Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

Economie et Politique - Revue marxiste d'économie
Accueil
 
 
 
 

Le puzzle des théories sur les issues périodiques des crises capitalistes. Ses enseignements pour une autre régulation des crises du capitalisme

Séminaire de P. Boccara sur

 Les théories sur les crises  depuis trois siècles

(3ème séance - 5 avril 2014

I. Nous achevons dans cet article l’examen des Théories sur les crises, dans toutes les écoles de pensée économique, depuis trois siècles. Après avoir considéré les processus conduisant aux crises périodiques de moyenne période du capitalisme, dans les précédents articles, il convient, dans ce troisième et dernier article retraçant la dernière séance du séminaire, à partir de mon livre Théories sur les crises, la suraccumulation et la dévalorisation du capital, d’examiner les questions de l’issue de ces crises. Nous considérons donc ici les processus permettant de sortir des crises, à travers leurs graves difficultés, pour des reprises. Il s’agit ainsi de l’ensemble du mouvement cyclique au cœur duquel se situent les crises.

Nous avons déjà vu comment les excès d’accumulation de capital provoquent les crises de suraccumulation. Mais, face à ces excès qui éclatent périodiquement, il y a des réponses, du fait même des crises et des réactions qui les caractérisent, de renversement des processus d’accumulation. Ces renversements tendent précisément à la réduction des excès d’accumulation de capital. Ces rédNous achevons l’examen des Théories sur les crises, dans toutes les écoles de pensée économique, depuis trois siècles. Après avoir considéré les processus conduisant aux crises périodiques de moyenne période du capitalisme, dans les précédentes  séances du séminaire,il convient, dans cette troisième et dernière séance, à partir de mon livre Théories sur les crises, la suraccumulation et la dévalorisation du capital,  d’examiner les questions de l’issue de ces crises. Nous considérons donc ici  les processus permettant de  sortir des crises, à travers leurs graves difficultés, pour des reprises. Il s’agit  ainsi de l’ensemble  du mouvement cyclique au cœur duquel se situent les crises.
 Nous avons déjà vu comment les excès d’accumulation de capital provoquent les crises de suraccumulation.  Mais, face à ces excès qui éclatent périodiquement, il y a des réponses, du fait même des crises et des réactions qui les caractérisent, de renversement des processus d’accumulation. Ces renversements tendent précisément à  la réduction des excès d’accumulation de capital. Ces réductions plus ou moins brutales, à travers les crises, permettent  finalement la reprise de l’accumulation, la relance d’un nouveau cycle d’essor.
 Ces processus de réduction des capitaux accumulés en excès, nous les appelons des dévalorisations de capital. Ils correspondent à des réponses aux excès d’accumulation par des réductions d’accumulation des capitaux.  Et plus précisément, ces réductions sont  entraînées par des chutes de profit ou de valorisation des capitaux qui se manifestent dans les crises. Il s’agit donc de  diminutions de la valorisation des capitaux par les profits. Cela concerne trois types de dévalorisation du capital: profit positif réduit, profit nul, profit négatif ou pertes de capital. Ce sont des  entreprises en faillite, des entreprises  marchant à taux réduit, ou même  complètement fermées, un chômage plus ou moins important, etc.  Tout cela entraine des  reculs de l’accumulation des capitaux, mais aussi de nouvelles organisations,  des  réductions des coûts, des efforts de progression de la productivité.
§    Les  analyses des réductions et des reculs de l’accumulation, qui se manifestent dans les crises, se retrouvent dans presque toutes les écoles de pensée économique sur les fluctuations cycliques. Dans les diverses écoles, on rencontre deux ensembles de processus d’inversion de l’accumulation et de réduction du capital. Ce sont, d’une part, des processus de destruction des capitaux effectifs et aussi de consommations improductives, c’est-à- dire de destruction de capitaux potentiels.  Ce sont, d’autre part, des processus de dépréciation des capitaux,  de diminution de leur utilisation, d’accroissement de la productivité, de réduction des salaires, d’économie de moyens matériels.
 Ainsi, en ce qui concerne le premier ensemble, on rencontre,   chez  les  économistes classiques,  les analyses de Malthus sur la destruction de capital, et aussi sur des travaux publics ou des consommations de salariés improductifs. Chez  Sismondi, on trouve la destruction de capital et le chômage.  En ce qui concerne l’école néoclassique, on trouve chez Bouniatian, avec ce qu’il appelle la  « décapitalisation », la destruction de capitaux et des baisses de prix de revient. Chez Myrdal, ce sont de nouveau la destruction de capital investi et les consommations hors production.
