Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Quand l’Union européenne préfère la libre circulation des marchandises à celle des hommes

Épousant la tendance du temps, la Commission européenne et la majorité libérale-sociale et sociale-libérale du Parlement européen ont décidé d’agir contre les émissions de gaz à effet de serre, en particulier dans le domaine des transports.

Rappelons que sur le territoire de l’Union européenne, les transports représentent plus 28 % des émissions de CO2. La contribution carbone des transports se décomposant en 84 % provenant des transports routiers, 13 % de l’aérienne, 3 % du ferroviaire et du fluvial.

Dans la part des émissions de CO2 dues au transport routier, le transport de marchandise occupe une place plus que prépondérante. On pouvait donc attendre de la part de la Commission qu’elle soit à l’initiative de mesures limitant drastiquement l’usage des camions pour le transport des marchandises en favorisant massivement le ferroviaire et le fluviale.

Malheureusement la Commission et la majorité du Parlement européen n’envisagent que des mesures cosmétiques en la matière.

Par contre la politique de mise en concurrence sauvage et de privatisation des entreprises ferroviaires se poursuit avec son lot de fermeture de triages, de gares et de lignes aux frets. Rien n’est fait pour encourager le développement de l’usage de wagons isolés de marchandise.

On ne touche pas en Union européenne à la liberté de circulation des marchandises, ni aux lobbys du patronat de la logistique et du transport routier.

Pour sauver la face, la Commission et la majorité du Parlement européen ont trouvé une tête de turc à jeter en pâture à l’opinion : le transport aérien et par là la libre circulation des hommes.

En effet les institutions européennes ont décidé de limiter les droits d’émission de CO2 des compagnies aérienne à 75 % (et non plus 100 %) de leur moyenne annuelle sur la période 2004-2006 d’ici 2010.

Pourtant le trafic aérien mondial – non pris en compte par le protocole de Kyoto – ne représente que 3 % des émissions planétaires de CO2 dues aux activités humaines.

Certes le trafic aérien est en pleine croissance, on assiste d’ailleurs à une véritable démocratisation de l’usage de l’avion, du voyage, permettant une circulation plus libre des Hommes. Mais les nouveaux modèles d’avions sont de moins en moins polluants et bruyants : ils consomment 70 % de kérosène de moins qu’il y a trente ans et leur impact sonore a baissé de 30 décibels.

Ainsi l’Airbus A380 consomme par passager moins de 3 litres au 100 km

C’est pourquoi malgré une augmentation spectaculaire du trafic aérien, les émissions de gaz à effet de serre des avions ne suivent qu’une croissance logarithmique. Les technologies en cours de développement permettront en 2020 de produire des avions qui émettront 50% de moins de CO2, 80 % de moins de Nox, avec une nuisance sonore réduite de 50 %. Comme pour les questions de sécurité aérienne, le problème central se focalise donc autour du renouvellement et de l’entretien des flottes des compagnies aériennes et des conditions de travail des personnels.

Or les solutions libérales qui consistent à dresser des listes noires, à organiser un marché des émissions de CO2 ou à instaurer une taxe kérosène qui frappera avant tout les usagers les plus modestes, ne résolvent aucun des problèmes posés par le développement nécessaire du trafic aérien, particulièrement en Asie et en Afrique.

Par contre une action de l’Union européenne favorisant au niveau mondial le renouvellement des flottes, une meilleure maintenance des appareils et de meilleures conditions de travail des personnels, ainsi que la recherche & développement dans le secteur aéronautique serait bien plus efficace pour combattre les émissions de gaz à effet de serre(1).

Aux États-Unis, la NASA est en train de faire des essais de carburant substitutif au kérosène à base de culture d’algue maritime. Une surface sous-marine équivalente à celle de la Belgique suffirait à alimenter toute la flotte mondiale d’aéronefs. Qu’attendent la Commission européenne et le gouvernement français pour impulser de telle recherche sur le territoire de l’Union européenne ?

Mais peut être que plus fondamentalement, une fois de plus les institutions européennes  préfèrent encourager la libre circulation des marchandises plutôt que de favoriser celle des hommes ?

(1) Sans compter bien sur l’organisation d’une véritable politique d’aide à la reforestation de région comme le Sahel qui constitue un des éléments décisifs dans la lutte contre le réchauffement planétaire.

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