Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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CN du 7 janvier : un débat de qualité

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Cette session va rester comme un Conseil national des grands jours, marqué par une forte affluence, un rapport dense (et fleuri de références littéraires) et un débat de qualité. Jacques Chabalier, dans son rapport, propose la feuille de route des communistes pour les prochains mois : luttes, cantonales, sénatoriales, présidentielle, législatives, rien que ça !

Il commence par rappeler fortement le rôle du PCF lors du récent mouvement social, son effort de renouvellement, sa volonté de battre la droite, de faire gagner la gauche : « Le Parti communiste français joue dans cette ambition l’utilité et la crédibilité de son apport à la société française. Le défi est grand : il comporte une part de risque, ce qui le rend enthousiasmant. » Son exposé reprend et développe le texte d’un appel que la direction communiste a adopté, au terme de la réunion, et qui « part d’une idéeforce : aucune alternative ne peut se construire qui ne parte pas de ce que vivent aujourd’hui les gens, de leur souffrance au quotidien, face à une crise qui risque de s’aggraver encore en 2011. » La situation dans le pays est contradictoire : une contestation majoritaire du capitalisme mais un doute profond sur la politique en général et sur la capacité de la gauche à mettre en œuvre d’autres choix. Peut-on ouvrir la voie à une alternative de gauche ? « Rien n’est automatique. Mais rien n’est joué non plus. La situation est ouverte. » Où en est le PCF ? Il a l’ambition, avec le Front de gauche, de construire un programme politique répondant aux attentes dessalariés, un programme populaire et partagé. Il a rendu publique  sa démarche du pacte populaire lors de la Fête de l’Humanité ; il l’a matérialisée avec les « cahiers citoyens ». En même temps, il veut donner de nouveaux contours au Front de gauche, afin de rendre populaire cette offre politique, l’ancrer en profondeur, faire en sorte que les gens s’en emparent et la défendent. Un travail sur le Projet est à mener et une première synthèse nationale en sera réalisée dans le courant du second trimestre 2011. « Ce Projet deviendrait notre bien commun, celui des partenaires du Front de gauche. » Le Front de gauche, justement, suscite des questions. N’y a-t-il pas un risque d’effacement du Parti communiste ? Chabalier rappelle que le PCF a initié ce Front pour rendre crédible le changement, en disant : voici ce que la gauche doit et peut faire. Et il ressort des deux premières années d’expérience que le PC a un rôle crucial à jouer pour lui donner l’impulsion et l’ambition politique nécessaires. Le Front de gauche n’a aucune vocation à entrer en concurrence avec d’autres forces politiques à gauche, il se situe au cœur de la gauche. De la même manière il ne peut être question de constituer un autre parti qui remplacerait les organisations qui le composent actuellement. Le rapporteur évoque l’enjeu des cantonales puis aborde l’organisation, le mode de débat et de décision des communistes pour l’élection présidentielle. Ce scrutin non seulement structure le débat politique mais le défigure, l’appauvrit. L’ambition du PC est d’imposer dans le débat politique « un projet collectif porté par le peuple » afin de battre la droite et de « faire gagner la gauche sur un projet réellement de gauche ». Pour réussir ce défi, il faut une dynamique de rassemblement populaire autour des contenus. Les communistes n’entendent pas séparer la campagne et le choix de la candidature à la présidentielle de celle des élections législatives. Le gain du maximum de députés du Front de gauche et parmi eux celui d’un maximum de député-e-s communistes, en commençant par la réélection des sortant-e-s, sera « l’enjeu affiché pour qu’une véritable majorité de gauche puisse exister ». C’est dans cet esprit qu’ils entendent enrichir leur réflexion et poursuivre la discussion avec les autres organisations de gauche et en particulier les partenaires du Front de gauche. Quatre conditions politiques En bref, le contrat de 2012 passe par quatre conditions : UN : Un texte d’orientation fixant les ambitions politiques. DEUX : Un programme partagé construit autour de grandes priorités. TROIS : Une campagne qui repose