Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Questions sur le PARE et la formation professionnelle

La formation tout au long de la vie

On tente de plus en plus d’opposer les intérêts des chômeurs et des salariés, de même que travaill eurs du secteur privé et public. Ainsi en est-il lorsque sont montrés du doigt ceux qui, dit-on de plus en plus couramment, « profitent du système », « vivent aux crochets de la société ». Les attentes en termes de conditions de travail et de salaires sont bien souvent tempérées au prétexte de la chanc e que représente le fait d’avoir un emploi.

De tels stéréotypes qui peuvent sembler de courte vue, sont pourtant à certains égards sous-jacents dans la politique actuelle de l’emploi et dans la logique du PARE.

Or, non seulement les enjeux d’un système de formation des adultes performant et qualifiant représente un objectif commun, mais encore celui-ci doit-il viser à la fois l’épanouissement des personne s et la capacité à faire apparaître et à motiver des aspirations, tout en ouvrant des portes pour y répondre.

Les enjeux

Si les choix de politique économ ique ont permis depuis plusieurs années de diminuer le coût salarial de l’emploi pour les entr eprises (en par ticulier celui du recours à une main-d’œuvre non qualifiée), on peut légitimement se poser la quest ion de la per tinence de ces décisions pour la com pétitivité même des entr eprises. Il s’agit ici en effet de permettr e aux entr eprises d’améliorer par la baisse des seuls coûts salariaux leur com pétitivité prix, alors que bien d’autr es facteurs de performance sont mis de côté au lieu de tenir une place centra le dans les dispos itifs d’incitation des pouvoirs publics. Au premier plan de ces facteurs figure la format ion, qui est le gage d’une main-d’œuvre qualifiée dura blement . Si l’accès à une formation initiale s’est éten du, bien que demeurant encor e for tement inégalitaire, les performances frança ises en termes de formation cont inue sont loin d’êtr e satisfaisantes : La France se placera it ainsi en onzième position parmi les Quinze avec des taux de par ticipation à une format ion permanente au cours des douze mois écou lés de 26% en 2000 contr e 33% en moyenne dans l’Union eur opéenne (1).

Outr e qu’elle est nécessa ire pour évoluer vers une production à for te valeur ajoutée , la format ion au long de la vie est indispensab le à la transm ission des com pétences dans les entr eprises et au sein du ser vice public, alors que des dépar ts en retra ite mass ifs sont imminents et que le désé quilibre entr e actifs et inact ifs menace de se creuser. De plus, cette format ion tout au long de la vie doit se com prendre en incluant celle des personnes en recherche d’emploi, à l’heur e où les entr eprises tendent déjà à se décharger de leurs obligations dans le domaine de la formation permanente (2).

Au contra ire les nou veaux besoins et les pers pectives d’avenir doivent pousser à davanta ge d’exigence par rappor t au système de format ion permanente , mais également à la qualité des format ions access ibles aux personnes tempora irement en marge du marché du tra vail, en par ticulier celles dont les chances d’accès à des formations qualifiantes sont les plus minces , de même (et c’est for tement lié) que celles d’un retour à l’emploi satisfaisant . Il s’agirait pour cela de ne plus percevoir les chômeurs de longue durée comme des personnes souffrant d’un problème d’« employabilité » lié à des difficultés d’adaptation, mais comme un potent iel dont les capacités doivent êtr e mob ilisées et développées en lien avec leurs as pirations .

Les dangers des politiques menées et à venir

D’une par t l’étu de des caractér istiques et des bénéficiaires de la format ion cont inue met à jour des dispar ités et des inégalités très impor tantes (selon le profil du salarié et les caractér istiques de son entr eprise), que le gouvernement Raffarin ne semb le pas disposé à remettr e en cause (comme le démontr ent les contrats jeunes de F. Fillon). Le projet de refondation sociale du MEDEF vise au contra ire à faire par tager le coût de la format ion permanente par les salariés (3).

