Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Rapport au Conseil National de Michel Laurent

le 14 septembre 2007

Cher-e-s camarades,

Nous sommes à la veille de la fête de l'Humanité qui s'annonce comme le premier grand rendez-vous populaire de riposte à la politique de Sarkozy, un moment festif mêlé de rencontres et de débats qui auront cette année, aux lendemains de l'élection présidentielle, une tonalité particulière. Nous allons réfléchir notamment avec les milliers de jeunes présents, à la façon de réagir face à la droite et aussi à la tournure que peut prendre l'avenir de notre histoire humaine, l'avenir d'une force de changement, l'avenir d'un communisme du 21ème siècle, d'un projet d'émancipation.

Mon introduction traitera successivement, et dans cet esprit, de la riposte à Sarkozy, des élections municipales et cantonales et du congrès du parti mais avant je voudrais évoquer devant vous quelques réflexions sur les derniers mois que nous venons de vivre.

Nous n'avons pas fini, loin s'en faut, d'analyser les raisons du troisième échec de la gauche, toutes sensibilités confondues. Celui-ci est le plus grave et le plus préoccupant. Pour la première fois depuis trente ans, les sortants de droite se succèdent à eux-mêmes.

Sarkozy a gagné en affirmant l'idée de rupture, en affichant un volontarisme politique porteur de propositions souvent controversées, mais défendues comme étant les seules capables de résoudre les problèmes urgents et cruciaux pour le peuple de France. Pour cela, il s'est appuyé sur un travail idéologique et politique de longue haleine de la classe dirigeante, du patronat et de son parti l'UMP. Dès le premier tour, il a su rassembler une grande partie de la droite et de l'extrême droite.

Face à lui, la gauche était divisée, sans projet mobilisateur et sans volonté de changement. La candidature de Marie-George Buffet dont le programme était porteur d'une véritable transformation a été marginalisée, mise hors jeu.

Nous avons vécu une campagne paradoxale où les sortants de droite affirmaient la force de la politique, l'idée de changement, alors que Ségolène Royal, faute de volonté de rupture, faute de s'ancrer aux valeurs de gauche, tentait de faire de la seule peur de Sarkozy son fond de commerce. Au travers elle, la gauche est apparue comme davantage soucieuse de tenter de rassurer sur ses compétences, plus encline à dépasser le clivage gauche/droite que de porter haut et fort l'aspiration du peuple à changer vraiment.

Face au candidat de l'UMP qui vantait la concurrence, la méritocratie, le chacun pour soi, l'enrichissement personnel, Ségolène Royal évoquait le vote utile, la peur de la droite, la protection et la stabilité. Dans une France lourde de ses humiliations, de ses frustrations, de ses fractures et de toutes ses urgences, comment la candidate qui semblait s'inscrire dans l'ordre actuel pouvait-elle gagner ?

Pour notre part, nous avons eu beau alerter et proposer autre chose que ce bipartisme sclérosant sur fond de consensus procapitaliste, nous n'avons pas su convaincre. Nous étions d'autant plus en difficulté pour le faire que nous avions échoué dans notre tentative d'avancer sur la voie du rassemblement autour d'un projet et d'une ambition transformatrice à vocation majoritaire.

La situation est donc à bien des égards, très préoccupante. Doit-elle nous amener à baisser les bras ? Nous sommes des milliers à penser qu'il n'en n'est pas question. Nous devons sans attendre riposter, tant les mauvais coups se multiplient. Et nous devons aussi, dans le même temps tirer enseignements de ce qui s'est passé, nous donner le temps d'y travailler en profondeur, tout en affrontant les feux de l'actualité et les prochaines élections municipales et cantonales de 2008. Nous avons donc beaucoup de travail devant nous.

Sarkozy engage, à marche forcée, une rupture, une entreprise cohérente de restructuration de notre pays au service des puissances financières. Nous ne pouvons pas le laisser faire.

Si la gauche se polarise autour d'une voie « démocrate » et d'un pôle protestataire, elle sera impuissante à changer. Il faut absolument réagir.

Et le Parti communiste, si rien ne change, sera condamné à devenir une secte. Le chantier est donc énorme.

Nous devons chercher, comme dit la chanson qui n'appartient pas à Sarkozy, à « donner envie d'avoir envie ».

Notre peuple est en attente très forte d'amélioration de vie. Il reste attentif à ce que fait le gouvernement et lui accorde encore sa confiance, avec l'idée que tout ne peut pas arriver en un jour.

