Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

Economie et Politique - Revue marxiste d'économie
Accueil
 
 
 
 

Conférence de presse du 23 octobre 2002 à propos des privatisations

Le 3 octo bre dernier, plusieurs dizaines de milliers de salariés d’EDF et de GDF étaient dans la rue. Ils avaient été rejoints par de nom breux salariés d’autr es entr eprises publiques inquiets . Nous avons en commun ce com bat pour que l’Etat assume ses res ponsa bilités , fasse prévaloir l’intérêt généra l, et réponde aux besoins dans un souc i d’équité.

Aujour d’hui, tout , dans la politique gouvernementa le vise à rédu ire l’Etat à la por tion congrue. En réalité, le pragmatisme dont Jean-Pierr e Raffarin et son équipe nous rebattent les oreilles n’est rien moins qu’une démission consc iente et organisée du politique au profit du marché et de la loi du plus for t. Pour progresser vers cette objectif, ils font appels aux poncifs les plus éculés et aux réflexes populistes les plus bas. Ainsi la privatisation sera it un progrès... C’est pour tant cette conce ption qui a con duit France Télécom dans cette impasse et qui nous fourn it aujour d’hui de nom breux exemples de faillites et d’échecs tradu isant une crise profonde du système capitaliste mond ialisé... Le Premier ministre a beau jeu de parler de « financ iarisation excess ive » de l’économ ie. Les mots ne suffisent pas.

... Les privatisations prévues n’aur ont pour seul résu ltat que de livrer à la course aux profits, et au règne des actionna ires, des entr eprises publiques et des secteurs entiers de notr e écono mie à l’encontr e le développement dura ble et juste des capacités humaines. La situat ion extrêmement dépress ive des marchés financ iers reste un obst acle croissant qui risque d’accen tuer cette tendance lour de à mutua liser les per tes et à privatiser les bénéfices ...

On voudrait nous faire croire, y com pris cer tains à gauc he, qu’il faut différencier le secteur public marchand du secteur public non-marchand. Je ne crois pas au bien-fondé de cette subt ile distinction. Je pense même que Jean-Pierr e Raffarin enten d nous montr er avec la décentra lisat ion que tout peut se marchander.

... Entr e 1997 et 2002, les ouver tur es de capital et les cess ions de titres ont rappor té à l’Etat 31 milliards d’eur os. En proportion le rythme des privatisations par tielles ou tota les avec la gauc he plurielle est nettement supér ieur à celui adopté par Alain Jupp é et pres que com para ble à celui d’Edouar d Balladur... Je crois que face à cette réalité, le par ti commun iste n’a pas pu peser suffisamment . Nous avons protesté contr e les ouver tur es de capital à France Télécom , est imant que le processus de privatisation tota le était engagé. Nous avons essa yé de rés ister aux press ions libéra les dans le processus d’ouvertur e du capital à Air France . Le bilan aujour d’hui n’est pas très conc luant .

... Avec le recul, en regardant autour de nous la puissance des forces capitalistes , je crois effect ivement que toute ouver tur e de capital por te en elle trop de risques .

... Je sais que le monde du tra vail et les couc hes populaires dans leur ensem ble, que les salariés du secteur public, ont trop souvent eu le sent iment que nous les avions abandonnés ... Sur cette quest ion essent ielle des privatisations, je crois que c’est vrai. Nous n’avons pas asse z su faire vivre notr e autonom ie et mettr e en débat les obst acles rencontrés .

Aujour d’hui, il nous faut riposter. Riposter et constru ire dans le même mou vement des pers pectives, une alternat ive, en tirant tous les ense ignements des années passées . Dès aujour d’hui, nous voulons au contra ire utiliser le rép it que le gouvernement de la droite est amené à donner à Air France pour mob iliser largement . Nous enten dons le faire en avançant d’autr es solutions pour répondr e aux défis très profonds de renou vellement auxquels sont confrontées les entr eprises publiques. Nous en voyons quatr e par ticulièrement :

  1. constru ire des coo pérat ions eur opéennes et internat ionales très intimes de long terme ;

  2. mob iliser de nou veaux financements impor tants , ce qui peut passer par l’essor d’un nou veau cré dit à très bas taux d’intérêt favorisant l’emploi, la format ion et la recherche au lieu de l’appel au marché financ ier ;

  3. une trans format ion en profondeur des gest ions avec de nouveaux critèr es d’efficacité sociale, au lieu du faux dilemme entr e le maintien de la bureaucrat ie d’Etat ou la fuite en avant dans la renta bilité financ ière ;

  4. une inter vention large des salariés et des usagers sur tous les enjeux de renou vellement avec des droits et des pouvoirs pour changer l’orientat ion des gest ions des entr eprises publiques. Ainsi, au-delà même de leurs missions trad itionne lles de service public confor tées , les entr eprises publiques pourra ient chercher à assumer de nou velles res ponsa bilités pour un codéveloppement : contr ibuer à sécur iser l’emploi et la formation, impu lser un nou veau type de croissance économe en moyens matér iels et financ iers , répondr e, en fait, à des fins de développement humain et dura ble sur tous les terr itoires sans élitisme ni exclusion.

Avec tous ceux qui ont envie de prendre cette quest ion à bras le cor ps, avec les salariés, les citoyens, nous voulons tra vailler pour défendre et développer les entr eprises publiques. Pour que cette riposte soit for te, il faut que les commun istes , y soient pleinement engagés en tant que tels, qu’ils se battent , qu’ils inventent . C’est pour quoi nous avons décidé de const ituer une Coor dination Anti-Privatisation pour une Alternat ive de Progrès (CAPAP) ouver te à tous . Elle est née des chantiers de la trans format ion sociale que nous avons initiés dans le cadre de notr e congrès. D’autr es initiatives ont déjà pris cor ps dans les quelles des commun istes sont engagés. Nous voulons tra vailler ensem ble.

...Dans la pratique, la coor dination sera organisée sous la forme d’un réseau permettant la conjonct ion de toutes les forces autour de la bata ille à mener sur le secteur et les services publics. Un tel réseau devrait permettr e dans une premier temps de dresser un bilan citoyen des privatisations avec un tra vail méticuleux d’enquête et d’organiser des rencontr es, des forums aux niveaux régionau x, nationau x et eur opéen pour conce voir, faire discuter et prévaloir d’autr es solutions.

La droite qui dit défendre une société du tra vail, défend en fait une société des actionna ires – un leurr e pour les salariés, une société de l’exploitation, une société du capital. Les privatisations mènent dans l’impasse ... Il y a mieux à faire. En toute humilité, mais avec déterm ination, nous sommes prêts à engager cette bata ille politique, à la faire grand ir, à la faire gagner.

 

Par Buffet Marie George, le 30 septembre 2002

A voir aussi