Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Un enjeu stratégique face à la crise financière : le financement des PME

Frappées de lourdes pertes par la crise dite des «subprime», les banques se préoccupent maintenant de limiter leurs risques et de renforcer leurs «fonds propres» en émettant des actions ou en conservant une part accrue de leurs profits en réserves. Cela leur coûte cher et les incite à freiner l’expansion des crédits qu’elles accordent à leur clientèle.

Les entreprises voient dans ces conditions leur accès au crédit devenir plus difficile. 75 % des patrons de très petites entreprises interrogés par la firme financière Fiducial craignaient, en mai, que les banques ne durcissent leurs conditions de crédit. Cette proportion n’était que de 63 % en janvier. Ces craintes reflètent une réalité. D’après l’enquête de la Banque de France sur la distribution du crédit, «plus de la moitié des banques ont durci leurs critères d’attribution de crédits aux entreprises au cours du premier trimestre 2008, certaines d’entre elles continuant même à faire état d’un resserrement sensible, notamment pour les crédits aux grandes sociétés».
Dans la zone euro, le durcissement de la politique monétaire contribue à les y inciter : lorsqu’elles ont besoin d’argent pour financer les prêts accordés à leur clientèle, les banques peinent à le trouver sur le marché monétaire, si ce n’est à un taux plus onéreux.

Entreprises
(solde des réponses pondérées des banques en %)

Critères d’octroi des crédits

Demande de crédits

Source : Banque de France, enquête sur la distribution du crédit.

Pourtant, tout le monde ne souffre pas au même degré de cette rigueur monétaire. La Banque centrale européenne est même accusée de complaisance dans sa politique de refinancement.  Depuis  le  déclenchement  de  la  crise  des «subprime», elle a accepté de refinancer beaucoup de titres représentatifs de crédits immobiliers. Ces titres, émis en particulier par les banques espagnoles, sont invendables sur le marché vu la mauvaise réputation dont ils jouissent, à juste titre, depuis le déclenchement de la crise. En les remettant en garantie à leur banque centrale, les banques obtiennent en contrepartie des prêts qui leur permettent de reconstituer leur liquidité. Mais s’agit-il de prêts de bonne qualité, porteurs d’élévation de l’efficacité économique de la zone euro ? A l’évidence, non. La Banque des Règlements internationaux (l’institution qui, à Bâle, joue un rôle très important de réflexion et de coordination entre les grandes banques centrales du monde) s’inquiète dans son dernier rapport annuel de ce que « les sûretés acquises par les banques centrales sont devenues un peu plus risquées et moins liquides ».
Loin de mettre fin à l’étrange combinaison de brutalité contre tout risque de hausse des salaires et de complaisance envers les excès de la finance, la crise qui se déroule depuis un an semble ainsi, au contraire, la porter à son paroxysme. Les banques centrales ne seraient-elles pas plus efficaces pour la croissance et pour l’emploi si elles réservaient leurs refinancements aux crédits qui ont le plus besoin d’être aidés – ceux qui vont aux investissements les plus efficaces en termes de création de valeur ajoutée, via la création d’emplois bien rémunérés et assortis d’un accès à la formation professionnelle permettant l’élévation de la qualification de la main-d’œuvre ?
Par exemple, les investissements sélectionnés dans le cadre de fonds régionaux pour l’emploi et la formation ne devraient-ils pas pouvoir bénéficier, de la part de l’Eurosystème, de refinancements à des conditions privilégiées, c’est-à-dire à des taux inférieurs à ceux du marché, voire nuls ? Les banques centrales européennes ont les instruments nécessaires pour le faire. Depuis 2005, elles ont inscrit dans leurs règles de fonctionnement la possibilité d’accepter des crédits aux entreprises (et non plus seulement des titres d’Etat, comme c’était le cas dans presque tous les pays sauf la France) en garantie de leurs prêts aux banques sur le marché monétaire.
Elles pourraient donc donner un caractère sélectif à leurs refinancements. Cela ajouterait une dimension supplémentaire, qualitative, à leur action : elles en ont bien besoin au moment où il apparaît très clairement que l’instrument dont elles se servent habituellement – les variations de leurs taux directeurs qui influencent directement les taux d’intérêt à court terme – n’est pas suffisant pour faire face à la fois au ralentissement de l’activité économique, à l’accélération de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires, aux menaces de nouvelles bulles spéculatives et aux déséquilibres monétaires internationaux qui persistent. Ce serait, en particulier, un moyen de faire face aux difficultés que les PME rencontrent pour financer leur activité. Dans la crise financière de ces derniers mois, c’est surtout vis-à-vis des grandes entreprises que l’attitude des banques en matière d’offre de crédit a évolué dans un sens plus restrictif. Cette réduction conjoncturelle de l’écart entre le traitement des petites et des grandes entreprises laisse néanmoins subsister la discrimination permanente qui frappe les PME dans leur accès aux financements : elles sont considérées comme plus exposées au risque de faillite dans les modèles statistiques dont la Banque de France et les agents de rating se servent ; elles manquent souvent des garanties exigées en contrepartie de ce risque ; et, de toute façon, elles n’ont pas accès au marché financier. Or, les PME sont aujourd’hui reconnues comme des acteurs stratégiques dans la compétitivité de l’économie européenne. Les efforts à accomplir pour renforcer leurs sources de financement font l’objet de nombreux débats.
La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales qui, avec elle, forment l’Eurosystème, devraient y contribuer.
Or, c’est tout le contraire qu’elles s’apprêtent à faire : en 2004, le conseil des gouverneurs de la BCE a décidé qu’à compter du 1er  janvier 2012 celle-ci ne refinancerait plus les crédits d’un montant inférieur à 500 000 euros ! Autant dire que son soutien sera donc systématiquement refusé à toutes les petites et moyennes entreprises ! Cette décision apparemment aberrante répond, pour une part, à des motifs pratiques : en dehors de la Banque de France, qui dispose d’un environnement juridique approprié à la mobilisation en masse de créances de petit montant (loi Dailly), et qui s’est doté des outils informatiques nécessaires, les autres banques centrales nationales n’ont pas l’habitude de refinancer des crédits aux entreprises. Il serait désastreux que ces considérations – auxquelles les banques centrales auraient les moyens de remédier si elles le voulaient viennent aggraver la situation financière des PME, en une période 2012 – où on peut s’attendre à de violentes turbulences conjoncturelles.
Il y a donc urgence à mener campagne pour que cette décision soit annulée, et pour que l’ensemble des institutions nationales et européennes – Banque centrale européenne, Banque européenne d’Investissement, Commission européenne – mettent en place les moyens d’un véritable accès des PME au  crédit,  tirant  les  leçons  du  succès du « programme d’Amsterdam » qui, entre 1994 et 1997, avait aidé très efficacement à préserver l’emploi grâce à un dispositif de crédits bonifiés, malgré les ravages que la récession de 1993 avait causés dans le tissu des PME.
Si cette campagne venait converger avec les luttes sociales et politiques pour l’emploi menées dans les entreprises, dans les régions (avec les élus locaux et avec l’exigence de fonds régionaux pour l’emploi et la formation) et au niveau national, nul doute qu’elle aurait un réel écho jusqu’à Bruxelles et jusqu’à Francfort