Malgré un recul de 5 points, encore 62 % des sondés disent apprécier le rythme des réformes impulsé par le chef de l'Etat. Mais l'épreuve de vérité est d'ores et déjà engagée. Les questions brûlantes sont là, incontournables : pouvoir d'achat, emploi, retraites, logement, santé, immigration, sécurité, rentrée scolaire et bientôt universitaire… Les Français sont 72 % a souhaiter une augmentation du pouvoir d'achat, 69 % à réclamer une lutte contre les délocalisations. Ils ne veulent pas que le dossier des 35 heures soit rouvert, ni le code du travail remanié, ils sont contre la diminution du nombre de fonctionnaires. Et ils ne désirent pas que l'on facilite les licenciements. Ils sont à 61 % opposés aux franchises médicales.

Nous pouvons et devons donc riposter sur tous les fronts. Cette riposte doit être sociale et populaire. Elle doit aussi provoquer dans le pays le débat politique et idéologique, reconstruire des valeurs et des repères qui autorisent à inventer une autre société dans un nouveau siècle.

J'évoquais le pouvoir d'achat. Avec Sarkozy président, on allait disait-on payer les heures supplémentaires pour faire gagner davantage aux travailleurs les plus courageux. Pourtant, les personnels de santé qui accumulent depuis longtemps des comptes astronomiques d'heures supplémentaires, ne profiteront pas de cette promesse : il n'y a pas d'argent dans les hôpitaux ! Les policiers non plus d'ailleurs et les enseignants pas davantage : pour ces derniers, leur statut doit être réformé pour inclure dans leur temps de travail, les activités rémunérées, aujourd'hui, en heures supplémentaires. Pour elles et pour eux, il faudra travailler plus pour gagner moins !

Par contre, le cadeau de 15 milliards d'euro aux plus fortunés est déjà en cours de versement.

La politique de la droite est d'abord et avant tout une politique de classe. Elle prend toujours plus aux pauvres pour donner toujours plus aux riches. Ce choix est dangereux pour les salariés, les agriculteurs, les artisans, les assurés sociaux, les retraités, l'économie de la France, la croissance.

Depuis dix ans, ce sont plus de 170 milliards d'euro qui, en cumulé, auront été accordés aux entreprises. La progression de la précarité et du sous-emploi, la pression sur les salaires, l'augmentation des prix, tout cela s'est traduit par une très importante augmentation des profits. Ceux-ci ont d'abord servi les actionnaires et les marchés financiers. Cette course à la rentabilité a amené les entreprises françaises à délocaliser à tel point que le déficit du commerce extérieur de la France n'a jamais été aussi important. La croissance qui devait tout résoudre, s'effondre. La crise du système est en cause. Un système capitaliste de plus en plus financiarisé qui écrase le travail pour enrichir les rentiers. Les patrons en redemandent et Sarkozy gouverne pour les servir.

Il condamne les « prédateurs », les « spéculateurs », les « délocalisations sauvages » comme il dit. Mais c'est le capitalisme mondialisé et financiarisé qui produit la course au profit, ce sont les marchés financiers qui alimentent la financiarisation de l'économie, ce sont la mise en concurrence des peuples et le dumping social qui provoquent les délocalisations et ce sont les amis ou les familles du président et de Laurence Parisot qui s'en mettent plein les poches.

Celle-ci, avec un cynisme sans limite, tire aujourd'hui argument du marasme créé, pour exiger des salariés de nouveaux sacrifices au nom de la compétitivité et regrette que nos concitoyens consomment trop ! Un comble !

Nous pensons, au contraire, que l'augmentation de tous les salaires et du pouvoir d'achat des agriculteurs, des artisans, de celles et ceux qui travaillent, nous pensons que la relance de notre économie par l'emploi, la recherche, la qualification et l'investissement utile dans la production et les services, c'est cela qui favorisent une croissance saine. Nous pensons que des mesures radicales pourraient être prises contre les délocalisations, en faisant entrer enfin la démocratie à l'entreprise, en donnant aux comités d'entreprise un pouvoir de recours suspensif et en pénalisant les productions délocalisées, réimportées en France.

