Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Contre l'austérité en Europe luttons pour un autre euro

Un article de Paul BOCCARA, Frédéric BOCCARA, Yves DIMICOLI, Denis DURAND, Jean-Marc DURAND, Catherine MILLS

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La colère contre l'austérité monte de partout en Europe, mettant en accusation la faillite morale des dirigeants qui, en alternance, prônent la soumission aux exigences des marchés financiers. Le chômage fait rage, frappant de façon brutale et massive les jeunes.

La souffrance sociale terrible fait grandir des illusions de fausse radicalité. D'un côté, comme l'ont confirmé les grecs eux-mêmes, le refus est majoritaire de sortir de l'euro. Il ne s'agit pas de rester isolé face aux marchés financiers et à la spéculation déchaînée. Mais, d'un autre côté, gronde la protestation contre l'utilisation qui est faite de l'euro si favorable à la domination des marchés financiers et des grandes banques. D'où les propositions de certains pour sortir de l'euro.

F. Hollande répète que la crise de l'euro est finie. Le diagnostic est aussi erroné et trompeur que la promesse d'une inversion de la courbe du chômage en France fin 2013.

Le reniement de celui qui avait promis, « s'il était élu président », de « renégocier » le traité Merkozy, de « réorienter la BCE », de s'attaquer à son « ennemi » la finance, et de « défendre la croissance » est d'autant plus nocif que la France, à la fois dominée et dominante dans l'Union européenne, occupe une place charnière pour transformer la zone euro. Il se plie devant les exigences d' A. Merkel et de la finance allemande , tout en prétendant servir les intérêts français.

Face à ces blocages, certains agitent l'idée de sortir de l'euro. Cela reviendrait à fuir devant la lutte décisive pour une autre utilisation de celui-ci et de la BCE.

C'est une illusion démagogique et dangereuse, pour cinq grandes raisons.

1 - Le commerce extérieur de la France, souffre d'un déficit annuel de 60 à 70 milliards d'euros. Le retour au Franc, qui se ferait alors au prix d'une dévaluation de l'ordre de 25 % par rapport à l'euro, entraînerait automatiquement un enchérissement du même ordre du coût de nos importations.

2 - Ce ne serait pas très grave, nous dit-on, parce que, grâce à la dévaluation du Franc, nos exportations s'envoleraient. Mais c'est ne pas voir combien la croissance est durablement lente de partout. C'est ne pas comprendre à quel point le surcroît de compétitivité-prix que cela prétendrait donner aux exportations françaises se ferait surtout au détriment de nos partenaires d’Europe du sud, l'Allemagne voyant au contraire son excédent commercial gonflé par une dévalorisation du travail des Français qui rendra meilleur marché ses importations en provenance de son principal partenaire commercial. Tout cela dans un contexte de spéculation déchaînée. Bref, ce serait là le scénario noir de la surenchère entre dévaluations compétitives et rétorsions protectionnistes qui ferait s'entre-déchirer les pays européens. Ce sont les politiques d'austérité qu'il faut mettre en cause, avec les luttes pour la relance d'une croissance de progrès social que permettraient précisément un autre euro et une autre utilisation de la BCE de façon solidaire.

3 – Notre dette publique a été très internationalisée depuis les années 1980. Aujourd'hui elle est détenue à 60 % par des opérateurs non résidents, banques, sociétés d'assurances, fonds de pension... Le retour au Franc dévalué entraînerait automatiquement un enchérissement de 25 % sur les quelques 1140 milliards d'euros de titres de dette détenus hors de France. Exprimés en francs, les intérêts payés bondiraient, alors même qu'ils absorbent déjà quelque 50 milliards d'euros par an ! Par contre, la dévaluation du Franc permettrait à des capitaux étrangers, allemands notamment, de mettre la main à très bon compte sur nombre de nos atouts productifs.

4 – La raison la plus importante c'est qu'en sortant de l'euro, on déserterait le terrain de la bataille pour un autre euro et pour une construction solidaire de l'Union européenne, au mépris d'une nouvelle croissance fondée sur le développement des peuples et, notamment, sur l'aide aux pays d'Europe du sud. On passerait à côté d'une opportunité historique pour changer la situation économique et sociale en France, en Europe et dans le monde. Une nouvelle politique solidaire dans l’Union européenne s'appuierait sur la force de la monnaie que peut créer la BCE. Alors que chaque pays européen dispose, isolément, d'un potentiel restreint, la création monétaire en commun, avec l'euro, offre des potentiels bien plus importants car elle est assise sur la capacité de production de richesses et la créativité de 322 millions de personnes.

