Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

Economie et Politique - Revue marxiste d'économie
Accueil
 
 
 
 

La Droite et l’Europe

La Droite doit faire passer en force un projet qui bouscu le la société et les hommes .

Ce projet politique se décline à tous les niveaux – du local au mond ial, du national à l’eur opéen. La dimens ion eur opéenne est essent ielle pour faire avancer « une vision et un projet politiques » dont Alain Jupp é disait au Congrès fondateur de l’UMP qu’il s’agissa it « de réconc ilier le pouvoir et les citoyens, l’es prit d’entr eprise et le par tage, l’idée nationale et l’idée eur opéenne ».

En créant l'UMP, J. Chirac et A Juppé ont voulu mettr e en ordre de marche une nou velle le droite frança ise, maison commune de tous les courants à l'image des grandes forces européennes organisées pour le bipartisme. Une telle struc tur e devait assur er la pérennité d'un pouvoir qui réponde directement aux injonct ions des grands grou pes, des marchés financ iers et du MEDEF et qui permette une alternance fondée sur un consensus entr e néo-libéralisme et social-libéra lisme excluant les forces progressistes de résistance et de trans format ion sociale dont les dernières élections viennent d'indiquer la pers istance et la vigueur.

Au niveau de la droite notamment de son positionnement à l'égar d de l'Eur opecela mar que plus qu'une inflexion. C'est l'abandon de la trad ition gaulliste . La charte fon datr ice de l'UMP dit clairement : "la nation n'est pas pour nous un conce pt figé ... L'Europe est notr e horizon". Cette inflexion éta it antér ieur e à la naissance de l'UMP, mais cette créat ion marque une éta pe impor tante : la droite doit pousser rap idement le libéra lisme dans toutes ses dimens ions pour faire face à la crise de fonct ionnement du capital et la dimens ion européenne est essent ielle pour cela.

POLITIQUE DE LA DROITE EN France ET CONSTRUCTION LIBERALE DE L’EUROPE S’EMBOITENT PARFAITEMENT

L’am pleur et les difficultés de la marche forcée pour une refonte tota le de l’économ ie, de la société, des inst itut ions, de l’idéologie, exigent que les grands axes de la politique de la Droite et les orientat ions de la construct ion libéra le de l’Europe s’emboîtent parfaitement .

Cette identité d’objectifs, ce mou vement de va et vient peut êtr e mesuré à la fois sur les axes essent iels de l’actue lle construct ion eur opéenne et sur ceux des « réformes » de Jean-Pierr e Raffarin. La Droite frança ise, comme le MEDEF, trouvent dans les orientat ions eur opéennes des just ifications et des éléments pour aller le plus loin poss ible dans le sens de la déréglementat ion et des privatisations. L’Europe libéra le veut une mutat ion rad icale des modes et des critèr es de gest ion des ser vices publics. L’Eur ope libéra le voudrait livrer au secteur marchand des sphèr es d’activités essent ielles qui devraient êtr e un bien commun de l’humanité ; les transpor ts, les éner gies, les déchets, l’eau, la culture, l’éducat ion … Raffarin et les siens poussent les feux dans ce sens . Le troisième conse il des ministr es franco alleman d qui vient de se tenir à Paris a montré les con vergences pr ofon d es entr e Chirac et Schroeder sur les o bject ifs pr incip au x. Les deux dirigeants les ont réaffirmées ; J P. Raffar in et N. Sarkozy doivent se rendre à Berlin d'ici la fin du mois pour créer le « ca dre politique permettant le développ ement d es c h am p ions industr iels dont l’Europe a besoin ». La longue inter view de G. Schroe der au Monde du 14 mai 2004 confirme les o b ject ifs d ans tous les d oma ines d e la p olitiq ue européenne;