L'augmentation de la TVA pour compenser une nouvelle baisse des cotisations patronales est repoussée mais toujours à l'ordre du jour. La réforme des régimes spéciaux de retraites est semble-t-il déjà prête mais sans aucune concertation et dans un sens réactionnaire menaçant l'ensemble de notre système solidaire. Et la mise en place de franchises médicales payées par les assurés sociaux est programmée. Toutes ces réformes en cours ou à venir ont comme caractéristiques communes de déresponsabiliser les patrons vis à vis de la protection sociale, d'individualiser les situations et de faire progresser une démarche assurentielle au détriment de la solidarité nationale et intergénérationnelle.

Elles sont extrêmement dangereuses. Elles cherchent à diviser les populations entre elles. Soyons donc de toutes les mobilisations, en particulier le 29 septembre contre les franchises médicales, avec nos propositions : la baisse des charges financières supportées par les entreprises, une réforme profonde du financement de la protection sociale qui mette à contribution les produits financiers des entreprises et des banques. Autre exemple : la France est en déficit de recherche, d'innovation, d'investissement dans la connaissance, les savoirs et la culture.

Ce n'est pas la décision de supprimer 12 000 postes d'enseignants et de réduire le nombre d'heures de cours dispensé aux élèves qui va améliorer les choses. Pour se développer, notre pays a besoin que tous les enfants, les jeunes apprennent dans de bonnes conditions, s'épanouissent, soient stimulés, réussissent.

A contrario, Sarkozy met en place une politique étriquée, élitiste, opposant les uns aux autres, pariant sur le succès de ceux qu'il appelle « les meilleurs », laissant sur le côté avec le plus grand mépris, un potentiel fabuleux d'énergies et d'audaces dont notre pays a absolument besoin.

A la politique dite d'égalité des chances qui renvoie au mérite et à la culpabilité de ceux qui échouent, nous opposons l'égalité des droits et les moyens de la faire respecter. Encore quelques exemples sans allonger trop la liste.

Une société de propriétaires est une leurre surtout pour les plus modestes et c'est le prétexte pour désengager l'Etat du financement de la construction de plus en plus nécessaire de logements. Avoir un toit c'est un droit.

La réforme des institutions ne vise qu'à entraîner une concentration préoccupante des pouvoirs, à présidentraliser le régime et à réduire l'opposition à celle choisie par le président au lieu de donner, comme nous le préconisons, de véritables nouveaux pouvoirs au parlement, aux citoyens et aux salariés. Il en va de la démocratie.

Le nouveau traité européen dont le président est si fier, perpétue l'ancien. Il témoigne dans quel mépris il porte notre peuple qui a dit Non en 2005. Nous avons toutes les raisons de signer la pétition qui exige un nouveau référendum et demande que soit revu ce nouveau traité.

Le discours aux relents colonialistes du chef de l'Etat à Dakar, vient conforter une conception du monde dangereuse et dépassée. Tout, aujourd'hui, appelle à la coopération, à la recherche de la paix, au co-développement. A l'inverse, il menace l'Iran de bombardements et l'Afrique de sanctions !

Nous proposons une politique d'immigration assumée, appuyée sur la notion de justice, de citoyenneté et de progrès partagé. Comme le rappellent si justement Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant dans l'Humanité du 4 septembre : « La folie serait de croire inverser par des diktats le mouvement des immigrations ». Nous proposons autre chose que le pillage des compétences du Sud et l'humiliation des expulsions. Nous affirmons la nécessité d'un combat de la France auprès des instances internationales, des responsables économiques, des gouvernements pour que le monde accepte de payer à des prix rémunérateurs les matières premières des pays du Sud, pour que les pays dits développés s'engagent à un transfert systématique des technologies et à l'établissement d'un commerce durable et équitable.

C'est comme cela que la France affirmera sa place dans le monde et non en faisant preuve d'un misérable atlantisme.

Cette place, elle l'avait acquise en faisant exister un modèle social singulier, résultat d'affrontements de classe très disputés et aboutissant à la création de services publics performants. Un certain nombre de biens et de domaines vitaux pour l'humanité avaient ainsi été écartés des seules lois du marché.

Au nom du développement, du bien être des humains et de l'avenir de la planète, il s'agirait aujourd'hui d'élargir leur champ, de les dynamiser, de les gérer démocratiquement, de les rendre plus efficaces. C'est au contraire la privatisation qui gagne.

La fusion de GDF-Suez est un grave coup porté à cette idée de bien commun. Elle va entraîner une augmentation des prix de l'énergie qui va encore réduire le pouvoir d'achat et alourdir la facture des entreprises. Cette privatisation annonce une guerre fratricide entre GDF et EDF et met en péril le système énergétique français, pourtant l'un des plus performants du monde. Elle s'accompagne d'un abandon du pôle environnement de Suez qui augure mal de la volonté gouvernementale à la veille du Grenelle de l'environnement.

