Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Face à Sarkozy : une initiative nationale de riposte(1)

Audelà du rôle joué par les syndicats, la riposte à organiser d’urgence est aussi de nature politique : porter en avant des revendications et agir pour les faire triompher grâce à un rassemblement aussi large et efficace que possible. Cela implique de lier les mobilisations du monde du travail et des couches populaires avec :

  • d’une part : une argumentation claire et convaincante sur les responsabilités du capital et de la politique du pouvoir,
  • d’autre part : des propositions alternatives resituées dans une perspective de transformation radicale de la société et faisant sens.

Ceci implique enfin un effort de conviction pour montrer la nécessité et l’efficacité du rassemblement des salariés, des exploités et de toutes les victimes de cette société de l’argent roi pour une perspective transformatrice. Evidemment, la réussite de ce processus de riposte suppose aussi une élévation forte de la qualité de la bataille d’idées.

La riposte doit se développer sur deux axes :

  • favoriser des rassemblements larges pour combattre des mesures précises , contribuer à leur succès et à l’enrichissement de leur contenu politique (ex. des franchises médicales),
  • construire une initiative plus globale, plus ambitieuse afin de commencer à casser l’emprise de la politique sarkozienne sur l’opinion publique et la tétanisation de celles et ceux qui veulent s’y opposer ; notamment en démontrant leur incapacité de répondre aux problèmes qui assaillent la majorité de la population. C’est le sens de la proposition d’initiative nationale avancée par M.-G. Buffet pour provoquer un sursaut, faire en sorte que des voix nombreuses s’élèvent pour casser l’esprit de fatalisme.

N. Sarkozy veut ouvrir une phase nouvelle dans la gestion du pays au service des intérêts du grand capital.

Il s’agit notamment de lever les blocages à l’adaptation plus étroite de l’économie et de la société française à la mondialisation financiarisée et à la mise en concurrence exacerbée des salariés, des peuples et des territoires qu’elle implique. Le droit du travail serait trop rigide, les garanties collectives des salariés trop importantes, les charges et la fiscalité des entreprises seraient un fardeau pour l’envolée des profits. Il faudrait rendre la France encore plus «attractive» pour les investisseurs etc.

Ce plan vise à «reconfigurer» la société pour qu’elle colle au plus près des exigences du capital et des multinationales. Cette orientation à la cohérence redoutable , touche tous les domaines, elle est présentée comme la seule voie possible pour sortir le pays de l’ornière.

En partant de vrais problèmes à traiter, ces réformes régressives veulent donner le sentiment qu’on apporte des solutions et permettre à N. Sarkozy de capter la volonté de rupture à son profit.

Face à cela, il ne s’agit pas de défendre le statu quo alors que la rupture est, en effet, nécessaire mais dans une immense novation pour le progrès humain. Et cela dans un contexte où les mentalités ont été remodelées sur la base de la crise elle-même :

 

Mener la contre offensive idéologique

Le pouvoir d’achat est en berne, les augmentations collectives réduites à la portion congrue tout comme le déroulement de carrière ou la reconnaissance des qualifications dans leur volet collectif. Dans le même temps, le développement des technologies informationnelles est conçu et mis en oeuvre en favorisant les processus d’individualisation alors qu’il appelle un nouvel âge de la coopération entre les salariés. S’ancre ainsi l’idée que les solutions collectives ne sont pas la voie efficace et qu’il est peut être plus opérant d’essayer de tirer seul son épingle du jeu. Par exemple en entrant dans la logique de l’individualisation des salaires, en jouant le jeu du «travailler plus pour gagner plus». Cela accentue le climat du «chacun pour soi contre tous les autres» qui traverse la société de compétition permanente que structurent le libéralisme et la guerre économique.

La «proposition» récemment faite aux fonctionnaires selon laquelle la suppression d’emplois (25 000 suppressions de postes) leur permettrait d’être mieux payés est de ce point de vue symptomatique

De même, la menace du chômage et la stigmatisation des chômeurs accentuent la peur du déclassement dans des catégories entières de la population. On prétend qu’une partie des «sans emploi» le resterait volontairement alors que l'on pourrait exorciser le chômage si on en avait la volonté (individuelle) et si on allègeait les «contraintes» des entreprises. D'où l'opposition des catégories entre elles: les salariés «stables» contre les chômeurs et les précaires (et cela fonctionne dans les deux sens avec l'idée que le droit du travail protège trop les premiers au détriment des seconds), les fonctionnaires contre tous les autres etc.