-En ce qui concerne le deuxième ensemble de processus, intervenant dans les crises et conduisant aux reprises, chez un classique, comme Ricardo, on rencontre les baisses de salaires et de valeur des machines, le progrès de la productivité. Chez les néoclassiques, on trouve encore chez Hayek  les baisses de valeur des capitaux, les inventions et le relèvement du rendement du capital. Et enfin chez Pigou, il s’agit de la thésaurisation, de la baisse des salaires, des inventions et des nouveaux débouchés.
 Au- delà de ces deux ensembles de processus se manifestant dans les crises, on rencontre  plusieurs sortes de tentatives théoriques d’articulation et de dépassement des deux  ensembles, combinés entre eux, dans diverses écoles. Ainsi chez J.S. Mill, le dernier des grands classiques, il y a, à la fois, destruction de capital et consommation improductive, mais aussi inventions et baisses des salaires.  De même chez Schumpeter, on rencontre les destructions de capital et aussi les innovations et la baisse de coûts. Chez Keynes, il y a, à la fois, réduction des capitaux, désinvestissement, thésaurisation, consommation improductive et aussi restauration de l’efficacité du capital.
Enfin, nous trouvons chez Marx aussi bien les destructions de capital que le relèvement de la productivité et du taux de profit.  Ou encore chez les marxistes, nous avons, chez Hilferding, d’une part,  la baisse du taux d’intérêt et la thésaurisation, d’autre part, les transformations technologiques relevant le rapport plus- value/capital avancé, le taux de profit.
  Soulignons que ces différentes analyses théoriques  s’opposent au dogme de la baisse continue du taux de profit, attribuée faussement à Marx. Dans la réalité, il y a une évolution en ligne brisée, avec des baisses du taux de profit suivies de remontées, un processus de suraccumulation  puis de dévalorisation des capitaux, pour retourner à une autre accumulation, avec un processus cyclique, une évolution en spirale.
Marx lui-même,  dans Le Capital, parle de dévalorisation du capital dans le sens de réduction de valeur du capital.  Alors que  dans   notre analyse néo- marxiste, il ne s’agirait que d’un des cas de mise en valeur négative, avec non le supplément d’un profit  mais une amputation du capital. Tandis que sont distingués  deux  autres cas, déjà dans le Capital d’ailleurs, de mise en sommeil du capital que nous appelons mise en  valeur nulle, ou de mise en valeur positive, à taux réduit.
§    En ce qui concerne l’appréciation des maux des crises, avec les  effets de la dévalorisation du capital à travers les difficultés conduisant à la reprise de l’accumulation, il y aurait donc une force de résistance de la progression économique, dans le système.
Il y aurait même une justification et une sorte  d’apologie des difficultés économiques et sociales (chômage, destruction de capital, faillites), car, elles permettraient la reprise  de l’accumulation, de la croissance capitaliste et de l’emploi.
 Pourtant, dans quelle mesure la critique des conditions de reprise  ne pourrait- elle pas porter sur le type de baisse des coûts et leur importance relative pour la productivité et le relèvement du taux de profit : baisse des coûts matériels, des coûts de capital ou baisse des coûts humains ?
 Et, au fond, les analyses de Schumpeter ou de Hilferding ne peuvent-elles pas  renvoyer précisément à la solution du progrès de la productivité et du progrès technique, sans nécessairement  une pression sur les conditions des travailleurs ?
 Par ailleurs, la solution des consommations improductives ne renvoie-t-elle pas à son développement et au progrès des dépenses pour les travailleurs, avec tout particulièrement la révolution informationnelle, à l’opposé des conditions de la révolution industrielle ?
 Enfin, au moins dans le cadre de la théorie marxiste,  la question se pose d’aller jusqu’à la limite de la solution de la dévalorisation du capital de moyenne période, n’opérant plus pour la reprise.  Et  cela, du fait de l’importance du niveau atteint par la composition organique des capitaux, entre moyens matériels de production, qui ont beaucoup augmenté relativement,  et travailleurs salariés. Ce niveau devenu très élevé entraînerait l’inefficacité du relèvement du taux de plus- value pour relever le taux de profit. Car c’est la valeur ajoutée par les travailleurs, en nombre relatif réduit, dont est issue la plus- value, qui devient trop basse par rapport au capital accumulé. Cela renvoie,  avec cette limite, au passage à la crise durable ou crise systémique, et à celle du cycle de longue période, débouchant sur une autre structure du système.