DIFFICULTES SUR FOND DE CRISE DE LA CONSTUCTION EUROPEENNE

Il n’y a donc aucun risque que la Droite por te atte inte à la politique eur opéenne telle qu’elle se fait aujour d’hui. Cer tes , il y a les difficultés de la mise en œuvre des objectifs communs , par exemple à propos des « répr imandes » de la Commission de Bruxelles sur les déficits budgétaires ou à propos des futur es évolutions institutionne lles de l’Europe. La con vergence entr e l’Europe et la politique de la Droite n’est pas une voie royale d’autant qu’une crise profonde tra verse une construct ion imposée aux peuples d’Europe par en haut et qu’un rejet de grande am pleur vient de s’exprimer à l’égard de la politique de J.P. Raffarin. Tant au niveau de la France que de l’Europe, la Droite butte sur des limites , des obst acles, des rés istances . La montée des mou vements sociaux, des recherches alternat ives, expriment des exigences profon des et prennent des dimens ions eur opéennes . De plus, les forces de Droite dominantes doivent tenir com pte, dans leur propre électorat , d’un courant sou verainiste, d’un inté grisme libéra l qui exige d’aller encor e plus vite et encor e plus loin et de la pers istance d’un courant qui cherche une voie au « centr e ».

L’ensem ble de toutes ces données explique que lors de sa récente conférence de presse , Jacques Chirac se soit montré « sur la défensive » pour définir sa « vision de l’Europe d’aujour d’hui et de demain » ; il ne peut répondr e aux inquiétu des de plus en plus for tes des frança is notam ment quant aux acquis sociaux et au rôle potent iel de l’Europe pour la paix et les équilibres mond iaux – puisqu’il confirme son engagement dans la construct ion d’une Europe « Puissance » inscr ite dans la logique du Pacte de stab ilité.

DE NOUVELLES FORMES DE « GOUVERNANCE »

L’ensem ble des bascu lements que nécess ite « la révolution libéra le » exigent en effet la recherche d’un véritab le changement de régime dans la manière de gouverner, de gérer les relations humaines, d’assur er la cont inuité de la domination d’un système en crise et la pérennité d’un système financ ier mond ialisé. Un mot tra verse la pensée de la Droite en France comme en Europe, c’est le conce pt de la « Gouvernance ». La nou velle « gouvernance », c’est le cœur des projets politiques de Jean-Pierr e Raffarin. C’est l’un des axes de la pensée libéra le eur opéenne .

Il y a une tota le similitude de démar che entr e le projet de Const itution européenne , le livre blanc sur la « Gouvernance » eur o p éenne et l’acte II de la Décentra lisation de Jean-Pierr e Raffarin. Les uns comme les autr es veu lent r e d istr i b uer en pr ofon deur les pou voirs économ iques, sociaux, polit i q ues , rédu isant les pouvoirs des inst itut ions p olitiq ues é lues ou les noyant dans les instances dominées par les exper ts , les « décideurs », ceux qui ont pouvoir et richesse . La « Gou vernance eur opéenne » est la bonne application des règles de la BCE et du FMI. L’optique de la refondation sociale du MEDEF rejoint la codification sociale eur opéenne . Redéfinissant en profondeur le mode d’inter vention et les missions de l’Etat , les projets de décentra lisat ion de Raffarin visent à parac hever son adaptation à une économ ie globalisée, financiarisée que le MEDEF et Bruxelles appellent de leurs vœux. La décentra lisat ion, c’est la déclinaison nationale du projet d’une Europe libéra le des Régions soum ises cor ps et biens aux lois du marché, cela con duit à une République éclatée , une citoyenneté étr iquée dans les Territoires, à des Régions eur opéennes mises en concurr ence dans une recherche permanente d’adaptation à la valorisation des capitaux dans une pratique de régulation à l’intér ieur de contra intes externes et de ressour ces internes que l’on gère en vue de la paix sociale.

C’est pourquoi, « donner une claque » à la Droite et à l’Europe Libéra le c’est bien le même mou vement et il est poss ible de le faire par le vote en faveur des listes de rassemb lement initiées ou soutenues par le P.C.F. Face à la Droite frança ise et eur opéenne , c’est le refus du « trop plein » de capitalisme qui permettra de constru ire une autr e Europe et une Gauc he com batt ive, populaire et citoyenne , en France .