Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Allemagne : la fuite en avant de Gerhard Schröder

La réforme des retraites avancée aujourd’hui par le gouvernement all emand s’inscrit dans un projet de réforme globale de l’État provid ence baptisé « Agenda 2010 » par le chanc elier Schröder.

La démar che obéit à la cohérence libéra le définie lors des dern iers sommets eur opéens et notamment à Lisbonne , il y a deux ans , qui prévoyait une déréglementat ion des marchés du tra vail, une baisse du coût du tra vail et des press ions accrues sur les chômeurs sous prétexte de par venir « au plein emploi » d’ici la fin de la décenn ie. D’où la référence à 2010 du chance lier. D’où auss i la convergence et la simultané ité des atta ques antisociales dans la plupar t des pays de l’UE.

Sur les retra ites proprement dites l’Allema gne possè de en fait une longueur d’avance , le projet actue l venant en fait relancer une trans format ion propulsée dès 2001. Et elle « bénéficie » donc déjà d’une cer taine « expérience de la réforme » qui, à sa manière, révèle les engrenages catastr oph iques que s’effor cent de camou fler aujour d’hui les autorités frança ises. Baptisée réforme Riester du nom d’un ex ministre du tra vail du premier gouvernement Schröder (1998 2002), la réforme préten dait en effet sauver le système basé comme en France sur la répar tition en y distillant « une dose de ca pitalisat ion. » Le montant des pensions sera diminué à par tir de la prochaine décenn ie de 6% et ramené ainsi de 70% à 64% de l’ancien salaire net , l’objectif étant d’inciter les salariés à souscr ire une assurance privée pour financer un maintien d u niveau d e leurs futur es

retra ites . D’où une ruptur e avec la politique de finance ment dite paritaire du système : sous couvert de « préser ver, just ifiait l’ex ministre, la com pétitivité du « Standor t Deutschland » (lieu de production Allemagne) », les patr ons sont exonérés de toute charge nou velle quan d les salariés sont chaudement invités à épargner pour se préser ver une retraite décente . L’assurance qui permet d’acquérir la rente com pensatr ice peut êtr e souscr ite individuellement ou au pr ès d’un fon ds de retra ite com plémenta ire maison, comme il en existe déjà dans cer taines grandes entr eprises alleman des, le salarié bénéficiant de ristournes fiscales quan d il se décide à placer son épargne de cette façon .

Deux ans plus tard le bilan est désastreux

Le déficit des caisses s’est aggravé dans des proportions jamais atte intes . Sur fond de stagnation économ ique le chômage n’ayant cessé de croître l’Allema gne com pte désorma is officiellement plus de 4,6 millions de personnes privées d’emploi -, le nom bre de cotisants n’a cessé , lui, de diminuer. Mais la mauvaise conjonctur e n’est pas la seule en cause . S’y ajoute les effets « per vers » de la réforme Riester elle-même . Celle ci a accé léré en effet l’assèc hement des caisses publiques , les fon ds que les salariés étaient con viés à souscr ire dans des assurances com plémenta ires privées étant , de fait, détournés vers les marchés financ iers .

Y com pris de son propre point de vue la réforme est un échec puisque le nom bre de salariés acce ptant de souscr ire une épargne pour leurs vieux jours est resté rédu it. « La stagnation, voire la chute du pouvoir d’achat enr egistrées ces dernières années avec les politiques dites de « modération salariale », souligne un syndicaliste, a con duit beaucou p d’entr e eux à acce pter bon gré mal gré la baisse de leurs futur es pens ions et à renoncer à se cou vrir de cette manière. »

Aujourd’hui, ce terrible bilan ne donne lieu à aucune remise en cause.

Bien au contra ire. La comm ission Rüru p , un comité ad hoc chargé par le chance lier de planc her sur le dossier des retra ites , invite à opérer une véritab le fuite en avant. L’âge de dépar t sera it repor té de 65 à 67 ans . Et le montant des futur es pensions sera it encor e revu à la baisse avec l’entrée d’un rat io démo graph ique dans leur mode de calcul. Sachant que les salariés se voient infliger des pénalités (–3,6% par an) quan d ils n’effectuent pas 45 annu ités ou quan d ils par tent avant l’âge légal (65 ans aujour d’hui et 67 ans demain en cas d’adoption de la nou velle réforme) , on mesur e, au final, le niveau d’amputat ion de leurs futur es retra ites . L’object if de la man œuvre est natur ellement la pers pect ive d’une vieillesse de misèr e si les retra ités n’éta ient cou ver ts que par une retra ite « de base » par répar tition rédu ite assurée par les caisses publiques . Cela rendrait incontourna ble, aux yeux de la masse des salariés, la nécess ité de souscr ire des contrats privés. Et dégagerait ainsi la voie à un système où la ca pitalisat ion est amenée à prendre une place de plus en plus prépondérante .

Dans « l’agenda 2010 » l’assurance maladie est appelée à sub ir une réforme du même type : la fin du « paritarisme » est également à l’ordre du jour avec la programmat ion d’une formu le qui con duirait les salariés à pren dre eux-mêmes à leur charge une assurance les cou vrant pour les risques de longue maladie. Au-delà de la période de 6 sema ines durant laquelle chacun perço it un congé maladie dont le montant est égal à son salaire. Enfin pour parac hever ce plan de démo lition des acquis sociaux, la durée et le montant des indemnisations chômage sera ient revus très nettement à la baisse ainsi que les protect ions légales ant i-licenc iements (le montant notamment des indemnités que les salariés étaient en droit d’exiger jusqu’ici étant lui auss i révisé de façon drast ique).

Dans le conte xte de récess ion avec explosion des déficits publics et sociaux, le gouvernement espère ainsi « assa inir » la situat ion budgétaire tout en relançant la com pétitivité des entr eprises alleman des avec l’écrasement des salaires directs ou indirects . Les dispos itions prévues également par la réforme pour torp iller les accor ds tar ifaires nationau x (con ventions collect ives ) au bénéfice de négociations salariales entr eprise par entr eprise, sont dest inées à accé lérer opp or tunément la tendance .

Gerhard Schr öder fait preuve de déterm inat ion pour faire passer cette potion. Il a obtenu le 1er juin le ralliement de la majorité de son propre par ti lors d’un congrès extraordinaire du SPD. Non sans peser de tout son poids en se livrant notamment à un chanta ge répété à la démission au cas où son agenda ne sera it pas adopté. Il n’est pas parvenu pour autant à surmonter le malaise qui s’est fait jour au sein de la base syndicale de son propre par ti. Les rés istances soc iales cont inuent de s’affirmer, plusieurs syndicats promettant un automne chaud. Et partout on souligne de ce côté là com bien la fuite en avant social-libérale du chancelier et de son gouvernement , loin de soigner le malade, risque au contra ire de précipiter l’Allema gne dans la déflation.