Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

Economie et Politique - Revue marxiste d'économie
Accueil
 
 
 
 

RENCONTRE INTERNATIONALE d'ECONOMISTES GLOBALISATION ET PROBLEMES DU DEVELOPPEMENT - LA HAVANE 18 - 22 janvier 1999

LES DEFIS D'UNE AUTRE GLOBALISATION DE CO-DEVELOPPEMENT DES PEUPLES

Domination des marchés financiers, des groupes multinationaux et de super-Etats rivaux ou co-développement de tous les peuples face aux défis de la révolution informationnelle.

La notion de « globalisation » a été mise en avant à propos des transformations en cours de l'économie à l'oeuvre avec les mêmes caractéristiques ou du moins des interdépendances directes grandissantes à l'échelle de la planète.

Elle correspond à des transformations effectives d'une très grande portée. Mais aussi cette notion de globalisation est utilisée pour justifier idéologiquement ces transformations dans leurs modalités actuelles, impulsées par les capitaux financiers, les groupes multinationaux et les Etats dominants, tout particulièrement les Etats-Unis. Elles ne souffriraient pas d'alternative, ni d'ailleurs d'aucune possibilité de mise en cause à partir des luttes locales.

Au contraire, on peut penser que les antagonismes et les ambivalences des processus mondialisés à l'oeuvre dans un monde dominé par les capitaux financiers lancent le défi de la construction d'un autre type de globalisation. Dans ce but, des initiatives locales nationales et zonales pouvent intervenir effectivement et converger, face aux mouvements désordonnés de la domination exacerbée des marchés financiers et aux maux du chômage massif durable ou de la précarisation du travail salarié généralisé, pour des transformations très profondes.

La globalisation concernerait non seulement la « mondialisation » des processus économiques -selon le terme le plus utilisé en français pour traduire globalisation- mais encore les « décloisonnements » des divers processus et activités de la reproduction matérielle sociale, tendant à tous être traversés par la même logique transformatrice et les mêmes intérêts comme de manière irrésistible.

Cela correspond actuellement aux « déréglementations », « privatisations » et « flexibilisation », ayant ouvert et plié tous les pays à une domination sans précédent des marchés capitalistes et par dessus tout des marchés financiers où peuvent opérer les mêmes grands fonds spéculatifs de capitaux. En même temps, les groupes multinationaux, tissant leurs réseaux informationnels et financiers, se disputent le marché mondial des produits et des services, et aussi les attractions de capitaux, avec le soutien des Etats des pays où ils sont basés, en cherchant à mettre en concurrence les travailleurs et travailleuses effectifs ou potentiels de toute la planète. Ceux-ci entrent comme jamais sur le marché du travail, même si c'est souvent de façon négative par le chômage.

Mais, de façon plus profonde et fondamentale, tout cela a été impulsé à partir des transformations technologiques de ce que notre école néo-marxiste de la régulation systémique a appelé « la révolution informationnelle ». Ses débuts iraient de pair avec les processus d'achèvement de la révolution industrielle.

La révolution informationnelle elle-même a été suscitée par les gâchis de la suraccumulation durable de longue période des capitaux dans les anciennes technologies et rapports sociaux. Elle a, à son tour, entraîné la mise en cause et la crise systémique des régulations plus ou moins étatiques antérieures, avec toutes les déréglementations et privatisations comme avec les soutiens étatiques des profits et capitaux privés proprement financiers.

Il s'agit tout particulièrement des économies du capitalisme monopoliste d'Etat et du Welfare State mises en place à l'issue de la crise systémique précédente de l'entre-deux-guerres mondiales. Mais cela concerne aussi les effondrements des économies étatistes qui s'étaient réclamées du socialisme en Europe de l'Est, ou l'implosion des économies étatistes se réclamant du développement national dans les pays dits en voie de développement.

Cependant, la crise financière durable très originale et profonde qui a démarré en Asie du Sud-Est en 1997-1998, en concernant le monde entier et non seulement les pays dits « émergents », exprimerait l'éclatement des antagonismes de ce type de globalisation de crise actuel, dominante par les marchés financiers capitalistes branchés de façon antagoniste sur la révolution informationnelle. Et d'ailleurs, les premières réponses des institutions financières dominantes, tout en révélant, par leur nouveauté et leur  ampleur relative, la gravité des enjeux systémiques, seraient fondamentalement inefficaces.

Les trois sortes de marchés capitalistes, celui des produits et services, celui du travail, le monétaire et financier et, articulé à ces trois, le marché international mondialisé, connaissent leur plus grande extension historique et géographique. Cependant dans le même temps, les prélèvements publics et sociaux, des impôts et des cotisations sociales, sont montés à des niveaux records, jusqu'à s'approcher de la moitié du Produit Intérieur Brut (P.I.B.) dans des pays capitalistes développés, tandis que les dépenses étatiques et sociales peuvent y atteindre la moitié du P.I.B. Et cela malgré tous les efforts redoublés de freinage de ces prélèvements, y compris à travers la progression des dettes publiques devenues colossales placées en capitaux fictifs sur les marchés financiers internationalisés et globalisés. Mais les bases de ces marchés auraient commencé à trembler en 1997-1998, en avivant les antagonismes sociaux et internationaux,  en relançant le chômage durable, les effondrements financiers, et le ralentissement de la croissance réelle mondiale,  la guerre économique.

Des dépassements créateurs de ces antagonismes seraient possibles, désormais, à l'opposé des illusions symétriquement opposées de la « négation du marché » ou du « tout marché ». Il s'agit, d'une part, des illusions de direction totale techno-bureaucratique des économies étatistes s'étant réclamées du socialisme. Elles ont développé les sous-productions cachées, les cloisonnements ou les pénuries et négligé la persistance pour longtemps encore de mécanismes de marché et la nécessité de les dépasser de façon très graduelle et sans régresser par rapport à leurs acquis concernant notamment la multiplicité des initiatives. Mais il s'agit aussi des illusions des vertus spontanément auto-équilibrantes du « tout marché » déchaîné de l'hyper-libéralisme. Elles ont développé, avec les surproductions persistantes, les ravages du chômage massif et de la mise en concurrence globalisée des salariés et salarisables, précarisés et précarisables de tous les peuples, la guerre des attractions de capitaux.

Il ne s'agirait pas pour autant des illusions toutes récentes -exprimant les exigences nouvelles sans parvenir à y répondre- de la prétendue conciliation, de la domination des marchés financiers avec des aménagements étatiques et inter-étatiques concernant de simples accompagnements sociaux. Ces aménagements concernent en effet la fuite en avant de la domination globalisée des marchés, avec des filets de protection sociale minima et des normes prudentielles sans cesse déchirés par les chocs financiers erratiques. Ce qui tend à freiner la croissance réelle d'ensemble et à relancer le chômage massif.

Il s'agirait d'organiser des maîtrises sociales effectives, étatiques et non étatiques par les pouvoirs d'intervention des travailleurs, des citoyens, des marchés, avec des débuts de dépassement effectifs des marchés capitalistes eux-mêmes. Cela concernerait des constructions d'institutions régulatrices, s'en prenant aux maux des marchés capitalistes, sans régresser par rapport à leurs points forts de progrès et d'efficience acquis historiquement. Ces institutions pourraient être mises en place à travers des initiatives créatrices et de façon diversifiée à divers niveaux, local, national, zonal, interzonal et mondial, mais pouvant converger jusqu'à commencer à dépasser le type de globalisation actuelle. Ces transformations sociales s'appuieraient aussi pour les dépasser sur les injonctions paradoxales contradictoires de conciliation des contraires -progrès social et progrès des marchés financiers- exprimant néanmoins des exigences novatrices ainsi que sur les aspirations des nouveaux mouvements sociaux. On libérerait ainsi, en leur donnant une forme viable, tout ce qui se recherche déjà dans les solutions nouvelles antagonistes et à travers les luttes sociales et idéologiques, depuis le milieu des années 1990 dans les différentes parties du monde.

Ces transformations concerneraient, par hypothèse, des avancées de « partage » concertés de ressources, d'informations et de pouvoirs, permettant la construction d'institutions d'une mixité radicale, combinant marchés et partages, à l'intérieur des différentes nations, entre nations, dans et entre zones, jusqu'au plan planétaire. L'avancée de ces partages pourrait être telle qu'elle permettrait d'aller, ici ou là, vers des sociétés commençant à dépasser le capitalisme. Les transformations au plan mondial devraient, quant à elles, permettre de progresser dans la voie d'un co-développement possible de tous les peuples de la Terre, en respectant leur communauté de destin solidaire et leurs différences créatrices. Les propositions de co-développement répondraient aux défis des crises et des révolutions des opérations, non seulement technologiques, mais aussi monétaires, écologiques, démographiques, et culturelles, perturbant de façon radicale les rapports sociaux et les régulations existants en développant le chômage massif et les très graves turbulences financières.

On pourrait ainsi faire reculer et commencer à dépasser la globalisation de socialisation monopoliste pour avancer vers une globalisation de socialisation mutualisée dans l'intérêt des peuples eux-mêmes.

I - GLOBALISATION, REVOLUTIONS DES OPERATIONS TECHNIQUES ET MONETAIRES, CRISE SYSTEMIQUE MONDIALE ET DEFIS DE DEPASSEMENT

Les systèmes économiques comprennent -selon notre école néo-marxiste de la régulation systémique- trois ensembles: --la structure ou rapports sociaux de reproduction, --les opérations de transformation technologiques et --la régulation, reliant la structure et les opérations en incitant à leur type de progression et à la correction de ses excès[1]. La régulation renvoie aux règles institutionnalisées et aux régulateurs, comme le régulateur central du taux de profit dans le système capitaliste[2].

La crise systémique en cours correspond à la longue phase de difficultés de la fluctuation cyclique de longue période, dite de Kondratieff, phase de difficultés durables qui a commencé dès la fin des années 1960. Elle serait caractérisée par des bouleversements des opérations technologiques, répondant aux difficultés de la suraccumulation des capitaux de longue période, qui mettent en cause la structure et la régulation systémiques antérieures. Mais, à la différence de la crise systémique de l'entre-deux-guerres mondiales, ces mutations technologiques seraient de nos jours de portée révolutionnaire. D'où la radicalité de la crise de notre époque. Tandis que la longue phase de difficultés serait allongée, elle connaîtrait des caractères très profondément originaux, avec d'ailleurs non seulement la révolution technologique informationnelle, mais aussi la révolution démographique de la longévité et de la réduction renforcée de la natalité, la révolution écologique des pollutions industrielles, des limitations des milieux naturels terrestres et des prémices de leur dépassement, la révolution monétaire du décrochement de la monnaie par rapport à l'or.

Nous insistons ici sur la révolution informationnelle et ses enjeux d'ouverture, de coopération et de globalisation très ambivalents. Cette ambivalence concernerait les développements antagonistes actuels, sous domination des capitaux financiers multinationaux monopolisateurs et spéculateurs, ainsi que les potentiels de dépassement pour un co-développement de tous les peuples.

1) La révolution informationnelle, ses principes ambivalents et ses antagonismes sociaux dans le monde de la globalisation capitaliste. Problèmes de dépassement

On assiste à une véritable révolution technologique, la révolution informationnelle. Cette révolution informationnelle est centrée sur le remplacement de certaines opérations du cerveau, pour le stockage, la circulation et le traitement des informations ou données de toutes sortes par des moyens matériels comme les ordinateurs. Le commencement de la révolution informationnelle permet un processus long d'achèvement de la révolution industrielle, elle-même centrée sur le remplacement de la main maniant l'outil par les machines-outils, base de l'accumulation capitaliste. C'est au plan technique l'automatisation parachevée par l'automation, alors que la main résistait à son éviction comme main intelligente ainsi qu'on le voit avec les problèmes de la robotisation. C'est au plan géographique, l'industrialisation du monde entier, liée aussi aux facilités nouvelles de communication des informations sur les processus de production.

Cependant, cette révolution technologique d'une importance historique majeure, a des effets ambivalents et même antagonistes sous domination des critères de rentabilité capitaliste et des rapports du salariat capitaliste généralisé.

Ainsi, la montée de l'exigence des partages des dépenses, comme les dépenses de recherche, à l'opposé des échanges marchands développés avec la révolution industrielle, constitue une nouveauté de portée révolutionnaire considérable.

Mais la domination de ces partages par les groupes monopolistes et les marchés financiers développent les antagonismes sociaux des progrès technologiques formidables avec le chômage massif durable mondialisé, à l'opposé des exigences d'emploi et de formation de toutes les populations dans une mixité radicale possible entre « marchés et partages » avec prédominance des partages de coopération et d'ouverture.

L'idéologie dominante, pour expliquer le chômage perdurable insiste sur les rigidités et l'excès des coûts salariaux ou des protections acquises des travailleurs, conformément aux exigences de la rentabilité financière et de la concurrence mondialisée. Mais la pression sur les salaires et les dépenses sociales renforcent les cercles vicieux de la crise systémique et l'insuffisance relative de la demande ou des qualifications. Une idéologie qui se veut critique peut, à l'inverse, insister de façon unilatérale sur l'insuffisance des salaires et des dépenses sociales. Toutes deux négligent la réalité du rapport technologique et économique crucial « capital/produit », néo-keynésien à la Kaldor ou néo-marxiste par sa correspondance en prix constants avec la composition organique des capitaux en valeur. Ils négligent, par conséquent la baisse du rapport « capital/produit » et donc la conjonction décisive des économies de moyens matériels (et du travail qu'ils incorporent) relativement à la valeur ajoutée produite et vendue dans l'industrie et encore plus dans les services qui explosent et des économies technologiques de travail vivant. Tandis que toutes ces économies sont accompagnées de pressions renforcées pour les dépenses salariales et sociales afin de relever la part des profits. Cette combinaison des économies technologiques et des pressions sur les dépenses pour les travailleurs et la population est la base de la tendance actuelle à l'insuffisance relative renforcée de la demande globale et du chômage massif perdurable avivés avec la montée des productions nouvelles dans le cadre de la révolution informationnelle.

Il en résulterait que l'issue fondamentale ne consiste ni dans la baisse des coûts salariaux par tête, ni de façon unilatérale dans leur simple hausse, qui d'ailleurs se heurterait toujours à la compétitivité de salaires plus bas ailleurs. Elles concerneraient, au contraire, une émulation à la baisse des coûts en coopération, fondée sur la promotion des capacités humaines avec les dépenses de qualification de tous. Elle consisterait donc à abaisser les coûts globaux par unité de produits, notamment matériels et financiers, mais avec le progrès massif des dépenses de formation et de recherche, permettant à la fois de relancer des économies supérieures et des débouchés nouveaux. Cela se relierait à une mixité radicale des institutions socio-économiques, associant marchés et partages de coopération et non de domination.

En effet, tandis que les dépenses informationnelles explosent et deviennent décisives, une information, comme le résultat d'une recherche, peut être commune à tout le monde au lieu d'être appropriée par une seule entreprise comme une machine. A la différence d'un produit industriel standard, si je livre une information, comme je le fais en ce moment, je ne la perds pas et beaucoup peuvent la partager et donc en partager les coûts. Au contraire, si je livre un produit industriel pour le reproduire, celui à qui je le livre doit me payer au moins tous les coûts: c'est la règle de l'échange sur le marché.

En principe, le coût d'une recherche pourra être d'autant plus partagé et réduit pour chacune des parties coopérantes, qu'il y aura d'êtres humains formés, employés et équipés pour l'utiliser dans l'espace de coopération, aux plans local, national, zonal, interzonal et mondial. D'où la montée possible d'exigences nouvelles d'ouverture de partage généralisé et aussi de sécurité d'emploi et de ce que nous appelons une Sécurité d'emploi et de formation pour toutes les populations. Dans ces conditions, la demande, non seulement pour les salaires mais pour d'immenses dépenses de formation, de culture, de recherche permettrait de relever la demande globale.

Mais dans la réalité actuelle, les partages de coûts informationnels, comme ceux de recherche qui progressent, faisant parler certains théoriciens de relations « d’organisation » et non de « marché », tendent à être utilisés de façon monopoliste pour détruire d'autres ensembles concurrents et pour le chômage. Les achats de titres sur les marchés financiers permettent d'ailleurs de contrôler à cette fin de vastes ensembles en réseaux de façon dominatrice jusqu'à l'échelle mondiale. Les plus-values sur les marchés financiers peuvent être, à la fois, parasitaires et révélatrices des capacités informationnelles des firmes, en permettant des prélèvements pour des dépenses informationnelles supérieures.

A l'explosion des marchés financiers se relie d'ailleurs la solution socialement réactionnaire, développant le chômage, de la privatisation multinationale par les mises en vente des entreprises publiques sur les marchés financiers. Mais il s'agit d'une solution réactionnaire à de vrais problèmes: problème des ouvertures insuffisantes, des gâchis bureaucratiques ou des limites nationales des anciennes entreprises publiques. D'où le défi d'organiser de nouvelles entreprises publiques ou socialisées très coopératives au plan interne et au plan externe national et international. Il s'agirait plus largement de construire des institutions de partage des coûts informationnels comme ceux de recherche, sans les gâchis des immenses dépenses de contrôle financier, avec la promotion de l'emploi et de la formation en coopération.

