Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Etats-Unis et Bourses : Une double domination contre l’emploi et la croissance

Le ralentissement de l’activité est généralis é au monde entier. Il y a une synch ronisation des conjonctures qui singula rise la phase actuelle par rapport aux précédentes et, particuli èrement, la récession du début des années quatre-vingt-dix (1). Elle exprime une mondialisation doublement dominée par les marchés financiers et les Etats-Unis.

Un ralentissement généralisé et durable

Trois grands facteurs de sync hronisation sont à l’œuvre.

Le commer ce internat ional, l’accr oissement des investissements directs à l’étran ger (IDE) et le rôle grand issant des systèmes financ iers inter connectés

Dans chaque cas , la devise amér icaine joue un rôle centra l dans la polarisation, autour des Etats -Unis, permet tant à l’économ ie dominante de développer, pour ellemême , un cré dit facile tout en poussant son marché financier.

Un pourrissement de la croissance.

Le ralentissement généra lisé exprime donc le type de mond ialisation à l’œuvre avec les techno logies informationne lles, son caractèr e non solidaire et contra dictoire avec une double domination exacer bée des marchés financ iers et des Etats -Unis, toutes deux en crise.

Un autre acteur tend à s’imposer très fort... les multinationales.

Nous ne sommes définitivement plus dans les circons tances passées où une zone pouvait com pter, en cas de freinage conjonctur el et de récess ion, sur la croissance désynchronisée d’autr es pays ou zones pour souten ir sa propre croissance , notamment par les expor tat ions . Il y a, désorma is, une inter dépendance for te, avec les débuts de la révolution informat ionne lle.

Et on remar que qu’un autr e acteur tend à s’imposer très for t à côté des Etats comme facteur de transm ission et d’impu lsion des difficultés à l’échelle du monde et, du cou p, comme élément décisif pour la construct ion de solutions : les multinationales, leurs gest ions , leurs financements par le marché financ ier, leurs réseau x informationne ls de coo pérat ion pour dominer. Il s’agit auss i de la façon dont elles spéc ialisent les pays et les vulnéra bilisent dans cette conjonctur e, alors que les Etats et/ou leurs ententes sont cou plés comme jamais aux marchés de capitaux. D’où l’impor tance que revêt l’inter vention en lutte des salariés de ces sociétés dans leurs gest ions , pour tenter de les réor ienter, mais auss i les rappor ts aux populations et aux élus dans chaque pays à par tir des emprises nationales de ces groupes qui dominent le monde et se le disputent .

Cela, semb le-t-il, s’est exprimé d’une façon plus nette , pour la première fois, lors du Sommet de la Terre à Johannes burg autour de la thémat ique ambivalente de la « responsabilité sociale et environne mentale des entreprises ».

Cependant, si le ralentissement est généra lisé à l’ensemb le du monde , on ne constate pas, semb le-t-il, de déflation mond iale globale (2).

Après les attentats du 11 septembr e 2001 à New-Yor k et Was hington, les marchés financ iers ont été violemment relancés par des injections mass ives de liquidités et des abaissements des taux d’intérêt des Banques Centra les coor données .

Les marchés financ iers , loin de s’effondrer, demeur ent très inflationnistes , mais de plus en plus volatiles. Ils n’arrivent pas à se dégonfler suffisamment et dura blement . Et le maintien d’une cer taine croissance réelle, permise par l’arr osage de liquidités des banques centra les, empêche le monde de sombr er dans la dépress ion ouver te comme en 1929 tout en suppor tant les chocs de décr ochages partiels. Seul le Japon présente , pour l’heur e, les indices visibles d’une déflation globale.

Cependant, de par tout , l’industr ie manufactur ière subit des tendances déflationnistes (3) sous l’impact de taux d’intérêt réels sur ses dettes supér ieurs au taux de croissance réel de ses productions vendues. Cela renvoie à la suraccumu lation matér ielle et au poids des dettes , aux gains énormes de productivité avec les nou velles techno logies dans l’industr ie, à l’intense concurr ence sur une deman de mond iale solvable devenue structur ellement insuffisante . Ainsi, de par tout , l’industr ie a à faire face à des trans fer ts de surp lus vers les ser vices et, par ticulièrement , la recherche et la Finance .