Nous serons de toutes les batailles pour agir contre cette fusion. Une pétition va être lancée. Nous voulons en assurer le succès.

On le voit, les raisons de réagir, le besoin de lutter et de proposer ne manquent pas. Personne n'a envie de laisser faire. D'autant que ce gouvernement n'est pas de granit. Il a ses failles et le moindre succès pourrait redonner beaucoup d'espoir. Pour marquer des points, il est indispensable que les forces progressistes ne restent pas dispersées. Nous avons donc proposer la rencontre, dans l'urgence, du collectif « Riposte des forces de gauche » en vue d' actions concertées.

Le PS, le MRG, le MRC, Mars-Gauche républicaine et la LCR nous ont répondu en acceptant le principe d'une telle rencontre mais le PS la propose fin septembre et veut la limiter à une réunion d'un groupe de liaison entre « les partis de gauche représentés au Parlement et qui exercent des responsabilités dans les collectivités locales ».

Marie-George Buffet a répondu à François Hollande hier, je la cite « nous ne pouvons pas repousser à plus tard de telles décisions ni limiter à priori le périmètre des forces qui pourraient en être parties prenantes. C'est pourquoi je te renouvelle ma proposition de réunir le comité de riposte de la gauche dans les plus brefs délais ».

Nous vous proposons sans attendre, de décider d'organiser un grand rassemblement national à Paris le samedi 27 octobre prochain. Il pourrait être le prolongement des mobilisations, des manifestations tenues d'ici là, dans toutes les régions de France. La marche pour l'emploi annoncée dans le Nord serait une de ces initiatives.

Ce rassemblement nous le proposons à tous et à toutes. Nous le voulons utile à la riposte, utile à la construction d'une perspective de changement. Nous souhaitons que des syndicalistes, des professionnels, des chercheurs de toutes disciplines, toutes celles et tous ceux qui souhaitent apporter leurs contributions à ces mobilisations puissent y prendre la parole.

La première grande décision que pourrait donc prendre notre Conseil national serait de faire de cette initiative un point d'étape dans le développement des luttes et dans la construction d'une perspective. Elle demande un engagement de toutes nos organisations, autant de volonté que de créativité.

La deuxième question que doit discuter notre Conseil national concerne la préparation des élections municipales et cantonales de mars 2008.

Ces élections de proximité touchent à la vie quotidienne des concitoyens.

L'enjeu est d'abord de savoir si Sarkozy va étendre et conforter son pouvoir jusque dans les communes et les départements. Certains pensent que comme d'habitude ces élections locales intermédiaires peuvent être des élections sanctions pour le pouvoir en place. Méfions-nous d'une certaine tranquillité.

Nous devons nous y préparer dès maintenant si nous voulons arracher, à cette occasion, des pouvoirs à la droite et ainsi créer de nouveaux points d'appui pour l'avenir.

Les municipalités et les conseils généraux se débattent dans la tourmente de la décentralisation libérale. Les transferts de compétences ne se sont pas accompagnés des moyens correspondants. La décentralisation annoncée des pouvoirs s'est en fait concrétisée par l'encadrement autoritaire de l'Etat. Les politiques nationales ont aggravé les inégalités sociales, environnementales et territoriales.

Nous ne pouvons laisser les municipalités et les départements, singulièrement celles et ceux dirigés par les communistes, être cantonnés au rôle de voitures balais des dégâts du capitalisme. D'où la nécessité d'engager avec les populations une contre offensive alliant lutte, démocratie participative et propositions de développement et de justice sociale.

Notre exigence est celle de la réussite. Nous voulons administrer les territoires pour toutes et tous et construire nos propositions avec toutes et tous.

Pour cela nous mettons au débat nos idées qui concernent l'action sociale et la santé, le logement et l'aménagement du territoire, les transports et la réussite scolaire, le maillage numérique, la politique associative, les défis écologiques, la sécurité, la culture et le sport pour n'en citer que quelques unes. Nous exigeons une fiscalité plus juste et plus redistributive qui fasse contribuer les actifs financiers.

Les marges de manœuvre des collectivités sont souvent très étroites. Nous ne pouvons espérer desserrer ces contraintes que par la mobilisation des populations autour d'objectifs définis avec elles. L'Etat organise la concurrence entre les territoires, notre combat est de construire leur solidarité.

