Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Sortir des griffes de la finance plutôt que de l’euro.

Chronique économique de l'Humanité Chronique économique de l'Humanité du 14 mai 2014

La dimension anti-salariale, austéritaire de la construction européenne actuelle bâtie autour d’une monnaie unique au cours élevé, ne date pas de l’euro. Elle est originelle. Dès le début il s’est agi de bâtir une Europe attirante pour les marchés financiers. A la fin des années soixante, alors que commence la crise du dollar, les dirigeants européens envisagent de progresser vers une union économique et monétaire qui, sans remettre en cause la domination du billet vert, permette  aux capitaux européens de se faire une place aux côtés des capitaux US.
Suite à la décision des autorités américaines en 1971 de laisser flotter le dollar, l’Europe réplique en 1972 en créant un système de change qui vise à stabiliser leurs monnaies entre elles et vis-à-vis du dollar, le serpent monétaire européen, qui devient, en 1978, le système monétaire européen (SME). Dès cette période, conformément aux objectifs de la Bundesbank, la banque centrale allemande, la lutte contre l’inflation devient la priorité au détriment de la croissance et de l’emploi. L’objectif est de créer une zone monétaire stable, attirante pour les investisseurs internationaux qui ne craignent rien de plus qu’une hausse des prix amputant leurs actifs. Il s’agit ainsi notamment de fournir aux groupes européens des ressources financières suffisantes pour leur déploiement à l’international.
C’est dire que, conformément à cet objectif, les politiques monétaires mises en œuvre par les pays du SME ont été très restrictives. Il en est résulté des taux d’intérêt réels, c’est-à-dire une rémunération des capitaux financiers, généralement plus élevés que dans le reste des pays capitalistes développés, notamment aux Etats-Unis. Avant l’euro « fort » il y a eu la politique du franc « fort » visant à caler le cours de notre monnaie sur celui, élevé, du mark. Mais pour que notre pays, déjà dominé par son voisin, puisse suivre la devise allemande, il lui fallait affaiblir ses salaires, ses emplois, ses services publics.
Aujourd’hui, pour relancer les uns et les autres, sortir de l’euro reviendrait à jeter le bébé avec l’eau du bain. Mieux vaut sortir la monnaie européenne des griffes de la finance. La souplesse que pourrait donner le recours au financement par la BCE des services publics et des projets publics et privés créateurs d’emploi en fonction des besoins des pays serait préférable à celle mise en œuvre contre les salaires et l’emploi résultant de dévaluations succédant à  la sortie de l’euro. On pourrait ainsi s’appuyer sur la puissance des plus forts pour permettre le rattrapage des plus faibles et la progression de tous.

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