Au tota l, le monde cont inue de « tourner », au prix de cons idérab les souffrances huma ines et sociales. Mais l’énorme enflure des marchés financ iers n’arr ive pas à se résorber . Quant à la croissance , elle s’avère dura blement « molle » envenimant tens ions sociales internes et anta gonismes internat ionau x.

Ainsi, cette façon de lutter contr e la déflation globale, en soutenant les mar chés financ iers face aux risques d’effondrement , em pêche cer tes tout collapse et entr etient une cer taine croissance réelle. Mais celle-ci est de plus en plus contra inte, toute entière parasitée par la Finance contr e l’emploi et le développement humain.

Besoins de réponses nouvelles

On peut relever l’aveuglement de la quasi-tota lité des prévisions qui avaient misé sur un vif redémarra ge mondial dans la foulée de celui des Etats -Unis, après une cour te récess ion et le « dégonflement de la bulle de l’Internet ».

Nombre d’obser vateurs préten daient que c’est dans la deman de de consommat ion personne lle des ména ges aux Etats -Unis et, à leur suite, dans les pays riches que siègent les facteurs d’un redémarra ge dura ble de la croissance . D’où les sout iens aux placements financ iers et les baisses d’impôts .

En réalité, le problème est mond ial comme on le voit avec la nou velle crise qui se pr épare, à par tir de l’Amér ique Latine, dans les pays émer gents . La solution aux difficultés doit donc concerner toutes les populations du monde entier.

On disait qu’il suffira que la « bulle » crè ve pour que l’économ ie réelle repar te. Cette hypothèse ignor e la suraccumu lation de capitaux réels, et pas seulement financiers , qui explose aujour d’hui. C’est donc auss i sur le réel que bute le redémarra ge de l’économ ie amér icaine et mond iale : insuffisance relative de la deman de globale, mais auss i problèmes de productivité engendrés par l’insuffisant développ ement des capacités humaines. Et, donc, les difficultés de renta bilité dans la production réelle vont s’accentuer .

Limites des réponses traditionne lles

Les baisses de taux d’intérêt ont été faites de par tout sans aucune sélectivité favora ble à l’emploi et à la formation. Elles ont sur tout rendu le cré dit facile pour les opérat ions et placements financ iers (4).

En fait, l’arme des taux d’intérêt , trad itionne llement très efficace pour sor tir de la récess ion, n’arr ive plus à faire repar tir la croissance , tand is qu’elle contr ibue désorma is puissamment à relancer les opérat ions du marché financ ier et l’inflation de ce dernier.

D’où l’enjeu essent iel de la sélectivité de la baisse des taux d’intérêt selon le type d’opérat ion : Ils sera ient d’autant plus abaissés que les invest issement financés à crédit programmera ient emplois et format ions et ils sera ient relevés pour les placements financ iers .

Les baisses d’impôts , quant à elles, accor dées uniformément , favorisent les placements financ iers et immob iliers des riches par ticuliers et des entr eprises, accen tuant les inégalités sociales et les prélèvements nocifs sur la valeur ajoutée . Elles entr etiennent l’insuffisance fondamenta le de la deman de globale mond iale, notamment par le rat ionnement des consommat ions collectives et la fragilisation des ser vices publics. Elles enveniment les problèmes d’efficacité avec l’insuffisance criante de la formation, de la recherche, des équipements et des infrastruc tur es socialement efficaces . Elles poussent aux privatisations des entr eprises publiques.

Etats-Unis : le risque d’un double plongeon

La reprise amér icaine, après une cour te récess ion, présente une faiblesse et des caractér istiques très originales par rappor t aux précé dentes sor ties de récess ion. Les Etats-Unis ne pourr ont pas se contenter des recettes anciennes pour la sauvegarder. Ils vont mettr e l’Europe et le monde entier au défi.Freinage durable de l’investiss ement matériel

  1.  

Précédemment , la sor tie effect ive de la crise conjonctu relle se réalisait grâce , notamment , à l’invest issement matér iel des entr eprises qui jouait vite un rôle moteur .