Appuyons-nous sur l'échec de la construction actuelle de l'euro non pour régresser par rapport aux besoins de changements et de solidarité entre européens, mais pour un nouveau type de croissance et de développement.

A partir de la protestation qui enfle dans tous les peuples de l'Union contre l'austérité, le pacte de stabilité et le sabordage des services publics, exigeons que la BCE finance directement un très grand essor des services publics et de leur coopération en Europe. Pour cela, chaque pays émettrait des titres de dette publique rachetés par la BCE. L'argent serait affecté à un Fonds social solidaire et écologique de développement des services publics européens, géré démocratiquement, qui le répartirait entre chaque pays proportionnellement à ses besoins.

A partir des luttes pour l'emploi et les salaires, contre le rationnement du crédit pour les PME, exigeons que la BCE cesse de refinancer les crédits accordés aux spéculateurs et aux entreprises qui suppriment des emplois, précarisent ou délocalisent. Exigeons qu' elle refinance les crédits pour les investissements matériels et de recherche des entreprises à des taux d'intérêts d'autant plus abaissés, jusqu'à 0 % voire en dessous, que ces investissements programmeraient plus d'emplois et de formations correctement rémunérés, plus de progrès écologiques.

5 – Sur le terrain mondial, si l'on supprime l'euro, il ne resterait plus que le dollar comme monnaie de réserve internationale. Son hégémonie en serait confortée. La création monétaire du dollar permet aux États-Unis de financer leur domination économique, culturelle et militaire. Elle leur permet aussi de s'endetter dans leur propre monnaie auprès du reste du monde. La Chine, la Russie, des pays latino-américains veulent s'émanciper de cette domination par la promotion d'une monnaie commune mondiale à partir des Droits de tirage spéciaux du FMI , proposition avancée dans les rangs du PCF et dans le programme du Front de gauche « l'Humain d'abord ! ». Mais si l'euro disparaît comment peser dans une négociation mondiale en alliance avec les pays émergents contre le dominateur commun  américain?

On voit donc qu'une autre utilisation de l’euro peut contribuer de façon décisive, non seulement à une autre croissance de progrès social dans l'Union européenne, mais à un changement fondamental sur le plan monétaire, économique et social dans le monde.

 

Il y a actuellement 20 réactions

  • Faux, Faux, Faux, Faux et Re-Faux

    1 : c'est précisément l'enchérissement de nos importations qui, loin de provoquer des pénuries puisque nous sommes en France et non au Pakistan, qui permettra la relance de notre économie, de l'emploi etc...

    2 : ne faites pas semblant de ne pas comprendre, si la France sort de l'Euro, il n'y aura plus d'euro. Et donc les monnaies et les activités s'ajusteront comme par "démocratie", comme au bon vieux temps des accords entre états ! Il leur faudra quelques 2 à 3 ans d'ajustement, et non 5 minutes comme vous l'induisez. Quant à parler d'une BCE solidaire : bravo, on perd le match par 10 à 0, et vous nous parlez de la troisième mi-temps où on fêtera la victoire...

    3 : Parce que ce sont des traités et que c'est logique, pour sortir de l'Euro nous devons sortir de l'UE, enfin ! Et donc plus de loi qui permet à n'importe qui d'acheter n'importe quoi sur notre territoire, mais le grand retour de la politique... eh oui car c'est l'Europe qui organise le bradage de notre pays et pas le contraire. Je suis vraiment étonné que vous n'ayez pas vu cet article qui interdit toute entrave aux mouvements de capitaux, y compris avec des pays comme le Qatar. Vous étiez où en 2005 pendant que l'on menait le combat contre le TCE ? Quant aux éventuelles attaques sur notre monnaie, c'est du pipeau ! On promettait l'enfer aux suédois, ils ont fièrement tenu bon face aux mêmes discours que les vôtres, une propagande honteuse à vrai dire, et désormais ils se portent très bien merci pour eux ! Mais c'est vrai que la France n'est que la 5ème puissance économique mondiale, et que le taux d'épargne des français n'est que l'un des plus élevés au monde...

    4: Vous touchez le fond ! Au contraire, les peuples se passeront très bien de cette Europe chrétienne, atlantiste et blanche, ils se rapprocheront des pays du sud selon le naturel dont on les empêche justement et qui nous font haïr au-delà des mers. Regardez quelles sont réellement les inclinations des peuples, celles-ci n'ont rien à voir avec cette europe de vieux. Car je termine par ça, ce qui vous permettra de vous situer mieux dans le spectre politique : sociologiquement ce sont les soixantenaires et plus encore les septentenaires qui veulent de l'Europe, plus encore s'ils sont riches en plus d'avoir peur des jeunes...

