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Banques et politique monétaire, au cœur de la crise… et de ses solutions | PCF.fr

Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Banques et politique monétaire, au cœur de la crise… et de ses solutions

Commencé sur de laborieux compromis visant à apaiser les marchés financiers, l’été se termine sans qu’aucun des problèmes posés depuis le début de la crise de l’euro soit résolu. Les politiques d’austérité produisent les effets qu’on pouvait en attendre – un cercle vicieux de récessions et de déficits - et conduisent à des conséquences économiques, sociales et politiques de plus en plus inquiétantes. La mauvaise orientation des crédits bancaires constitue un facteur déterminant de la crise. Cinq chantiers ouverts pour changer le comportement des banques.

Commencé sur de laborieux compromis visant à apaiser les marchés financiers, l’été se termine sans qu’aucun des problèmes posés depuis le début de la crise de l’euro soit résolu. Le PIB grec a encore reculé de plus de 6 % au deuxième trimestre et le pays en est réduit à emprunter sur les marchés au prix fort pour régler les échéances de sa dette… à la BCE. De plus en plus de dirigeants européens parlent ouvertement de son expulsion hors de la zone euro comme d’une éventualité qui pourrait se réaliser. L’Espagne a obtenu un accord du sommet européen pour que l’apurement des dettes de ses banques ruinées par la spéculation immobilière ne soit pas comptabilisé dans la prise en charge de ses déficits publics mais des recours judiciaires déposés en Allemagne retardent la mise en œuvre de cet accord alors que la population déjà à bout se voit infliger de nouveaux trains d’austérité. En Italie, c’est surtout l’absence d’alternative structurée qui permet, pour l’instant, au gouvernement Monti de tenir le cap de l’austérité. La France vient d’aligner trois trimestres consécutifs de stagnation économique, et le marché du travail se dégrade à vive allure. La stratégie allemande visant à accumuler les gains de compétitivité a porté les excédents extérieurs à des sommets mais chaque semaine qui passe confirme que cette stratégie mine les bases mêmes sur lesquelles est assise la domination allemande en Europe : l’euro comme substitut au deutsche Mark et le marché des partenaires européens de l’industrie allemande (l’Union européenne absorbe plus de 60 % des exportations allemandes). Plus lourd de conséquences peut-être que la crise de l’euro elle-même, son effet sur les pays émergents commence à se manifester, affaiblissant le facteur le plus dynamique de l’économie mondiale depuis dix ans. En somme, les politiques d’austérité produisent les effets qu’on pouvait en attendre un cercle vicieux de récessions et de déficits et conduisent à des conséquences économiques, sociales et politiques de plus en plus inquiétantes.