Cette fois-ci, le rebond a été dû, jus qu’ici, essent iellement à des éléments techn iques comme la fin du déstoc kage et auss i à une rés istance du dynamisme de la deman de des ména ges facilitée par les plus-values immobilières et le cré dit.

Mais les entr eprises demeur ent , elles, extrêmement prudentes et cont inuent de freiner leurs dépenses d’invest issements matér iels, spéc ialement dans les techno logies informat ionne lles. Il n’est pas assuré que la reprise soit plus rap ide et dura ble aux Etats -Unis. Le risque d’un « double dip » (double plongeon) existe, c’est-à-dire celui d’une reprise débouc hant sur une rechute et de l’entrée dans une récess ion encor e plus sévère. Un tel scénario est possibl e pour 2003 .

Alors pour quoi les invest issements matér iels des entr eprises ne repar tent-ils pas ?

Cela tient fondamenta lement aux contra dictions des débuts de la Révolution informat ionne lle sous press ion des exigences de renta bilité financ ière et des marchés financ iers .

Les économ ies de moyens matér iels permises par les nou velles techno logies se conjuguent aux effor ts de réduct ion du coût salarial de l’emploi pour, finalement , entr eten ir l’insuffisance de la deman de globale. Mais ce phénomène est désorma is très aggravé par le fait que ce qui prédomine aujour d’hui dans la croissance des pays riches, à commencer par les Etats -Unis, c’est le progrès des activités de ser vices . Or, celles-ci, étant beaucou p plus économes en moyens matér iels que l’industr ie, donnent beaucou p moins l’occas ion à l’invest issement matériel de jouer un rôle moteur . Quant à l’industr ie ellemême , elle est soum ise à des press ions déflationnistes du fait de l’insuffisance du développement des capacités humaines, notamment dans les pays en développement et émer gents .

S’ajoutent à ces phénomènes fondamentau x d’impor tantes contra dictions engendrées par l’inflation des marchés financ iers . Celle-ci résu lte, avant tout , des pratiques mêmes des grandes entr eprises mises au défi par la Révolution informat ionne lle : pour par tager de façon monopo lisatr ice les coûts très for tement croissants de recherche-développement notamment , elles const ituent des réseau x mond iaux de domination qui rivalisent sur les marchés. D’où les gigantes ques opérat ions de fusionsacquisitions de la fin des années quatr e-vingt-dix qui sont à la racine de l’envolée des cours bours iers et des spécu lations afférentes . Mais avec la chute récente et la volatilité de ces derniers , des moins-values sur acquisitions très impor tantes app ara issent dans les bilans des grandes entr eprises qui rédu isent d’autant plus leurs résu ltats com ptables. Cela en retour fait baisser les cours des actions des entr eprises concernées rendant plus difficiles leurs recours aux financements externes , ce qui pèse d’autant plus sur les projets d’invest issements matériels. Et c’est dans ce conte xte qu’ont explosé maints scanda les (Enron, Worldcom etc .) mettant for tement en cause la confiance de tout le système en lui-même .

La dégradat ion des con ditions de financements pèse, de son côté , en permanence sur le volume de l’invest issement , d’autant plus que l’avenir est plus incer tain et que la profitab ilité hésite.

Toutes les dettes accumu lées au cours des années quatr e-vingt-dix émer gent entra înant , avec la croissance faible, la hausse des défauts , la chute de la notat ion des emprunteurs , une att itude plus restr ictive et plus sélective des banques, au détr iment principalement des PME, mais auss i des entr eprises plus grandes en bute aux problèmes d’illiquidité.

Une reprise a-typiqu e

Les con ditions prévalant dans la reprise actue lle aux Etats -Unis sont très différentes de celles qui ont caracté risé la sor tie des difficultés de la fin des années quatr evingt.

Le poids de la suraccumulation

Comme l’a fait remar quer P. Artus (5), il y a eu peu d’invest issements matér iels avant la récess ion de 1990 Outr eAtlantique. Par contr e, il y en a eu énormément avant celle de 2000.