    Par Chadebech, le 14 octobre 2013 à 18:06.

  • Au fond d’Alain Brachet posent la question de la Démocratie

    Les spécialistes politiques qu’ils appartiennent au PCF et ou au FDG, doivent avoir une toute autre démarche pour que des couches populaires et des couches moyennes puissent s’approprier la dimension politique. La Démocratie Libérale permet ce jeu sordide de jouer avec les couches les moins politisées pour rester aux commandes, et cela partout dans le monde. Pour tout résoudre il faut que tous se politisent et comme c’est en forgeant qu’on devient forgeront, le meilleur endroit c’est à l’entreprise et dans toutes les structures sociales. Ceci permettrait de conforter la citoyenneté dans son efficacité.

    Le PCF et le FDG tant qu’ils ne se donneront pas une démocratie, qui politise le monde du travail et les couches les plus démunies, laissera au FN un espace qui ne devrait absolument pas avoir. Mais il faut qu’ils acceptent aussi de sortir des divisions internes et externes, qui déroutent totalement, les moins politisés qui ne peuvent pas leur faire confiance.

    Pour mieux me faire comprendre il ne s’agit plus de construire des projets prés établis, mais à partir de la réalité économique des entreprises permettre à chaque salarié de se sentir partie prenante des décisions stratégiques, des décisions économiques et des richesses qu’ils produisent.

    Je propose une Démocratie Communiste qui permet de toujours partir du bas, non pas dans un tirage au sort mais en cherchant toujours le plus efficace, le plus expérimenté, etc. Fini l’hégémonie, les carriérismes les professionnalismes et les leaders charismatiques qui minent toute la classe politique de droite comme de toute la gauche.

    De plus pour la réforme des retraites on peut partir effectivement d’un salaire ou d’un complément de salaire pour les plus démunis par le bais des associations. Ces propositions ne sont pas entendues et pourtant elles permettraient d’impulser un espoir immense pour des millions de gens. Voir le détail dans mes différents textes.

    Pour en savoir plus sur ce site vous pouvez sous la rubrique congrès consulter Communisme et Démocratie et un essai sur un Manifeste pour une Démocratie Communiste. De plus vous pouvez consulter mon blog et des échanges qui s’en suivent.

    http://www.mediapart.fr/blog/355769

    Egalement les travaux qui font suite aux Assises de Montreuil : Pour en finir avec les divisions. Et ceux sur les Assises sur le communisme à Marseille, qui se sont déroulées sur le site des Fralib. C’est ainsi qu’apparaissent certaines failles qui minent des acteurs politiques du PCF, des différents mouvements du FDG mais aussi d’une gauche qui a perdu des repères idéologiques important. C’est au cœur des luttes, qu’on en mesure toute l’ampleur mais aussi permet de voir que tout peut être fait autrement.

    Par Béziat Aline, le 06 juillet 2013 à 17:16.

  • aux auteurs de l'article.

    @ Paul BOCCARA, Frédéric BOCCARA, Yves DIMICOLI, Catherine MILLS...

    Je constate que vous ne répondez pas à ceux qui ont collaboré à la controverse. Vous êtes en vacances? trop vieux? Moi aussi! Cela ne m'empêche pas de visiter le site de temps en temps.

    En tous cas je remercie économie & politique de ne m'avoir pas censuré...

    Ce qui aurait été pour moi une preuve désastreuse de plus de l'abandon de notre France aux mains des américains..

    Par captainshirt, le 05 juillet 2013 à 22:31.

  • Economistes PCF

    A propos de la controverse entre les économistes du PCF et J. Sapir

    Je viens de lire l’article des économistes du PCF de la revue « Economie et Politique » du PCF et sa critique ( plutôt cinglante !) par J. Sapir. J’ai lu aussi de nombreux commentaires de lecteurs avec lesquels je suis globalement d’accord. Je ne vais donc pas répéter ce qui a été dit. J’examinerai les questions posées sous un angle un peu différent.