D'une façon générale, dans la crise systémique, on assiste au gonflement formidable des marchés financiers, avec leur subordination du crédit, et au recul relatif de l'intermédiation ou des crédits bancaires à la production réelle ainsi que des créations monétaires correspondantes. Cela s'est effectué sous la pression des capitaux financiers, refusant l'inflation accélérée qui avait amputé les taux d'intérêt réels, spéculant contre telle ou telle monnaie nationale. Cependant, les effets de ce processus sont très ambivalents. Ce sont les pressions contre les anciennes technologies et institutions, contre leurs gâchis matériels et financiers, par la mise en place des nouvelles technologies et de souplesses institutionnelles adaptées à elles. Mais ce sont aussi les gâchis nouveaux de l'enflure financière chaotique, du chômage perdurable, de la précarisation et de la marginalisation, des freinages ou même des reculs de la croissance réelle, des dominations nouvelles au plan national et international, zonal et mondial.

2) Les ambivalences des développements actuels de la révolution informationnelle dans les analyses empiriques et statistiques

A propos de l'évolution récente des pays capitalistes développés, le Directeur de la Division de la politique scientifique et technologique de l'O.C.D.E., Dirk Pilat a pu souligner récemment la montée du trio « information, services tertiaires, mondialisation » en évoquant « le rôle croissant des technologies de l’information et des communications (T.I.C.), la tertiarisation, la mondialisation des marchés... au coeur du changement structurel et, par conséquent de la croissance ou du déclin de tel ou tel secteur.... le rôle croissant des industries à forte activité de savoir, la montée en puissance de certains types de services... collectifs, sociaux et aux entreprises» (« L’impact économique de la technologie », L'Observateur de l'O.C.D.E., n° 213, août-septembre 1998).

Cependant, les autres caractères analysés dans la même étude, des implications économiques des mutations technologiques en coûts préciseraient leurs contradictions et antagonismes croissants ainsi que l'ambivalence et les défis des transformations ultérieures possibles.

C'est, en premier lieu, la tendance selon laquelle « les entreprises s’efforçant d’innover, resserrent leur coopération, que ce soit dans le cadre de co-entreprises en bonne et due forme, à l’intérieur de réseaux industriels ou encore avec les universités et les laboratoires publics » (Ibidem).

On retrouve cette caractérisation jusqu'au plan mondial dans bien d'autres analyses, comme celle d'Edouard Mathieu sur « Industrie française et mondialisation ». Celle-ci indique comment le but des « alliances » des années 1990, après les « fusions-acquisitions » des années 1980 vise tout particulièrement à des « établissements de normes, accords technologiques ou de distribution, production coordonnée... accords... souvent indispensables pour emporter un marché, contrer un concurrent, répartir les coûts et les risques [....] ils facilitent l’accès à des technologies ou à des marchés».

En outre, « les réseaux télématiques contribuent à rendre plus efficace la gestion globale des multinationales. Ils permettent de créer des ensembles de plus en plus vastes, en fédérant des unités décentralisées dans le monde entier... l’entreprise... devient elle-même un réseau, la 'firme-réseau' aux frontières floues... à l'attache territoriale fluctuante» (« L’industrie en première ligne » in « Industrie française et mondialisation », SESSI, 1998, Problèmes Economiques, 14 octobre 1998).

« L’ouverture extérieure se mesure par le chiffre d’affaires à l’étranger, qui tient compte des exportations et de la production française hors du territoire national... près de 70% de la production intérieure... les secteurs les plus engagés... se mondialisent en raison de diverses économies d’échelle ou d’envergure: économies de recherche-développement, économies d'achats, économie de gestion... beaucoup d'entreprises [P.M.I ou petites et moyennes industrielles] ne sont pas  (ou plus) indépendantes mais font partie de groupes» (Ibidem).

Notons qu'en réalité, à l'opposé des « économies d’échelle » traditionnelles rendent compte la concentration dans de très grandes entreprises unifiées, dans d'autres études, on souligne la nouveauté des « déséconomies d’échelle » des grandes unités et du besoin « d’unités décentralisées », ou du moins la « limitation des économies d’échelle » du fait des progrès technologiques (Cf. Etude de l'O.C.D.E. citée). Il s'agirait donc, avec l'accent mis sur les économies des immenses dépenses informationnelles, la montée d'exigences radicalement nouvelles de partages de coûts entre unités autonomes coopératives dans des ensembles aux liens surtout informationnels et financiers.

La théorie dominante, notamment aux Etats-Unis, insiste sur le principe selon lequel, en raison des « effets externes » de dépenses de recherche dépassant l'intérêt de la firme individuelle qui les effectue, elles seraient au-dessous de l'optimum, d'où l'intérêt des dépenses publiques et des aides publiques. A l'opposé de la simple augmentation classique des dépenses étatiques, congénitales d'ailleurs du système capitaliste, et en conformité avec la réalité bien plus complexe des réseaux et des coopérations directes, l'accent est mis par notre théorie à propos des recherches publiques et privées, sur la montée du partage des coûts et son ambivalence de portée révolutionnaire, de façon radicalement différente par rapport à un simple pot commun étatique à part où  puiser[3].

Ainsi, « La littérature traditionnelle sur les externalités met en évidence les problèmes posés par l’existence d’externalités positives dans le domaine de la recherche scientifique et technologique »[4]. Elle affirme que « les agents qui ont des activités de recherche et de développement (R & D)... ‘émettent’ des informations et des connaissances, lesquelles se propagent et peuvent être ‘acquises’ par d'autres agents, mais sans donner lieu à rétribution...

L'insuffisante appropriation des résultats des recherches et des innovations par les agents économiques qui les développent conduit à une allocation inefficiente des ressources affectées à ces activités et à l'existence d'un biais entre leur ‘rendement privé’ et leur ‘rendement social’ ... Le rendement privé (celui qui revient aux seuls innovateurs) est plus faible que le rendement social... Il s'ensuit que le niveau d'investissement effectué à l'équilibre décentralisé en matière de recherche et d'innovation est inférieur au niveau socialement optimal [....]. L'intervention publique est donc justifiée pour compléter et stimuler l'initiative privée défaillante»[5].

Cette ambivalence cruciale concerne, d'une part, les partages monopolistes pour dominer le marché capitaliste avec les contrôles financiers, la destruction de concurrents et le chômage massif et, d'autre part, leur dépassement possible par des partages, mais non monopolistes et non étatistes, favorisant le co-développement de l'emploi et de la formation aux plans national, zonal ou mondial avec, en outre, les économies des immenses dépenses de contrôle financier.

Cette ambivalence majeure se rencontre d'ailleurs dans les analyses descriptives, où, à côté de la tendance aux partages, avec la montée des nouveaux groupes en réseaux zonalisés et mondialisés, on met en évidence la dominante actuelle grandissante des marchés et des dominations marchandes et financières.

Ainsi, l'étude citée de l'O.C.D.E. indique que si l'emploi dans l'industrie manufacturière, après avoir progressé de 1985 à 1990 dans les pays développés a quelque peu décliné de 1990 à 1995, alors que dans les services il a beaucoup augmenté, ce sont les services financiers ou encore les services collectifs sociaux et personnels qui ont le plus augmenté. Et surtout: « la croissance du marché mondial des technologies de l’information (T.I.) a été deux fois plus vigoureuse que celle du P.I.B. entre 1987 et 1995, notamment pour les logiciels et les services informatiques » (Ibidem).

L'analyse sur « Industrie française et mondialisation» insiste sur l'accroissement des échanges internationaux et des ventes ou achats à partir des filiales des nouveaux groupes multinationaux, au point que « les ventes des filiales étrangères des multinationales... dépassent désormais les exportations [nationales] de biens et services » (Ibidem, p.6).

Cela se réfère aux nouvelles relations informationnelles et productives, tandis que les stocks d'investissements directs à l'étranger ne se font plus dans un « un contexte colonial » mais dans « un contexte de concurrence générale » avec, outre l'utilisation de sources de « matières premières... les moins chères », celle de toutes les données du « rapport coût/productivité », y compris l'intégration des activités de recherche et développement ou les bas coûts salariaux du travail. Ce qui renvoie notamment au « rattrapage accéléré des pays industrialisés par de nombreux pays d’Asie et d’Amérique latine »... avec les « déréglementations » « concernant les mouvements de marchandises et de capitaux » ainsi que « d’importantes privatisations et l’ouverture de nombreux monopoles publics » (Ibidem, p.6-7).

Mais cela renvoie aussi à « l’intégration européenne ». Cette dernière « ne s’exprime pas seulement en termes d’ouverture des marchés. Elle a aussi pour effet d’intégrer partiellement les processus de production aussi bien entre filiales d’un même groupe que dans une relation de client à fournisseur »[6] (Ibidem, p.8).

Enfin, en référence à l'année 1995 au plan du monde entier, on a pu préciser: « les ventes annuelles de filiales à l’étranger [6.413 milliards de francs] dépassent le montant des exportations mondiales mais ces ventes sont très supérieures à leur propre production [1.557 milliards de francs], il s’agit donc en grande partie de revente » (Source: C.N.U.C.E.D., World Investment Report, 1997, p.4, cité dans Lionel Fontagné, « En attendant l’AMI: un bilan des relations entre investissement direct à l’étranger et commerce », La Lettre du CEPII, n°168, mai 1998).

Dans ces conditions, les filiales réexporteraient (en sus de leur produit en valeur ajoutée propre) des éléments ou composants importés de leur réseau et spécialement des composants incorporant des fortes dépenses informationnelles de sociétés-mères des pays les plus dominants, tout particulièrement des Etats-Unis[7]. Si l'on considérait les réimportations de ces composants (avec les additions de valeur ajoutée) dans les pays dominants eux-mêmes, on pourrait peut-être ainsi en partie rendre compte, par hypothèse, de l'importance à la fois du déficit commercial et du besoin d'importation de capitaux corrélatifs liés aux dominations nouvelles des Etats-Unis.

Ces importations massives de capitaux très nouvelles aux Etats-Unis, notamment du Japon, mais aussi d'Europe, sont aussi liées aux investissements directs de groupes venant accéder au marché et aux technologies des Etats-Unis. Mais elles concerneraient aussi l'énormité de l'endettement public extérieur américain qui nourrit notamment les dépenses informationnelles publiques (recherche-développement, éducation, etc.), en diminuant les prélèvements publics grevant les taux de profit des entreprises, et les besoins informationnels des groupes mais aussi d'irrigation de leurs réseaux mondiaux. Ces dominations nouvelles par les importations de capitaux vont de pair avec les dominations plus traditionnelles impérialistes par exportation des capitaux qui caractérisent encore davantage, du moins jusqu'à présent, le Japon et les pays de l'Union européenne[8].

Dans le même sens, sans doute on a pu noter que « les entreprises européennes préfèrent conclure des accords notamment en matière de recherche et développement, avec des entreprises américaines ou japonaises... l’organisation spatiale des activités multinationales peut conserver une configuration plutôt régionale [européenne] pour la production intégrée et plus globale pour les accords de recherche et développement et la commercialisation» (Industrie française et mondialisation, Etude citée, p.9).

Toutefois, une contre-tendance nouvelle aurait commencé à se faire jour, sous pression sans doute des risques liés au freinage de la demande et de la croissance: le financement de la recherche-développement, en pourcentage du P.I.B., a considérablement diminué entre 1990 et 1995 dans les pays de l'O.C.D.E. (« L’impact économique de la technologie », L'Observateur de l'O.C.D.E., Etude citée).

On doit en effet considérer la question des conditions de la tendance renforcée, surtout dans les années 1990, de l'insuffisance relative de la demande globale, avec les pressions contre les dépenses sociales et salariales, en liaison avec les nouvelles technologies. A propos de cet impact des technologies, on peut prendre en compte des séries de données concernant l'évolution à la baisse du rapport « capital/produit », d'où la diminution de la demande de capital pour un même produit, dans la production industrielle et encore plus dans les services.

Ainsi, pour la « productivité du capital » dans toute la Communauté européenne, on aurait une série confirmant la tendance au relèvement de cette productivité dans la longue phase de difficultés en cours, sous réserve du relèvement apparent lié à la baisse en 1990-1992 du taux de croissance de la production (ne modifiant donc pas l'impact, sur la baisse de demande globale, de la tendance à l'amélioration de l'efficacité des capitaux ou baisse de leur composition organique mesurée en prix constants).

Productivité du capital

1979

1980

1981

1982

1983

1984

1985

 

0,2

1,8

2,5

1,6

0,6

0,2

0,4

 

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

 

0,6

0,5

1,4

0,4

0,1

1,3

1,5

 

(D'après Economie européenne, n°54-1993, Etude numéro 1, tableau 1, p.112

En France, la productivité du capital « utilisé » ou « mis en oeuvre » dans l'industrie se relèverait de plus en plus sensiblement de 1985 à 1997 (tandis que la baisse de la productivité « apparente » du capital de 1991 à 1993 dépend de la baisse de la production et de l'inutilisation corrélative du capital).

Productivité du capital dans l'industrie (indice 1980 = 100) (*)

 

 

 

 

 

 

(Source: Centre d'observation économique, d'après le Rapport des 24 et 25 février 1998, du Conseil Economique et Social, « L’investissement des entreprises » reproduit dans Problèmes Economiques du 18/25 novembre 1998).

(*) Productivité apparente = production sur volume du stock net de capital (en francs 1980): productivité du capital utilisé= stock de capital pondéré par le taux d'utilisation; productivité du capital  « mis en oeuvr » = stock de capital utilisé affecté d'un coefficient mesurant l'effet de la durée hebdomadaire d'utilisation des équipements (DUE) égal au rapport entre la DUE de l'année t et la DUE moyenne sur la période 1980-1996 (48,1 heures).

En outre, l'efficacité du capital en « production potentielle » s'améliorerait bien plus, dans l'ensemble du secteur marchand (comprenant les services marchands) relativement à la seule industrie[9]

Dans ces conditions, on constaterait la tendance générale durable à l'insuffisance relative de la demande globale et au chômage massif, du fait de la conjugaison dans les longues phases de difficultés des économies de moyens matériels relativement à la valeur ajoutée produite, tandis que la plus-value ou le profit s'élève par rapport aux salaires dans la valeur ajoutée produite. Ainsi, l'augmentation des profits n'est pas compensée par l'augmentation de la demande de moyens matériels de production. En d'autres termes, les économies de travail dit mort, incorporé dans les moyens de production, sont encore renforcées par la révolution informationnelle, y compris la montée formidable des services marchands. Mais les économies de travail vivant sont aussi accentuées par l'automation. Et, en outre, la pression des marchés financiers globalisés et la mise en concurrence de tous les travailleurs potentiels du monde ajoutant aux effets des économies technologiques par les pressions obsessionnelles contre tous les coûts salariaux.

Les chiffres concernant les années récentes rendraient compte de l'accélération de l'insuffisance de la demande globale, sous contrainte de rentabilité financière exaspérant la tendance à la surproduction, aux surcapacités et aux freinages de la croissance, comme le manifeste d'ailleurs la crise financière mondiale de 1997-1998 et les récessions en Asie, au Japon et le ralentissement actuel de la croissance mondiale. Cela proviendrait de la maturation des transformations technologiques et du partage renforcé de la valeur ajoutée en faveur de profits s'appuyant sur la pression du chômage durable et sur les baisses de fécondité corrélatives, favorisant les pressions contre les exigences de pouvoir d'achat salarial.

Ainsi, le chômage massif s'est développé graduellement par poussées successives dans le monde entier, tandis que dans les années 1990, il concerne aussi la Russie et les pays d'Europe de l'Est, puis ces derniers temps la Chine alors qu'il explose en Asie du Sud-Est.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source: Conseil d'Analyse Economique, Coordination Européenne des Politiques Economiques, La Documentation Française, 1998.

 

3) La crise du capitalisme monopoliste d'Etat: les antagonismes grandissants de l'hyper-financiarisation capitaliste et du chômage perdurable mondialisés, branchés sur les révolutions informationnelle et du décrochement de la monnaie par rapport à l'or

Comme dans les longues phases de difficultés et de crise systémique précédentes, telle celle de l'entre-deux-guerres mondiales, la crise des structures et des régulations, face au début de mutation des opérations, s'expriment par des antagonismes des impulsions et des blocages. Ainsi, dans l'entre-deux-guerres, la crise du système du capitalisme monopoliste simple concernait les blocages contre la baisse des prix et tarifs monopolistes dans l'industrie et dans la banque, freinant les relèvements de la rentabilité des capitaux industriels permis par les nouvelles technologies, et donc la croissance globale et l'emploi.

D'où la nécessité de faire reculer partiellement les monopoles privés dans l'industrie et dans la banque par la montée du secteur public afin de favoriser la croissance rentable du reste de l'économie et des monopoles privés avec celle des populations, dans le capitalisme monopoliste d'Etat.

Cependant, de nos jours, les défis des étatisations et la portée révolutionnaire des révolutions technologiques, monétaires, écologiques et démographiques contribueraient à rendre compte du caractère beaucoup plus profond de la crise systémique.

D'où, par hypothèse, la possibilité et l'exigence de transformations systémiques bien plus radicales. Elles pourraient concerner une mixité institutionnelle entre éléments relevant toujours des marchés capitalistes, maîtrisés, et éléments allant au-delà des corrections étatiques, avec des aspects de dépassement des marchés capitalistes, comme au plan de l'emploi et des financements. Cela permettrait de faire désormais prédominer le développement des capacités des populations elles-mêmes sur le développement de moyens matériels et donc un co-développement de tous les peuples, avec la promotion non seulement des recherches-développement en coopération, mais de l'emploi, de la formation, de la responsabilité de chacune et de chacun.

