Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Le gouvernement doit négocier sur un autre projet de réforme

 

EDITORIAL

Ils ne passeront pas !

éd itori a l

 

Le gouvernement dévoile ses intent ions . Apr ès avoir longuement tergiversé avec les organisations syndicales, apr ès les avoir enten dues sans jamais les écouter , apr ès avoir mielleusement fait croire à une pédagogie du bon sens , après même avoir osé la cam pagne publicitaire aux frais du contr ib ua ble p our d éfen dr e sa p olitiq ue au pr ès d es citoyens , il soumet au Parlement un projet de loi por tant réforme des retra ites régress if, et même sou vent en contra diction avec ses propres déclarations publiques .

 

Fon damenta lement , le projet s’organise sur deux axes :

Accr oître la durée de cot isation des tra vailleurs et baisser le niveau des pens ions , quel que soit leur secteur d’activité.

Encoura ger le développ ement de formu les de capitalisation.

 

Ils sont com plémenta ires. En effet, l’avancée du premier objectif encoura gera le recours – illuso ire – à la ca pitalisation pour tenter de com penser la diminution des pens ions .

Parfaitement orchestrée , la période de mise en oeuvre de la réforme , qui cour t jus qu’en 2020, est lour de de menaces . De nou veau x rappor ts pr écon isant l’allongement supp lémenta ire de la durée de cotisation et incitant au recours à la capitalisat ion ponctuer ont le renforcement de cette politique.

En bref, cette réforme constru it le sacca ge systéma tique de notr e système de retra ite par répar tition dont il faut rappe ler qu’il a const itué une avancée sociale histor iquepour promou voir une financ iarisation dou blée d’une mar chan disation de la retra ite. Elle organise à cet effet, une déso lidarisat ion entr e les générat ions avec l’objectif d’inciter individuellement chaque salarié à recour ir aux fon ds de pens ion.

Mais faut-il s’étonner de cette orientat ion venant d’un gouvernement de droite ? A l’évidence non. La réforme des retra ites est en grande cohérence avec l’ensem ble des projets gouvernementau x. Ins pirés directement par le MEDEF, ceu x-ci por tent les stigmates des dogmes du libéra lisme . Or, que nous dit cette doxa ?

Le capital est premier, l’homme est second . C’est au nom de cette idéologie qu’a été inst itué le Pacte de stab ilité issu du tra ité de Maastr icht avec ses consé quences , à savoir réduct ion de la dépense publique et des prélèvements obligato ires, press ions sur les salariés, licenc iements , précar ité, etc.

 

Pour cette raison, il faut insister sur la motivation profon de de ce projet de société de la droite qui inspire les actes du gouvernement : remo deler profondément et dura blement les structur es de la société frança ise pour l'adapter aux exigences d’une construc tion eur opéenne inféo dée à une BCE qui a pour seul souc i le tau x de profit et les mar chés financ iers .

Cette logique n’a pas échappé aux nom breux salariés, du public comme du privé, qui se sont , ces dernières sema ines , mass ivement mob ilisés . Grèves et manifestat ions se sont multipliées . L’am pleur de la contes tat ion est sans pr écé dent depuis le grand mou vement de no vem br e-décem br e 1995 qui avait fait reculer le gouvernement d’Alain Jupp é.

Le 13 mai, le 25 mai, le 3 juin des millions de salariés se sont réun is dans l’ensem ble de la France pour exprimer leur désa ppr obation vis à vis de la réforme concoctée par le gouvernement Raffarin. Le 10 juin, jour d’ouver tur e des débats à l’Assemb lée Nationale, cette mob ili sat ion for te et d éterm inée s’est confirmée ..

