leur efficacité pour l'em ploi et le développ ement . L'impu lsion d'un système nou veau de "coo pérat ions coo pérat ives" est un enjeu pour l'équilibre de la planète elle-même et pour l'avenir de la paix. Il ne peut y avoir dans ce monde quelques îlots de pros périté et de tranqu illité dans un océan d'inégalités , de chôma ge, de pauvreté et de misèr e. La recru descence de conflits locau x et régionau x sont des signau x inquiétants pour tous .

C'est en ce sens qu'au-delà d'un simple contrô le citoyen de l'OMC, il con vien dr ait d'app eler les citoyens et les élus à invest ir l'Organisation mond iale du commer ce, pour la trans former profon dément de telle sor te qu'elle devienne une instance favorisant un nou veau type de coo pérat ions mond iales pour le développ ement , en s'attachant à rédu ire les inégalités , à stab iliser le prix des matières premières, en favorisant , pour les ensem bles régionau x qui le décident, des "systèmes généra lisés de pr éférence commer ciale" incluant une réno vation de la pr éférence communauta ire eur opéenne . Au lieu d'êtr e le vecteur du libre éc hange inté gral, une telle OMC subor donnera it les règles commer ciales aux droits humains, aux droits sociaux, à la pr éser vation de l'environnement , à la promot ion de la divers ité cultur elle, à la valorisation des ser vices publics, de telle sor te notamment que l'éducation, la santé , la cultur e, l'eau , l'électr icité soient acces sibles à tous . La France qui pr éside actue llement l'Union eur opéenne doit agir en faveur d'un cer tain nom bre d'object ifs imméd iats comme la taxation des mou vements spécu latifs, l'annu lation de la dette des pays pauvres, la rediscuss ion de la directive chocolat, le maintien du système de pr éférence dans le secteur de la banane .

De telles orientat ions app ellent en même temps une démocrat isation profon de des sociétés , de l'Union eur opéenne et des instances internat ionales, avec de nouveau x droits et de nou veau x pouvoirs de contrô le et d'inter vention des salariés, des agriculteurs , des citoyens , des femmes , des scientifiques , des consommateurs .

Les multiples mou vements qui se développ ent , de Seatt le à Davos, de Was hington à Rio, de Genè ve à Millau, comme ceu x qui agissent pour l'annu lation de la dette ou la mar che mond iale des femmes por tent l'exigence d'une autr e mond ialisation pour les êtr es humains et non plus pour l'argent . For ts de leur victoire contr e l'AMI ou l'OMC à Seatt le, ils mettent à l'ordre du jour, non pas seulement une démocrat isation ou une human isation de la mond ialisat ion, mais le dépassement du ca pitalisme. La com binaison des mou vements sociaux et de l'inter vention politique, du local au mond ial, peut créer une dynamique majoritaire pour le changement , pour ensem ble inventer un autr e monde .

 

Le 10 juillet 2000

 

 

 

 

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