Ainsi, les interventions étatiques mises en faveur de taux de profit capitalistes et des accumulations de capitaux privés, surtout monopolistes, caractéristiques du capitalisme monopoliste d'Etat avec l'expansion des secteurs publics, des consommations de production et de financement, se seraient en quelque sorte retournées pendant la crise de ce capitalisme monopoliste d'Etat.

Au lieu de favoriser essentiellement les accumulations de capitaux matériels et l'emploi, les interventions étatiques favorisent principalement les capitaux financiers et les profits financiers, faisant pression contre l'emploi et les conditions de travail, en poussant comme jamais la tendance à la surcapitalisation financière des longues phases de difficultés. Les incitations nouvelles, à la fois, favorisent les consommations de dépenses informationnelles publiques et privées (recherche, formation, diffusion des données, etc.), mais aussi de façon antagoniste, le refoulement des dépenses de développement des salariés et des populations qui tendent pourtant à monter (formation, accès aux données et même recherches).

D'ailleurs, dans la crise systémique actuelle, on a vu monter les défis des reculs des secteurs publics, des déréglementations et des privatisations multinationales. Cela n'a pas seulement concerné les pays dominants du capitalisme monopoliste d'Etat, mais les effondrements des régimes étatistes se réclamant du socialisme en Europe de l'Est ou l'implosion des régimes étatistes se réclamant du développement national dans les pays dits en voie de développement du Tiers-Monde. Il s'agirait de solutions antagonistes, réactionnaires, poussant, avec un type particulier de progression, les nouvelles technologies, les dominations financières et le chômage. Ce serait des réponses à dépasser, certes, mais à de vrais problèmes et aux inefficacités des anciens secteurs étatiques (comme des anciens groupes privés d'ailleurs): gâchis bureautiques et cloisonnements à l'intérieur d'un même pays, limitation de la socialisation au plan national, rigidités de toutes sortes. D'où le défi de secteurs publics très nouveaux ouverts aux partages, coopération d'interventions du plan local au plan zonal et même mondial et d'une nouvelle mixité privé-public, à prédominance sociale et autogestionnaire.

En même temps, montent aussi les antagonismes des concertations internationales, pluri-étatiques: -intégrations zonales, comme l'Union européenne, l'Alena, le Mercosur, l'Asean, etc., -et concertations mondiales, des G7 et G8 au G22 du FMI. A travers ces intégrations et concertations, se développe le jeu des dominations rivales de super-puissances nationales, en premier lieu les Etats-Unis, mais aussi le Japon ou l'Allemagne, et les « seconds couteaux » comme la France, quatrième puissance économique mondiale.

La véritable révolution monétaire du décrochement de la monnaie par rapport à l'or permet de lever, de façon ambivalente et même antagoniste, les limitations de l'exigence d'or face aux excès inflationnistes du crédit capitaliste. Cette levée des exigences d'or va bien au-delà des relâchements relatifs et provisoires d'exigence d'or du passé, d'ailleurs mis en cause dans les longues phases de difficultés.

En effet, à l'issue des longues phases ascendantes de croissance soutenue des cycles Kondratieff, la suraccumulation de longue période des capitaux réels, liée aux anciennes technologies, provoquait l'excès des crédits très inflationnistes. Aussi, le passage à la longue phase de difficultés -liée aux économies massives, non seulement de travail vivant mais de travail mort, avec les changements technologiques et le chômage massif durable- allait de pair avec l'accumulation grandissante en or, dont le prix montait (tandis que les prix-or des marchandises baissaient). Cette accumulation d'or, de tendance spéculative, se substituait en partie aux investissements productifs et faisait pression sur les exigences de rentabilité des investissements matériels, liquidant les anciens et poussant les nouveaux.

Certes, l'accumulation proprement financière s'effectuait non seulement en or mais en titres émis sur les marchés financiers, titres privés et étatiques. Cependant, dans la longue phase de difficultés si originale en cours, c'est l'explosion sans pareil de titres financiers. Après une forte montée traditionnelle du prix de l'or de 1968 à 1979, de 35 dollars l'once d'or fin (en mars 1968) jusqu'à 250 dollars en mai 1979, c'est l'ascension fulgurante de 1979 jusqu'à 850 dollars en janvier 1980! Ensuite, cette hausse commence à être cassée et le prix de l'or a fortement reflué depuis février 1980. En même temps la rupture officielle désormais proclamée du lien de l'or avec les monnaies --depuis l'inconvertibilité du dollar en or de 1971 jusqu'aux Accords de la Jamaïque de 1976, supprimant avec le deuxième Amendement aux Statuts du FMI la définition en or des monnaies-- devient pratiquement effective. Le dollar se substitue de plus en plus alors dans les réserves officielles des Banques centrales, sans le chasser complètement.

Ce tournant fondamental va de pair avec les ventes d'or du F.M.I. (depuis 1976) puis de la Réserve fédérale des Etats-Unis et d'autres Banques centrales, tendant à soutenir le dollar effondré en 1979 du fait de sa folle inflation, tandis que les pétrodollars avaient reflué vers les devises européennes et que l'écu européen était créé. En même temps, les taux d'intérêt étaient relevés très fortement aux Etats-Unis et des intérêts considérables commençaient à être payés sur les immenses émissions d'Etat d'obligations en dollars. Les Etats-Unis, de grands créanciers du monde entier qu'ils étaient, depuis la première guerre mondiale, en deviennent les plus grands débiteurs dans les

années 1980, tout particulièrement vis-à-vis du Japon, mais aussi des pays d'Europe occidentale et d'ailleurs. Ainsi, les injections monétaires nouvelles ont tendu à soutenir les marchés financiers comme jamais.

Balance des paiements

de base du Japon

 

 

 

Avec les destructions d'anciennes capacités de production, le chômage massif durable, les nouveaux progrès de la productivité du travail total, l'inflation accélérée des prix nominaux est finalement elle aussi cassée. Cependant, il s'agit alors, du moins dans les pays capitalistes développés, d'une conjugaison de déflation salariale et d'inflation financière.

Au lieu d'une très faible inflation apparente dans les années 1990 jusqu'à finalement une inflation nominale proche de zéro dans les pays capitalistes dominants, alors que la productivité progresse fortement, les prix des marchandises et services auraient dû fortement baisser, s'il n'y avait pas, en fait, des sortes de « monnaies fondantes » en valeur.

Cela masque en prix les baisses des profits en valeur. Et cela renvoie sans doute aux prises sur la production en valeur des groupes monopolistes nouveaux, tout particulièrement pour leurs dépenses informationnelles, avec notamment les plus-values financières des actions. Cela renvoie aux prises des Etats non directement par la création monétaire, mais par leurs endettements formidables sur les marchés financiers et leurs soutiens par les injections monétaires du crédit. Toutefois, tous les soutiens des marchés financiers globalisés, réglementaires, fiscaux, du crédit et ces prises des titres financiers privés et publics, branchés sur les surproduits issus des productivités nouvelles et aussi des pressions sur les coûts salariaux tendent à renforcer encore l'insuffisance relative de la demande globale et des productions réelles relativement aux exigences de rendement et à la montée des cours des titres. Cela va commencer à engendrer des effondrements partiels et des tendances déflationnistes qui vont se renforcer depuis le krach financier de 1987 jusqu'à la crise financière mondiale bien plus durable de 1997-1998. Et pourtant, se poursuit la fuite en avant des crédits monétaires décrochés de l'or, crédit réduit relativement pour la croissance réelle et surtout l'emploi mais subordonné au gonflement des placements et prises sur les marchés financiers mondialisés, avec les antagonismes nouveaux entre le dollar, le yen et désormais l'euro pour la captation des profits et des capitaux réels du monde entier.

Avec la tendance au freinage de la croissance réelle et aux gonflements financiers globalisés branchés sur les révolutions technologiques et monétaires, se sont succédées -durant la longue phase de difficultés de la crise systémique- différentes phases intermédiaires, caractérisées par l'importance des échanges entre produits et créances. Ces échanges de produits contre créances financières progressent relativement aux échanges produits contre produits via une simple monnaie de circulation qui caractérisaient la longue phase de grande croissance antérieure. Ces phases intermédiaires de croissance des titres financiers, allant de pair avec le freinage de la croissance réelle, aboutissent, à chaque fois, à une poussée d'inflation excessive du dollar et à une mise en cause de la domination mondiale de fait du dollar. Mais celle-ci est sans cesse relancée de façon plus hégémonique, du moins jusqu'à présent, où des affrontements et aussi des négociations sans précédent pourraient bien intervenir.

1 - C'est d'abord la phase intermédiaire du « tournant » vers la longue phase de difficultés de 1967-1969 à 1973-1974. Elle a vu notamment le redoublement d'expansion mondiale des multinationales des Etats-Unis, de leurs dépenses publiques militaires, de l'eurodollar et des xeno-dollars, débouchant sur l'inflation à deux chiffres, la crise du système monétaire international, le flottement généralisé des monnaies et la création des Droits de Tirages Spéciaux au F.M.I., embryon de substitut du dollar.

2 - Ensuite, de 1973-1974 à 1979-1982, c'est l'essor des pétrodollars et, en liaison avec leur recyclage, l'explosion des créances sur les pays en voie de développement producteurs de pétrole ou de matières premières diverses. Et cela débouche sur l'effondrement du dollar et l'explosion du prix de l'or en 1979, l'apparition de l'écu et du système monétaire européen, la crise de l'excès d'endettement des pays en voie de développement.

3 - De 1979-1982 à 1987-1990, c'est l'explosion des créances, notamment japonaises et européennes avec l'immense attraction de capitaux aux Etats-Unis, avec l'exaspération extrême de la course aux armements jusqu'à la guerre des étoiles, les politiques d'ajustement structurel du F.M.I. pour les PVD endettés, le décrochement pratique des monnaies par rapport à l'or. Et cela débouche sur le krach de 1987, l'effondrement de l'Union Soviétique et des régimes liés à elle en Europe orientale, et la crise de la croissance mondiale autour de 1990.

4 - De 1987-1990 à 1997-1998, c'est la poursuite de l'endettement des Etats-Unis et des créances sur eux surtout du Japon et des Européens, mais aussi l'explosion des placements en Asie du Sud-Est et dans les pays dits « émergents » en industrialisation nouvelle jusqu'à l'Amérique Latine, la privatisation des secteurs publics généralisée au monde tout entier, les intégrations zonales en Europe, en Amérique et en Asie, les dites « désinflations compétitives » et les alignements sur les monnaies fortes, dollar ou deutschemark. Et cela débouche sur la crise financière mondiale de 1997-1998 à partir de l'Asie du Sud-Est et des pays émergents (après la crise Mexicaine de 1994), les critiques des politiques déflationnistes du F.M.I. notamment, la naissance de l'euro, les affrontements et négociations prévisibles entre dollar, yen et euro, les nouveaux mouvements sociaux de contestation de l'hyperlibéralisme économique et de la domination des marchés financiers dans tous les continents.

 

La logique financière l'emporte sur la logique industrielle et commerciale

Evolution des mouvements internationaux de capitaux en milliards de dollars (moyenne annuelle)

 

 

 

 

Source: Banque des Règlements Internationaux, 68ème Rapport annuel, 1er avril 1997 - 31 mars 1998 - Bâle

En articulation avec tous les mouvements et luttes sur le terrain local, national, zonal pour d'autres relations, non seulement économiques, sociales et politiques, mais monétaires et financières, l'organisation d'une autre superstructure monétaro-financière internationale, au plan mondial, constituerait un enjeu décisif pour dépasser cette domination des marchés financiers freinant gravement, par poussées successives, la croissance et surtout l'emploi.

Contrairement aux illusions répandues, avec la naissance de l'euro, du simple recul de l'hégémonie du dollar de l'établissement d'un condominium équilibré dans un monde dit « bipolaire » ou « tripolaire » entre dollar, euro et yen, tandis que tous les autres pays n'auraient qu'à suivre, ce sont de durs affrontements entrecoupés de négociations, sur le dos des peuples qui sont prévisibles, dans le cadre d'une phase d'exaspération des difficultés, ouverte par la crise financière mondiale de 1997-1998.

Bien sûr, des pressions d'une force sans précédent vont pouvoir s'exercer contre les formidables déficits commerciaux des Etats-Unis (avec un déficit des paiements courants de plus de 200 milliards de dollars en 1998) et contre les énormes attractions de capitaux pour leur domination commerciale et informationnelle grâce au statut du dollar de monnaie de réserve et de facturation des échanges mondiaux. Ainsi, les réserves des Banques centrales sont constituées en dollars pour 60%, dont l'écrasante majorité est représentée par des titres du Trésor des Etats-Unis. Mais la solution fondamentale n'est pas le partage illusoire de ce privilège de super-puissance à deux ou trois.

Pourtant, le Premier ministre japonais Keizo Obuchi a évoqué la proposition d'un nouveau système monétaire international pour notamment enrayer la chute du yen face à l’euro et au dollar. Dans son allocution du nouvel an 1999, il a déclaré: « Nous devons faire du yen une devise qui fasse le poids face au dollar et à l’euro ». Selon le quotidien économique Nihon Leizat, il s'agit tout particulièrement de renforcer la présence du yen sur les marchés pour les obligations d'Etat japonaises[10].

Il conviendrait, au contraire, d'abolir le privilège de super-monnaie mondiale pour privilégier le développement des populations elles-mêmes et le partage des avantages de la création monétaire mondiale décrochée de l'or. Cela permettrait une croissance réelle supérieure et le développement des populations partout.

On pourrait d'ailleurs considérer à quel point, durant toute la crise systémique en cours, depuis la fin des années 1960, le niveau, le rôle et le statut du dollar ont été à l'épicentre de tous les graves ébranlements de l'édifice économique planétaire. Le dollar, tout en tendant de plus en plus à être mis en cause dans son rôle de monnaie mondiale de fait et en étant profondément dévalué, a, à chaque fois, jusqu'à présent, développé sa domination mondiale, avec l'aide notamment du F.M.I., comme il tente de nouveau de le faire.

A la suite de son bras de fer avec l'or, monnaie universelle dominante de réserve, en droit puis en fait ce statut de l'or semble avoir été finalement cassé, même si son rôle de réserve n'a pas disparu complètement, tandis que son prix fluctue quelque peu autour de 300 dollars, bien plus du fait de la perte de son rôle que des reprises récentes de sa production.

Cependant, le dollar n'a cessé, en tendance, de baisser en dépit de ses remontées spectaculaires par rapport aux deux autres grandes monnaies de puissance jusqu'ici: le deutschemark et le yen, comme le montrent les graphiques ci-après:

ici graphique dépréciation quasi-continue depuis 30 ans env. mark et dollar contre yen

 

 

 

 

Mais aussi, contrairement aux visions unilatérales sur la richesse fondée uniquement sur les Produits Intérieurs Bruts marchands dans un monde tripolaire, le poids des populations -bien au-delà des ressources naturelles- s'est fait de plus en plus sentir, avec le pôle (face aux trois ensembles dominants) des pays dits en voie de développement qui ont attiré massivement les capitaux dans les années 1970 puis, comme pays industriellement émergents souvent alignés sur le dollar, dans les années 1990, et qui ont commencé à essayer, en dépit des efforts du F.M.I., non seulement des dévaluations en catastrophe, mais aussi l'arme des dévaluations compétitives en 1997-1998, de la Corée du Sud au Brésil, tandis que le yuan chinois recommence l'expérience d'une monnaie quis’efforce de se maintenir.

En réalité, c'est le défi d'un monde effectivement coopératif et non pas fondamentalement dominé à 1, 2 ou 3, qui serait posé à travers les grandes manoeuvres qui ont commencé, c'est-à-dire la mise en cause de la domination du dollar et aussi de tout autre monnaie de super-puissance. C'est une véritable monnaie commune mondiale -fondée sur toutes les monnaies zonales et nationales- que nous proposons, dont l'embryon existe avec les Droits de Tirages Spéciaux du F.M.I. créés au début de la crise systémique, tandis que le F.M.I. est jusqu'à présent dominé par les Etats-Unis. Mais cela se relie à d'autres transformations fondamentales à d'autres niveaux, pour un co-développement de tous les peuples.


II - LA CRISE FINANCIERE MONDIALE DE 1997-1998 ET LES ANTAGONISMES DES REPONSES D'ADAPTATION DES INSTITUTIONS DOMINANTES

1) Sur la portée, les facteurs et la gravité de la crise financière mondiale récente[11]

Il ne s'agit pas d'un simple krach, mais d'une crise financière mondiale, d'une gravité sans précédent qui a duré et s'est amplifiée depuis mai 1997 jusquau début de 1999. On a assisté, à l'échelle mondiale, à des ébranlements en série, des coups de boutoirs, ainsi qu'un renforcement considérable des facteurs et des difficultés du chômage, du ralentissement voire des reculs de croissance et des dépenses publiques, de l'exaspération des antagonismes entre Etats. C'est très probablement la crise du système de domination exacerbée des marchés financiers qui a commencé, bien sûr par un processus qui peut durer longtemps avec certains hauts et bas.

Pourquoi cela s'est-il produit maintenant et de façon différente des simples krachs financiers et boursiers précédents?

Il y aurait une maturation des nouvelles technologies économisant les moyens matériels relativement aux résultats produits vendables et des pressions sur les emplois et les salaires, ainsi que d'ailleurs, surtout dans les pays développés, la diminution de la demande des populations (par baisse de natalité sous pression du chômage). Tout cela exaspère les insuffisances de la demande face à la maturation de l'enflure des croissances financières. Cela s'est déjà produit au début de processus de fin des longues phases de difficultés ou crises systémiques antérieures comme celle de l'entre-deux guerres. Mais la nouveauté radicale renvoie au début de la révolution informationnelle, de la révolution du décrochement des monnaies par rapport à l'or, sans parler de la révolution démographique de la longévité et de réduction de fécondité renforcées.