On comprend également comment cela donne du poids à l'assimilation des salariés au modèle des entrepreneurs qui gagnent. On ne s'en sort pas avec les salaires collectifs mais on peut peut être profiter nous aussi de la financiarisation. 6 millions de personnes possèdent des actions, la part de l'interessement dans le revenu a largement augmenté parmi les salariés notamment dans les grandes entreprises ainsi que les plans d'épargne salariale abondés. Evidemment cela crée une nouvelle contradiction dès lors que les actions et les dividendes montent d'autant plus que les salaires sont bloqués et que l'emploi est diminué !

Ces efforts d'intégration, qui sont à l'oeuvre depuis des décennies, ont d'autant plus de poids aujourd'hui dans une économie où les services sont devenus dominants, dans des entreprises dont les contours sont flous et fluctuants au gré des externalisations, filialisations ou fusions...; et où l'organisation du travail repose sur la mise en concurrence, la gestion par le stress etc.

On voit ainsi comment la division des salariés, la systématisation de leur mise en opposition constituent un axe structurant du remodelage en cours. Cela montre à contrario à quel point travailler à leur rassemblement pour mettre en évidence la réalité de leur communauté d'intérêt.

Nous pourrions aussi faire la même démonstration à propos de «la France de propriétaires». La majorité des «ménages» (au sens de l'INSEE) est propriétaire de son logement. Ce qui ne va pas sans difficultés: prix du foncier et des logements, coût du crédit et difficulté d'y accèder etc. d'où la sensibilité à propos de la déductibilité des intérêts... Mais dans le paysage mental, cette aspiration largement partagée peut conduire à une assimilation d'intérêts avec la logique patrimoniale des rentiers et des vrais propriétaires du capital.

Cette volonté de jouer sur le ressort d'une alliance entre le capital et les petits propriétaires est une des caractéristiques de la tradition bonapartiste de la droite française dans laquelle se coule Sarkozy.

L'«hyperprésidentialisme» est la traduction politique de la nouvelle ère de la gestion du pays au service plus étroit des intérêts du capital monopoliste et financier. Il peut semer l'illusion (c'est encore le cas en cette rentrée) qu'il y a un  «boss» à la tête du pays capable de prendre les problèmes à bras le corps.

La construction d'une perspective transformatrice aussi bien que la riposte immédiate doivent, dans un même mouvement démonter les mécanismes d'intégration idéologique et avancer une argumentation des propositions convaincantes, une vision du vivre ensemble et de l'avenir qui fassent sens.

Conjuguer riposte immédiate et construction de la perspective

C'est pourquoi la riposte à mener doit faire l'objet d'initiatives sur quelques questions particulièrement importantes et sensibles sur lesquelles il est possible de construire des rassemblements larges (ex. des franchises médicales et de l'appel de 50 organisations...)

Elle doit se traduire par une initiative nationale visible, donnant cohérence à notre argumentation, à nos propositions, à notre vision alternative de l'organisation sociale.

Elle devra reposer sur un effort d'anticipation systématique en prenant en compte le calendrier des initiatives gouvernementales et patronales.

Elle vise à créer une dynamique, impulser un mouvement. Mais celui-ci est au service de tous ceux qui veulent se battre et qui veulent le faire en restant eux-mêmes.

Nous devons donc concevoir tout le processus dans cet esprit de rassemblement, au service de tous.

C'est pourquoi nous devrons le présenter, dans un esprit d'ouverture, à des forces politiques, des associations, des syndicalistes, susceptibles d'en être partie prenante.

Bien sûr pour la réussite maximale, l'effort de conviction auprès des salariés et citoyens sera déterminant. En ce qui concerne les syndicats, ceuxci sont animés par une volonté d'indépendance que nous entendons respecter,. nous devons leur présenter notre initiative afin qu'ils en comprennent bien le sens et qu'ils puissent percevoir à quel point l'intervention spécifique du politique dans ces questions sociales, économiques et sociétales est une aide à leur propre combat.

Ceci vise à créer une dynamique, impulser un mouvement ■

(1) Article reprenant des extraits du rapport de Alain Obadia au collectif «riposte» du 28 août 2007

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