Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Que s’ouvre le grand débat public sur l’avenir de l’Europe.À nouveau traité, nouveau référendum

Avec l’accord du conseil européen de Lisbonne sur le nouveau traité destiné à remplacer feue la Constitution s’ouvre une nouvelle phase de la confrontation sur le devenir de l’Europe. En proposant à ses partenaires un traité prétendument «minimaliste» et une ratification sans référendum, Nicolas Sarkozy avait un objectif : effacer le Non français, «préserver l’essentiel » du traité constitutionnel et de son socle libéral, éviter un nouveau référendum. Élaboré dans le secret, examiné dans la précipitation et sans débat public, adopté si possible sans consultation populaire, ce traité est un déni de démocratie.

Toutes les raisons qui ont fondé le Non en 2005 sont intactes. En votant majoritairement contre le traité constitutionnel, les Françaises et les Français n’ont

pas dit non à l’Europe. Ils ont dit leur volonté de changement, leur rejet de politiques qui se traduisaient par plus de difficultés dans la vie quotidienne, plus d’insécurité, plus de précarité, davantage d’inégalités. Ils ont dit leur rejet d’une Europe synonyme de démantèlement des services publics, de mise en concurrence des salariés et des peuples.

Que nous propose-t-on avec le nouveau traité ?

Poursuivre dans la même direction, et en écartant les peuples de la décision. C’est non. On nous dit: « Ce traité est un compromis, il n’est pas satisfaisant, mais nous n’avons pas le choix». Mais, n’avons-nous pas – nous particulièrement à gauche – la responsabilité de faire du respect et du coup d’arrêt par les non français et hollandais, du mouvement de sympathie et d’espoir qu’ils ont suscité dans les autres pays, une opportunité pour changer en Europe ? Le temps est à faire grandir le débat citoyen sur l’Europe dont nous avons besoin, et sur les ruptures et les grandes réformes que cela implique. Demander qu’on refonde et qu’on démocratise effectivement les politiques et le projet européen ce n’est pas du maximalisme. C’est d’abord entendre ce que disent les peuples, leurs inquiétudes et leurs attentes. C’est prendre en compte la profondeur de la crise de confiance qui traverse le projet européen. C’est prendre en compte la nouveauté et le sérieux des problèmes posés à une Europe qui change de nature avec l’élargissement, en passant d’une dizaine de membres à 27 et peut-être plus demain. C’est prendre en compte que les défis soulevés par les immenses besoins d’un développement fondé sur la promotion des êtres humains, et la protection de la planète ne peuvent être soumis aux impératifs des marchés financiers et aux diktats de la Banque centrale européenne.

Quelle Europe dans la mondialisation ? Pour quoi faire, au profit de qui ? Voilà les questions auxquelles il faut répondre si on veut redonner confiance en l’Europe.

Ce traité qui reprend la substance du traité constitutionnel n’y répond pas. Pire, il légitime, au nom de la «concurrence libre et non faussée», la poursuite des directives de mise en cause du service public, comme on le voit pour la poste, le rail, l’électricité et l’énergie. Comment parler de social quand pèse la menace de la généralisation de la précarité ? Quand sont intactes les prérogatives de la Banque centrale, pourtant si décriée ?

Il s’agit de sortir l’Europe de la crise, sociale, de confiance et de perspective dans laquelle l’enlisent les politiques menées depuis plus de deux décennies. Pour cela il faut ouvrir le chantier de la refondation de l’Europe et avancer dans la construction d’un nouveau modèle social, écologique, solidaire, à partir des réalités.

Le temps est venu de travailler à une Europe de l’harmonisation sociale par le haut face à la mise en concurrence et aux délocalisations. Une Europe qui propose une nouvelle ère de progrès social, le renforcement et la modernisation des services et du secteur public. Une Europe qui pose la primauté des choix politiques face à la puissance des marchés et de la Banque centrale. Une Europe des droits humains, ouverte et accueillante et non pas forteresse. Une Europe émancipée de la tutelle américaine, qui assure sa sécurité par une politique active de co-développement et de paix.

La bataille pour ouvrir une nouvelle perspective en Europe, pour changer les politiques n’est pas close.

Au contraire nous entrons dans une période charnière jusqu’à la présidence française de 2008 et les élections européennes de 2009. L’opposition au traité et les rassemblements pour le mettre en échec doivent s’inscrire dans cette perspective. C’est le sens de l’exigence d’une consultation démocratique dans tous les pays où cela est possible. En France en tout premier lieu. Le référendum de 2005 a été un moment exceptionnel d’intervention démocratique et citoyenne. Aggravant la fracture démocratique entre les citoyens et le projet européen, la décision cynique d’exclure les peuples de la ratification des traités est inacceptable. La question du référendum est posée en France, aux Pays-bas, en Grande Bretagne, dans les pays nordiques ou au Portugal. Elle peut

– et doit – devenir incontournable. Quelle que soit l’appréciation sur le nouveau traité peuvent se retrouver des femmes et des hommes sur une exigence démocratique simple mais essentielle : à nouveau traité nouveau référendum

 

 

 

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