    Il s’agit de savoir si des forces politiques de « transformation sociale », le Front de Gauche (FdG) en l’occurrence, au cas où elles seraient au pouvoir en France, pourraient mener à bien un programme de transformation sociale sans interférence avec les exigences de l’UE, car ce pouvoir aura par ailleurs bien d’autres « interférences » à résoudre. L’amorce d’un tel programme est constituée par le programme du FdG « l’humain d’abord », dont les premières propositions marquent une rupture déjà conséquente (mais certainement insuffisante, donc certainement à amplifier ultérieurement) avec la politique, autrefois de la droite, aujourd’hui du gouvernement PS. Le sentiment que j’en ai (et que beaucoup d’autres que moi ont) est qu’un des premiers obstacles à de telles réformes, réside précisément dans l’insertion de la France dans l’UE et dans l’Euro : l’arsenal des traités européens existants (sans parler de ceux à venir, comme l’accord de libre-échange transatlantique) bloquera d’entrée de jeu les velléités de ne pas s’y conformer. Je me trompe peut-être, mais dans la mesure où je n’ai trouvé nulle part des démonstrations prouvant le contraire de manière assurée, je suis bien obligé, comme beaucoup d’autres que moi, de penser qu’il en sera ainsi. Si ce n’était pas le cas… une réponse crédible du FdG, par exemple, nous aurait tranquillisés à cet égard (notamment, pour ce qui les concerne, une analyse de ces problèmes par les économistes du PC, qui ne soit pas remise en question par d’autres économistes : Sapir, Nikonoff, etc… poursuivant un but similaire à celui du FdG, quant au fond) ! Donc, on a bien là une question cruciale de crédibilité pour « l’humain d’abord » et ses nécessaires prolongements. Cette question ne peut pas être éludée car elle pèse lourdement sur l’adhésion des français à la démarche du FdG. Elle est peut-être même la clé principale pour comprendre la bienveillance grandissante de certains d’entre eux à l’égard des thèses du FN, si l’on en juge par la stagnation simultanée du FdG dans l’opinion, et surtout, dans l’opinion des « couches populaires » qui s’abstiennent toujours davantage, et se décident en nombre croissant à soutenir le FN (cf : les résultats récents de l’élection de Villeneuve sut Lot).

    Bien sûr, la rhétorique du FN est mensongère. Mais il faut admettre que pour des populations de moins en moins politisées, fortement « aliénées » au sens de Marx, souffrant de plus en plus de l’exploitation forcenée due au Capital, et, après les espoirs de changement liés à l’éviction de Sarkozy et de la droite, découvrant l’absence de prise en compte de leur détresse par « la gauche » (lePS) au pouvoir… les arguments simplistes, donc pédagogiques, font des ravages.

    Alors, un parti traditionnellement défenseur des plus démunis - le PCF- peut-il rester « droit dans ses bottes » et persister dans une position incomprise par les principaux intéressés ? D’autant plus que l’option européenne qu’il a adoptée, est de plus en plus battue en brèche, que les arguments économico-financier que développent ses économistes dès lors qu’ils sont critiqués sur leur gauche même, apparaissent peu solides. Au point que ces économistes sentant sans doute que leur démonstration « technique » est faible la complète par des assertions « politiques » dont la teneur est assez discutable. Citons : « illusion de fausse radicalité » ; « illusion démagogique et dangereuse » ; « contexte de spéculation déchaînée » ; « voir s’entredéchirer les pays « européens » ; etc… Aucune de ces affirmations péremptoires et méprisantes pour ceux qui réfléchissent (ce qui est loin d’être facile) à de telles hypothèses de travail n’est assortie d’une démonstration ! Reprenons la question de fond. Il s’agit de savoir si le FdG (ou une structure analogue, car l’avenir n’est pas écrit) au pouvoir pourra mener à bien un programme de transformation sociale du type (ou plutôt avec les intentions affichées par) « l’Humain d’abord » ? Notons au passage que ces intentions, telles qu’elles sont, c'est-à-dire à ce stade relativement modestes, sont déjà des mesures de rupture considérable, voire révolutionnaire, avec le passé, ou le présent que dessine le pouvoir socialiste. Il faudra qu’elles soient soutenues par une majorité (consciente de leur nécessité et du combat à mener pour les faire triompher). Dans l’état actuel des forces politiques cette majorité n’existe pas, et sa construction est bien l’objectif (avec le programme associé) du FdG. Où peut-on en trouver les bases militantes et, a minima, les électeurs ? Au sein des couches populaires, évidemment, puisque l’ambition du FdG est bien d’améliorer le sort, prioritairement, de celles-ci. Malheureusement, ces couches populaires en souffrance, se détachent de plus en plus de la politique et des forces politiques qui étaient ou voulaient être, et pour certaines, prétendaient être, leurs défenseurs. Une partie d’entre elles, avec plus ou moins d’enthousiasme, mais avec un certain réalisme, gardaient l’espoir qu’en donnant une majorité au PS (force majoritaire dans ce que l’on nomme habituellement la gauche), elles créaient les conditions pour que triomphe une autre politique (« l’effet majoritaire »). Elles vérifient, « par l’absurde » et concrètement chaque jour, qu’il n’en est rien. D’où un rejet grandissant de la politique, l’abstention aux élections, et pour un nombre croissant, la tentation d’aller vers le FN. Dans ce rejet de la politique, le rôle de l’UE pèse de plus en plus, même si pour beaucoup, l’existence de l’UE, et de la France dans l’UE, reste (sentimentalement ?) une donnée acquise, difficile à remettre en question, comme d’ailleurs, simultanément… l’idée de ne pas pouvoir échapper au capitalisme !