Qu’appelle-t-on « refinancement » des banques par les banques centrales ? (1)

Lorsqu’une banque fait crédit à une entreprise, il faut qu’elle trouve l’argent nécessaire pour financer ce crédit. Elle dispose pour cela des dépôts de ses clients. Mais, en général, cela ne suffit pas. En effet, une partie de la monnaie créée par les opérations de crédit des banques sort du circuit bancaire et se transforme en autre chose que des dépôts en banques : des billets de la banque centrale, par exemple, ou des dépôts en devises dans des banques étrangères.
Un système « à deux étages ».
Pour compenser ces « fuites », la banque doit trouver un « appoint ». Elle peut le trouver sur le marché des capitaux ; mais elle devra payer pour cela un taux d’intérêt qui peut être élevé. Or, il existe une troisième source de financement, moins chère que le marché, pour une banque : c’est d’emprunter auprès de la banque centrale. Aussi, régulièrement, les banques euro-péennes viennent emprunter de l’argent aux banques centrales nationales membres de l’Eurosystème.
Ainsi, le système bancaire constitue un édifice à deux étages : les banques prêtent de l’argent à leurs clients finals (entreprises, particuliers, administrations publiques), et elles peuvent, à leur tour, emprunter de l’argent à leur banque centrale en lui remettant, en garantie, des créances qu’elles possèdent sur leur propre clientèle. On dit qu’elles se «refinancent».
Un taux d’intérêt directeur.
La banque centrale ne refinance les crédits bancaires qu’aux conditions qu’elle décide de fixer. En particulier, elle peut décider du taux d’intérêt auquel elle prête de la monnaie centrale aux banques. Si une banque centrale veut freiner la croissance des crédits distribués par les banques, elle peut relever ses taux directeurs pour rendre plus coûteux le refinancement de ces crédits. Le taux d’intérêt pratiqué par la banque centrale influence les taux qui se pratiquent sur l’ensemble du marché monétaire ; c’est pourquoi on l’appelle « taux directeur ».
Des garanties.
En outre, la banque centrale exige des garanties pour toutes ses opérations de prêts. De même qu’un nouveau locataire doit déposer une caution pour avoir l’usage de son appartement, de même, une banque qui emprunte de l’argent à l’Eurosystème doit remettre une garantie à sa banque centrale nationale. En quoi consistent ces garanties ? Il peut s’agir de bons du Trésor et autres titres d’État ; dans ce cas, le refinancement est accordé indépendamment de l’opinion que la banque centrale peut avoir sur chaque crédit refinancé.
Il peut aussi s’agir de titres représentatifs de crédits aux entreprises : dans ce cas, un crédit à une entreprise particulière ne pourra être utilisé comme support de refinancement que si la banque centrale l’accepte. Cela peut procurer à la banque centrale, si elle le veut, un moyen d’influencer les critères selon lesquels les banques choisissent les entreprises à qui elles décident de faire crédit.
Ainsi, pour un projet d’investissement, bénéficier d’un crédit bancaire que la banque centrale accepterait de refinancer à un taux préférentiel présenterait deux avantages :
faciliter l’accès à un financement bancaire : les banques accorderont plus facilement un crédit à une entreprise si elles savent qu’elles pourront  le refinancer auprès de la banque centrale ;
en réduire le coût, puisque les fonds obtenus auprès de la banque centrale seront obtenus à un taux d’intérêt inférieur à celui du marché.

1) D’après Denis Durand, « Un autre crédit est possible », Le Temps des Cerises.

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