En effet, la baisse de la valeur et du prix de l'or (avec les découvertes répondant à la hausse de son prix poussé par les placements non productifs) entraînait la baisse des taux d'intérêt mesurés en or comme base des transformations et de la relance du crédit pour l'issue. Mais désormais la création monétaire, détachée de l'or, à la fois amplifie les difficultés de façon indéterminée en relançant la croissance financière en titres et, en même temps permettrait l'organisation d'une relance sélective du crédit bien plus pour les êtres humains que pour les capitaux.

Les ambivalences du branchage de la croissance sur la révolution informationnelle parasitée par la domination des capitaux financiers, vont dans le même sens d'alimentation des profits nouveaux pour la croissance financière, d'aggravation et de durée sans précédent du chômage massif et de la précarité, mais aussi de la possibilité du début de dépassement de la domination des capitaux avec des transformations plus radicales.

Ce serait une erreur fondamentale de croire que les responsables sont l'Asie du Sud-Est ou la Russie. Ce n'est pas essentiellement une crise russe, ni asiatique, ni même des pays « émergents ». Ce sont effectivement les Etats-Unis, le Japon et l'Union européenne qui sont —avec la domination mondialisée sans précédent du capital financier— responsables, pour avoir impulsé cette croissance où les nouvelles technologies sont dominées par l'explosion des marchés financiers, la pression sur les salaires et l'emploi, le chômage perdurable et la précarisation généralisée.

Cependant, ces grands ensembles dominants sont aussi concernés par les mêmes difficultés. Ces difficultés nouvelles ont commencé à frapper les pays ayant connu la plus grande croissance (en Asie) ou les plus fragiles (Russie), sous la pression des mêmes facteurs et antagonismes mondialisés fondamentaux.

·     Facteurs de la crise financière

On peut distinguer trois ensembles de facteurs enchevêtrés. Premièrement, l'insuffisance relative de la demande mondiale est devenue beaucoup plus grave, avec la maturation des technologies de la révolution informationnelle économisant, relativement aux résultats vendables, les équipements (dans les productions matérielles et encore plus dans les services) et la maturation des pressions sur les salaires. Ainsi, les pays du Sud-Est asiatique ont dès 1996, commencé à freiner leurs exportations. Les difficultés nouvelles ont démarré au Japon, un de leurs principaux clients, du fait de l'énormité de sa croissance financière, sans croissance correspondante de la demande interne et extérieure. Ensuite, les Etats-Unis ont essayé de commencer à freiner leur croissance, en relevant un peu leurs taux d'intérêts, d'où la hausse du dollar. Celle-ci a déclenché les premières difficultés aiguës dans les pays émergents d'Asie du Sud-Est, aux monnaies alignées sur le dollar (pour favoriser les attractions de capitaux) et dont les produits devenaient ainsi plus difficiles à vendre. Quant à l'Union européenne, sa politique de croissance financière externe, avec limitation de sa demande interne, hausse du chômage et pression sur les salaires, a participé fortement à cette insuffisance mondiale de la demande.

Deuxièmement, le gonflement formidable de la croissance financière des titres —actions et obligations— sur les marchés financiers globalisés et mondialisés n'est pas seulement devenu excessif, comme lors des krachs financiers précédents, par rapport aux limitations de la croissance réelle. Mais encore il aurait commencé à développer —en liaison avec les politiques menées par les pays dominants, les banques, ainsi que les institutions monétaro-financières internationales— des cercles vicieux, où les corrections antérieures deviendraient en bonne partie inopérantes.

Ainsi les pays du sud-est asiatique ont reçu dans les années 1990 des placements de capitaux tout à fait colossaux non seulement du Japon ou des Etats-Unis mais aussi des pays de l'Union européenne. Dans une moindre mesure quoique encore de façon très considérable, cela a concerné d'autres pays dits émergents de l'Amérique latine à la Chine, et à un bien moindre degré divers pays de l'Europe de l'Est.

Cela a concerné des investissements directs et encore plus des investissements de portefeuille dans les pays émergents, sans parler des investissements dans les pays les plus développés, tout particulièrement en portefeuilles vers les Etats-Unis.

 

 

Source: Banque des Règlements Internationaux, 68ème Rapport annuel, 1er avril 1997 - 31 mars 1998 - Bâle 8/06/98.

 

 

Flux de capitaux et leurs renversements

durant la crise en Asie du Sud-Est

 

 

1 : Investissements directs étrangers

2 : Investissements de portefeuilles

3 : Autres (prêts bancaires).

 

Flux de capitaux privés nets aux marchés émergents

(en milliards de dollars US)

 

 

Source: World Economic and Financial Survey - International Capital Market - Developments, Prospects and Key Policy Issues - International Monetary Fund - Washington, septembre 1998

 

 

Il convient d'ailleurs de noter que les investissements de portefeuille plus liés aux marchés financiers, auraient davantage que les investissements directs caractérisé les pays d'Asie du Sud-Est qui ont connu des difficultés graves relativement au reste de l'Asie.

 

Flux de capitaux privés aux marchés émergents

(en milliards de dollars)

distinguant les pays d'Asie les plus affectés

par la crise (affected countries)

 

 

 

 

 

Source: World Economic and Financial Survey - International Capital Market - Developments, Prospects and Key Policy Issues - International Monetary Fund - Washington, septembre 1998.

 

Troisièmement, il faudrait aussi considérer les conditions de l'offre ou de la production. Ainsi, il y a eu une certaine hausse des salaires malgré toutes les pressions, notamment en Corée du Sud, tandis que par ailleurs la croissance financière déchaînée faisait entrer fortement dans la concurrence des pays à plus bas salaires comme la Chine. Ensuite, il y a eu montée de l'insuffisance des qualifications dans les pays dits émergents les plus développés, tandis qu'une concurrence nouvelle intervenait  avec la maturation des pressions sur les salariés et des nouvelles technologies dans les pays capitalistes les plus dominants, etc.

L’Asie du Sud-Est et la Russie ont bien joué un rôle spécifique dans la crise actuelle. Mais, fondamentalement les mêmes processus sont à l'oeuvre partout. Dans ce cadre, la Russie n'en est que l'exemple le plus caricatural du fait de la fragilité et des antagonismes spécifiques de ses structures. Ainsi l'arrêt de leur croissance a  entraîné une chute de consommation des pays d'Asie du Sud-Est, freinant, après le Japon, la demande de matières premières et de pétrole (dont le prix a chuté de 20 dollars à 10 dollars environ le baril). Tous les pays qui, comme la Russie ou les pays d'Amérique latine, en sont de gros producteurs, sont touchés. Mais il y a eu non seulement en Asie du Sud-Est mais aussi en Amérique latine, comme en Argentine des alignements de monnaies sur le dollar ou du moins des efforts systématiques de rattachement à sa référence, comme avec la parité baissant régulièrement du real brésilien. Il y a eu surtout partout, y compris en Russie, croissance boursière et des marchés financiers, spéculative, débridée, poussée par les banques étrangères, des actions et également des obligations de la dette publique considérable et placée sur les marchés financiers. Ainsi la dette gonflée en Russie, à l'imitation des autres pays, a présenté des difficultés caricaturales, d'impossibilité de service par l'Etat et de refus de soutien du FMI.

Les placements et les levées de fonds en titres des grandes fortunes, des entreprises, des fonds d'investissement collectifs ou de pension dont le rôle est devenu formidable, des banques et aussi des Etats ont connu une  croissance explosive.

 

 

Source: Banque des Règlements internationaux - 68ème Rapport annuel - 1er avril 1997 - 31 mars 1998 - Bâle, 8 juin 1998.

 

En même temps, les banques ont soutenu les investissements de capitaux en titres par des crédits formidables dans le même sens, tout particulièrement en Asie du Sud-Est.

Tout cela a poussé dans le monde entier les exigences de rentabilité financière élevée ainsi que les taux d'intérêt réels pour réduire les coûts salariaux relatifs de façon extraordinaire, tout en mettant aussi la pression sur les dépenses publiques et sociales.

Cependant, le non-développement fondamental des êtres humains et l'obsession de rentabilité financière ont fini par devenir intolérables. Les banques et institutions financières, tout en limitant relativement le crédit à la croissance réelle par des taux d'intérêt élevés favorables aux attractions de capitaux financiers, ont développé les crédits pour les placements financiers et spéculatifs (immobilier, etc..) et ont accru leurs propres achats de titres financiers. L'énormité de leurs créances douteuses —pas seulement au Japon qui est le plus atteint avec sa croissance financière folle— puis la baisse de leurs actifs passée financièrement exercent une pression nouvelle contre leurs crédits à l'économie réelle.

Un cercle dépressif avait donc commencé d'étrangler certaines monnaies et certaines croissances: tandis que d'un côté baissaient les actions et de l'autre les obligations des dettes d'Etat ainsi que les monnaies, surtout en Asie du Sud-Est. D'où les retraits et fuites massives de capitaux. Les marchés financiers des Etats-Unis et d'Europe, après avoir bénéficié de ces reflux, ont commencé à être ébranlés à leur tour.

Pour les actions, il y a eu leur hausse formidable. Mais avec les difficultés de la demande pour les entreprises, c'est l'insuffisance criante des dividendes. Les obligations des dettes publiques ont formidablement augmenté partout. Mais avec la baisse des revenus issus des entreprises, il y a insuffisance des recettes fiscales et la rémunération des titres d'État a été à son tour menacée dans plusieurs pays. En Asie du Sud-est, comme en Russie, cela a renforcé les sorties de fonds massives conjuguées, épuisant les réserves de devises des Etats, et minant leur crédibilité financière. Aussi du fait de ces sorties (par des ventes de titres en monnaies nationales pour des placements en monnaies étrangères), leurs monnaies, attaquées avec une force grandissante, chutaient. Et cela d'autant plus que ces monnaies étaient surévaluées car rattachées à une monnaie dominante comme le dollar. Ces tendances ont joué partout en Asie du Sud-Est, en Russie puis en Amérique latine.

Après la hausse folle puis le début de baisse des actions à Wall Street, les problèmes des obligations d'Etat auraient commencé aux Etats-Unis. Leur cours a énormément augmenté avec le reflux des capitaux d'Asie, abaissant les rendements effectifs des intérêts (par rapport aux prix gonflés) tandis que les placements à court terme sur les monnaies sont devenus plus avantageux. D'où les risques de la baisse nouvelle du dollar qui a commencé et notamment l'aggravation des antagonismes cruciaux entre dollar et euro pour attirer les capitaux.

Il y a en outre, les jeux du yen japonais ou du yuan chinois. En effet, le risque est immense même de début de retrait des extraordinaires quantités de fonds japonais placés aux Etats-Unis, qui auraient un petit peu commencé, y compris vers l'Europe. Et si le yuan devait un jour dévaluer cela relancerait une spirale dépressive en Asie.

 

 

ortefeuille japon

 

 

Source: Banque des Règlements Internationaux, 68ème Rapport annuel, 1er avril 1997 - 31 mars 1998 - Bâle 8/06.98

 

 

Par parenthèse, si les taux d'intérêt longs effectifs des obligations d'Etat ont baissé, ce n'est pas la même chose pour les obligations privées et en outre les taux d'intérêt réel abaissés (très faible inflation déduite) restent supérieurs à la croissance réelle freinée de la production et des revenus.

On a entendu beaucoup de déclarations rassurantes depuis mai 1997 —notamment du FMI et de l'OCDE— chaque fois démenties. En France, le ministre des Finances lui-même, après avoir nié l'impact, sur nous, de la crise asiatique a commencé à l'admettre, tout en le minimisant fortement.

L'euro, tel qu'il est organisé actuellement, tend à renforcer les difficultés. D'un côté, il pousse la croissance financière contre l'emploi. Mais cela va devenir encore plus pervers. De l'autre côté, comme l'euro est organisé pour attirer les capitaux, cela va exacerber les antagonismes avec le dollar, sans parler du jeu du yen. D'où des pressions contre les ressources financières et notamment —après les premières détentes des taux directs à court terme aux Etats-Unis pour soutenir le crédit au marché financier de Wall Street— le risque d'une remontée des taux d'intérêts réels surtout à long terme. Cela jouerait contre la croissance et l'emploi, renforçant les insuffisances cruciales du crédit à long terme en Europe, les facteurs de chômage, les restrictions de dépenses publiques, les oppositions entre Européens eux-mêmes.

Si elle a d'importantes responsabilités dans la crise, l'Union européenne est celui des trois ensembles dominants qui a le plus de chômage malgré sa progression au Japon. Il faudrait avoir l'audace de changer les orientations de la construction monétaire européenne pour le social et l'emploi.

·     Nouveautés des antagonismes financiers, de leur gravité et de leur persistance

Cela peut concerner tout particulièrement trois ensembles de processus:

C'est tout d'abord, avec la globalisation accrue rendant interdépendantes toutes les opérations monétaires et financières, et, avec leur mondialisation, la fragilité nouvelle des débordements financiers ainsi que leur contagion sans précédent.

D'une part, la différence des situations monétaires et financières joue plus fortement contre tel pays ou telle zone, entraînant les effondrements sur certains marchés financiers, les pertes et les fuites de capitaux, la fragilisation des Banques et des Etats.

Et d'autre part, ces difficultés particulières sont plus contagieuses du fait de l'engagement des Banques, des institutions, des investisseurs des autres pays ou zones sur tous les marchés mondiaux, tandis que même les reflux de capitaux à partir des pays touchés aggravent les excès financiers des pays où ils refluent.

C'est ensuite et de façon corrélative, les fragilisations nouvelles des Banques ainsi que des grands Fonds de placement et des institutions financières, touchés à des degrés divers mais avec une certaine interdépendance. Ainsi les Banques sont prises dans de grandes difficultés du fait de l'énormité de leurs créances douteuses sur des emprunteurs dont les ressources s'effondrent, ainsi que par la baisse des valeurs et leurs propres actifs financiers ou encore par leurs engagements vis-à-vis d'autres Banques et Fonds.

D'où le freinage possible de leurs crédits, le besoin de recapitalisation voire d'étatisation, afin d'éviter les faillites les plus graves, tandis que les difficultés générales perdurent. D'ailleurs, Michel Camdessus, Directeur général du F.M.I., a lui-même souligné dans son interview du 27 octobre 1998 « la défaillance grave des structures bancaires ».

C'est enfin, la portée nouvelle, semble-t-il, de la baisse agressive du dollar ou encore des taux d'intérêt courts. La baisse du dollar peut toujours peser de façon classique contre les importations de marchandises aux Etats-Unis et contre les exportations des autres pays des zones comme l'Union européenne.

Mais par ailleurs, la baisse des taux d'intérêt pour réinjecter des liquidités et du crédit à court terme au marché financier, peut soutenir des attractions de capitaux à l'opposé de l'effet traditionnel de leur répulsion. Ainsi les Etats-Unis et les autres pays dominants tendraient à rivaliser pour attirer les capitaux, soit par des baisses de taux à court terme des crédits, soit par des rémunérations plus élevées des titres comme pour les obligations d'Etat, les taux longs et leurs garanties.

En premier lieu, il s'agit de l'acuité du défi classique de la maturité des crises systémiques, avec le renforcement du freinage de la croissance réelle globale et des luttes pour son accaparement aux plans national et international.

La pression accrue contre les dépenses pour les salariés tend à déprimer aussi la croissance pour les profits et les capitaux. Et les pressions renforcées contre les pays les plus fragiles tend à déprimer également la croissance pour les pays dominants. La relance d'une nouvelle phase serait encore plus inégale et fragile. On ne peut sortir durablement de ces cercles vicieux qu'en acceptant, pour une croissance réelle positive d'ensemble beaucoup plus soutenue, une nouvelle répartition plus favorable aux dominés et une modification des régulations.

Mais désormais, au lieu de corrections, même très importantes, en faveur des populations faisant toujours prédominer les profits des capitaux, comme à l'issue de la crise systémique de l'entre-deux-guerres, ce serait une autre prédominance d'ensemble en faveur des populations pour la formation, l'emploi et le partage des ressources, avec d'autres institutions financières, qui serait nécessaire, du fait de la révolution informationnelle.

En deuxième lieu, dans les antagonismes avivés pour accaparer la croissance réelle d'ensemble réduite, interviendrait une opposition nouvelle entre les exportations impérialistes de capitaux traditionnelles persistantes pour dominer (comme vers les pays émergents, ou encore à partir du Japon, de l'Union européenne et des Etats-Unis) et la montée des importations de capitaux dans le pays le plus dominant comme les Etats-Unis.

Cette importation massive de capitaux aux Etats-Unis à partir surtout du Japon et des pays de l'Union européenne correspondrait aux exigences de la révolution informationnelle sous domination de la rentabilité financière monopoliste.

Cependant, désormais les pays de l'Union européenne et le Japon, outre leurs exportations de capitaux renforcés dans leur zone de domination et aux Etats-Unis, tendraient à vouloir en importer eux aussi plus massivement, en s'appuyant sur l'attraction de la zone euro pour les uns et d'un zone yen en Asie pour les autres. Cela pourrait concerner aussi des réimportations de capitaux déjà sortis, avec notamment des retraits japonais des Etats-Unis, liés également à la détérioration des actifs de leurs Banques, de façon dangereuse pour l'ensemble de l'édifice international.

