Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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La reconnaissance de la pénibilité reportée et plus restreinte !

La reconnaissance de la pénibilité et des carrières précoces devait permettre de « sauver la retraite à 60 ans » pour cette catégorie de salariés. Il n’en sera rien ! Les décrets pour la création du compte personnel de prévention de la pénibilité initialement applicable au 1er janvier 2015 sont de nouveau reportés par le Premier ministre. Les salariés en situation de travail pénible devront subir comme les autres salariés la remise en cause de leurs droits à la retraite...

Peu de salariés et peu de reconnaissance effective de la pénibilité

Dans le « meilleur des cas », qui ne concernera que très peu de salariés, le départ des plus âgés sera possible à… 61 ans. Ceux de plus de 55 ans au 1er janvier 2015 pourront gagner « au mieux » 4 trimestres et partiront au plus tôt à … 61 ans.

Quant aux plus jeunes postulants à la retraite, dont les carrières sont hachées par le chômage et la précarité, la mise en place d’une limite de 100 points maximum, qui permet au mieux une anticipation de départ de 2 ans, rend donc en l’état actuel un départ seulement à… 60 ans certes théoriquement possible, mais pratiquement improbable.

La mise en place de seuils d’exposition (en durée et en intensité) au-delà desquels les salariés de droit privé pourront prétendre au compte pénibilité va restreindre le nombre de bénéficiaires. Par exemple, un salarié utilisant un marteau-piqueur 2 heures par jour n’atteindrait pas le seuil «vibrations mécaniques» fixé à 450 heures sur l’année.

Les moyens financiers prévus confirment le manque d’ambition du dispositif

La cotisation patronale de base s’élèvera à 0,01%.

La sur-cotisation pour les entreprises dont les salariés sont exposés à la pénibilité n’excédera pas 0,1 % en 2015 et 2016 et 0,2 % à partir de 2017 (le double en cas de polyexposition). Rappelons que la loi sur les retraites du 18 décembre 2013 prévoyait entre 0,3 et 0,8 % pour un facteur de pénibilité.

Un tel dispositif sans ambition sociale et sans les moyens financiers nécessaires, présenté comme préventif contre la pénibilité, n’incitera guère le patronat à réduire les souffrances au travail.

Cela confirme aussi la duperie de la conception actuelle des négociations : 

‒ d’un côté, le recul d’un droit fondamental accompagné d'un calendrier et de mesures précises d’allégements de  contributions patronales (retraite, formation, famille) ;

‒ de l’autre, l’annonce de nouveaux droits misérables sans moyens financiers et renvoyés aux calendes grecques.

Une leçon à méditer pour les négociations à venir de la Conférence sociale.

Alain Morin

 

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