§    La question des destructions économiques périodiques inévitables,  est au cœur des effondrements économiques formidables, bancaires et réels, de la crise financière de 2008 et de ses suites. Cependant, auparavant, depuis les années 1980, des théories avaient été développées, prétendant, de façon extraordinaire, que non seulement les crises étaient non nécessaires   et aléatoires,   mais que, bien plus, les destructions et difficultés catastrophiques ne les caractérisaient pas. Ainsi, notamment, selon ces théories, le chômage périodique résulterait d’une préférence des travailleurs pour le loisir au lieu de l’activité de travail.  Leurs auteurs Finn Kydland et Edward Prescott, ont pu contredire ainsi, pendant  trente ans, trois siècles d’analyses théoriques sur les crises. Ces théories, dites du cycle des affaires réel, étaient devenues dominantes, tout particulièrement dans les universités des Etats- Unis, jusqu’à ce que leurs deux auteurs principaux reçoivent le prix Nobel en 2004. Et cela, malgré la force des critiques réalistes qui leur étaient néanmoins  adressées par des économistes réputés comme Lawrence Summers, Gregory Mankiw ou Robert Solow.
 C’est la crise de 2008 qui leur porte un coup décisif, contribuant  au retour et à la relance des idées de Keynes, tout particulièrement de la part de deux nouveaux prix Nobel, comme Stiglitz et Krugman. Mais ce retour ne suffit pas, face à la nouveauté des crises dans le système capitaliste mondialisé et financiarisé. Et même, le retour à Marx ne suffirait pas, face à cette nouveauté si considérable et le besoin d’avancées novatrices à partir et au- delà de lui, que l’on peut appeler néo- marxistes. Et précisément notre ouvrage sur les crises, jusqu’aux leçons qu’on peut tirer aujourd’hui de leurs multiples analyses négligées, contribue à ces tentatives néo- marxistes.
§    Quelles leçons pourrait- on donc tirer de cette recension des théories des processus de crise et de reprise, en vue d’élaborer des propositions pour une autre régulation, évitant désormais les réponses plus ou moins catastrophiques des dévalorisations de capital, chômage, gâchis, destructions, pour des reprises cycliques dans un autre type de croissance ?
 Cette solution radicale serait devenue possible de nos jours, grâce notamment aux potentialités nouvelles de la révolution technologique informationnelle, si on les utilisait pour construire une autre société.
 La principale leçon concerne la viabilité et la résistance des processus non linéaires de progression,  avec des retournements de sens, opposés aux  excès  d’un type de progression, et donc des corrections des excès, pour relancer le processus.  Ces réponses de correction et d’adaptation pourraient ne plus être socialement catastrophiques de nos jours, grâce à la révolution technologique informationnelle. Car, il ne s’agirait plus de pressions des capitalistes sur les travailleurs, mais de nouvelles qualifications des travailleurs, de nouveaux apports des organisations et des recherches. Ainsi, pour une autre régulation cyclique des avancées économiques, dans les conditions de la révolution informationnelle, on organiserait les réponses aux excès inévitables, cette fois de formation et de recherche- développement, par  un processus de leur réduction, pour  supprimer leurs insuffisances révélées par leur progression, afin de les relancer ,avec une qualité  nouvelle des apports informationnels, humains et matériels. Cela concernerait ainsi  une progression non linéaire, avec un retournement, une autocritique pour ainsi dire, mais  sans rupture sociale ravageuse.
Il s’agit aussi  de considérer la leçon de la limite des solutions  de réductions et destructions des crises de période moyenne, plus ou moins décennale,  ne permettant plus de relancer la croissance économique. Cela concerne l’analyse  du passage aux crises cycliques de longue période, aux transformations de structure sociale et aux transformations de civilisation, débouchant sur un autre système d’émancipation devenu possible de nos jours. Cela nous renvoie donc aux mouvements longs, ainsi qu’aux crises et transformations systémiques, que nous considérerons plus tard dans le second volume des Théories sur les crises, la suraccumulation et la dévalorisation du capital. Et même, cela renvoie au- delà de l’économie, aux réalités non- économiques, que nous appelons l’anthroponomie, et à toute la civilisation mondiale, jusqu’à  l’étude ultérieure de la crise de la civilisation occidentale mondialisée pour avancer vers une autre civilisation de toute l’humanité.
ctions plus ou moins brutales, à travers les crises, permettent finalement la reprise de l’accumulation, la relance d’un nouveau cycle d’essor.