    Au sein des couches moyennes, évidemment aussi, car dans un pays comme la France, ces couches, sans être sociologiquement majoritaires, sont suffisamment nombreuses pour que l’on ne puisse pas faire comme si elles pouvaient être laissées de côté, ne serait-ce que pour constituer une majorité électorale. D’ailleurs, pourquoi exclure d’un rassemblement majoritaire à créer ces catégories-là, dont une grande partie à le statut réel de « couches populaires », et font donc objectivement partie des exploités du Capital (où est exactement la limite entre être peu ou beaucoup exploité ?). Enfin, au contraire d’une fraction importante de ces couches moyennes, qui pense comme le think tank du PS Terra Nova, que les couches moyennes soutenant le PS doivent avoir un comportement catégoriel et laisser en pâture au FN les couches populaires, le FdG veut défendre tous les exploités, dont les couches moyennes, en dépit de l’égoïsme que prône une Terra Nova et auquel, malheureusement, sont sensibles certains de leur soutiens… Ce constat signifie qu’on ne peut en France avoir une majorité électorale sans être soutenu par une fraction suffisante de ces deux catégories sociales. Ce qui est malheureusement le cas aujourd’hui avec le gouvernement PS…mais pas pour la bonne politique !

    La difficulté réside précisément alors dans l’élaboration d’un projet qui réponde au mieux aux revendications ou aux « sentiments » simultanés de ces deux grandes catégories « d’exploités (à des titres divers et avec des intensités variables) du Capital », revendications qui ne sont pas toujours les mêmes, et qui peuvent être contradictoires sur certaines questions. L’une d’elles est certainement, et de plus en plus, la question européenne. Dun côté (couches moyennes) on reste, pour l’instant, majoritairement attaché aux illusions d’une Europe sociale, idéale, bénéfique pour ses peuples et dont les insuffisances exigeraient « plus d’Europe », et non pas moins ; d’où une propension à pousser le bouchon plus loin, vers une Europe fédérale… De l’autre, une accumulation de désillusions qui poussent à « sortir de l’Europe » et qui ne trouvent pour l’instant que le FN, en tant que force politique conséquente et en progrès électoral, pour faire écho à leur sentiment.

    Evidemment, dans l’éventail des multiples organisations politiques (ou du mouvement social), généralement classables à gauche, dans la multiplicité des « personnalités intellectuelles » (tel J. Sapir) sont apparues et grandissent des voix opposées à l’enfermement dans l’UE...Mais elles n’ont pas la taille critique et sont marginalisées, ridiculisées, ou tout simplement ignorées, par les médias de masse. Seul, aujourd’hui, une force comme le FdG, face à ces forces pro UE conjuguées (dans lesquelles on peut inclure paradoxalement le FN, instrumentalisé qu’il est par celles-ci) pourrait tenter d’imposer une autre vision. Mais ce n’est malheureusement pas le cas…d’où l’inexorable glissement vers une Europe de plus en plus meurtrière pour ses peuples (cf la Grèce, l’Espagne, l’Italie, etc…). Que faudrait-il faire ?