En 1992-1993, le redémarra ge de l’invest issement matériel a pu êtr e d’autant plus for t aux Etats -Unis qu’à l’époque il était devenu nécessa ire de réaliser d’impor tants invest issements dans des techno logies de l’information et de la commun icat ion arr ivées à matur ité.

Par contr e la situat ion apparaît très différente en 20022003 : les entr eprises amér icaines, ou localisées aux Etats Unis, n’arr ivent toujours pas à purger la suraccumu lation matér ielle et financ ière, tand is que de gros paris technologiques conçus dans le courant des années quatr e-vingtdix apparaissent désorma is comme trop hasar deux.

Endettement durable

Le taux d’endettement des sociétés est beaucou p plus élevé en 2001 qu’en 1993. Pour tant , il n’y a pas de grandes différences entr e les deux périodes pour ce qui concerne le ser vice de la dette pour les entr eprises (6). Cela tient essent iellement au fait que les taux d’intérêt ont été maintenus très bas en 2001-2002, grâce aux inter ventions des banques centra les notamment .

Bien évidemment , en cas de remontée des taux d’intérêt , l’ampleur de l’endettement accumu lé et non résorbé va peser très lour d, à la différence de la période 19901992.

Le prix des actifs demeure très élevé

A la sor tie de la récess ion de 1990-1991, les prix des actifs financ iers et immob iliers , « boostés » au cours des années quatr e-vingt, s’éta ient ajustés à la baisse. Mais ça n’est pas le cas en 2000-2001.

Bien sûr cela empêche l’inso lvabilité de nom bre d’emprunteurs confrontés alors , dans bien des cas , à des problèmes de liquidités (comme dans le cas de Vivendi).

Mais du cou p, une es pèce de cer cle vicieux prend forme entr e le prix d’actifs suré valués exigeant sans cesse des con ditions de profitab ilité élevées dans le réel, alors que celui-ci bute sur des problèmes de renta bilité désorma is, et le maintien de taux d’intérêt réels bas pour que n’explose pas le risque d’inso lvabilité, alors que, pratiqués sans sélectivité favora ble à l’emploi et à la format ion, ces bas taux ne font qu’encoura ger la fuite dans les placements financ iers .

Un déficit extérieur hypertrophié

A la différence des années 1989-1990, qui avaient vu disparaître le déficit des com ptes courants amér icains, les années 2000-2001 sont mar quées par le maintien à très haut niveau de ce déficit (7).

Cependant, il faut voir com bien il exprime une domina- tion croissante sur le reste du monde .

Les Etats -Unis, en effet, ont acquis une énorme avance informat ionne lle dans les années quatr e-vingt-dix, financée par le reste du monde grâce aux privilèges du dollar. Ils ont accru leur spéc ialisation internat ionale sur les biens d’équipement et les techno logies de l’Internet et des sate llites . Sur cette base, ils ont développé une gigantesque offre de ser vices cultur els cou vrant le monde entier (cinéma , enter tainment , édition, etc .) et contr ibuant à accr oître leur hégémon ie cultur elle planéta ire, avec toutes les deman des captives assoc iées de biens réels (produits dérivés notamment) .

De même , ils ont constru it une formidable force de frappe dans les industr ies agricoles, agroalimenta ires et de santé , accrue avec les biotec hnologies.

Mais, du cou p, ils sont devenus for tement impor tateurs de biens de consommat ion ou de produits semi-élaborés (com posants électr oniques, etc .). Cela renvoie, en par tie, aux multinationales amér icaines délocalisées , pour ces productions, dans des pays et zones à plus bas coûts relatifs (Mexique, Asie, etc .).

Une telle spéc ialisation exige et permet un « dollar for t », un dollar qui, en termes réels, est beaucou p plus for t dans la période récente qu’en 1991-1992.

L’Europe a été fortement critiquée par les ONG à Johannesburg.

Grâce à ce système , les Etats-Unis arr osent le monde entier d’expor tat ions de biens soph istiqués à un prix élevé permettant notamment de surrémunér er les dépenses de recherche-développement et de qualification. D’un autr e côté , ils peuvent impor ter des biens beaucou p moins soph istiqués à des prix plus bas.