Avoir de nombreux élus communistes et républicains pour mener ces actions et ces réflexions est un atout primordial. Les résultats des législatives sont un témoignage révélateur de l'atout qu'ils constituent aussi pour l'influence de notre parti.

Aujourd'hui 13 000 conseillers municipaux, 2 700 maires adjoints, 806 maires, 256 conseillers généraux dont la moitié sont renouvelables en mars, sont communistes ou apparentés.

Nous pouvons envisager d'en conquérir de nouveaux dans plusieurs dizaines de villes et de villages. Mais pour cela il faut commencer par préserver les positions existantes. Cela passe par un combat commun de toute la gauche autour des sortants. C'est ce que nous avons proposé au Parti socialiste et aux Verts.

Cela passe ensuite par la recherche dans chaque département du meilleur dispositif possible pour reconquérir ou conquérir des positions face à la droite. Et là aussi l'union autour d'un projet pour la collectivité, construit avec les citoyennes et les citoyens, affirmant des objectifs de gauche et une volonté de gestion participative, nous apparaît comme la meilleure garantie du succès.

Les velléités des uns ou des autres de s'ouvrir au Centre, de faire alliance en fonction de seuls objectifs électoralistes ou de se replier dans une posture protestataire, ne peuvent que nuire à l'efficacité de ces batailles et au résultat final.

Pour coordonner et impulser cette bataille électorale, un collectif national de travail a été mis en place. Il va permettre au fur et à mesure de l'avancée du calendrier de dégager les axes forts de futurs contrats communaux et départementaux de progrès. Il sera aussi un lieu d'échange sur la façon de les construire avec la population. Il permettra enfin de coordonner nos efforts vis à vis de nos partenaires pour que l'union et la gauche l'emportent.

L'ANECR organise deux journées d'étude très importantes les 13 et 14 octobre. Il est vivement souhaité que les fédérations soutiennent sa préparation et que les élu-e-s, les candidates et candidats pressenti-es ou désigne-és de tous les départements y participent.

Un dernier mot sur ce point. Soyons très attentifs à désigner nos candidats et candidates aux cantonales, nos chefs de file aux municipales le plus rapidement possible en nous fixant l'objectif que ces candidatures soient à l'image de la société française, porteuses d'esprit de conquête. C'est la condition d'une bonne dynamique. Je vous rappelle à ce propos que la loi a changé. Dans chaque canton doivent être présentés des binômes titulaire-suppléant à parité. Les listes aux municipales doivent être paritaires alternées, les exécutifs municipaux seront obligatoirement paritaires et nous nous en félicitons.

J'en viens maintenant à ce que j'appelle une préparation pas ordinaire de notre Congrès.

L'échec de Ségolène Royal, mais aussi celui du rassemblement antilibéral m'amènent à une conclusion majeure : nous ne pouvons pas gagner par défaut face à une droite en mouvement. La victoire passe par l'affirmation d'un projet porté et construit dans et par un rassemblement populaire. Il ne s'agit donc pas de se définir en creux, de répéter ce que nous ne sommes pas, d'être « anti » ou « à la gauche de », mais de dire et de donner à voir, ce que nous proposons et ce que nous sommes.

Prendre le temps de réfléchir, de mesurer les obstacles et il y en a, d'anciens et de nouveaux, prendre le temps de comprendre à quoi nous nous heurtons n'est pas du temps perdu. Cela conditionne la solidité de la construction à venir et ses chances de succès. Il ne s'agit pas de faire table rase de ce que nous avons fait et sur quoi nous avons réfléchi ces dernières décennies, ces dernières années. Mais nous sommes bien obligés de constater que tout cela n'a pas permis de crédibiliser une perspective révolutionnaire dans notre pays.

On peut argumenter ici ou là sur la nature dévastatrice pour le changement de la présidentialisation ou sur telle ou telle autre cause partielle de notre déclin. Mais chacun le sent bien, et les premiers échos de nos discussions de l'été le confirment, en rester là serait totalement insuffisant. Il s'agit de tout repenser.