La mauvaise orientation des crédits bancaires, facteur déterminant de la crise

Ces choix ont pourtant été imposés au nom d’un raisonnement qui se présente comme l’expression de la sagesse économique. Selon le point de vue qui inspire les politiques actuelles, mais aussi une bonne partie de ceux qui, à gauche, les critiquent, la crise serait née d’une insuffisance d’épargne dans les pays les plus riches, dont la contrepartie serait un excès d’épargne dans les pays émergents. La seule solution serait donc, pour les gouvernements des seconds, d’ouvrir leurs marchés intérieurs aux productions occidentales et, pour les peuples européens, de se serrer la ceinture, d’accepter la précarité de l’emploi et de démanteler leurs services publics. La doctrine idéale pour défendre les intérêts du capitalisme occidental ! De façon significative, une des critiques les plus argumentées de ce point de vue émane du cœur même des institutions financières mondiales. Depuis longtemps, les économistes de la Banque des règlements internationaux, sorte de club des banques centrales des principales puissances capitalistes, avaient mis en garde sur la responsabilité des crédits bancaires dans la formation des spéculations financières et des crises auxquelles elles aboutissent (1). Dans un papier plus récent de la même BRI (2), Claudio Borio et Piti Disyatat réfutent point par point la thèse selon laquelle la crise serait le résultat d’un déséquilibre entre épargne et investissement à l’échelle des grandes régions du monde. Se référant à l’un des grands précurseurs de la macro-économie moderne, Knut Wicksell, ils montrent qu’un tel déséquilibre, s’il existait, se serait traduit, si les tenants de cette thèse avaient raison, par des mouvements du « taux naturel de l’intérêt » qui auraient eu pour effet de rétablir l’équilibre entre l’épargne et l’investissement à l’échelle mondiale. De fait, ce n’est pas ce qui s’est produit parce que les taux d’intérêt réellement observés ne sont pas déterminés par l’équilibre entre épargne et investissement, mais par les flux financiers qui se manifestent sur les marchés de capitaux – et qui sont, au demeurant, beaucoup plus volumineux que les flux « réels ». Les auteurs rappellent que les facteurs qui déterminent le niveau des taux d’intérêt sur ces marchés sont, pour le court terme, les taux « directeurs » fixés par les banques centrales et, pour les termes plus éloignés, l’évolution prévue de ces taux directeurs, une prime de risque d’autant plus élevée que le terme est plus éloigné, et la propension plus ou moins grande des prêteurs à choisir des placements risqués. Ignorer ces phénomènes, c’est perdre de vue le caractère monétaire des économies modernes, et considérer la monnaie comme un simple « voile » : un travers partagé par les différentes versions de la théorie économique libérale mais aussi, jusqu’à un certain point, par beaucoup de tenants de la « synthèse néokeynésienne » qui sert de base à la formation de tous les économistes professionnels depuis plus de cinquante ans. Or, depuis la libéralisation financière des années 1980, la violence des mouvements de capitaux n’a cessé de s’accroître.

Les auteurs de l’étude mettent en évidence un phénomène peu souvent commenté mais qui contribue de façon très importante à expliquer les développements de la crise actuelle : si la politique monétaire américaine a porté la responsabilité principale des dérives financières, en mettant les marchés financiers au pouvoir dès 1979, puis en inondant la planète de liquidités chaque fois que ceux-ci ont été menacés d’effondrement, un rôle essentiel a été également joué par les banques européennes, actrices principales des flux de crédits transnationaux qui ont rendu possibles les spéculations dont ces mêmes banques européennes sont aujourd’hui la cible.

Cinq chantiers ouverts pour changer le comportement des banques

L’opinion a donc tout à fait raison de demander des comptes aux banques ! Même si elles sont loin d’être les seules actrices sur les marchés financiers (n’oublions pas les compagnies d’assurances, les fonds de pension, les fonds de placement plus ou moins spéculatifs, les multinationales…), rien de ce qui s’y passe ne pourrait se produire sans leur action. Elles assurent l’infrastructure technique et comptable des transactions ; elles conseillent les prêteurs et les emprunteurs (les exploits de Goldman Sachs, capable à la fois d’indiquer à l’État grec comment rendre discret une partie de son endettement, et aux créanciers du même État grec comment en profiter au maximum, sont connus) ; mais surtout, leur pouvoir de création monétaire a été mobilisé pour financer l’expansion des opérations financières.

Les spéculations ne sont rentables que parce qu’elles sont réalisées à crédit. Par exemple, un spéculateur qui joue, ces jours-ci, à la baisse de l’euro procède en vendant massivement des euros sur le marché des changes dans l’espoir de pouvoir les racheter prochainement à un cours plus bas ; mais ces euros, il ne les possède pas : il les a empruntés à une ou plusieurs banques ! Si celles-ci n’avaient pas choisi de lui prêter, ces mouvements spéculatifs n’auraient pas eu lieu. Le même raisonnement vaut pour les LBO (Leveraged Buy out, rachats d’entreprise à crédit suivis d’une restructuration et d’une revente avec un gros bénéfice) et pour tout type d’opération financière faisant appel à ce mécanisme baptisé « effet de levier ».