Ainsi les rivalités pour l'attraction des capitaux réels et non purement monétaires tendraient à s'aiguiser, de façon sans précédent, entre les pays dominants, tandis que le reste du monde tendrait à souffrir comme jamais de leur pénurie relativement à ses besoins.

En même temps, face aux difficultés nouvelles de la croissance des marchés financiers et des Banques, les soutiens publics nationaux et internationaux des Etats grandiraient considérablement, tout en devenant moins efficaces en visant principalement le soutien des capitaux financiers rivaux et non l'emploi, la formation et la croissance réelle en coopération.

On voit combien montent les défis de la rupture de ces cercles vicieux et le dépassement des contradictions des infléchissements en cours de soutien étatique et interétatique, avec des fonds publics ou par création monétaire et des financements à taux abaissés pour les capitaux financiers.

Cependant, la radicalité des transformations à opérer, même de façon graduelle, explique les résistances et aussi les contradictions des mesures nouvelles.

2) Contradictions et inefficiences des infléchissements et propositions de réforme au niveau des pays dominants et des institutions zonales et mondiales actuelles[12]

Une fois les Etats-Unis puis, à un moindre degré, les pays de l'Union européenne, sérieusement touchés et très inquiétés par la crise financière mondiale à la fin du mois de septembre, les dirigeants des Etats dominants et des institutions financières internationales ont commencé à admettre sa gravité sans pareil. Ils ont amorcé certaines remises en cause ainsi que des infléchissements de leur politique monétaire et financière. Mais tout en soutenant les marchés financiers, ceux-ci semblent demeurer contradictoires et fondamentalement inefficients face aux enjeux de la crise systémique.

·      Premiers infléchissements monétaires et financiers au plan international et leur non-solution des problèmes fondamentaux

- Baisses nouvelles des taux d'intérêt à partir des Etats-Unis

Il s'agit tout d'abord des baisses de taux d'intérêt et de l'appel à la détente des politiques monétaires. C'est la baisse d'1/4 de point le 29 septembre par la Réserve Fédérale des Etats-Unis de son principal taux directeur (taux des fonds fédéraux) qui passe à 5,25%, puis celle du 15 octobre les faisant passer à 5%, tandis que le taux d'escompte est ramené à 4,75%. Dès le 14 septembre, le Président Clinton avait souligné que la principale menace pour l'économie mondiale n'était plus l'inflation. Et il avait appelé les grandes puissances à agir pour soutenir la croissance mondiale. Le 30 septembre, le F.M.I. lui-même, tout en révisant à la baisse ses prévisions de croissance mondiale, appelait à « un léger assouplissement des politiques monétaires ».

Cependant, si la seconde baisse américaine des taux d'intérêt a eu quelques effets immédiats de relèvement des marchés financiers, c'est précisément, outre sa faiblesse, le caractère général de la baisse responsable de cet effet qui fait problème.

En effet, une baisse générale tend à soutenir le crédit pour les marchés financiers et les achats de titres en Bourse ainsi que les Banques et institutions en difficulté à cause de leurs opérations sur ces marchés. Cela s'oppose à une baisse sélective, qui serait réservée uniquement aux crédits pour les investissements réels dans la mesure où ils programment de l'emploi et d'autant plus qu'ils font de l'emploi, tel que nous la proposons. C'est la principale raison d'inefficience probable des mesures prises, au plan fondamental malgré leur soutien immédiat des marchés financiers américains comme de la plupart des grandes Bourses mondiales qui se sont relevées avec les baisses de taux intervenus au Canada, au Japon, en Grande-Bretagne, en Italie et dans d'autres pays, puis dans tous les pays de l'Union européenne.

Ensuite, ces réductions de taux d'intérêt aux Etats-Unis ont d'abord contribué, avec les dégagements sur les titres des marchés financiers américains, à une nouvelle baisse du dollar. Si cette baisse du dollar tend à réduire les importations américaines et à soulager la pression sur les monnaies d'Amérique Latine, elle va directement s'opposer aux exportations et à la croissance réelle des pays de l'Union européenne.

- Autres soutiens publics des banques et des marchés financiers

Il convient encore de considérer les mises de fonds publics pour consolider les Banques en difficulté et des Fonds de placement spéculatifs. Il s'agit tout particulièrement de la recapitalisation de plusieurs Banques, voire de leur nationalisation, au Japon, ou du sauvetage du Fonds de placement L.T.C.M. aux Etats-Unis.

Cependant, en stoppant des défaillances en chaîne possibles et en soutenant les capacités de crédit réduites des Banques, également relevées par la baisse des taux d'intérêt, ces mesures, mettant fortement à contribution des fonds publics, n'entraînent pas non plus de changement fondamental des buts de la distribution du crédit en faveur de l'emploi et en défaveur des marchés financiers.

On pourrait aussi évoquer, dans le cadre de ce soutien aux marchés financiers, les relances des obligations d'Etat. En France, cela va de la création le 15 septembre des obligations indexées sur l'inflation imitant les titres similaires des Etats-Unis, jusqu'aux propositions d'emprunts européens nouveaux pour des infrastructures. Cependant, pour la première fois, à la fin d'octobre, un mouvement de difficultés boursières a touché les obligations d'Etat des pays dominants, des Etats-Unis à la France, tandis que pour compenser leurs pertes sur les actions des investisseurs professionnels avaient dû vendre des obligations publiques en catastrophe.

- Propositions concernant le F.M.I.

Il convient de considérer les critiques nouvelles et les propositions dites de réforme du F.M.I. ainsi que des institutions monétaires et financières internationales.

Ce sont les critiques multipliées sur les échecs du F.M.I. dans ses prévisions, sa prévention des crises ou leur traitement, aggravant notamment les difficultés sociales, politiques et finalement économiques. Ce sont aussi les diverses propositions de réforme, comme celle de Bill Clinton, de Tony Blair, de Dominique Strauss-Kahn et de Jacques Chirac, etc.

Cependant, dans ces propositions, il s'agit sous des formes différentes, de renforcer l'information et les normes prudentielles des institutions financières, ou encore d'instituer une direction politique du F.M.I., par transformation du Comité intérimaire en Conseil comme organe de décision pour Dominique Strauss-Kahn ou plus modestement par un G-22 (réunissant les représentants de 22 Etats) et ses groupes de travail de Clinton. Il ne s'agit pas de changer les orientations fondamentales du F.M.I., en favorisant une création monétaire mondiale nouvelle pour l'emploi, à l'opposé de la surveillance monétaire et des soutiens pour les marchés financiers.

Ainsi, en ce qui concerne l'augmentation des ressources du F.M.I. en grande partie épuisées dans la crise, on a fait appel aux deux ressources classiques: les Accords généraux d'emprunts en devises au taux du marché (surtout en dollars) et l'augmentation des quote-part des Banques centrales participantes.

Cependant, à ce niveau international, on a proposé un soutien nouveau des pays en difficulté ou plus exactement des pays dits émergents, tout particulièrement en raison des risques très graves pour les Etats-Unis d'une défaillance du Brésil et des pays d'Amérique latine. Cela concerne l'accord du G-7 sur la proposition de Bill Clinton de création d'un Fonds d'urgence pour les pays émergents. Il interviendrait par des « facilités » de crédit à court terme et serait géré par le F.M.I., à l'instar de ce qui a déjà été mis en place en décembre pour la Corée du Sud. Mais il s'agit toujours de soutenir les Etats, leurs monnaies et leurs Banques pour les marchés financiers.

Et par ailleurs, en dépit des critiques des excès anti-sociaux des mesures déflationnistes imposées par le F.M.I. comme condition de ces soutiens, des plans d'austérité sont toujours exigés par lui comme au Brésil. Cependant, au Brésil les réserves officielles ont fortement baissé et la Bourse de Sao-Paulo a connu des baisses sérieuses, tandis qu'en janvier l'Etat du Minas Gerais a annoncé un moratoire de trois mois sur sa dette.

D'une façon générale, pour l'ensemble des mesures prises ou proposées, elles tendraient toujours à soutenir les marchés financiers et les opérations qui ont dominé jusqu'à présent et non à rompre avec leur domination pour développer des coopérations en faveur d'un crédit massif à taux abaissé pour l'emploi.

D'où, malgré certaines stabilisations et remontées des marchés financiers, l'inefficience fondamentale de ces mesures face à la persistance des antagonismes entre croissance financière et croissance réelle et à la radicalité des enjeux de la crise du système.

Ainsi monte l'antagonisme entre des soutiens publics renforcés et des buts prédominants privés tendant à maintenir les difficultés globales de la croissance et de l'emploi.

La remontée des marchés financiers des pays dominants s'est effectuée en liaison avec une accélération extraordinaire des fusions-acquisitions entre groupes, qui se sont opérées de façon majoritaire sans dépenses de contrôle mais par échange d'actions[13].

- Actions européennes au plan des relations et des institutions monétaires

Face aux affrontements nouveaux avec les Etats-Unis, les dirigeants européens sont tentés, avec l'euro, par deux politiques toutes deux dangereuses. Soit rivaliser avec les Etats-Unis pour dominer à la place du dollar, en entraînant l'aggravation des tendances à la guerre économique. Soit, céder à leur domination mondiale en favorisant les placements aux Etats-Unis. Mais aussi ils peuvent aussi tenter une illusoire conciliation des deux pour un prétendu condominium mondial équilibré avec aussi le yen. Il s'agit au contraire de construire, en liaison avec une coopération pour l'emploi, la formation, la recherche, la production réelle en Europe, une coopération monétaire et financière pour l'emploi et le partage des dépenses de formation dans le monde entier.

L'alignement des monnaies européennes sur la monnaie la plus forte: le deutschemark a commencé avant la fusion de l'euro. Le but très dominant, c'est une monnaie forte pour favoriser les placements et les attractions de capitaux sur les marchés financiers. Pour cette monnaie forte, il y a eu une politique monétaire restrictive très forte (et une politique budgétaire restrictive) qui a joué fortement contre l'emploi.

La politique de restrictions monétaires et du crédit à la production de la marche à l'euro est largement responsable d'un chômage différentiel plus important en Europe qu'aux Etats-Unis. Pour l'Union européenne, nous avons officiellement à la fin de 1998 un taux de chômage de 10,8% de la population active; avec en France 11,8% et en Allemagne 10,9% tandis qu'il y a 4,4% aux Etats-Unis. Une partie de la différence vient de cette politique monétaire restrictive.

Le privilège du dollar qui est une monnaie commune mondiale a permis de faire à la fois de l'expansion monétaire et des placements financiers. C'est pour avoir une monnaie forte qui essaye de concurrencer financièrement le dollar, qu'on a mené une politique monétaire restrictive en Europe. Mais avec le jeu de l'euro, pour attirer les capitaux, une guerre économique va faire du mal à tout le monde. Nous voulons un modèle coopératif et non pas un modèle d'affrontement où tout le monde va prendre des coups.

La monnaie unique des 11 pays de la « zone euro » (appelée aussi Euroland) peut organiser une coopération plus intime, ce serait le bon côté mais aussi une mise en concurrence exacerbée des coûts salariaux, alors qu'il y a des divergences importantes de productivité, du Portugal à l'Allemagne.

On ne peut plus jouer sur les taux d'intérêt différentiels. On ne peut plus jouer sur des politiques budgétaires différentes. On ne peut plus jouer évidemment sur le taux de change des monnaies. Donc la « variable d’ajustement » principale va être les salaires et l'emploi. Or nous avons la crise financière mondiale caractérisée précisément par la progression des tendances déflationnistes.

Les dirigeants européens prétendent changer. On a baissé les taux d'intérêt en Europe, on est passé de 3,3% à 3%, alors que nous étions les seuls à dire que les taux d'intérêt étaient trop élevés. Ce qui va dans le bon sens, c'est l'idée d'une détente monétaire. Les dirigeants européens changent de discours, en disant que la baisse des taux d'intérêt va être positive pour la demande. Mais les effets ne sont pas fondamentalement favorables pour l'emploi parce que c'est une baisse générale et donc elle a surtout été utilisée, d'ailleurs comme aux Etats-Unis, pour relever les marchés financiers, attirant encore vers eux le crédit, tandis que sur l'emploi pèsent les exigences de hauts rendements financiers jouant contre sur les coûts salariaux.

La Banque Centrale Européenne est déclarée indépendante. Mais nous nous voulons qu'il y ait un contrôle public au Parlement européen et dans les parlements nationaux et qu'on change les missions. La Réserve Fédérale des Etats-Unis n'a pas seulement pour mission la stabilité des prix, l'encouragement de l'emploi fait partie de ses missions. Tandis que la mission de la Banque Centrale Européenne, concerne uniquement la stabilité des prix. Il faudrait mettre l'emploi en premier. Nous ne voulons ni la stratégie de domination financière des Etats-Unis ni que l'Europe cherche à dominer financièrement, nous voulons un monde de coopération.

Un euro qui cherche avant tout la force va être pénalisant pour le commerce avec, comme maintenant, un dollar relativement faible. Même les dirigeants européens sont obligés de reconnaître qu'un euro trop fort sera négatif.

Selon les prévisions de la plupart des experts, l'euro va progresser dans les réserves officielles. Actuellement, le dollar dans les réserves des Banques centrales représente environ 60% et le deutschemark 14%. La part de l'euro va augmenter sensiblement par rapport à celle du deutschemark, notamment dans les Banques centrales asiatiques[14]. La Chine par exemple pourrait, a-t-on dit, mettre jusqu'à un tiers de ses réserves en euros. Les grands Fonds de placement, les grands portefeuilles vont aussi augmenter la part de leurs titres en euros par rapport aux titres libellés en dollars.

Il y a des scénarios roses dans le sens optimiste: on va rééquilibrer avec le dollar, tout le monde va y gagner. Et, au contraire, des scénarios très noirs avec une guerre économique épouvantable. En réalité, Il y a plus de probabilité pour des éléments de scénarios noirs mais il va y avoir des efforts de négociations lesquels vont être largement impuissants, alors qu'il faut aller jusqu'au bout de ces efforts avec un scénario alternatif de coopération.

III - TROIS AXES DE PROPOSITIONS ECONOMIQUES ET SOCIALES POUR DES COOPERATIONS DE MAITRISE DES MARCHES ET LE CO-DEVELOPPEMENT DE TOUS LES PEUPLES

Il ne s'agit pas ici de propositions alternatives concernant tous les systèmes économiques mais seulement de grands axes pour une autre régulation possible.

Les domaines nécessairement touchés par les propositions pourraient concerner le triangle: moyens de financement, buts sociaux et réels, critères et pouvoirs.

Cela renvoie à la maîtrise des trois marchés: monétaire et financier, du travail, des produits et services et brochant sur les trois le marché international. Cette maîtrise concerne des débuts de dépassements radicaux avec l'avancée de partages des ressources, des informations et des pouvoirs.

ici schéma troix axes de mixité


1) DES TRANSFORMATIONS MONETAIRES ET FINANCIERES: de nouveaux crédits à taux abaissés pour l'emploi, partagés entre pays, à partir de créations monétaires en coopération, jusqu'à une monnaie commune mondiale[15]

Même si l'on se borne pour commencer aux questions de financement, on ne peut se limiter à une mesure isolée ni à un seul niveau d'intervention : on doit considérer un ensemble de mesures cohérent. Cela ne veut pas dire qu'il ne peut y avoir un axe ou un tronc porteur pour tout un arbre de mesures. En outre, les solutions devraient aussi pouvoir être articulées aux deux autres dimensions (objectifs sociaux et pouvoirs) et être à la portée des interventions des citoyens et des travailleurs depuis leur lieu de travail et leur lieu de vie, au lieu de se réduire à des délégations étatiques.

Le coeur, c'est sans doute la relation entre marchés financiers et crédits des banques. En effet, du point de vue du financement, toute la crise systémique, déjà avant la crise financière récente peut être ramenée à un basculement fondamental : la montée des marchés financiers, par rapport au recul du crédit bancaire directement à la croissance réelle de l'économie, et aussi la soumission du crédit bancaire aux impulsions de la domination des marchés financiers, comme on l'a vu en Asie du Sud-Est.

Le crédit était devenu trop inflationniste, à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix. On en est arrivé maintenant à une situation, à l'inverse, trop déflationniste avec des insuffisances très importantes du crédit. En effet, les exigences de hauts rendements des capitaux financiers, à l'opposé du crédit à bon marché, ont entraîné non seulement les économies technologiques liées à la révolution informationnelle. Mais aussi les diminutions obsessionnelles des coûts salariaux et sociaux à l'échelle du monde entier. D'où l'excès de diminution des coûts salariaux, l'insuffisance de la demande globale, et le chômage massif sans cesse relancé. Aussi fondamentalement, la sortie de la crise systémique, désormais exaspérée, passerait par une autre utilisation des nouvelles technologies favorisant les dépenses pour les êtres humains dans le monde entier, en liaison avec d'autres financements. Il s'agit d'une maîtrise des marchés financiers faisant beaucoup reculer leur importance, surtout par le remplacement d'une partie très importante de leur rôle de financement, par un nouveau crédit, non inflationniste, avec d'autres buts sociaux de formation et d'emploi efficaces, de coopération pour développer partout les capacités humaines.