Le chantier est énorme. Il nous demande un travail de longue haleine, il s'agit de l'organiser, dans la durée, avec des étapes. Avec une exigence : ne pas être superficiel, aller au fond des questions. Et un fil rouge : la recherche d'une perspective de changement, d'un projet et d'une force qui puissent enfin mobiliser notre peuple. C'est pourquoi je vous propose de confirmer le calendrier que nous avions envisagé à nos précédentes sessions. Notre Congrès se réunira en Décembre 2008. Il sera le moment de décision sur les grands choix du Parti et de l'élection de ses instances nationales. Nous avons donc un an et quatre mois devant nous pour le préparer. Il s'enrichira des enseignements tirés de nos actions contre la droite, des résultats des municipales et des cantonales et des réflexions de notre Congrès extraordinaire de Décembre 2007.

Pourquoi ce Congrès extraordinaire ? Nous avons besoin d'un processus de débat sur le fond qui s'engage tout de suite et qui implique toutes les adhérentes et tous les adhérents.

Une conférence nationale ou une journée d'étude dont la composition et l'organisation concernent d'abord, voir exclusivement, les « cadres » du Parti ne le permettrait pas. La gravité de la situation appelle des ruptures. Nous avons donc besoin d'un bouillonnement d'idées, de débats sans a priori sur toutes les questions, d'enrichissement de notre pensée commune. Nous avons besoin que ce travail soit ouvert à tous les apports et aux confrontations de point de vue. Ce congrès de 2007 sera une étape, la plus enrichissante possible, du travail engagé par tous les communistes avec celles et ceux qui veulent y réfléchir avec nous. Il sera un tremplin pour déboucher sur les décisions du congrès de 2008. Il ne sera pas une conclusion, un aboutissement, mais le moment d'une dynamique. Il s'agira de donner un mandat pour le congrès de 2008, de fixer un plan de travail pour la suite et de dire où nous en sommes à ce moment là.

Nous avons besoin qu'il sorte de l'ordinaire. Aussi bien dans son fond que dans de sa forme. Nous avons besoin de créativité et d'efficacité.

Depuis juin les discussions ont commencé. Les premiers échanges ne sont, pour le moment, qu'un premier survol des thèmes à traiter. Il s'en dégage la volonté de ne laisser aucune question de côté tout en consacrant nos premiers efforts à celles qui paraissent essentielles.

Elles m'apparaissent au nombre de trois : l'analyse de la société et du monde, les défis de notre époque, le projet qui peut y répondre dans une visée émancipatrice et les moyens à se donner pour mener ce combat.

A propos de ces trois thèmes la question n'est pas tant de mon point de vue, de ce mettre d'accord à nouveau sur la nocivité du capitalisme, sur la nécessité d'une organisation supérieure de la société ou sur l'utilité du Parti communiste français. Si nous sommes là, aujourd'hui, ensemble, c'est plutôt que nous sommes d'accord avec ces présupposés. Mais de toute évidence ils ne suffisent pas à répondre aux questions auxquelles nous sommes confrontés.

L'objectif du Congrès extraordinaire n'est-il pas, dans ces conditions, de chercher déjà à se poser les bonnes questions ?

Sur le premier thème, les défis de notre monde et comment le capitalisme y répond, nous avons à produire sa critique, en s'interrogeant surtout sur les contradictions à l'œuvre. Quelques exemples pour me faire comprendre. Le thème du chacun pour soi, de la guerre de tous contre tous mène le monde à sa perte et détruit la société et pourtant de plus en plus de gens voient en l'autre un concurrent, un ennemi, le maillon faible, la conscience de classe recule. Pourquoi ? Absence de perspective collective, volonté de réussite individuelle, perte de repères dans un monde en plein bouleversement ou tout cela en même temps ?

Les exploités sont certes de plus en plus nombreux, les couches moyennes se prolétarisent mais ont-ils conscience de leur communauté d'intérêt ?

La productivité du travail n'a jamais été aussi grande, l'humanité n'a jamais produit autant de richesses, alors pourquoi tant d'inégalités, tant de pauvreté ?

Le pillage des ressources de la planète nous mène au désastre. Alors, sommes-nous voués aux pénuries ? Qu'en est-il de la responsabilité des individus, du capitalisme, du profit ?

Nous devons sur chacune de ces questions et de biens d'autres chercher à produire des analyses du monde d'aujourd'hui, dans les contradictions des possibles et des obstacles au changement. C'est dans le traitement des dossiers, des réalités concrètes que nous devrons faire vivre, donner à voir ces réflexions.

La deuxième question est celle du projet, du changement, du sens, du communisme peu importe les mots.

Est-il ou non possible d'arriver à une efficacité du travail humain supérieure à celle du capitalisme ? Comment les individus peuvent-ils être suffisamment motivés pour donner durablement le dynamisme nécessaire à la société, autrement qu'avec l'aiguillon, pour les uns, de la recherche du profit et, pour les autres, de la nécessité de vendre leur force de travail ?