D’autr e par t, le Plan d’aide au retour à l’emploi repose sur une préten due logique de réduct ion des dépenses dites « pass ives » (indemnisation des chômeurs et encou ragement au retra it d’activité), qu’il s’agirait d’activer en intens ifiant les contra intes et les obligations des demandeurs d’emploi vis-à-vis des organismes d’indemnisation, en rappr ochant la fonct ion de placement de celle de redistribution qui étaient aupara vant séparées . En effet les ASSEDIC ont désorma is un droit de regard sur les formations suivies dans le cadre du PARE, ce qui « entér ine le passa ge d’une par tie des missions autr efois dévolues au ser vice public (ANPE, AFPA) à l’UNEDIC gérée paritairement et donc influencée par les press ions du patr onat » (4) qui domine cette inst itut ion.

Ainsi cette con vention affichait l’objectif d’une améliorat ion du taux de cou ver tur e des deman deurs d’emploi. Les moyens ? Une limitation de la dégress ivité des allocations chômage qui avait été mise en place à par tir de 1992, ou encor e une améliorat ion très limitée des con ditions d’ouver tur e des droits à l’indemnisation (5) qui se doublent de contr epar ties lour des de consé quences . Au prétexte de res ponsa biliser davanta ge le deman deur d’emploi, ce dernier peut se trouver désorma is dans l’obligation d’acce pter des format ions ou un emploi qui ne corr es pondraient pas à sa qualification initiale: ses com pétences , évaluées régulièrement dans le cadre du PAP (projet d’action personna lisé), peuvent désorma is ser vir de référence aux propositions qui lui sont faites (6) (sachant que la notion de com pétence est floue, souvent subjective et difficile à évaluer) . Ses poss ibilités d’accès aux format ions sont restr eintes puisque la durée de couver tur e financ ière des stages n’est plus garant ie. Et l’orientat ion de ces derniers est maintenant soum ise à l’appr éciation des ASSEDIC, ce qui risque for tement d’aller dans le sens de contenus de format ion tournés vers l’adaptation imméd iate à la deman de conjonctur elle la plus for te de la par t des entr eprises, de manière à êtr e opérat ionne l le plus rap idement poss ible. Or les stages les plus cour ts sont auss i les moins qualifiants , et les moins suscept ibles de garant ir un reclassement dura ble des personnes en recherche d’emploi (7).

Une logique commune

C’est en fait d’une même logique que relèvent les trans format ions actue lles (et sans doute à venir) des systèmes de format ion des adultes, qui concerne salariés et chômeurs . De nom breux points communs méritent d’êtr e soulignés et explicités. Il s’agit, nous dit-on, de res ponsabiliser et rendre davanta ge autonomes les personnes .

Le MEDEF, qui ins pire largement les propositions gouvernementa les, propose dans cette optique de favoriser le développement de format ions des salariés prises sur leur temps libre au moyen du « com pte épargne-temps » alimenté par des jours de RTT. Ce com pte sera it leur garant d’une « employabilité » favora ble à leur maintien sur le marché du tra vail, en limitant les risques de per te d’emploi. C’est donc pour permettr e aux salariés de conser ver une force de tra vail monna yable sur le marché qu’il leur est gracieusement proposé de prendre leur destin en mains en acce ptant de consacr er de leur temps hors tra vail à une adaptation constante aux exigences imméd iates des entr eprises.

Concernant les chômeurs , l’instaurat ion de la dégress ivité des allocat ions intr oduisait déjà la res ponsa bilité du chômeur de longue durée , puisqu’il se trouvait pénalisé en fonct ion de l’ancienneté de son affiliation à l’UNEDIC. Le PARE, en imposant une relation contractue lle entr e le deman deur d’em ploi et l’organisme d’indemnisation, relève encor e davanta ge de cette logique. D’autant plus que le chômeur s’engage à acce pter des entr etiens réguliers afin d’évaluer l’état de ses com pétences , à se plier à des format ions ou un emploi qui y corr es pondraient, à « mener des recherches act ives », sans avoir d’autr e contr epar tie que le versement de son allocat ion qui y est con ditionné .