Ces processus de réduction des capitaux accumulés en excès, nous les appelons des dévalorisations de capital. Ils correspondent à des réponses aux excès d’accumulation par des réductions d’accumulation des capitaux. Et plus précisément, ces réductions sont entraînées par des chutes de profit ou de valorisation des capitaux qui se manifestent dans les crises. Il s’agit donc de diminutions de la valorisation des capitaux par les profits. Cela concerne trois types de dévalorisation du capital: profit positif réduit, profit nul, profit négatif ou pertes de capital. Ce sont des entreprises en faillite, des entreprises marchant à taux réduit, ou même complètement fermées, un chômage plus ou moins important, etc. Tout cela entraine des reculs de l’accumulation des capitaux, mais aussi de nouvelles organisations, des réductions des coûts, des efforts de progression de la productivité.

II. Les analyses des réductions et des reculs de l’accumulation, qui se manifestent dans les crises, se retrouvent dans presque toutes les écoles de pensée économique sur les fluctuations cycliques. Dans les diverses écoles, on rencontre deux ensembles de processus d’inversion de l’accumulation et de réduction du capital. Ce sont, d’une part, des processus de destruction des capitaux effectifs et aussi de consommations improductives, c’est-à- dire de destruction de capitaux potentiels.  Ce sont, d’autre part, des processus de dépréciation des capitaux, de diminution de leur utilisation, d’accroissement de la productivité, de réduction des salaires, d’économie de moyens matériels.

Ainsi, en ce qui concerne le premier ensemble, on rencontre, chez les économistes classiques, les analyses de Malthus sur la destruction de capital, et aussi sur des travaux publics ou des consommations de salariés improductifs. Chez Sismondi, on trouve la destruction de capital et le chômage. En ce qui concerne l’école néoclassique, on trouve chez Bouniatian, avec ce qu’il appelle la « décapitalisation », la destruction de capitaux et des baisses de prix de revient. Chez Myrdal, ce sont de nouveau la destruction de capital investi et les consommations hors production.

-En ce qui concerne le deuxième ensemble de processus, intervenant dans les crises et conduisant aux reprises, chez un classique, comme Ricardo, on rencontre les baisses de salaires et de valeur des machines, le progrès de la productivité. Chez les néoclassiques, on trouve encore chez Hayek les baisses de valeur des capitaux, les inventions et le relèvement du rendement du capital. Et enfin chez Pigou, il s’agit de la thésaurisation, de la baisse des salaires, des inventions et des nouveaux débouchés.

