Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Les bas salaires, talon d’Achille de l’économie allemande.

Entre les salves d’artillerie des instituts et des médias au service de la pensée dominante, il y a quelques éclaircies. On nous serine depuis des mois que par rapport à l’Allemagne, nos exportations sont lestées par une compétitivité-prix insuffisante due surtout à un coût du travail trop élevé. La décision du gouvernement français de réduire les prélèvements sur les entreprises de 20 milliards d’euros s’appuie sur ce diagnostic.
Mais ce discours a ses lapsus. Une étude des services économiques de la Société générale de décembre consacrée aux performances de l’Allemagne à l’exportation tord le cou à cette théorie. Recensant les domaines où les exportations d’outre-Rhin bénéficient d’un supplément de compétitivité, ses auteurs révèlent qu’ils « sont concentrés dans le secteur de l’automobile » et ils ajoutent : « En ce qui concerne les biens d’équipement, la compétitivité-prix est supérieure  en France ». Leur conclusion tombe comme un couperet pour nos idéologues libéraux : « L’évolution des prix à l’exportation ne permet donc pas d’expliquer la performance de l’Allemagne à l’exportation ». Pour l’essentiel, le recul commercial de la France par rapport à sa voisine n’est pas dû à un problème de coût.
Bizarrement, après avoir superbement démonté la supercherie, les rédacteurs de l’étude ne s’intéressent qu’aux coûts et évidemment qu’à ceux du travail. C’est, diraient certains, le surmoi qui les rappelle à l’ordre.
Il est vrai pourtant qu’entre 2002 et 2005, les konzerns, et les sociaux-démocrates allemands, particulièrement le chancelier Schröder, ont mis en œuvre une série de réformes visant à précariser le salariat et à baisser le coût du travail. Ces mesures ont surtout permis de relever la rentabilité des capitaux, elles n’expliquent pas les succès remportés à l’export. Pour l’économie allemande dans son ensemble, c’est plutôt un élément de faiblesse.
Une étude d’Eurostat, l’organisme statistique européen, révèle que la proportion de bas salaires est en Allemagne, avec 22,2 % de l’ensemble des salariés, l’une des plus élevées d’Europe. Elle est de 6,1 % en France. Les travailleurs à bas salaires sont définis comme étant les salariés qui gagnent deux-tiers ou moins du salaire horaire national brut médian. Aussi les seuils qui déterminent les bas salaires sont-ils relatifs et spécifiques à chaque État membre. Mais, toutes proportions gardées, cela met notre voisin à égalité avec certains pays de l’Est.
La crise de la zone euro et de l’Union européenne, qui réduisent les débouchés à l’export, et cet abaissement salarial sont les deux talons d’Achille de l’économie allemande.

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