 

Contra irement à ce que pr éten d Franço is Fillon, Ministre des affaires sociales, prouvant là, une nouvelle fois, à quel point le gouvernement se montr e incapable d’écouter , voire d’enten dre, le messa ge qui lui est adressé par la rue, les manifestants n’expriment pas le refus de s’engager dans une réforme des retra ites . Bien au contra ire ! A l’image des millions de salariés eur opéens , en par ticulier italiens , autr ichiens et allemands , qui ne sont pas, eux non plus, restés inact ifs face aux projets de leurs gouvernements res pectifs, ils refusent simplement le rôle de spectateur au quel on semb le vouloir les cantonner . Ils refusent d’acce pt er la démo lition programmée de leur modè le social.

Tous s’accor dent sur le fait qu’il faille entr epren dre une réforme . Pour autant , Cela n’implique pas que l’on ne puisse pas débattr e de son contenu ou que les termes du débat soient arbitrairement imposés par le gouvernement

 

« Il n’y a pas d’alternat ive à ce projet » ne cesse de répéter Franço is Fillon. Chaque journée de mob ilisation suffit pour tant à prouver le contra ire. La rue est en tra in d’écr ire un autr e projet. Les propositions alternat ives se multiplient en provenance d’horizons divers . Syndicats , économ istes , sociologues , forma t ions p oliti q ues , etc . d é v e lo pp ent d e p ui s d e nom br euses années , en effet , d es d émar c h es construct ives en marge de la pensée unique libéra le et catastr ophiste. Pour sa par t le PCF, par tie prenante de ce large mou vement , deman de le retra it du projet Fillon et a pr ésenté ses propositions alternat ives de réforme visant à sécur iser la retra ite en sécur isant l’em ploi et la format ion avec un financement dynamique pour avancer dans ce sens .

Les député-e-s et les sénateurs commun istes , qui ne pr éten dent pas au monopo le des bonnes idées , ont, pour ce qui les concerne , success ivement remis à Franço is Fillon et Jean-Pierr e Raffarin une série de propositions centrées autour d’un cer tain nom bre d’idées-clefs : modu lation des cotisations patr onales en fonct ion de la par t des salaires dans la valeur ajoutée , taxation des revenus financ iers , élargissement de l’ass iette des cotisations pour pren dre en com pte les revenus (stoc k-options, par exemple) non soum is à cotisation…

Tous , nous avons consc ience que notr e système de retra ite par répar tition ne pourra êtr e sau vegardé, conso lidé et demeur er un out il au ser vice du progrès social, que si et seulement si, est menée une politique volontar iste et audacieuse en matière d’em ploi avec la promotion d’un nouveau crédit bonifié incitatif.

Ce qui implique de rom pre auss i avec la logique du social-libéra lisme et avec les politiques du passé , par ticulièrement celle pr atiquée de 1997 à 2002.

Non, la réforme du gouvernement n’est définitivement pas motivée par des cons idérat ions d’intérêt généra l. Parce qu’elle por te le sceau de la régress ion sociale, parce qu’elle met en péril le modè le social mis en place à la Libérat ion, elle app elle l’implication de nous tous et de nous toutes .

 

Nous sommes en définitive face à un choix de société d’une impor tance cruc iale qui exige que les salariés et citoyens s’emparent de tous les aspects du doss ier, et n’en laissent aucun , fut-il techn ique, aux exper ts du MEDEF et de tous les états -majors libérau x ou sociaux libérau x . Des alternat ives existent et sont exprimées , elles ne peuvent plus êtr e ignorées . La mob ilisation ne faiblit pas malgré les cam pagnes de désinformat ion. On leur a fait le cou p en 1993 avec la réforme Balladur, doréna vant, les França is ne sont plus dupes. Ils ne veulent plus êtr e pr i s en ota g e !

C’est pour quoi, si le gouvernement ne v eut p as pren dre le risque d’un bloca ge, il d oit ret irer son pr ojet et ou vrir, sans tar d er, et dans un véritab le es pr i t d e d i alogue, la négociation en l’élargissant à l’ensem ble de la société civile.

Michelle DEMESSINE

membre du Comité exécutif national du PCF