Au- delà de ces deux ensembles de processus se manifestant dans les crises, on rencontre plusieurs sortes de tentatives théoriques d’articulation et de dépassement des deux ensembles, combinés entre eux, dans diverses écoles. Ainsi chez J.S. Mill, le dernier des grands classiques, il y a, à la fois, destruction de capital et consommation improductive, mais aussi inventions et baisses des salaires. De même chez Schumpeter, on rencontre les destructions de capital et aussi les innovations et la baisse de coûts. Chez Keynes, il y a, à la fois, réduction des capitaux, désinvestissement, thésaurisation, consommation improductive et aussi restauration de l’efficacité du capital.

Enfin, nous trouvons chez Marx aussi bien les destructions de capital que le relèvement de la productivité et du taux de profit. Ou encore chez les marxistes, nous avons, chez Hilferding, d’une part, la baisse du taux d’intérêt et la thésaurisation, d’autre part, les transformations technologiques relevant le rapport plus- value/capital avancé, le taux de profit.

Soulignons que ces différentes analyses théoriques s’opposent au dogme de la baisse continue du taux de profit, attribuée faussement à Marx. Dans la réalité, il y a une évolution en ligne brisée, avec des baisses du taux de profit suivies de remontées, un processus de suraccumulation puis de dévalorisation des capitaux, pour retourner à une autre accumulation, avec un processus cyclique, une évolution en spirale.

Marx lui-même, dans Le Capital, parle de dévalorisation du capital dans le sens de réduction de valeur du capital. Alors que dans notre analyse néo- marxiste, il ne s’agirait que d’un des cas de mise en valeur négative, avec non le supplément d’un profit mais une amputation du capital. Tandis que sont distingués deux autres cas, déjà dans le Capital d’ailleurs, de mise en sommeil du capital que nous appelons mise en valeur nulle, ou de mise en valeur positive, à taux réduit.

III. En ce qui concerne l’appréciation des maux des crises, avec les effets de la dévalorisation du capital à travers les difficultés conduisant à la reprise de l’accumulation, il y aurait donc une force de résistance de la progression économique, dans le système.

Il y aurait même une justification et une sorte d’apologie des difficultés économiques et sociales (chômage, destruction de capital, faillites), car, elles permettraient la reprise  de l’accumulation, de la croissance capitaliste et de l’emploi.

Pourtant, dans quelle mesure la critique des conditions de reprise ne pourrait- elle pas porter sur le type de baisse des coûts et leur importance relative pour la productivité et le relèvement du taux de profit : baisse des coûts matériels, des coûts de capital ou baisse des coûts humains ?

Et, au fond, les analyses de Schumpeter ou de Hilferding ne peuvent-elles pas renvoyer précisément à la solution du progrès de la productivité et du progrès technique, sans nécessairement une pression sur les conditions des travailleurs ?

Par ailleurs, la solution des consommations improductives ne renvoie-t-elle pas à son développement et au progrès des dépenses pour les travailleurs, avec tout particulièrement la révolution informationnelle, à l’opposé des conditions de la révolution industrielle ?

Enfin, au moins dans le cadre de la théorie marxiste, la question se pose d’aller jusqu’à la limite de la solution de la dévalorisation du capital de moyenne période, n’opérant plus pour la reprise. Et cela, du fait de l’importance du niveau atteint par la composition organique des capitaux, entre moyens matériels de production, qui ont beaucoup augmenté relativement, et travailleurs salariés. Ce niveau devenu très élevé entraînerait l’inefficacité du relèvement du taux de plus- value pour relever le taux de profit. Car c’est la valeur ajoutée par les travailleurs, en nombre relatif réduit, dont est issue la plus- value, qui devient trop basse par rapport au capital accumulé. Cela renvoie, avec cette limite, au passage à la crise durable ou crise systémique, et à celle du cycle de longue période, débouchant sur une autre structure du système.