Mais un tel déficit, s’il est l’express ion d’une domination mond iale, n’en accr oît pas moins, année après année , une dette extérieur e devenue colossa le (8). Cela pose des problèmes de financement beaucou p plus aiguës aujourd’hui qu’au début des années quatr e-vingt-dix.

En 1991-1992, le déficit extérieur des Etats -Unis, en début de cycle d’expansion, a pu êtr e financé sans grande difficulté par appel aux entrées de capitaux. Mais il faut cependant garder en tête com bien la solidarité financ ière exigée par eux (trans fer ts spéc iaux) de l’Arab ie Saou dite, du Japon, et de l’Allema gne, lors de la « Guerr e du Golfe » contr e l’Irak, a facilité ce mou vement .

Pour boucler leurs com ptes extérieurs , ils ont besoin structur ellement aujour d’hui d’entrées mass ives de capitaux.

Celles-ci expriment la domination exacer bée du site de production et des centr e financ iers nor d-amér icains auxquels sont attac hés des pers pectives de rendements impor tants et de croissance maintenue . Elles permettent et exigent un « dollar for t ».

Si les flux de capitaux privés viennent à diminuer, les invest isseurs étran gers achetant moins d’entr eprises ou de titres amér icains ou en vendant, le dollar recule sur les marchés des changes.

Dans ce cas , les banques centra les des principaux pays riches, derr ière celle des Etats-Unis, sont obligées de prendre la relève, car elles détiennent beaucou p de dollars en réser ve et ne veulent pas que ce stoc k perde de la valeur.

Auss i, elles rachètent , à par tir de leurs propres réser ves en devises autr es que le dollar, les billets ver ts dont les invest isseurs privés se défont. Et elles replacent imméd iatement ces dollars en bons du Trésor des Etats Unis.

Cependant, cette coo pérat ion de fait public-privé entr e dominant et dominés, pérennisant la suprémat ie des marchés financ iers et des Etats -Unis, devient très contra dictoire et atte int aujour d’hui des limites .

En effet, tout au long des années quatr e-vingt-dix, les afflux de capitaux aux Etats -Unis sont restés supér ieurs au déficit des com ptes courants de ce pays.

Mais il y a eu récemment des changements impor tants dans la natur e des flux, en liaison avec l’avènement de l’eur o et la rivalité financ ière accrue de l’Union européenne . Les app or ts d’invest issements directs étran gers (IDE)

ont for tement reculé. Par contr e, les achats nets d’obligations amér icaines par les non-résidents ont très for tement augmenté . Cela a contr ibué à alour dir sens iblement l’endettement net des Etats -Unis et donc leur vulnéra bilité face à de for tes hausses de taux d’intérêt (9).

Ce potent iel de contra dictions est très accru par la crise du système même de gouvernance des entr eprises amér icaines et de régulation du marché financ ier des Etats -Unis.

Sans doute ces derniers ne laisser ont pas faire. Déjà, à par tir des enjeux de lutte contr e le terr orisme, ils relancent leur domination militaire avec l’Afghanistan et, désorma is, l’Irak. Mais le consensus dont ils ont besoin chez leurs principaux par tena ires est plus difficile à obtenir qu’en 1991.

De même , ils ne peuvent laisser le dollar fondre comme à la fin des années soixante-dix, même s’ils peuvent en utiliser la menace pour contra indre leurs par tena ires à prendre en charge le fardeau du sout ien de la devise américaine. « L’Eukada » n’avait-elle pas mis à genou le Japon ?

Quoi qu’il en soit le solde des paiements courants des principales régions tota lisés par la B.R.I. (op. cit. p. 31) tradu it une for te montée des tens ions sur le financement et donc une accentuat ion de la rivalité entr e zones pour att irer les capitaux : en 1997, le solde tota l était de –2 milliards de dollars . Il passe à –163 milliards de dollars en 2000 et atte indra, selon le FMI, –213 milliards de dollars en 2002.

Une incer titude for te mar que donc la proc haine période qui va auss i beaucou p dépendre de l’att itude de l’Europe.