L'axe des propositions: un crédit à taux abaissés et partagé pour l'emploi et la formation

Il s'agit fondamentalement de faire reculer le plus possible, au niveau local ou national, européen ou zonal en général  et mondial, la combinaison entre domination des marchés financiers et baisse des charges salariales obsessionnelle, branchée de façon perverse sur la révolution technologique informationnelle. Pour cela, il faut avancer le plus possible, au contraire, une autre combinaison entre promotion des populations et crédit à des taux abaissés de façon sélective pour l'emploi et la formation.

Les taux d'intérêt des crédits pour les investissements seraient abaissés jusqu'à des taux très bas, nuls (voire négatifs avec des subventions), et d'autant plus abaissés que ces investissements programmeraient plus d'emplois. Et de même pour des crédits pour la formation débouchant sur un meilleur emploi. Cela entraînerait une orientation des profits pour l'investissement réel et l'emploi, à partir des remboursements des crédits, en complément de dépenses publiques sociales nouvelles. Contre les risques inflationnistes et les pressions spéculatives éventuelles, il s'agirait, outre les coopérations informationnelles (partage des coûts de recherche-développement etc.), de procéder à des abaissements concertés des taux d'intérêt et à des crédits partagés entre pays, avec l'expansion de monnaies communes avec une base réelle de capacités de production mobilisables par le crédit bien plus vaste.

Lors du débat que j'ai eu avec le ministre des Finances français, Dominique Strauss-Kahn, en septembre 1998, cette proposition de crédit sélectif à taux abaissés a été rejetée par lui comme relevant de la planche à billet, comme archaïque. Et les médias n'en n'ont pas soufflé mot, comme d'ailleurs sur tout le contenu du débat. Mais depuis, cette idée de baisse des taux d'intérêt a été relancée par les plus hautes autorités monétaires, depuis les trois baisses aux Etats-Unis jusqu'aux timides appels du FMI, et jusqu'à ceux des dirigeants européens -y compris D. Strauss-Kahn- et à la baisse européenne intervenue début décembre. Mais les mesures prises en conséquence sont très contradictoires, car il s'agit d'une baisse générale, pour tous les crédits à court terme, et donc favorisant surtout les marchés financiers.

Comme l'a montré la remontée des marchés financiers, surtout américains, ces baisses, non sélectivement ciblées sur l'emploi et la formation, tendent surtout à favoriser les crédits pour les marchés financiers et les banques opérant sur eux. D'où la relance des gonflements spéculatifs des titres et des pressions des rendements exigés des capitaux financiers contre les emplois et les charges salariales ou les dépenses sociales. Une baisse très sélective et bien plus forte d'ailleurs devrait pouvoir intervenir au contraire à plusieurs niveaux.

a) Niveau local et régional des établissements et bassins d'emplois

Ce niveau des interventions les plus décentralisées est la base de concertations de plus en plus vastes.

En France, nous avons commencé à agir à ce niveau au moment des élections régionales, dans les régions et les départements, comme par exemple en Languedoc-Roussillon (voir le dossier « Une intervention sur les financements en Languedoc-Roussilon », Economie et Politique de mars-avril 1998). Cela s'est manifesté par des rencontres entre responsables de banques, d'entreprises, syndicalistes, élus de terrain et par des propositions de bonification des taux d'intérêt pour l'emploi, à partir de fonds publics régionaux prenant à leur charge une partie des intérêts en fonction des créations d'emplois, pour amorcer la pompe, ainsi que des propositions concrètes d'emploi.

b) Niveau national et européen ou zonal

Ici se pose la question décisive -pour abaisser systématiquement les taux d'intérêt- du refinancement d'une grande partie de ces crédits sélectifs des banques par la Banque de France, dans le cadre du système de Banques centrales européennes, coiffé par la BCE. Au niveau de l'Union européenne, il s'agit d'infléchir jusqu'à renverser la politique monétaire menée jusqu'à présent. Avec les infléchissements actuels, même timides, alors que l'on commence à reconnaître la gravité des restrictions monétaires persistantes antérieures, les baisses de taux d'intérêt favorisent les marchés financiers. Aussi, c'est la question de la sélectivité de ces crédits dont l'abaissement des taux, devrait dépendre des engagements d'emploi qui devient décisive et qu'il faudrait faire avancer. Cela renvoie non seulement aux pressions des actions au niveau des régions et bassins d'emploi, mais aussi au contrôle de la Banque centrale européenne par les parlements nationaux et européen. Cela concerne notamment le changement de la priorité des missions de la BCE afin de mettre l'emploi en tête et non la stabilité des prix pour l'action déflationniste d'un crédit restrictif sous prétexte de stabilité. En réalité, cette action déflationniste vise une monnaie forte pour favoriser les attractions et les placements de capitaux sur les marchés financiers.

Nous avions préconisé une monnaie commune -et non unique- définie par un panier de monnaies nationales  européenne, pour une création monétaire, en coopération, redistribuée de façon diversifiée selon les pays pour le « refinancement » de crédits longs à taux abaissés sélectivement des banques, pour l'emploi et la formation débouchant sur un meilleur emploi. Mais l'instauration d'une monnaie unique, l'euro, même si elle n'a pas été construite pour cela et est bien moins favorable, n'empêche pas, en soi, de choisir l'expansion monétaire.

Il faut faire de l'emploi la priorité de la BCE et du système des Banques centrales européennes, à partir de l'exigence de leur contrôle, à gauche comme à droite en France, par les parlements. On a objecté un risque d'inflation. Mais, d'une part il y a les conditions actuelles de déflation de plus en plus reconnues, ainsi que celles des nouvelles technologies économes. Et d'autre part cette création monétaire concernerait l’ensemble européen, disposant de vastes capacités, et pourrait favoriser les achats réciproques pour l'emploi des différents partenaires européens.

c) Niveau inter zonal et mondial

Cela peut concerner, d'abord, les créations monétaires européennes avec des dons en monnaies européennes, un peu comme le plan Marshall avec ses dons en dollars, mais cette fois de façon non hégémonique. Il s'agit de dons de monnaies aux Banques centrales de nos voisins de l'Est et du Sud pour des refinancements de crédits sélectifs longs en faveur de l'emploi et de la formation, permettant des achats d'équipements aux pays européens favorables à l'emploi des deux côtés.

Mais cela vise surtout la transformation du rôle et de l'action du FMI. Le FMI, lui aussi, de facteur d'expansion monétaire mondiale pour la croissance réelle qu'il était au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale (en favorisant le crédit partout), est devenu le gardien monétaire des créanciers des marchés financiers, en participant aux déflations sociales et monétaires par ses programmes d'ajustements. Nous proposons, au contraire, des transformations des Droits de Tirages Spéciaux (DTS). Ces droits de tirage, créés par le FMI, sont des droits de tirage sans remboursement, attribués à telle banque centrale sur les monnaies des banques centrales participantes. C'est donc l'embryon d'une véritable création de monnaie commune mondiale, qui existe déjà. Cela pourrait être développé en une véritable monnaie commune mondiale. Elle permettrait ainsi des refinancements partagés des crédits à long terme à taux abaissés pour favoriser l'emploi et la formation efficaces dans tous les pays. D'ailleurs, suite à la crise financière de 1997/1998, le FMI a dû brûler beaucoup de ses ressources, essentiellement pour tenter de soutenir les marchés financiers, d'où sa crise avouée de liquidités[16]. On a décidé d'augmenter les quote-parts des banques centrales participantes et aussi les emprunts du FMI pour des facilités nouvelles de prêts. Mais ces ressources sont coûteuses, leurs taux d'intérêt restent relativement élevés sans compter que les prêts ne sont pas sélectifs en faveur de l'emploi et doivent être remboursés.

Nous ne leur avons opposé, depuis plusieurs années, une augmentation nouvelle des DTS transformés en une monnaie commune mondiale servant à refinancer de façon partagée, des crédits sélectifs pour l'emploi et la formation dans tous les pays. Finalement, ces derniers temps, une augmentation des DTS vient d'être envisagée, par un amendement aux statuts du FMI, non encore voté. Mais il s'agirait d'une seule création exceptionnelle pour les pays nouvellement adhérents au FMI qui n'avaient pas profité des premières créations de DTS. Au contraire, nous proposons non seulement des créations régulières et non exceptionnelles, mais aussi et surtout, d'autres critères d'affectation en faveur du crédit à taux abaissés suivant les besoins d'emploi dans tous les pays, à partir des créations monétaires impulsées dans les différents pays.

Il ne s’agirait pas de supprimer les monnaies nationales, ni les monnaies communes zonales, fondées sur elles, qu’il conviendrait de créer ou de développer (comme en Europe, en Amérique Latine, en Asie du Sud-Est[17], etc.) en les reliant à une monnaie commune mondiale. Cette monnaie commune (non unique) mondiale serait elle-même définie par différentes monnaies, comme déjà les D.T.S., qui pourraient être par exemple les monnaies de toutes les grandes zones du monde. De même que pour les D.T.S., l’attribution d’un certaine quantité de monnaies communes mondiales donnerait le droit de tirer, pour une Banque Centrale participante, de la monnaie nationale ou zonale des autres Banques Centrales participantes.

Trois ensembles de mesures complémentaires: taxations, dépenses bugétaires, gestion des fonds

a) Des mesures négatives ou répressives ou de freinage

Ces mesures sont complémentaires des mesures positives principales évoquées précédemment. Des mesures qui seraient uniquement négatives ne feraient que freiner le système, sans mettre en cause les orientations fondamentales qui développent la crise financière et le chômage massif mondialisé. Au plan national, cela peut concerner la taxation des capitaux financiers. Ou encore, la proposition d'inclure les revenus financiers des entreprises elles-mêmes, pas seulement des ménages, dans l'assiette des cotisations sociales patronales. Au plan européen, cela peut concerner une harmonisation fiscale contre le dumping fiscal, concernant la fiscalité des placements financiers, des capitaux financiers, ou encore, la proposition récente faite jusque dans l'entourage de la Commission de Bruxelles, mais rejetée, d'un prélèvement à la source sur les revenus spéculatifs. Au plan mondial, cela peut concerner tout d'abord la taxe Tobin sur les flux internationaux de capitaux[18]. A ce sujet, notons que les interviews récentes de J. Tobin lui-même, en France, montrent que ce qui était visé, c'est, à travers la pénalisation des va-et-vient spéculatifs des capitaux à court terme essentiellement, comme il le déclare, la possibilité d'une politique monétaire expansive et de baisse des taux d'intérêt. Il affirme que c'est cela qui l'intéresse avant tout et que sa proposition n'a pas été « bien comprise en Europe ». Tobin qui n’est pas du tout un maniaque de la taxation, insiste sur la politique monétaire et le crédit comme levier essentiel dont sa taxe ne serait qu’un complément.

Cependant, d'autres mesures répressives devraient pouvoir intervenir. Les capitaux à long terme ne sont pas visés par cette taxe. Il ne s'agit pas des va-et-vient spéculatifs, mais des immenses capitaux investis à long terme. D'ailleurs dans la crise du Sud-Est asiatique, ils se sont retirés brutalement, d'un seul mouvement, une taxe n'y aurait rien fait. Donc, il y a le problème qui est agité en ce moment, même dans le FMI, de la stabilisation des capitaux longs[19]. Des mesures devraient être recherchées dans ce sens, pour répondre de façon positive à tous les avatars d'AMI et autres libéralisations de ces mouvements irresponsables des capitaux longs. Cela pourrait concerner des limitations sur les opérations des grands fonds de placements collectifs. Il y a déjà d'ailleurs certaines restrictions dans certaines législations nationales. On pourrait notamment mettre ou renforcer une affectation obligatoire d'un pourcentage des investissements sur le territoire d'origine. D'autres mesures pourraient être prises comme des conditionnalités sur les modalités de retrait des investissements à long terme, etc. D'autres encore pourraient concerner, par exemple, au niveau européen, des réserves obligatoires des banques pour leurs crédits concernant les placements financiers, afin de les freiner et aussi pour constituer une masse de manouvre avec laquelle on pourrait éventuellement compenser à certaines conditions des retraits brutaux.

b) Une orientation nouvelle des budgets et des dépenses publiques

Des pressions restrictives sur les budgets publics, surtout dans leur dimension humaine et sociale, ont été pratiquées en Europe ou dans les pays émergents, au nom de la lutte contre les dépenses dites inflationnistes afin de permettre des alignements sur des monnaies fortes (deutschemarck en Europe, dollar en Asie) pour favoriser les marchés financiers ainsi que les prélèvements pour ces marchés. Avec la crise financière mondiale récente, le FMI a fini par être lui-même critiqué, notamment par la Banque mondiale, pour ses injonctions de déflation budgétaire dans la crise, prétendant préserver les monnaies et la confiance des créanciers, alors que ces injonctions, au contraire, ont aggravé les difficultés sociales, celles de l'économie réelle et, finalement les difficultés monétaires. Il a dû le reconnaître lui-même récemment, mais cette autocritique le conduit à dire simplement qu'il faudrait intervenir de façon plus prudente désormais. Et il continue à préconiser des plans d'austérité comme condition de ses aides pour répondre aux créanciers des marchés financiers qu'il faut servir avant tout, comme dans les accords conclus avec le Brésil. En Europe, alors qu'il y a une légère détente sur les taux d'intérêts nominaux et de façon non sélective, on réinsiste corrélativement sur le redoublement des rigueurs budgétaires. Au contraire, on devrait pouvoir agir, de façon responsable et mesurée, sur les deux détentes, monétaire et budgétaire, de façon sélective. Des dépenses budgétaires peuvent, avec un déficit provisoire, permettre de relancer la croissance et les recettes publiques, et donc en définitive réduire le déficit autrement. Il s'agit tout particulièrement des dépenses publiques de développement des êtres humains, soit directes (éducation, santé, logement, recherche-développement diffusées et partagées); soit indirectes, d'incitation à des dépenses des entreprises elles-mêmes pour leurs ressources humaines, emploi, formation, recherche, coopération.

Notons que la Banque mondiale ou le BIT, et de façon plus modérée, le FMI lui-même, viennent d'insister sur les besoins « de protection sociale des chômeurs », en quelque sorte de minimas sociaux à l'échelle du monde entier. Comme le notent en ce moment la Banque mondiale et le BIT, l'indemnisation du chômage n'existe pas en Asie du Sud-Est où il faudrait impérativement l'installer. Mais, le discours du FMI fait référence aux dangers formidables des secousses violentes des mouvements sociaux politiques contre le système. Au contraire, de mon point de vue, il ne s'agirait pas de minima minimorum contre les dangers des « classes dangereuses », mais d'un tremplin à partir de garanties sociales de revenus, pour aller vers des dépenses actives et non pas passives de développement des êtres humains, comme celles de formation permanente pour avancer vers une sécurité d'emploi ou de formation avec des revenus assurés et de bons passages entre formation et emploi.


c) Propriété et critères des fonds, pouvoirs

et organisation

Il ne s'agirait pas seulement de délégations de pouvoir étatique pour de nouveaux financements, mais aussi d'interventions directes des citoyens sur l'utilisation des fonds eux-mêmes : fonds publics, du crédit des entreprises, depuis les localités et établissements. Cela renvoie à l'avancée dans les entreprises d'autres critères de gestion d'efficacité sociale des fonds, décentralisés et concertés, faisant reculer la rentabilité financière dans une mixité conflictuelle, viable et évolutive.

Outre les nouveaux pouvoirs d'intervention des travailleurs, l'avancée de nouveaux critères de gestion renvoie tout particulièrement au contrôle des entreprises elles-mêmes et de leur financement, au-delà des incitations et dissuasions des crédits très sélectifs, donc à la propriété des fonds elle-même.  De nouvelles avancées du secteur public, désormais non cloisonné au plan national et bien plus ouvert aux coopérations internationales, notamment zonal (européennes, etc.) pourraient être favorisées. Cela s'opposerait à la privatisation mondialisée galopante et persistant malgré les dépenses publiques récentes de sauvetage de certaines banques, pour les remettre en selle sur les marchés financiers. Ainsi, les remboursements des refinancements des crédits nouveaux pourraient être en partie utilisés pour des prises de contrôle public nouvelles à partir de Fonds de participation et d'impulsion.

On a parlé aussi récemment de gouvernement économique, ou d'autorité économique mondiale, et dans l'immédiat d'un  renforcement de la direction politique et économique du FMI, depuis les propositions de B. Clinton à celles de T. Blair, D. Strauss-Kahn, etc. On a dit aussi qu'il faudrait plus d'information, de transparence, plus de clignotants, de diffusion de l'information financière, bref un chauffeur avec plus d'autorité, des phares plus puissants, des clignotants, des freins renforcés sur la même machine lancée follement sur les mêmes pentes. Tout au contraire, ce sont tous les Etats et tous les peuples, tous les citoyens et tous les travailleurs qui devraient pouvoir être associés aux décisions sur les fonds alloués de façon nouvelle. Ils interviendraient depuis les propositions de financement pour l'emploi et la formation débouchant sur l'emploi, sur les lieux de travail et de vie, les bassins d'emploi pour un nouveau crédit, jusqu'aux créations de Droits de tirages spéciaux comme monnaie commune mondiale pour les refinancements de ces crédits à partir des exigences locales et nationales.

Pour finir, tout cela concerne une nouvelle éthique de partage, non étatiste, avec un partage non seulement des ressources mais des informations et des pouvoirs. Cela concerne aussi une nouvelle culture. Et par exemple, pour revenir à l'axe ou au tronc des propositions, il s'agit de faire avancer la connaissance de la réalité économique effective, selon laquelle la monnaie n'est pas pour l'essentiel une série de pièces ou de billets (les billets c'est environ 10%) dans une cassette qu'il faudrait taxer, ou prélever. La monnaie, de nos jours, c'est avant tout la création monétaire par le crédit. Et ce crédit devrait être mis au service non des placements financiers, mais de la mobilisation des moyens réels et des ressources humaines pour des productions réelles efficaces, pour l'emploi et la formation, une vie plus sûre et plus épanouie.