IV. La question des destructions économiques périodiques inévitables, est au cœur des effondrements économiques formidables, bancaires et réels, de la crise financière de 2008 et de ses suites. Cependant, auparavant, depuis les années 1980, des théories avaient été développées, prétendant, de façon extraordinaire, que non seulement les crises étaient non nécessaires et aléatoires, mais que, bien plus, les destructions et difficultés catastrophiques ne les caractérisaient pas. Ainsi, notamment, selon ces théories, le chômage périodique résulterait d’une préférence des travailleurs pour le loisir au lieu de l’activité de travail. Leurs auteurs Finn Kydland et Edward Prescott, ont pu contredire ainsi, pendant trente ans, trois siècles d’analyses théoriques sur les crises. Ces théories, dites du cycle des affaires réel, étaient devenues dominantes, tout particulièrement dans les universités des Etats- Unis, jusqu’à ce que leurs deux auteurs principaux reçoivent le prix Nobel en 2004. Et cela, malgré la force des critiques réalistes qui leur étaient néanmoins adressées par des économistes réputés comme Lawrence Summers, Gregory Mankiw ou Robert Solow.

C’est la crise de 2008 qui leur porte un coup décisif, contribuant au retour et à la relance des idées de Keynes, tout particulièrement de la part de deux nouveaux prix Nobel, comme Stiglitz et Krugman. Mais ce retour ne suffit pas, face à la nouveauté des crises dans le système capitaliste mondialisé et financiarisé. Et même, le retour à Marx ne suffirait pas, face à cette nouveauté si considérable et le besoin d’avancées novatrices à partir et au- delà de lui, que l’on peut appeler néo- marxiste. Et précisément notre ouvrage sur les crises, jusqu’aux leçons qu’on peut tirer aujourd’hui de leurs multiples analyses négligées, contribue à ces tentatives néo- marxistes.

V. Quelles leçons pourrait- on tirer de cette recension des théories des processus de crise et de reprise, en vue d’élaborer des propositions pour une autre régulation, évitant désormais les réponses plus ou moins catastrophiques des dévalorisations de capital, chômage, gâchis, destructions, pour des reprises cycliques dans un autre type de croissance ?

Cette solution radicale serait devenue possible de nos jours, grâce notamment aux potentialités nouvelles de la révolution technologique informationnelle, si on les utilisait pour construire une autre société.

La principale leçon concerne la viabilité et la résistance des processus non linéaires de progression, avec des retournements de sens, opposés aux excès d’un type de progression, et donc des corrections des excès, pour relancer le processus. Ces réponses de correction et d’adaptation pourraient ne plus être socialement catastrophiques de nos jours, grâce à la révolution technologique informationnelle. Car, il ne s’agirait plus de pressions des capitalistes sur les travailleurs, mais de nouvelles qualifications des travailleurs, de nouveaux apports des organisations et des recherches. Ainsi, pour une autre régulation cyclique des avancées économiques, dans les conditions de la révolution informationnelle, on organiserait les réponses aux excès inévitables, cette fois de formation et de recherche- développement, par un processus de leur réduction, pour supprimer leurs insuffisances révélées par leur progression, afin de les relancer ,avec une qualité nouvelle des apports informationnels, humains et matériels. Cela concernerait ainsi une progression non linéaire, avec un retournement, une autocritique pour ainsi dire, mais sans rupture sociale ravageuse.

Il s’agit aussi de considérer la leçon de la limite des solutions de réductions et destructions des crises de période moyenne, plus ou moins décennale, ne permettant plus de relancer la croissance économique. Cela concerne l’analyse du passage aux crises cycliques de longue période, aux transformations de structure sociale et aux transformations de civilisation, débouchant sur un autre système d’émancipation devenu possible de nos jours. Cela nous renvoie donc aux mouvements longs, ainsi qu’aux crises et transformations systémiques, que nous considérerons plus tard dans le second volume des Théories sur les crises, la suraccumulation et la dévalorisation du capital. Et même, cela renvoie au- delà de l’économie, aux réalités non- économiques, que nous appelons l’anthroponomie, et à toute la civilisation mondiale, jusqu’à l’étude ultérieure de la crise de la civilisation occidentale mondialisée pour avancer vers une autre civilisation de toute l’humanité.

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.