    Il faut que le FdG sorte du flou. Il ne peut convaincre, ni les couches populaires ni les couches moyennes, en proposant un programme de transformation sociale pour la France, qui ne soit pas crédible face à l’UE. Il peut de moins en moins prétendre changer celle-ci de l’intérieur… quand depuis des années, de l’intérieur, on n’a pu en infléchir son durcissement progressif (cf l’étape à venir du partenariat transatlantique). Il doit donc ne pas écarter l’hypothèse (la menace ?) d’une sortie de l’Euro et de l’UE, pour la France. Mais il doit simultanément présenter cette option pour qu’elle soit comprise, aussi bien par des couches populaires politiquement désorientées, et admettant de plus en plus cette idée (même avec certains doutes), que par des couches moyennes moins disposées à abandonner leurs illusions sur « la construction européenne». D’autant plus qu’une large fraction d’entre elles est influencée par le PS au pouvoir, qui reste inébranlable sur son addiction à l’UE (sans parler, bien sûr, du Centre et de la Droite) . La démarche pourrait être la suivante : Le FdG affirme (solennellement !) que ses propositions de progrès pour la France, dès lors qu’elles sont démocratiquement approuvées par le peuple français, ne seront pas édulcorées pour satisfaire aux oukases de l’UE. Si celle-ci s’y oppose, au coup par coup, la France demanderait alors « l’opt out » (cher aux anglais), c'est-à-dire des dérogations du type « exception culturelle ». Il s’agit-là d’une démarche de « désobéissance européenne progressive» que J. Généreux (du PG) a proposée, dans son livre « Nous on peut ». Elle n’exclut pas une sortie de l’Euro finale si l’UE oppose une fin de non recevoir à toutes ces mesures spécifiques d’opt out. Du strict point de vue économique et financier des propositions comme celles de J. Sapir, de J. Nikonoff, et d’autres, montrent que c’est jouable. Mais ce ne sont certainement pas des démonstrations suffisantes pour totalement emporter les convictions : il faut qu’une majorité de français poussent à la roue et que le gouvernement de FdG (appelons-le ainsi) se dise prêt à accompagner les mesures d’ordre économique et financier, par d’autres mesures plus politiques (par exemple la mise en œuvre d’accords bilatéraux avec des partenaires européens et non européens favorables) permettant de résister aux rétorsions diverses que certains autres pays européens (Allemagne…) et ailleurs (Etats Unis…), gouvernés par des libéraux, ne manqueront pas de mettre en oeuvre. L’idée d’un effet « tâche d’huile » de la démarche originale engagée par la France, vers d’autres peuples (européens ou non), traversés par les mêmes incertitudes quant à une solution pour eux-mêmes, crédibiliserait encore davantage la démarche initiée par la France (on a connu d’autres exemples historiques analogues !). Elle contribuerait aussi à désarmer certaines oppositions dénonçant un prétendu égoïsme français, agitées par quelques organisations d’extrême gauche, y voyant une entorse à « l’internationalisme prolétarien »…

    L’intérêt de cette démarche annoncée dans le programme même d’un «Humain d’abord (bis) » le crédibiliserait ainsi de plusieurs façons. D’abord, et c’est décisif, auprès des couches populaires de plus en plus réceptives à l’idée de sortir de l’Euro et de l’UE. Ensuite, auprès des couches moyennes davantage acquises à la « construction européenne », qui restent sensibles à l’idée de ne pas trop « revenir en arrière » par rapport à l’UE, ou tout au moins de préserver le maximum « d’acquis européens », sentiment qu’une désobéissance progressive ménage aussi bien que possible. Enfin, si le FdG accédait au pouvoir, cette démarche aurait une vertu supplémentaire pédagogique, celle de montrer concrètement à chaque pas, où se trouvent les freins pour aller de l’avant dans la mise en œuvre des mesures politiques et sociales souhaitées (et votées) par les français. Ce serait évidemment à chaque étape un combat acharné, mais dont les tenants et aboutissants seraient palpables, ce qui a un autre pouvoir de conviction que des raisonnements théoriques aussi rigoureux soient-ils (et d’ailleurs faciles à contrer, si l’on en juge par la présente controverse)…mais surtout non confrontés à la dure réalité.

    On peut espérer d’une telle démarche provoquer un reflux des idées de rejet de la politique, de rejet des sentiments d’abandon par les élites, ressentis par les couches populaires, de résignation face à une apparente collusion avec une droite ou un centre, portée par une certaine gauche voulant se « tirer d’affaire » égoïstement, au dépens des plus démunis (voir la position prise, il y a peu, par le « think tank » proche du PS Terra Nova, rappelée ci-dessus,de laisser tomber les couches populaires : que le FN s’en occupe! … pour sauver les couches moyennes…). A ceux qui de ce côté sont poussés à ne plus voir d’autre issue que dans l’égoïsme catégoriel (comme, symétriquement, du côté des couches populaires, certains ne voient d’autre issue du même type qu’avec le FN), on offrirait une sérieuse porte de sortie et une incitation à rejoindre le combat humaniste et même fraternel, d’un FdG, prenant dès lors de plus en plus de poids, donc de crédibilité…

    En conclusion, cette controverse « économico-financière » est un exemple particulier de défense à tout prix (et peu convaincant) de l’adhésion définitive de la France à l’UE. Elle est toujours prônée par le PCF, peut-être un peu moins par le PG, désormais. Elle montre que le PC et le FdG se privent d’une démarche qui pourrait accroître leur audience. Ils se ferment un avenir de possible dynamique, qui devrait mobiliser des masses populaires en attente de propositions crédibles ; ils ratent des occasions de progresser dans l’opinion. Pourquoi, fondamentalement, cette obstination, pourrait-on dire, dans l’erreur ? Je suis un de ceux (et ils sont de plus en plus nombreux) qui voudraient bien comprendre… Les économistes du PCF, pour l’instant, ne m’y ont pas aidé… Les directions du PCF et du PG (c’est à dire du FdG) vont-elles prendre la mesure de l’enjeu ?