Europe : le péril de la croissance « molle »

La conjonctur e des pays de la zone eur o est beaucou p plus mauvaise que ce qui était es péré jus qu’au début de l’été (10).

La comm ission de Bruxelles a abandonné sa prévision du printem ps (1,4% de hausse du PIB pour la zone eur o) et l’a por tée à 1% pour 2002.

De fait, le PIB des douze n’a augmenté que de 0,3% au deuxième trimestr e 2002, selon Eurostat , mar quant un rythme annue l de 1,2% soit le bas de la four chette retenue il y a encor e à peine un mois.

Attractivité financière contre emploi et croissance

Ces résu ltats préoccu pants inter viennent au terme d’une période qui a vu l’Union eur opéenne arc-boutée derr ière l’eur o et la BCE pour rivaliser dans l’attract ion des capitaux avec les Etats -Unis.

Mais cela a vulnéra bilisé bien plus encor e l’Europe.

Les taux d’intérêt réels relativement aux taux de croissance potent iels demeur ent plus élevés qu’aux Etats -Unis.

Et cette configurat ion se conjugue désorma is avec la difficulté des plus grands Etats membr es de l’Union à respecter leurs engagements budgéta ires vis-à-vis de Bruxelles et le Pacte de Stab ilité lui-même .

Quatr e des douze Etats de la zone eur o sont dans une situat ion délicate de ce point de vue. Outr e le Por tugal, déjà visé par une procé dure de sanct ions pour « déficits excessifs » en 2001, l’Allema gne, la France et l’Italie sont placées sous haute sur veillance par Bruxelles. L’Allema gne et la France , qui rivalisent dans les baisses d’impôts et le freinage des dépenses publiques sociales, se trouvent dans une situat ion très com para ble. Toutes les deux se sont engagées à ramener leur déficit à un niveau « proche de l’équilibre » en 2004, mais à con dition d’atte indre une croissance de 2,5% en 2003 et 2004 pour l’Allema gne, et de 3% pour la France (11).

Or, dans les deux cas , les hypothèses de croissance sont revues à la baisse, à for tiori en Allemagne après les inon dations catastr ophiques de l’été .

Mais tout assou plissement significatif du calendrier mettra it en première ligne la BCE alors que celle-ci doit accor der la priorité à la lutte contr e l’inflation dans un conte xte où ce qui com pte dans la rivalité d’attract ion avec les Etats -Unis c’est le différentiel d’inflation entr e la zone eur o et les Etats -Unis. Et cela alors que remontent les problèmes de renta bilité après des années de modérat ion salariale.

Bien sûr, les patr onats et dirigeants eur opéens ne restent pas les pieds dans le même sabot face au risque de fragilisation de la « paix sociale ». D’où la recherche de véritab les unions sacrées pour la com pétitivité des entr eprises, l’attract ivité du terr itoire et le sout ien des capitaux financ iers .

L’avènement de droites populistes beaucou p plus agress ives en Europe, sur les décom bres des tentat ives social-libérales des années quatr e-vingt et quatr e-vingtdix cherche dans ce sens .

C’est vrai par exemple en France où sont mis en place des dispos itifs comme la révision des 35 heur es, celle du Smic, les baisses de charges sociales sur les bas salaires, les contrats -jeunes , de concer t avec la priorité budgétaire accor dée aux dépenses de sécur ité et militaires.

Dans quelle mesur e ces dispos itifs, qui visent par ticulièrement les PME, ne cherchent-ils pas, de façon populiste , à constru ire l’illusion de con vergences d’intérêts entr e tra vailleurs à bas salaires et employeurs de PME à bas salaires pour rallonger la durée effect ive du tra vail, et flexibiliser le plus poss ible les con ditions prévalant dans les tissus de PME sous-traitantes ou fourn isseurs des grands groupes sur le terr itoire ? Dans le même temps , tous les salaires sont tirés vers le bas.

Ces effor ts de recom position sociale et terr itor iale dans la guerr e économ ique ont été mass ivement encoura gés par le passa ge à la monna ie unique qui a accentué la mise en concurr ence des salariés eur opéens et rat ionné le crédit pour l’emploi et la format ion.

