Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Le coup du coût du travail

Le cabinet patronal d’études économiques COE-Rexecode vient de publier une enquête qui a peu de chances d’être reprise par les grands médias et par nos libéraux et socio-libéraux de service. A partir des données publiées par Eurostat, le service statistique européen, les têtes d’œufs du cabinet montrent que début 2014 le coût de l’heure de travail dans l’industrie manufacturière française a nettement décroché par rapport à l’Allemagne. Entre 2012 et 2014, il est passé outre-Rhin de 36,13 à 38,49 euros, augmentant de 6,2 % contre une hausse 36,10 à 36,81 euros et de 2 % seulement en France. A quand les gros titres à la Une des quotidiens, les sujets d’ouverture aux infos de 8 ou de 20 heures ? Alors Patrick Cohen, David Pujadas, François Lenglet, on roupille ?
Certes, au total, si l’on ajoute les services à l’industrie, le coût de l’heure de travail est plus élevé en France – 35,56 contre 32,84 euros –, mais cela tient au fait qu’outre-Rhin l’emploi dans les services y est particulièrement précarisé. La comparaison des seuls coûts industriels est d’autant plus légitime que les services sont beaucoup moins soumis que l’industrie à la concurrence internationale. Le coiffeur parisien n’est guère menacé par son collègue de Munich ou de Bucarest.
Le sujet mérite pourtant qu’on s’y attarde. En dépit de ce décrochage, l’industrie française ne redresse pas la tête et ses comptes. Le recul de notre déficit extérieur constaté au 1er semestre 2014 est essentiellement dû à la baisse des importations énergétiques. Il n’y a pas d’amélioration notable de notre équilibre commercial. L’échec est d’autant plus patent que le crédit d’impôt prévu par le gouvernement pour les entreprises, qui vise à réduire le coût du travail, monte en puissance depuis le 1er janvier 2013. Il a permis aux entreprises de bénéficier l’an dernier d’un cadeau de près de 5 milliards d’euros. Ne devait-il pas selon François Hollande et son équipe améliorer la compétitivité de la France ?
En vérité, cette affaire du coût du travail a valeur d’exemple. Elle illustre une réalité : la plupart des indicateurs utilisés par les « accros » à la croissance financière, les spécialistes de l’informatage pour évaluer les performances des différents pays, doivent être revisités. C’est particulièrement vrai pour le coût du travail. Isolé du mouvement d’ensemble de l’activité humaine il n’a pas de sens. Autrement, cela signifierait que la Bulgarie, ou la Roumanie où le coût de l’heure de travail dans l’industrie manufacturière est respectivement de 3,13 et de 4,07 euros seraient les champions européens de la compétitivité.

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