Les économistes de la BRI ne se permettent évidemment pas de condamner la dictature des marchés financiers. Avec le sens de la litote qui caractérise les banquiers centraux, ils se contentent de diagnostiquer une augmentation de l’« élasticité » du système financier. De fait, depuis la fin du système de Bretton Woods, le crédit et la création de monnaie ne sont plus sous la contrainte d’un lien rigide avec une marchandise particulière, l’or. Ils ne dépendent que des politiques monétaires et des choix des banques. Mais, dans la crise inouïe que le capitalisme est en train de connaître, peut-on se contenter de réduire l’« élasticité » du système financier ? Ne faut-il pas plutôt se rendre maître de cette élasticité nouvelle pour la mettre au service d’un nouveau mode de développement, donnant la priorité aux dépenses pour les êtres humains en économisant sur les moyens matériels et les coûts financiers ? Naguère encore ésotérique et méconnue, cette question apparaît de plus en plus comme déterminante pour notre avenir à tous.

C’est aussi pourquoi on s’active autour d’une réforme des banques, dans les principaux pays comme au niveau européen et dans les enceintes mondiales comme le G20, le Forum de stabilité financière qu’il a institué ou le Comité de Bâle qui édicte les célèbres réglementations applicables aux banques internationales. Chacun des chantiers en cours porte sur un domaine important, mais les remèdes envisagés jusqu’ici risquent de se révéler pires que le mal si l’on continue de mener ces travaux en cherchant à répondre en priorité aux exigences des marchés financiers et des multinationales. Là où il faudrait au contraire entendre, non seulement l’exaspération des peuples mais aussi la possibilité de faire émerger des solutions qui donnent la priorité au développement des êtres humains plutôt qu’à la rentabilisation du capital.

Premier chantier: la taxation des transactions financières. Plus ou moins inspirée du grand économiste keynésien James Tobin, la proposition a disparu du dernier communiqué du G20. Elle reste officiellement à l’ordre du jour des sommets européens ; le gouvernement veut nous convaincre qu’elle a connu un modeste début d’application en France avec la création, sous Sarkozy, d’une taxe sur certains achats d’actions françaises et avec le doublement de son taux par le gouvernement Hollande dans la loi de finances rectificative pour 2012. Il n’y a pas là de quoi attendre un frein significatif à l’expansion des marchés de capitaux dans leur ensemble ! Si l’on voulait vraiment atteindre ce but, il faudrait tenir compte des débats déjà anciens sur la taxe Tobin et de leur conclusion : le moyen le plus efficace de freiner la spéculation n’est pas de taxer les transactions elles-mêmes mais de dissuader les banques de prêter aux spéculateurs (3).

Deuxième chantier: interdire aux banques certaines opérations (4). La séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt figure dans de nombreux programmes politiques à travers le monde, à commencer par celui du Front de gauche. Plus curieusement, elle est aujourd’hui évoquée par plusieurs grands financiers qui avaient combattu, avec succès, pour sa suppression aux États-Unis à l’époque de la libéralisation financière. Il est vrai que la grande frayeur des subprimes et de la faillite de Lehman Brothers est passée par-là, et des propositions plus limitées dans leur portée, mais plus concrètes, sont à l’ordre du jour des deux côtés de l’Atlantique.

Volcker ou Vickers ?

Le Congrès américain a adopté en 2010 une législation (Dodd-Franck Act) qui cherche à limiter les risques pesant sur le système financier dans son ensemble en interdisant aux banques qui collectent des dépôts du public de mener des opérations de marché pour leur compte propre et de financer des fonds spéculatifs (hedge funds ou private equity). C’est ce qu’on a appelé la « règle Volcker », du nom d’un ancien président de la Réserve fédérale revenu aux affaires publiques dans l’administration Obama. Ironiquement, c’est sous la présidence du même Paul Volcker que la Réserve fédérale avait inauguré, en 1979, l’orientation du crédit bancaire vers les marchés financiers. Autant dire que le but de la « règle Volcker » n’est pas de mettre fin au pouvoir des marchés mais seulement de limiter les dégâts en cas de crise financière : les dépôts du publics ne seraient plus exposés au risque de pertes encourues par les banques lorsqu’elles s’aventurent sur les marchés. Cette législation est assortie de nombreuses exceptions où l’on reconnaît le puissant lobbying des financiers américains, et il n’est pas sûr qu’elle sera très efficace. Comment distinguer, dans la pratique, les opérations spéculatives menées pour compte propre de celles où les banques s’engagent pour le compte de leur clientèle ? Comment contrôler ce qu’on appelle le shadow banking, cette multitude d’organismes qui développent des activités de prêts et de spéculation avec l’épargne du public sans avoir le statut de banque et qui donc, par définition, échappent à la réglementation bancaire ?