Mais ils sont relancés aujour d’hui avec beaucou p de force par la pers pective de l’élargissement en 2004 à des pays d’Europe de l’Est qui disposent d’une main d’œuvre relativement qualifiée à bas coût salarial.

Cela contr ibue à envenimer les divisions intra eur opéennes et les effor ts rivaux pour gagner en productivité apparente du tra vail, en com pétitivité-coût contr e l’emploi, la format ion, la recherche, les salaires et pour rat ionner les dépenses publiques sociales. Ce sont des effor ts titanesques en ce sens qui ont été con duits en Allemagne depuis le choc de la réun ificat ion, alors même que le pays subissait de formidables sor ties de capitaux (12).

Tout cela a mis l’Union eur opéenne « K.O. debout », accentuant son retar d informat ionne l par rappor t aux Etats -Unis.

La revendication que l’on enten d à nou veau grand ir d’une baisse des taux d’intérêt de la BCE exprime les difficultés et les besoins de sout ien. C’est ainsi que le Chance lier autr ichien démissionné Wolfgang Schüsse l vient de suggérer une baisse d’au moins 0,25 point. Mais ces deman des viennent buter sur l’expérience des années 1997-2001 où les taux d’intérêt avaient for tement baissé sans aucune sélectivité et n’ont ser vi qu’à ouvrir les vannes du cré dit pour les placements financ iers et les expor tat ions de capitaux Outr e-Atlant ique.

Comment , dans ces con ditions , s’étonner de voire, d’un côté , grand ir les rivalités d’intérêt avec les Etats -Unis et les velléités de rés ister à leurs injonct ions , et, de l’autr e, les capitulations des dirigeants eur opéens minés par leurs propres divisions face à l’act ivisme amér icain, car tous acquis à la domination des marchés financ iers .

Le besoin de nouvelles convergences

Jamais comme aujour d’hui l’Europe n’a été autant sollicitée par les pays en développement et émer gents face à la double domination des marchés financiers et des Etats -Unis.

On l’a vu encor e d’une cer taine façon lors du sommet de Johannes burg où elle a été for tement critiquée par les ONG, mais auss i, de façon nou velle, interr ogée par des officiels, comme le Président Chirac, non sans démagogie d’ailleurs .

Cela se produit dans un conte xte où semb le plus se développer que naguère la con vergence entr e les revendicat ions écologistes et les reven dicat ions sociales, moyennant une mise en cause des multinationales ellesmêmes .

Bien sûr cette protestat ion s’est heur tée au refus des dirigeants eur opéens de faire écho, face aux Etats -Unis, à ces exigences nou velles jus que dans des propositions, sans com pter les effor ts de récupérat ion par les dirigeants des multinationales eux-mêmes for tement présents à Johannes burg.

Ce mou vement qui, de Por to Alegre à la capitale sudafricaine, commence à con verger vers la mise en cause des choix des multinationales et des Etats -Unis demeur e sur tout , cependant, protestata ire. Ignorant la poss ibilité d’alternat ive par la créat ion monéta ire et le cré dit sélectifs au financement par les marchés financ iers , il exprime sur tout , pour le moment , une démar che délégataire pour obtenir des Etats et de leurs ententes des corr ections des effets sociaux ravageurs engendrés par la domination des marchés au lieu de décisions commençant à les dépasser. On mesur e ici l’impor tance que peut revêtir pour l’essor et l’efficacité de ce mou vement les réflexions présentées dans le dernier livre de Paul Boccara (13) à propos d’un nou veau cré dit sélectif pour sécur iser l’emploi et la format ion à par tir d’une créat ion monéta ire par tagée, ou encor e à propos de nou veaux critèr es de gest ion et de coo pérat ion, notamment dans les entr eprises publiques. C’est encor e les propositions visant à réor ienter profondément la BCE pour promou voir l’eur o comme monna ie commune de coo pérat ion, notamment dans le cadre de nou veaux plans de type Mars hall sans domination vis-àvis des pays du Sud et de l’Est, dans le sens d’une nouvelle alliance pacifique de co-développement face aux Etats -Unis. C’est enfin, à l’app ui de l’exigence d’une réforme rad icale des inst itut ions monéta ires internat ionales (FMI etc .), la promot ion d’une monna ie commune mond iale alternat ive au dollar (D.T.S.) Ÿ