2) UN PROJET DE SECURITE D'EMPLOI ET DE FORMATION POUR TOUS

Pendant la crise systémique actuelle, en France comme à des degrés divers dans l'ensemble des pays développés dominants, mais dans une bien moindre mesure dans les pays en voie de développement ou dits en « transition » ou encore « émergents », entraînés pourtant dans les mêmes processus et enjeux mondialisés, ont été amplifiées et multipliées les mesures de soutien des « privés d’emploi » et de revenu.

En France, cela concerne deux ensembles principaux, l'indemnisation du chômage et le Revenu Minimum d'Insertion, mais aussi toute une série d'autres prestations qualifiées de « minima sociaux », sans parler des dispositifs de la récente loi d'orientation contre les exclusions.

Le Revenu Minimum d'Insertion (RMI) créé par une loi de 1988, comme dernier filet de sécurité, vise les personnes aptes au travail en prétendant dépasser la pure assistance par des activités d'insertion sociale ou professionnelle, exigées en contre-partie de l'allocation, mais en fait largement inopérantes.

On retrouve aussi dans les autres pays européens l’indemnisation du chômage et, dans beaucoup d’entre eux, un revenu minimum garanti, comme en Belgique, au Danemark ou en Allemagne. Toutefois, l’indemnisation du chômage n’est pas encore instituée ou développée dans de nombreux pays dits en voie de développement ou même émergents, bien que le B.I.T. et la Banque Mondiale aient récemment proposé sa généralisation à tous les pays, après l’explosion du chômage dans le Sud-Est asiatique.

Cependant, en France, devant l'inefficacité fondamentale des mesures d'assistance des « minima sociaux » du point de vue de l'insertion dans l'emploi[20], et face au mouvement des chômeurs et de leurs associations à la fin 1997, à l'action des associations dites humanitaires, des syndicats, des élus, les questions ont été fortement posées, en 1998, non seulement de relèvement des « minima sociaux », mais aussi de leur portée du point de vue de l'insertion dans la vie sociale et l'emploi, ainsi que de leur caractère trop passif.

On pourrait ainsi distinguer principalement dans le débat idéologique en France tout particulièrement, deux orientations symétriquement opposées mais aussi leur dépassement possible:

- Soit, les propositions concernant une allocation unifiée universelle, « revenu d’existence » ou « revenu de citoyenneté », sans exigence d'activité sociale, couvrant tous les besoins élémentaires avec un minimum pour chaque personne[21], tandis que, par ailleurs, on proclame non seulement la perspective de la fin du travail mais l'abandon immédiat de la référence fondamentale à l'emploi;

- Soit, les protestations concernant la conservation de la seule référence à l'emploi et au travail, comme modalité d'insertion dans les activités économiques (de la reproduction matérielle sociale) et même comme activité la plus socialisante, avec, en outre, l'horizon indépassable du salaire, sous réserve de la couverture déjà acquise du risque-chômage[22] et le retour au plein emploi d'avant la crise systémique.

Cependant, il s'agirait de ne pas s'enfermer dans cette opposition entre des minima de régression et des illusions conservatrices, mais de considérer la créativité de dépassement d'une mixité radicale durable entre emploi et formation, avec des rotations nouvelles entre ces deux activités qui deviendraient de façon graduelle également fondamentales, en liaison avec la transformation de leurs contenus.

On pourrait également distinguer deux sortes d'orientations pratiques et leur dépassement possible:

- D'une part, c'est la poursuite du tissage ou du ravaudage des filets de couverture des « risques » concrets multiples des divers marginalisés, exclus, pauvres, très précaires, etc., avec différents minima sociaux et avec des vélléités de prévention en amont ou d'insertion en aval, comme la « loi d’orientation sur la lutte contre les exclusions ».

- D'autre part, on critique les diverses dépenses dites « passives » de soutien, en prétendant, au nom de dépenses dites actives, privilégier une action économique en faveur de la croissance réelle avec des dispositifs incitatifs de son contenu en emploi (réduction du temps de travail, « emplois-jeunes », suivis personnalisés pour la formation et l'insertion), mais n'arrivant pas en définitive à éradiquer le chômage massif. On avance aussi les idées anglaises de « workfare », concernant un travail à bas coût et éventuellement non motivant mais qui ne peut être refusé sans perte de tous les droits sociaux et allocations.

Et l'on pourrait encore considérer leur dépassement possible, combinant de nouveaux types de financements et de nouveaux objectifs sociaux, reliant emploi et formation tout le long de la vie, avec de bons revenus et une maîtrise sociale du passage entre eux.

Il convient de souligner, à ce propos, le caractère révolutionnaire, du moins dans son principe mais non encore dans la réalité globale effective, de l'institution de la formation permanente ou continue développée à partir de la loi de 1971 en France sur la formation professionnelle continue.

Cependant, tout en ayant été utilisée par des millions de stagiaires, elle a surtout bénéficié aux travailleurs déjà les plus formés et qualifiés, à l'opposé des objectifs de dépassement de la coupure entre qualifiés et non qualifiés. Les travailleurs et les syndicats sont trop peu impliqués dans son organisation et son contrôle. Enfin, une dérive proviendrait des interférences avec le système des emplois précaires « aidés » avec plus ou moins de formation. On connaît ainsi l'importance de ce qu'on a critiqué comme « stages parking », voire factices ou « bidons », ne débouchant pas sur des emplois. Mais ce sont précisément toutes ces insuffisances et dérives considérables qu'il conviendrait de dépasser.

Il s'agirait d'arriver finalement à assurer, à chaque actif potentiel, un bon emploi ou une bonne formation, avec de bons passages entre eux, maîtrisés par les actifs eux-mêmes.

On dit le plus souvent, face à la persistance du chômage dit désormais naturel, d'équilibre ou structurel, le « plein emploi », comme après la seconde guerre mondiale dans les pays capitalistes développés, c'est fini! En fait, ce qu'on a appelé alors le plein emploi avait déjà pu succéder au chômage massif de l'entre-deux-guerres mondiale, grâce à des transformations structurelles et même systémiques profondes.

Face à la crise systémique nouvelle en cours, beaucoup plus radicale que celle de l'entre-deux-guerres du fait de la révolution des opérations technologiques, les transformations systémiques devraient être beaucoup plus profondes pour en sortir. A cette fin, il serait possible, par hypothèse, d'aller au-delà du plein emploi traditionnel. En effet, ce qu'on a appelé le plein emploi, au plan pratique comme au plan théorique chez Keynes, n'a pas signifié l'absence de chômage mais seulement un très haut niveau d'emploi. Et, en outre, il a été de pair avec l'importance massive de la sous-qualification du travail d'exécution.

Au contraire, devant la profondeur de l'explosion à la fois de la productivité du travail (vivant et incorporé dans les moyens matériels) et des exigences de maîtrise informationnelle pour tous les opérateurs des processus de production, il conviendrait d'aller au-delà de ces deux limitations fondamentales, du dit plein;emploi.

D'un côté, cela concernerait la mise en formation massive des adultes, durant toute leur vie, en liaison avec la croissance des dépenses de recherche-développement partagées le plus possible et de tous les services culturels.

D'un autre côté, cela concernerait le dépassement du chômage lui-même et de son rôle régulateur des activités de travail, avec une sécurité d'emploi, de dépassement du plein emploi. Le niveau de chômage, du dit plein emploi se serait d'ailleurs élevé, de sorte qu'on puisse parler de quasi plein emploi aujourd'hui, avec 5% de chômeurs officiels dans une population active, avec ses millions de chômeurs et sa contamination de toutes les conditions de travail et de toute la vie sociale. De même, se sont développées les théories du chômage « naturel » ou « structurel » ou « d’équilibre ».

Cependant, il ne s'agirait pas plus des illusions étatistes de négation des marchés que des illusions du néo-libéralisme du tout-marché déchaîné seulement accompagné par des mesures publiques. Le dépassement du chômage ne signifierait pas du tout l'autoritarisme, les rigidités et les gâchis du sous-emploi déguisé de la garantie d'emploi des régimes étatistes qui se réclamaient du socialisme.

En effet, le chômage constitue, à la fois, un mal social matériel et moral terrible, mais aussi une souplesse majeure, permettant les mouvements des emplois, des capitaux et des techniques, à l'opposé des solidarités féodales des serfs attachés à la terre jusqu'à la famine sur place, ou encore des rigidités étatistes. « Dépassement » signifie, d'ailleurs, abolition mais aussi poursuite, sous une autre forme, du progrès antérieur. Ainsi, la souplesse du non-emploi du chômage, ou de « l’armée de réserve » des travailleurs, serait préservée, sans les maux du chômage, par la mise en formation possible au lieu d'emploi, avec d'ailleurs une flexibilité ou une mobilité de progression de carrière dans la sécurité.

Il ne s'agirait pas des caricatures qui ont pu être faites de ce projet de conquête sociale, en considérant que tous les chômeurs actuels seraient mis en formation, alors qu'au contraire, l'emploi doit être beaucoup plus développé.

On peut noter que vont, dans une certaine mesure formelle, dans le même sens d'une croissance de plusieurs emplois et formations successives liés entre eux par des formes juridiques et institutionnelles, --en s'opposant toutefois à la sécurité, à la continuité et aux bonnes conditions garanties que nous proposons d'instituer-- la proposition récemment faite en France d'un « Contrat d’activité » dit aussi « de travail formation » avec un groupement d'entreprises ou d'employeurs du Rapport « Le travail dans vingt ans » de la Commission du Plan présidée par Jean Boissonnat (La Documentation Française, 1995)[23].

Cette mesure est reprise d'ailleurs dans la ligne directrice n°14 du Conseil européen de Luxembourg en 1997, adoptée par le « Plan français pour l'emploi », sous les termes de « multi-salariat » ou de « salariés pluriactifs ».

Notre projet vise une construction graduelle, avec une transformation, pour de bonnes situations, des situations concrètes précaires actuelles et des différentes « mesures » inefficientes pour l'emploi, comme les différents contrats aidés d'emploi-formation pour les jeunes ou encore les dépenses publiques d'allégement des charges sociales patronales.

Tout cela passerait par de nouveaux pouvoirs d'intervention des travailleurs salariés effectifs ou potentiels, depuis les établissements et les bassins d'emploi. Ces nouveaux droits et pouvoirs permettraient de s'opposer aux licenciements avec de nouvelles propositions d'emploi et de formation, d'instaurer des bureaux d'embauche, de maîtriser les formations et leurs débouchés en emplois stables, de peser sur l'utilisation des fonds publics, du crédit et des banques, des fonds des entreprises, du point de vue de l'efficacité sociale et des coopérations pour l'emploi et les formations.

 

3) CRITERES DE GESTION DECENTRALISES D'EFFICACITE SOCIALE, pour les entreprises publiques ou coopérations mixtes et pour les incitations du crédit ou de la fiscalité

Le rôle crucial du régulateur du taux de profit et des régulateurs connexes (taux d'intérêt, etc.) pour la viabilité du système économique capitaliste a déjà été mis en lumière par tous les travaux majeurs en économie politique. Il est au centre de l'analyse du Capital de Marx où son étude occupe une place bien plus importante que celle des rapports de production et des forces productives.

Les services publics marchands et les entreprises publiques ou encore nationalisées développées surtout après la deuxième guerre mondiale (visant, au-delà des missions de service public, la modernisation nationale, avec le plein-emploi et un certain progrès social) ont été caractérisés par la levée ou la réduction de l'exigence de rentabilité des capitaux pour elles-mêmes, tout en tendant à relever la rentabilité ou les taux de profit pour les capitaux privés, notamment monopolistes, demeurés largement majoritaires dans le capital monopoliste d'Etat.

Déjà, Keynes parlait de la non-exigence du « rendement commercial » pour l'investissement public. Mais s'il y a eu plusieurs expérimentations de règles et de calculs nouveaux, il n'y a pas eu création de critères synthétiques marchands décentralisés, dépassant à la fois les côtés négatifs et les côtés positifs des critères de rentabilité des capitaux, et favorisant aussi des coopérations intimes au plan régional et national, comme au plan zonal et international.

D'où, après de grands progrès, finalement la montée de gâchis bureaucratiques d'efficacité des capitaux et des travailleurs et aussi des gâchis dus à la pression de la rentabilité privée environnante. D'où les défis actuels de la privatisation, face aux exigences de la révolution informationnelle avec les corrections capitalistes développant le chômage massif et les dominations financières.

Il en a été de même, à plus forte raison, dans les économies étatistes se réclamant du socialisme (au secteur public généralisé à toute l'économie), ou encore dans les économies étatistes se réclamant du développement national, dont les gâchis d'efficacité des capitaux ont été finalement bien plus importants avec les anciennes technologies sans la correction des exigences de rentabilité capitaliste.

C'est pourquoi de nouveaux critères d'efficacité sociale des entreprises peuvent être proposés. Je l'ai fait, pour ma part, pour une mixité conflictuelle, viable et évolutive, avec les critères de rentabilité, notamment avec un livre de 1985 Intervenir dans les gestions avec de nouveaux critères, (Editions Sociales), puis avec un autre ouvrage, collectif, en 1995, Nouvelles approches des gestions d’entreprises, (Coordonné par J.-Cl. Louchart, L'Harmattan). Cela a suscité en France d'autres approches, plus ou moins apparentées ou rivales, quoique visant plutôt à élargir la réalisation de la rentabilité et non des critères vraiment alternatifs, à la fois compatibles et opposés par rapport à la rentabilité capitaliste, dans une mixité radicale.

D'ailleurs, un Rapport du Commissariat du Plan en France sorti récemment, part en fait de ces propositions de critères et d'indicateurs nouveaux de gestion des entreprises, tout en tendant à refouler l'aspect alternatif des propositions et la distinction entre entreprises publiques et entreprises privées (Groupe présidé par Jacques Barraux, Entreprise et performance globale, outils, évaluation, pilotage, Economica, 1997).

J'évoquerai ici, de façon succincte, cinq ensembles, à partir des critères de rentabilité capitaliste: ceux de la rentabilité économique et de la rentabilité financière.

Premier ensemble : l'efficacité du capital (VA/Cmf)

On peut opposer et relier à la « rentabilité économique » capitaliste, ou rapport « profit/capital », ce qu'on peut appeler l'efficacité du capital de l'entreprise. Elle est définie par le rapport « valeur ajoutée/capital matériel et financier »: VA/Cmf.

Au numérateur, on a la valeur ajoutée (VA), au lieu du profit. Donc le but c'est toute la valeur ajoutée: la richesse nouvelle produite. Celle-ci comprend les profits, mais aussi les salaires, les dépenses de formation, les prélèvements publics et sociaux. Dans ces conditions, le salaire n'est pas seulement un coût à réduire, (y compris par le chômage, comme quand le but est le profit) mais aussi un but de la production.

Au dénominateur, Cmf, on a le capital matériel et financier. Son économisation, relativement à la VA produite, définit l'efficacité. Et celle-ci se relie ainsi à l'utilisation de la révolution informationnelle mais sans les gâchis des dominations et placements financiers.

Deuxième ensemble : l'efficacité sociale (VAd)

Grâce à cette économie des capitaux, relativement bien sûr à la croissance de la valeur ajoutée produite, il y aurait moins besoin de profit pour l'accumuler en augmentant les capitaux, toujours relativement à la valeur ajoutée produite. On peut donc, sur cette base, accroître la partie de la valeur ajoutée disponible pour les travailleurs et la population et, aussi la masse, correspondant à cette partie, que j'appelle la valeur ajoutée disponible, la VAd.

Elle comprend les salaires, mais aussi les dépenses de formation, ainsi que les prélèvements publics et sociaux, tout ce que le but exclusif du profit tend à réduire.

Ces dépenses pour les capacités et ressources humaines (y compris les capacités de recherche) favoriseraient à leur tour l'efficacité des capitaux.

Notons que sur la base de la « rentabilité économique », les entreprises capitalistes utilisent, elles aussi, une sorte de « rentabilité disponible » du capital propre (capital total moins le capital emprunté) auquel se rapporte le profit disponible (profit moins intérêts et impôts) qu'on appelle la « rentabilité financière ».

Troisième ensemble : la productivité de tous les facteurs ou l'économie sur tous les coûts, orientées socialement (VAds)

Il ne s'agit pas seulement d'économiser sur les coûts en capital matériel et financier, même si c'est prioritaire. Il s'agit d'économiser sur tous les coûts, y compris en élevant la productivité du travail vivant, donc sur les salaires: mais toujours grâce à l'efficacité du capital pour que cela revienne aux travailleurs et à la population, c'est-à-dire pour une Valeur Ajoutée disponible supplémentaire ou VAds. Cette VA disponible supplémentaire peut concerner des augmentations de salaires, ou de dépenses de formation, de prélèvements sociaux (y compris des prélèvements mutualisés pour la formation), etc.

On rechercherait donc aussi le bénéfice (c'est-à-dire la différence entre recettes et coûts totaux) mais pas pour le réserver à l'augmentation des capitaux matériels et financiers, ce qui est le rôle du profit au sens strict distingué du bénéfice, ou encore à des sorties de profit de l'entreprise, et au contraire pour accroître la VAds.