On observe en outr e un glissement de la définition de la format ion. Une format ion profess ionne lle à deux vitesses domine, où les salariés qui bénéficient le plus d’une formation profess ionne lle qualifiante et mob ilisab le à des fins de mob ilité et d’évolution dans l’emploi sont les plus pourvus (niveau de qualificat ion, diplôme) . Alors qu’il faut que l’accès aux stages soit le même pour tous , les attentes des salariés doivent également avoir plus de poids dans leur contenu . En effet les propositions du MEDEF enten dent cantonner la majorité des salariés à une simple adaptation aux évolutions des emplois. On observe effectivement un accr oissement dans le temps des format ions cour tes adaptatives, au détr iment de stages plus longs qui ouvrent davanta ge à une cer tificat ion.

C’est dans le même sens que va le PARE, en permettant , au moyen de format ions cour tes visant à ajuster les compétences des deman deurs d’emploi aux besoins de cour t terme des entr eprises, d’ajuster l’offre à la deman de locale la plus urgente . Non seulement cette pers pective

«adéquationniste» com por te le risque de négliger les raisons structur elles assoc iées aux pénur ies que conna issent cer tains secteurs (liées aux con ditions de tra vail et de rémunérat ion, ou encor e à l’environnement : réseau de transpor t, logement , infrastructur es (8)), mais elle néglige deux points essent iels. Tout d’abord le fait que la formation des adultes doit permettr e de répondr e aux as pirations des personnes en termes d’évolution et de mob ilité, con dition indispensab le à l’implication et à l’intérêt por té au tra vail. Ensuite le fait que l’efficacité même de ces choix est contesta ble, sachant que les stages les plus cour ts ne font pas l’objet d’une cer tificat ion et sont les moins qualifiants , donc peu suscept ibles d’êtr e reconnus sur le marché.

Il y a donc dans tout cela matière à con vergence de luttes entr e chômeurs et salariés. afin d’imposer dans le domaine de la format ion des choix tout autr es que ceux qui sont faits actue llement . L’enjeu est de taille, puisqu’il s’agit non pas d’offrir aux chefs d’entr eprises une maind’œuvre malléable et flexible, mob ilisab le en fonct ion des aléas de la conjonctur e, mais d’ouvrir des pers pectives d’appr entissage, de valorisation des acquisitions et de progrès cultur els qui s’inscr ivent dans la durée et la sécurité de l’emploi, et permettent de répondr e aux besoins d’émanc ipation et d’évolution des personnes . n

 

  1. Cf. Commissariat général du Plan: Rapport sur la situation sociale dans l’Union européenne 2000 et 2001 (CE et Eurostat), chiffres repris dans Entre chômage et difficultés de recrutement : se souvenir pour prévoir, collection Qualifications et prospective, La Documentation française, décembre 2001, 192 pages.

  2. Cf. le contenu du projet de «refondation sociale» du MEDEF concernant la formation professionnelle, repris dans l’article de Julie Morin : Etat des lieux et perspectives concernant les mesures Raffarin, Economie et Politique, n°574-575, mai-juin 2002.

  3. Sur ces points, cf. Julie Morin : op. cit.

  4. Cf. Didier Gelot, Catherine Levy, Willy Pelletier: La mise en œuvre du Plan d’aide de retour à l’emploi, Problèmes économiques n° 2.777, 25 septembre 2002.

  1. voir chiffres donnés dans Problèmes économiques.

  2. Cf. Paul Boccara : Une sécurité d’emploi ou de formation, collection Espère, Le Temps des cerises, 2002.

  3. Cf. Didier Gelot, Catherine Levy, Willy Pelletier : op. cit.

  4. Voir sur ce point Commissariat général du Plan : op. cit.

 

 

Par Morin Julie , le 30 septembre 2002

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