  1. La production avait baissé en 1991 aux Etats-Unis et dans les autres grands pays anglophones, mais seulement deux ans plus tard en Europe continentale et au Japon.
  2. En juillet, la production industrielle a reculé de 0,4% ; le taux de chômage est au plus haut avec 5,4% ; les ventes de détail ont elles aussi reculé dans un contexte de baisse régulière des salaires ; les prix ont à nouveau diminué de 0,8%, soit la 25ème baisse mensuelle consécutive.
  3. Aux Etats-Unis, début 2002, les prix dans l’industrie manufacturière enregistraient une baisse de 1% sur un an, alors que dans les services, sur la même période, les prix marquaient une augmentation de 3%. Dans la zone euro, sur un an, à fin juillet 2002, les prix à la production ont diminué de 0,6%. Début 2002, les prix dans l’industrie manufacturière ont augmenté de 1,5% sur un an, contre 2,75% dans les services.
  4. Dans Le Monde du 2 juillet 2002, P.A. Delhommais, dans un article intitulé « la dialectique de la Bourse et de la monnaie », demandait : « les achats d’actions auraient-ils été aussi aisés, frénétiques et aveugles si l’argent n’avait à ce point coulé à flots, si les vannes monétaires n’avaient été si grandes ouvertes et les liquidités si abondantes ». Il ajoutait à propos des taux d’intérêt : « il est devenu presque inconvenant, quasi immoral et anti-social, de les relever ».
  5. P. Artus. Flash recherche. n° 2002.69-28/03/02. CDC-IXIS. Il note ainsi que, avant 1990, le taux d’investissement était de 6% du PIB aux EtatsUnis, tandis qu’il atteignait 12% du PIB avant l’an 2000.
  6. P. Artus. Op. cit. ibidem. L’auteur pointe les différences de niveau des taux d’intérêt à court et long terme aux Etats-Unis aux deux périodes.

 



 

 

2000-2001

1992-1993

Feds funds

1,75%

3%

Taux à dix ans

5%

6%

8 .En 1990, la dette extérieure nette des Etats-Unis est de l’ordre de 200 milliards de dollars. En 2002, elle atteint 2 700 milliards de dollars (multipliée par 13,5).

Ce fait se conjugue à la poursuite de la détérioration de la situation des Etats-Unis pour les revenus nets au titre des investissements. Le déficit de ce poste s’est élargi avec l’érosion des bénéfices des sociétés étrangères sous contrôle américain alors même que, fin 2000 déjà, en valeur de marché, le stock d’IDE sous contrôle américain était inférieur aux actifs américains sous contrôle étranger. (cf. Banque de règlements internationaux, 72ème rapport annuel p.33).

  1. Les hypothèses retenues depuis le sommet de Lisbonne étaient le retour au « plein-emploi »" dans les dix ans, un taux de croissance annuel moyen de 3%, l’ambition de devenir l’économie la plus compétitive et la plus en pointe en matière de révolution informationnelle dans le monde.
  2. Les ministres des Finances des quinze réunis en Conseil informel à Copenhague les 7 et 8 septembre derniers ont certes constaté que de tels objectifs paraissent désormais irréalisables. Mais pas question, cependant, de changer d’orientation : le Pacte de Stabilité et la toute puissance de la BCE ne sont pas caducs. F. Mer, le ministre français, a assuré qu’il fallait « garder le cap », même si les uns et les autres concèdent qu’il faut y mettre plus de souplesse.
  3. La part des profits dans le PIB est remontée à 33% l’an dernier contre 30% en 1993 en Allemagne. Ceci a marché de pair avec un effort pour faire descendre les coûts unitaires de main d’œuvre à 95% de leur niveau de 1991, alors même qu’ils avaient crû de 20% par rapport aux 22 principaux pays industrialisés entre 1991 et 1995.
  4. P. Boccara. Une Sécurité d’emploi ou de formation. Le temps des Cerises. 345 p. Paris. Septembre 2002.