Aussi, on peut écrire:

Bénéfice   =   profit   +  Valeur ajoutée disponible (pour les travailleurs et la population) supplémentaire.

Quatrième ensemble : la coopération et le partage de certaines dépenses, avec comme but la population elle-même (VAd / tête de population)

Il s'agit de partager les dépenses de recherche, de formation, de cadre de vie ou écologiques, etc. Et cela vise toute la population du bassin ou du territoire où se trouve l'entreprise, tout particulièrement son emploi et sa formation.

Cela renvoie au but de l'apport de Valeur ajoutée disponible par tête d'habitant d'un territoire donné, où se situe l'entreprise (VAd/tête d'habitant).

Cela s'oppose donc, tout particulièrement, au chômage et favorise l'emploi en coopération. En effet, une entreprise, même si elle maintenait voire si elle élevait le taux de salaire par tête employée, tout en faisant des licenciements et du chômage, s'opposerait à l'élévation de la VA disponible par tête d'habitant du bassin d'emploi. Donc il conviendrait de compenser éventuellement cette diminution d'emploi par de l'emploi ou de la formation ailleurs.

Cela renvoie aussi évidemment, à travers les coopérations entre entreprises, aux coopérations avec les services publics non marchands.

Un but déterminant des concertations et coopérations serait, au-delà du plein-emploi traditionnel, une Sécurité d'emploi ou de formation pour toutes et tous, avec de bons revenus et de bons passages entre emplois et formations.

En outre, le but de valeur ajoutée disponible concernerait aussi la VAd « potentielle » distinguée de la VAd effective (en tenant compte des effets d'une réduction du temps de travail) et encore la VAd en volume (c'est-à-dire hors inflation) distinguée de sa distribution par les mouvements de prix.

Notons que cette valeur ajoutée disponible en volume renvoie à la quantité de produit utile concret, dans leur somme en prix à partir des rapports de valeur marchande avec une baisse de la valeur de la monnaie, comme dans l'idéal d'inflation nominale zéro des gestions capitalistes actuelles de la monnaie. Dans ces conditions, les baisses de valeur du capital matériel, relativement à leur valeur ajoutée produite et vendue, dues aux progrès nouveaux de la productivité, dissimulées par les volumes en prix constant, peuvent être utilisées pour la prédominance des prélèvements financiers monopolistes ou étatiques, majorant les prix. Elles pourraient être aussi utilisées pour des prélèvements de dépenses de développement des capacités humaines (formation, recherche, culture) dans une économie alternative où prédominerait l'efficacité sociale.

Cinquième ensemble : Buts d'emploi, de formation et de dépenses informationnelles et incitations des crédits nouveaux

On peut enfin inclure dans les critères d'efficacité sociale pour des gestions décentralisées, mais aussi concertées, selon une planification décentralisée et concertée, aux différents niveaux: locaux, régionaux, nationaux, zonaux, etc. les buts d'emploi et de formation, ainsi que les incitations des crédits partagés à taux abaissés sélectivement.

Sans entrer dans les détails, indiquons de façon sommaire deux notations allant dans ce sens.

La première concerne le ratio:

VAds

Dépenses informationnelles (Recherche-développement et formation) + salaires des emplois

 

On pourrait noter une analogie avec le rapport de rentabilité en valeur P / C+V renvoyant d'ailleurs à un progrès relatif de C (ou moyens matériels de capital constant) comme ici à un progrès relatif des dépenses informationnelles.

Pour la seconde notation, on peut considérer l'égalité VAds = B - P, dans laquelle le besoin de profit représenté par P peut être diminué grâce aux capitaux empruntés, avec des intérêts éventuellement abaissés.

Il faudrait examiner, en liaison avec le quatrième ensemble incluant la VAd en volume (en prix constants), le but de faible inflation apparente par l'utilisation du crédit pour l'efficacité sociale en production vendue. En relation avec les mouvements entre emploi et formation et avec les recherches partagées, on viserait une progression très faiblement inflationniste apparente de la VAd potentielle par tête de population. Il s'agirait d'arriver à prévenir aussi bien les surproductions (par exemple en augmentant les dépenses de formation) caractérisant les économies capitalistes, que les sous-productions (par exemple en augmentant le passage des travailleurs en formation à l'emploi) caractéristique des économies non marchandes du passé (comme l'économie médiévale) ou encore, semble-t-il, des économies étatistes qui se sont réclamées du socialisme.

Ces nouveaux critères de gestion d'efficacité sociale pourraient être démultipliés en des batteries d'indicateurs partiels à l'intérieur de l'entreprise, en fractionnant selon les besoins locaux les « ratios » des rapports globaux. Ils seraient utilisés, avec des pouvoirs d'intervention concertés des personnels et des populations, principalement dans les entreprises publiques et services publics marchands. Ils ont d'ailleurs déjà été expérimentés à la Régie Autonome des Transports Parisiens, avec des batteries d'indicateurs spécifiques donnant vie aux nouveaux critères.

Mais aussi, ils seraient dans une certaine mesure utilisables, dans une sorte de mixité avec les critères de rentabilité, dans les entreprises privées, grâce à des pouvoirs nouveaux des salariés et des populations et à l'impulsion de la fiscalité, du crédit, des coopérations avec les entreprises et services publics.

Ainsi ces nouveaux critères d'efficacité sociale pourraient se combiner, de façon conflictuelle mais viable et évolutive, avec les critères de rentabilité, eux-mêmes dissuadés de la recherche de la croissance financière ou des licenciements, sans reclassement convenable. En effet, avec la rentabilité, ils sont à la fois compatibles (la VA inclut le profit et l'efficacité des capitaux peut conditionner leur rentabilité) et opposés: la valeur ajoutée disponible pour les travailleurs et la population est favorisée au contraire du profit, économisé le plus possible grâce aux procédés technologiques et aux conditions de financement, économisant le capital matériel et le capital financier.

Soulignons seulement ici l'importance des interventions de tous les travailleurs et des populations dans ces gestions décentralisées et concertées nouvelles, dans une mixité avec les délégations étatiques dont le caractère bureaucratique pourrait ainsi tendre à reculer.

L'intervention ainsi que la concertation horizontale et décloisonnée de toutes les catégories de travailleurs dans la définition des objectifs ou des moyens et dans la gestion des entreprises et services sont décisives, à l'opposé de secret des informations, du monopole des décisions, de la verticalité hiérarchique.

Il y aurait une exigence de rotation des rôles, à l'opposé des monopoles de rôle, du type « éducateurs/éduqués », « concepteurs/exécutant ou utilisateur », avec des pouvoirs de proposition et de contrôle décentralisés et concertés de tous.

*     *

*

D'ailleurs, d'une façon générale, au-delà de l'économie et au-delà de l'efficacité sociale au sens strict, évaluant des rapports entre coûts et résultats, « dépenses/résultats », le but déterminant serait la qualité de la vie de tous, de la participation de chacun à l'élaboration de son style de vie et à la félicité de sa vie. Dans une éthique d'intercréativité, il ne conviendrait pas de prétendre faire le bonheur des gens en dehors d'eux (de façon charitable, paternaliste ou autoritaire) mais de fournir et d'organiser, avec eux, le plus de facilités, formalisées ou non, pour qu'ils contribuent à créer eux-mêmes leur propre félicité, toutes et tous, sans exclusion et donc en solidarité, de façon autonome, avec des partages des pouvoirs et leurs concertations.


 

RATIOS D'EFFICACITE SOCIALE DE GESTION

1) L'EFFICACITE DU CAPITAL

VA / Cmf
____________________________________________

Valeur ajoutée/capital matériel et financier

 

2) L'EFFICACITE SOCIALE

VAd
______________________

VA disponible
pour les travailleurs et
la population

 

3) LA PRODUCTIVITE ORIENTEE DE TOUS LES FACTEURS

VAds
________________________

Valeur ajoutée disponible
supplémentaire

 

Bénéfice  =

Profit  Vads

 

4) LA COOPERATION AVEC COMME BUT LA POPULATION

VAd / tête de population

 


BIBLIOGRAPHIE

 

* Patrick Artus , « Quelle est l’évolution de la production potentielle en France », Caisse des Dépôts et Consignations, Document de travail n°1982 - 04/E, avril 1992, p.7.

* Paul Boccara, Intervenir dans les gestions avec de nouveaux critères, Editions Sociales, 1985.

* Paul Boccara, « Révolution informationnelle et début possible d’un nouveau type de régulation dans un système mixte ouvert », Mondes en développement, tome 20, 1992.

* Paul Boccara, « Aperçu sur la Théorie de la régulation systémique » Actuel Marx, 1er semestre 1995.

* Paul Boccara, « Face à la crise mondiale de domination des marchés financiers, une expansion monétaire concertée pour le crédit à l’emploi, en France, en Europe, à l’échelle mondiale », Economie et Politique, juillet-août 1998.

* Paul Boccara, « Face à la radicalité de la crise financière mondiale, contradictions et inefficience des premiers infléchissements », Economie et Politique, septembre-octobre 1998.

* Paul Boccara, « Face à la crise mondiale récente, un ensemble de mesures monétaires et financières cohérentes », Economie et Politique, novembre-décembre 1998.

* Banque des Règlements internationaux, 68ème Rapport annuel - 1er avril 1997 - 31 mars 1998, Bâle.

* Jean Boissonnat, Le travail dans vingt ans, La Documentation Française, 1995.

* C.N.U.C.E.D., World investment Report, 1997.

* Michel Camdessus, F.M.I. Bulletin, 26 octobre 1998 - Allocution d’ouverture.

* Hervé de Carmoy, Stratégie bancaire, le refus de la dérive, PUF, 1997.

* Robert Castel, « La fin du travail, un mythe démobilisateur », Bonnes Feuilles d'un ouvrage collectif à paraître dans Le Monde du Travail, publiées dans Le Monde Diplomatique, septembre 1998.

* Patrick Cohendet, Dominique Foray, Dominique Guellec, Jacques Mairesse, « La gestion publique des externalités positives de recherche », Revue Française de Gestion, mars-avril-mai 1998.

* Groupe présidé par Jacques Barraux, Commissariat du Plan, Entreprise et performance globale, outils, évaluation, pilotage, Economica, 1997.


* Conseil d’Analyse Economique, Coordination européenne des politiques économiques, La Documentation Française,1998.

* Conseil Supérieur de l'Emploi, des Revenus et des Coûts, Minima sociaux: entre protection et insertion, La Documentation Française, Paris, 1997.

* R. Cornes et J. Sandlet, The Theory of externalities, Cambridge, 1986.

* Economie et Politique, mars-avril 1998, Dossier sur « les financements en Languedoc-Roussillon ».

* Lionel Fontagné,  « En attendant l’AMI, un bilan des relations entre investissement direct à l’étranger et commerce », La lettre du CEPII, n°168, mai 1998.

* Jean-Claude Louchart, coordinateur, Nouvelles approches des gestions d’entreprises, l’Harmattan, 1995.

* Edouard Mathieu, « Industrie française et mondialisation », Problèmes Economiques, 14 octobre 1998.

* Dirk Pilat, « L’impact économique de la technologie », L'Observateur de l'O.C.D.E., n°213, août-septembre 1998.

* Philippe Van Parijs, « De la trappe au socle: l’allocation universelle contre le chômage », Problèmes Economiques, 20 mai 1998.

* James Tobin, « A proposal for International Monetary reform », Eastern Economic Journal, n°4, 1978.

* World Economic and Financial Surveil - International Capital Market - Developments, Prospects and Key Policy Issues - International Monetary Fund, Washington, septembre 199



[1].- Voir Paul Boccara, « Aperçu sur la Théorie de la régulation systémique », Actuel Marx, 1er semestre 1995.

 

[2].- Le Capital de Marx est principalement consacré à l'étude du régulateur du taux de profit et de son rôle au plan de l'essence du fonctionnement du capitalisme. La Théorie générale de Keynes, à travers l'efficacité marginale du capital et l'incitation à investir est, au fond, centrée sur la même question, mais plutôt au plan de la réalité phénoménale de la croissance, de l'emploi ou de la demande globale.

 

[3].- « Révolution informationnelle et début possible d’un nouveau type de régulation dans un système mixte ouvert », Paul Boccara, Mondes en développement, tome 20, 1992.

[4] .- Voir R. Cornes et T. Sandler, The theory of externalities, Cambridge, 1986, sur les résultats de la recherche comme « biens à usage non exclusif ».

 

[5].- « La gestion publique des externalités positives de recherche », par Patrick Cohendet, Dominique Foray, Dominique Guellec et Jacques Mairesse, Revue Française de gestion, mars-avril-mai 1998.

L'étude précise: « Trois principaux types de solutions ont ainsi été proposés par la théorie traditionnelle sur les externalités... -l’institution de droits de propriété intellectuelle; -l’octroi de subventions; -se substituer à l’initiative privée à travers la production publique publique... de connaissances, autorisant leur libre circulation et finançant sur l'impôt les coûts de production».

 

[6].-   « En 1965, les besoins en consommations intermédiaires de l’économie française étaient couverts à 4% par des importations européennes, en 1985, ce taux avait plus que doublé, atteignant 9%, tandis que la contribution des pays tiers n’est passée que de 8% à 11% » (Ibidem, p.8).

 

[7].- Ainsi, en France, les petites et moyennes entreprises, quand elles appartiennent à des pays étrangers exportent le tiers de leur chiffre d'affaires, mais lorsqu'elles appartiennent à des groupes français n'exportent que le cinquième (Industrie française et mondialisation, Etude citée, p.9).

 

[8].- En outre, « L’observation à la frontière française des flux d’échanges internes aux groupes industriels relativise l’idée que l’internationalisation des sites de production provoquerait essentiellement une segmentation des processus de production... En effet, les trois quarts des exportations internes aux groupes et la moitié des importations consistent en marchandises revendues en l'état. Autrement dit, les opérateurs transformateurs sont moins souvent en France des multinationales 'globales' qui intègrent internationalement des segments de valeur ajoutée que des multinationales classiques, qui spécialisent par produit ou marché leurs sites industriels» (Industrie française et mondialisation, Etude citée, p.8).

[9] .- D’après Patrick ARTUS, « Quelle est l’évolution de la production potentielle en France? », Caisse des Dépôts et Consignations, Document de travail n° 1992 - O4/E, avril 1992, p.7.

 

[10].- Des dirigeants japonais importants ont déclaré vouloir développer de façon plus structurée une zone yen et entrer dans la compétition pour les réserves mondiales et les attractions de capitaux. D'ailleurs, la menace des retraits japonais importants des titres en dollars vers l'euro et vers le yen lui-même fait peser le plus grand risque sur le dollar. En outre, le 29 décembre 1998, le vice-ministre japonais des Finances « Monsieur Yen » a déclaré viser un « système tripartite avec notamment une coopération monétaire et financière zonale souple en Asie, et la promotion du rôle du yen ».

[11] .- Paul Boccara, « Face à la crise mondiale de domination des marchés financiers, une expansion monétaire concertée pour le crédit à l’emploi, en France, en Europe, à l’échelle mondiale », Economie et Politique, juillet-août 1998.

 

[12].- Paul Boccara, « Face à la radicalité de la crise mondiale, contradictions et inefficience des premiers infléchissements », Economie et Politique, septembre-octobre 1998.

 

[13].- Selon le magazine Fortune, 67% des fusions-acquisitions réalisées aux Etats-Unis en 1998 ont été faites par échange d’actions contre 7% il y a dix ans.

 

[14].- Les réserves des Banques centrales asiatiques représentent environ 500 milliards de dollars, en très grande partie constituées par des dollars des Etats-Unis (215 milliards pour le Japon, 140 milliards pour la Chine, 70 milliards pour Hong-Kong).

 

[15].- Paul Boccara, « Face à la crise récente, un ensemble de mesures monétaires et financières cohérentes », Economie et Politique, novembre-décembre 1998.

[16].- Le ratio de liquidité du FMI (montant net des ressources utilisables non engagées/engagements liquides), qui était de 45% à la fin de l'exercice, se situe maintenant aux alentours de 36%, alors qu'il atteignait 121% à la fin de 1996/97 et que sa moyenne générale sur plusieurs exercices était de 70%. (Conférence de Presse sur le Rapport 1998 du F.M.I.).

[17] .- Les dirigeants de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) seraient en train de réfléchir à la création d’une monnaie commune pour « restaurer la confiance, relancer la croissance et promouvoir la stabilisation financière dans la région » (Le Monde, 6 janvier 1999).

 

[18].- James Tobin, « A proposal for international Monetary Reform », Eastern Economic Journal, n°4, 1978.

 

[19].- Voir l'allocution d'ouverture de Michel Camdessus à l'Assemblée annuelle 1998 du FMI (FMI Bulletin, 26 octobre 1998).

 

[20].- Cf. Conseil Supérieur de l'Emploi, des Revenus et des Coûts: "Minima sociaux: entre protection et insertion", La Documentation française, Paris, 1997.

 

[21].- Voir, par exemple, Philippe Van Parijs, « De la trappe au socle: l’allocation universelle contre le chômage », Problèmes Economiques, 20 mai 1998.

 

[22].- Voir, par exemple, Robert Castel, « La fin du travail, un mythe démobilisateur », Bonnes Feuilles d’un ouvrage collectif à paraître,  Le Monde du travail, publiées dans Le Monde Diplomatique, septembre 1998.

 

[23].- Voir notre analyse critique dans l’étude citée d'Issues, 4ème trimestre 1995-1er trimestre 1996 (p.100).

 

 

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.