La même objection peut être adressée à la réglementation proposée en Grande-Bretagne par la « Commission indépendante sur le système bancaire », baptisée commission Vickers. Cette commission a recommandé, non pas de détacher les activités de marché des groupes bancaires mais de délimiter, au sein de ces groupes, des entités spécialement réglementées qui seraient seules autorisées à pratiquer la banque de dépôt. Trois catégories d’activités sont définies : celles qu’elles auraient l’obligation d’assurer (recueillir les dépôts et tenir les comptes des particuliers, accorder des découverts aux ménages et aux PME), celles qui seraient simplement autorisées (le crédit aux ménages et aux entreprises) et celles qui seraient interdites (la banque de marchés). Ces entités devraient avoir une personnalité juridique propre au sein des groupes bancaires et bénéficier de leur propre couverture en capital. Là encore il s’agit, en principe, de mettre les dépôts du public à l’abri des excès de la finance, pas de mettre en cause le pouvoir des marchés sur les politiques publiques et les gestions d’entreprises.

La réforme bancaire annoncée en France pourrait s’inspirer de la « règle Volcker » et de la commission Vickers. Mais on ne sait pas grand-chose des projets de Pierre Moscovici, si ce n’est qu’il les a soumis, le 16 juillet, au Conseil de régulation financière et du risque systémique (Corefris), un organisme jusque-là plutôt obscur, conçu pour exprimer l’influence des « professionnels de la profession » financière sur les politiques gouvernementales. De fait, la logique tendant à séparer banque de marchés et banque de dépôt s’applique mal aux banques de la zone euro, qui intègrent l’ensemble de leurs activités dans un modèle de « banque universelle » qui s’est montré plutôt résistant quand l’affaire des « subprimes » faisait vaciller les banques anglo-saxonnes. Peut-on croire, au demeurant, que la banque de dépôt « vertueuse » pourrait se développer impunément si on laisse libre cours à la course à la rentabilité sur les activités de marchés ? C’est précisément à cette dictature de la rentabilité que devrait s’attaquer une réforme bancaire.

Comme le signalent Julian Chow et Jay Surti dans l’étude précitée du FMI, plutôt que d’aller vers une séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt, il y aurait une autre solution : rendre plus contraignantes les exigences de fonds propres pour les banques dont les revenus sont tirés dans une proportion élevée d’activités de marchés. Ce pourrait être l’objet du troisième chantier en cours: la mise en œuvre de la réglementation dite de «Bâle III» dont la disposition principale oblige les banques à limiter l’expansion de leurs crédits à un certain multiple du montant de leurs fonds propres (les fonds propres sont le capital de la banque et leurs profits accumulés au cours du temps). Mais le comité de Bâle ne vise pas non plus à réduire la domination des marchés. Au contraire, mettre l’accent sur le renforcement des fonds propres pousse les banques à rechercher toujours plus de rentabilité… donc plus de risques ! On commence à s’apercevoir que les générations successives de règles – Bâle I, Bâle II, Bâle III – sont plutôt contre-productives en période de crise puisqu’elles incitent les banques à prêter moins au moment où les PME et les collectivités territoriales manquent cruellement d’accès au crédit. Les récriminations des dirigeants de banques et de compagnies d’assurances français contre Bâle III et son équivalent dans le monde de l’assurance, la réglementation européenne Solvabilité II, sont un prétexte commode pour justifier la fuite des banques devant leurs responsabilités dans le financement des activités créatrices de richesses et d’emplois. Mais elles sont un témoignage supplémentaire de la nécessité de tout autres mesures pour changer radicalement le comportement des banques.