Le changement est-il possible dans un pays comme la France à l'heure de la mondialisation ? Et peut-il réussir ?

Les communistes se retrouvent sans peine dans la visée d'un monde d'« êtres humains libres, égaux et associés ». Mais cette exigence est-elle vécue comme une affirmation humaniste ou comme une nécessité, dans un monde qui va à la catastrophe si il laisse les décisions aux mains d'une minorité qui, pour perpétuer ses privilèges, a besoin que partout et à tous s'impose l'impératif de la recherche du profit, de l'argent pour l'argent ? Le troisième sujet touche aux moyens du combat émancipateur. Ce sont les interrogations sur le sens du combat politique, de l'engagement. Faut-il s'organiser politiquement ? Dans un parti ? Le Parti communiste est-il encore crédible ? La notion de gauche a t-elle encore un sens ?

Et plus concrètement encore, comment transformer un rapport de force au départ défavorable à ceux qui veulent mettre fin au capitalisme ? Faut-il chercher à conquérir des pouvoirs ou seulement organiser des contre-pouvoirs ? Comment allier construction de rassemblements, succès partiels et avancée vers une perspective plus globale de libération humaine ? Comment conjuguer réformes et révolution, alliances et affirmation d'une visée révolutionnaire ?

Ces questions sont aujourd'hui ouvertes. Nous ne sommes qu'au début d'un processus. Comment en faire un objet politique dynamisant, un Congrès véritablement extraordinaire ?

Nous avons devant nous plusieurs impératifs. Que nos futurs débats soient réellement intéressants, qu'ils concernent les communistes et notre peuple en profondeur, qu'ils soient ouverts à toutes celles et ceux que le changement de société intéresse. Pouvons-nous, en effet, espérer répondre à toutes ces questions à la hauteur qu'il convient en restant entre nous ? A l'évidence non !

Alors, travaillons à libérer la parole et à permettre à celles et ceux qui ne parlent pas de le faire. Cherchons à travailler en petit groupe autant qu'en assemblée générale. Auditionnons, rencontrons autour de nous, intéressons le plus grand nombre à nos travaux, avançons nos idées. La forme marche avec le fond, elle va beaucoup compter. Organisons des assemblées de section ou de fédération ouvertes, des groupes de travail sur un thème ou une question donnée, des réunions publiques, recueillons les contributions personnelles ou collectives. En un mot organisons un véritable brassage d'idées.

N'avons-nous pas à consacrer nos efforts dans les toutes prochaines semaines à l'organisation de réunions publiques qui donnent à voir cette volonté de travailler ensemble sur toutes ces questions ?

La réunion des 8 et 9 décembre devra elle-même sortir de l'ordinaire. N'avons-nous pas intérêt à ce que toutes celles et tous ceux qui ont participé à nos réflexions dans les localités, les entreprises et les départements y soient représentés. Nous avons besoin à ce stade de tous les apports. Pas seulement ceux d'invités nationaux mais plutôt et surtout ceux d'invités présents et participants le 8 et 9 décembre parce qu'ils auront été présents et participants à nos réflexions en bas.

Ces deux jours pourraient s'organiser en deux temps. Le premier serait un moment de travail avec eux pour rendre compte et approfondir tout ce qui s'est discuté dans les départements au cours des mois d'Octobre et de Novembre. Le second serait le moment de souveraineté des communistes qui, forts de toutes ces discussions, prendraient le temps de décider, entre adhérents, des propositions du Parti communiste.

Je vous soumets cette idée afin que nous puissions avoir un échange sur la manière de faire de ce Congrès un Congrès qui sorte effectivement de l'ordinaire. Le Conseil national des 6 et 7 octobre aura, lui, à traiter plus profondément des thèmes à mettre à son ordre du jour.

Je vous propose aussi, et dans le but d'y impliquer le parti en profondeur, d'organiser le même jour, dans toute la France, le 20 octobre, une dizaine de réunions décentralisées de tous nos secrétaires de sections.

Cher-e-s Camarades,

Je voudrais pour terminer, revenir à la fête de l'Humanité.

Elle s'annonce comme un nouveau succès. Elle sera le rendez-vous de toute la gauche et le premier grand rassemblement contre Sarkozy. Elle va par son énergie communicatrice nous donner des forces pour la suite.