    Par Alain Brachet, le 01 juillet 2013 à 14:51.

  • Dans votre article SILENCE TOTAL

    SILENCE TOTAL sur la mise en place du marché transatlantique.

    SILENCE TOTAL sur la situation florissante des Etats qui ont refusé l’union européenne (Norvège, Suisse) La Norvège et la suisse sont les 2 pays qui sont au sommet de la hiérarchie des pays du monde selon le classement de l’indice du développement humain (IDH) du programme des nations unies pour le développement…

    SILENCE TOTAL sur la bonne situation des économies d’Europe qui ont refusé l’euro (Suède, Danemark) Dans l’Europe les pays qui se portent le mieux sont ceux qui ne sont pas rentrés dans l’union européenne puis viennent ceux qui ne sont pas dans l’euro. Bon. Sur les 17 pays qui ont accepté l’euro le chômage est en expansion alors que les 10 pays qui ne sont pas en zone euro le chômage stagne ou commence à diminuer.

    SILENCE TOTAL sur la situation en Islande

    SILENCE TOTAL sur l’exigence d’une majorité de britanniques d’avoir un référendum sur la sortie du royaume uni de l’ue prévu en 2014.

    Par captainshirt, le 21 juin 2013 à 18:47.

  • la problématique qui devrait vous occuper...

    Aline..et qui est à la portée, c'est, comme je l'ai indiqué tout au long de mes commentaires argumentés de sortir la France de l'union européenne par l'article 50 et par conséquent de l'Euro.

    Il serait de votre devoir, puisque encore organisés, de lancer une pétition, si vous en avez encore les forces vives, pour exiger un référendum populaire afin de demander aux Français s'ils veulent oui on non sortir de l'ue.

    Par captainshirt, le 21 juin 2013 à 20:16.

  • Commencer par le bon bout

    Cher capitainshirst, oui nous pouvons construire une autre économie si on se donne l’objectif de construire du socialisme mais cela n’est possible qu’avec une politique réellement communiste. Mais, pour ce faire, il lui faut sa propre démocratie, à savoir prioritairement la démocratisation du travail et de la finance. Les deux étant extrêmement liées, cette démocratie doit s’épanouir sur les lieux de travail, là où se créent les richesses pour les maîtriser totalement.

    Nous ne changerons pas les règles de l’économie capitaliste mondialisée par le haut, par le G2O par la troïka, par les Instituions politiques Européennes, par le gouvernement de la France, mais bel et bien par la conquête de la démocratisation du monde du travail et celui de la finance, par la puissance collective, de chaque prolétaire/citoyen, si chacun acquière sa souveraineté pleine et entière. Seule la Démocratie Communiste le permet. Ainsi sur cette base là, alors oui les économistes communistes peuvent inventer une économie réellement communiste en France et en partant des réalités économiques capitalistes actuelles. En cerner tous les pièges et valoriser toutes les avancées. Transformer l’économie en un seul pays, et il fera des émules. Ainsi une monnaie commune Européenne peut voir le jour pour aller vers une monnaie commune mondiale. La recherche de la transformation de l’Euro est donc fondamentale et non sa sortie, elle ne créera pas de cataclysme majeur.

    La problématique aujourd’hui c’est de sortir du carcan dans lequel l’économie capitaliste nous paralyse et nous empêche d’innover. Nous ne voyons pas aujourd’hui que pour tout changer il faut d’abord changer la Démocratie. Du coup, on se plonge directement dans le magma libéral et social-libéral. Au fond on ne voit pas la réelle bouée de sauvetage pour ne pas sombrer. La Démocratie Communiste permet toutes les innovations, elle ouvre les portes d’un immense espoir. Celle dans laquelle nous vivons, la Libérale ne le permettra jamais.

    Par Béziat Aline, le 21 juin 2013 à 15:14.

  • Ce commentaire n'est pas à sa place.

    je l'ai donc effacé..

    Par captainshirt, le 21 juin 2013 à 17:11.

  • votre point 5

    qui a mis en place l'union européenne?

    On entend cette phrase, "il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis", pour indiquer que c'est le changement qui prime sur le passé.

    Jadis le parti communiste français a argumenté et a condamné le traité de Rome. En tant que membre du PCF vous savez comment rechercher les minutes des débats à l'assemblée nationale...