sur l’élargissement populaire et citoyen du Front de gauche avec un dispositif à l’image de sa diversité souhaitée. QUATRE : Un cadre commun pour les élections législatives. A présent, il s’agit de mener « un débat démocratique d’ampleur dans notre parti, sur tous les aspects, enjeux, ambition et candidatures pour 2012, qui permette à tous les communistes et à chacun d’entre eux de s’investir et, quelle que soit l’opinion qu’il émettra, de se reconnaître dans les choix qui seront effectués ». Le calendrier ? Ouverture de l’appel à candidatures dès ce CN. A ce jour, André Chassaigne s’est dit disponible ; Jean-Luc Mélenchon est candidat « de fait ». D’autres propositions pourraient intervenir. Conseil national les 8 et 9 avril. Conférence nationale les 4 et 5 juin. Vote des adhérent-e-s les 16, 17 et 18 juin. Congrès à l’automne 2012. Confiance dans nos idées Ensuite le CN engage un débat qu’on peut qualifier d’exceptionnel par sa tenue et par le nombre d’inscrits - 70 -, du rarement vu. La grande majorité des intervenants partagent la démarche du rapport. On parle beaucoup de la violence sociale, de la casse des droits, du besoin de mettre ces enjeux sociaux et démocratiques « au cœur de notre combat » ; on entend des expressions comme : « si on a confiance dans nos propositions, mettons-les en débat », ou : « il ne faut pas se replier », « il faut être à la hauteur des attentes », « il faut être vigilant sans tomber dans la paranoïa », « l’épouvantail de l’effacement fausse le débat », « tout ce qui sera sectaire sera laminé », « la diversité du Front de gauche, c’est notre richesse ». Le mouvement social de 2010, dit-on, laisse à la fois de l’amertume et une colère intacte ; dans cette lutte, « on a marqué des points sur des questions comme l’argent, les nouveaux services publics, la retraite ». L’enjeu européen revient volontiers dans les interventions : pour changer, il sera nécessaire de bousculer le carcan des traités européens. « N’ayons pas peur » du débat politique à venir, redisent aussi plusieurs participants, faisant référence à une tribune récente parue dans l’Humanité. Certains ne partagent pas les options du rapport. Le plus souvent, ils mettent en avant le « risque de disparition » du PCF. On a parfois des mots durs comme « capitulation » ou « manipulation » ou « désinformation » ou « hypocrisie » ou « irresponsabilité », des mots qui dépassent peut-être la pensée. « Les jeux sont faits », regrette même un participant faisant état d’une dépêche AFP du matin même prétendant que le PC « se range » derrière J.-L. Mélenchon. « Faux », répond Pierre Laurent qui cite un communiqué de presse du PCF selon lequel « cela n’a rien à voir avec le débat engagé par le CN. Le texte en discussion dit explicitement que l’accord souhaitable sur des candidatures du Front de gauche pour 2012 ne pourra se conclure que sur un contrat politique clair et propose aux communistes d’amplifier dès maintenant ce débat. Le temps des décisions sur les candidatures viendra après, au second trimestre 2011. » Dans le courant de l’après-midi, André Chassaigne explicite le sens de sa proposition de candidature, insistant sur la souffrance et l’attente populaire, l’importance pour les communistes d’être au milieu des gens, la tradition d’ouverture du PC, la crise de la politique et sa conception de nouvelles pratiques politiques, le poids des initiatives citoyennes, même les plus modestes. En fin de réunion, avant de procéder à la discussion et à l’adoption de l’Adresse (pages 11-12), le secrétaire national insiste sur quelques données : il faut remettre dans le jeu politique les attentes populaires, alors même que les salariés sont convaincus que la politique ne s’intérresse pas à eux ou serait impuissante à améliorer leur sort ; il faudra faire vivre dans la présidentielle et dans la candidature retenue toute la diversité du mouvement social ; les quatre conditions posées pour un accord en 2012 sont autant de batailles politiques à mener ; l’ordre du jour de 2012, c’est ouvrir un espace face à la droite et rien d’autre. La préoccupation sur un « effacement » du Parti est légitime, tout comme la question de savoir si le PC peut redevenir une force qui compte ; c’est un enjeu sur le long terme, qui va se jouer dans les cinq ou dix prochaines années.    

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