Soyons attentifs au succès de plusieurs de ses événements, en particulier le débat sur l'avenir de la gauche à l'Agora de l'Humanité, la réception des associations et des personnalités par Marie-George Buffet au stand du Conseil national et bien sûr le meeting de la scène centrale où Patrick Le Hyaric prendra la parole.

Je veux insister auprès de vous aussi sur deux campagnes militantes, celles des abonnements à l'Humanité et celle de l'adhésion.

Nous avons vu combien l'urgence de la riposte idéologique et politique est indispensable. Nous disposons avec nos journaux, l'Humanité et l'Humanité Dimanche, d'outils irremplaçables.

Il s'agit donc de relancer plus fortement encore la diffusion militante de l'Humanité Dimanche avec la mise en place de points de rencontre dans les quartiers, les villages, devant les entreprises et l'organisation de nouvelles tournées de portage.

Pour encourager ce mouvement nous lançons une grande campagne « d'abonnements-souscription de parrainage » à nos deux titres. Un collectif national, sous la responsabilité du directeur de l'Humanité, anime cette campagne.

Nous avons réalisé depuis le début de l'année 3 686 adhésions soit à peu près autant que l'année dernière. Nous nous fixons l'objectif d'en faire 2 000 nouvelles à la Fête contre 1 631 l'an dernier.

Pourquoi de tels objectifs ? D'abord parce que pour mener le combat politique il est utile de s'organiser collectivement dans ce but.

Ensuite parce que la gauche, le changement ont besoin du renforcement du Parti communiste. Les débats à gauche font d'ailleurs apparaître avec beaucoup de crudité les enjeux.

Malgré notre affaiblissement nous restons la force politique structurée à gauche qui ambitionne un véritable changement de société et qui est prête à exercer des responsabilités au service de notre peuple jusqu'au gouvernement.

Cette responsabilité nous ne pouvons l'exercer valablement qu'a condition d'être plus forts, plus pertinents, plus militants encore. Cela passe par notre renforcement en adhérents.

Depuis les élections et malgré le creux de l'été, le rythme d'adhésion reste élevé. Il continue d'être le fait de jeunes, de militants associatifs et syndicaux. Ce sont des forces vives dont nous avons impérativement besoin.

L'appel à l'adhésion est au fond la prolongation de l'appel au débat, à l'action, à la réflexion.

Le 22 octobre la dernière lettre de Guy Môquet sera lue dans les lycées par des élus, des résistants, des personnalités.

Cette journée s'accompagnera de nombreuses initiatives puisque plusieurs livres paraissent ou reparaissent, un court métrage de 2mm sort et sera diffusé sur France Télévision, LCP et dans 6000 salles de cinéma. On pourra en entendre une version audio sur les ondes de Radio-France. France 5 y consacrera une journée entière, France 2 tourne un téléfilm pour l'année prochaine, des journaux préparent des dossiers spéciaux. L'Humanité a décidé d'en traiter, le 12 octobre dans l'Humanité Quotidienne et le 20 dans l'Humanité Dimanche et d'en éditer un tiré à part.

Nous proposons de nous inscrire pleinement dans cette journée et d'être force d'initiatives diverses. Nous comprenons tous ceux qui dénoncent, et parmi eux beaucoup d'enseignants, l'instrumentalisation que fait Sarkozy de cette lettre. Mais justement, au moment où tout le monde va en parler il nous paraît indispensable que le Parti communiste français, le Parti de Guy Môquet, s'exprime avec son originalité. En participant aux débats qui ne manqueront pas, sur les sens de la commémoration de la mort de Guy Môquet, sur les enjeux de la Résistance, sa force de proposition et ses acquis, sur son actualité. « Résister se conjugue au présent », disait Lucie Aubrac.

L'Anecr s'engage aussi en appelant les élus à participer aux lectures et aux débats, en prenant des initiatives.

Le dimanche 21 octobre aura lieu à Chateaubriant la commémoration du Martyr des 27 fusillés. Marie-George Buffet y prendra la parole. Nous avons cette année à lui donner un relief particulier par la participation d'un maximum de fédérations. Nous pourrions aussi décider d'une rencontre au Conseil national avec des invités autour de Marie-George et d'Odette Nilès.

Voilà, cher-e-s camarades, les quelques idées et informations que je voulais vous donner pour introduire nos débats Elles montrent à l'évidence que nous avons eu raison de bien profiter de nos vacances. Car le travail nous attend.