    Actuellement le PCF a changé d'avis sur l'ue. Il est devenu "européiste". Selon l'adage ce n'est donc pas un imbécile.

    Pourtant selon les faits des archives des usa déclassifiées de 2000, on observe que les petits pères de l'union européenne Schumann et Spaak aussi étaient des petites mains de la CIA. Voir l'article du telegraph de 2000... En voici un extrait traduit dans notre bonne langue.

    Daily Telegraph du 19 septembre 2000 - Extraits :

    «- 19/09/2000 - (de notre correspondant à Bruxelles Ambrose Evans-Pritchard) -

    Des documents secrets du gouvernement américain qui viennent d’être déclassifiés montrent que la communauté des services secrets américains a mené une campagne, tout au long des années 50 et 60, afin de promouvoir l’unification européenne. [...]

    Les dirigeants du Mouvement Européen (Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l’ancien premier ministre belge Paul-Henri Spaak) étaient tous traités comme des employés par leur parrains américains.

    Le rôle des États-Unis fut camouflé comme pour une opération secrète.

    L’argent de l’ACUE (American Committee on United Europe : Comité Américain pour l’Europe Unie) provenait des fondations Ford et Rockefeller, aussi bien que des milieux d’affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain. [...] .

    Le Département d’État jouait aussi un rôle.

    Une note émanant de la Direction Europe, datée du 11 juin 1965, conseille au vice-président de la Communauté Économique Européenne, Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice l’objectif d’une union monétaire.

    Cette note recommande « d’empêcher tout débat jusqu’au moment où l’adoption de telles propositions deviendraient virtuellement inévitables.»

    Lorsqu’on voit à côté d'Adenauer, sur l'événement photographié, qui signe le traité de Rome du côté allemand on observe que la personne tenant le stylo est un ancien nazi Walter Hallstein le même qui présidait à la fonction de mettre en place l'europe sous hitler.

    Les américains après guerre se sont donc servis de l'approche de hitler pour fomenter la disparition des pays européens en une dictature européenne sans frontières.

    Cela remet sérieusement en question le fait qu'en luttant pour un autre euro l'ue se distinguerait des us. C'est exactement ce que les us veulent. Avez vous pensé à l'américanisation des cours de faculté en américain. Avez vous pensé, mes Chers professeurs, aux euros régions... N'est ce pas la fin identitaire de chaque pays composant l'ue que veulent les us?...

    En revenant sur ses fondamentaux le pcf changerait d'avis. Ce ne serait pas pour autant un imbécile.

    PS: un dossier complet de l'UPR "la face cachée de Robert Schumann"

    lien court

    http://is.gd/nxOC7l

    Par captainshirt, le 22 juin 2013 à 12:17.

  • votre point 3

    Parlons donc de la création monétaire, celle mal expliquée aux étudiants dans leurs cours en économie, comme par hasard..

    La création monétaire avant la loi du 3 janvier 1973 art 25 (4 lignes seulement) permettait à l’Etat français de créer sa propre monnaie ex nihilo et sans intérêt.

    Après que cette loi fut passée par Giscard -2 jours après les festivités familiales du jour de l’an!-,(ne me dîtes pas qu'elle a été mise en place à cause de l'inflation parce que c'est faux!!!), ce droit régalien(tel que la police, l’armée, la justice) fut transféré au privé (banques, marchés financiers etc.) mais en retour avec un intérêt lequel est la charge de la dette.

    Actuellement c’est le premier poste du budget national après celui de l’EN me semble-t-il. Cette loi a été inscrite en l’article 104 (92 Maastricht) et 123 (2008 Lisbonne) maintenant TUE et TFUE.

    Concernant le capital de la dette cumulée de 1800 milliards d’euros, elle a été alourdie par le président Sarkozy de 600 milliards d’euros durant son mandat.

    Depuis cette loi, les français ont payé au privé autant que le capital emprunté soit 1800 milliards d’euros depuis l’abandon du droit régalien sus cité.

    On comprend bien que si la France restait dans l’ue et dans l’euro, cette dette et sa charge ne feraient qu’empirer….

    Les économies réalisées par les gouvernements successifs (par exemple la baisse des emplois du secteur public (rgpp)) ne sont que peanuts au vu de la montagne de dettes à rembourser... En sortant de l’ue et l’€ par l'article 50 du TUE -il existe donc il faut l' utiliser! - avec le Franc comme monnaie nationale, le droit régalien de battre la monnaie reviendrait alors dans la prérogative de notre pays. En dévaluant le franc et en inspectant ce qui doit-être réellement à rembourser la France pourrait alors s'acquitter de sa dette.

    Par captainshirt, le 21 juin 2013 à 19:47.