On peut considérer qu’une telle action ne peut être efficace au seul niveau national. C’est l’une des justifications d’un quatrième chantier: celui de l’«union bancaire, ou financière, européenne» qui transférerait du niveau national à des autorités européennes renforcées trois prérogatives : l’assurance des dépôts bancaires contre les conséquences d’une faillite de banque, la surveillance des banques et des assurances, les décisions à prendre pour circonscrire les conséquences d’une faillite affectant un grand établissement. Ce projet vise, en réalité, plusieurs objectifs potentiellement contradictoires (5) : alléger quelque peu les conséquences des crises bancaires sur les États les plus fragiles de la zone euro, rogner l’indépendance de la City de Londres par rapport aux gouvernements continentaux, contourner les réticences de la BCE (et surtout de la Bundesbank) à s’engager au secours des États endettés. Au stade actuel de ce projet, ce qui semble surtout en ressortir c’est qu’il aboutirait à renforcer encore le pouvoir de la BCE. Plutôt inquiétant… à moins que nous ne nous donnions la force de modifier le comportement de la BCE elle-même ?

Des politiques monétaires de moins en moins conventionnelles

Il le faudra bien : ne pas le faire serait laisser libre cours à l’institution qui influence le plus le comportement des banques. Or le doute commence à saisir cette institution, la BCE, si l’on en juge aux premières leçons qu’on peut tirer d’un cinquième chantier: des politiques monétaires de moins en moins conventionnelles. Depuis la faillite de Lehman, les banques centrales ont abandonné un à un certains des principes qu’elles s’étaient toujours ingéniées à présenter comme intangibles. Les banques ordinaires n’osant plus se faire crédit les unes aux autres, les banques centrales ont énormément accru le volume de leurs opérations pour suppléer à la paralysie du marché monétaire. Elles ont assoupli à plusieurs reprises les critères définissant les crédits bancaires qu’elles acceptent de refinancer. Elles se sont mises à acheter des titres d’État, dès leur émission en Grande-Bretagne et aux États-Unis, sur le marché secondaire dans la zone euro. L’action de la BCE qui a le plus retenu l’attention a été l’injection de 1 000 milliards d’euros de liquidités dans le système bancaire, au début de cette année, par deux opérations de refinancement sous forme de prêts à trois ans et à 1 % d’intérêt. Mais très vite, ses dirigeants ont dû reconnaître le point faible essentiel de ces opérations : rien n’indique que cet argent ait servi à renforcer l’économie de la zone euro en créant des emplois et des richesses. Il a servi, en partie à acheter des obligations italiennes ou espagnoles, ce qui a procuré à ces gouvernements un sursis temporaire face aux attaques des marchés ; une bonne partie est restée en compte auprès des banques centrales de la zone euro ou a été remboursée avant l’échéance. Et le reste ? Mystère. La Commission européenne s’en est inquiétée et a demandé des comptes sur l’usage de ces fonds. Mais de quel moyen les banques centrales disposent-elles pour le faire puisqu’elles ont refusé, jusqu’à présent, de mener des politiques sélectives en faveur de l’économie réelle et de l’emploi ? Jusqu’à présent, oui… mais voici l’opinion exprimée début août par un membre du directoire de la BCE récemment nommé, le Français Benoît Coeuré : « L’idée que nos opérations de financement devraient être plus ciblées vers le financement de l’économie réelle, en particulier les PME, mériterait plus d’attention, même si sa mise en œuvre serait bien sûr difficile ». Ces propos, tenus dans un journal slovaque et cités par Le Monde le 6 août, n’ont pas eu un écho considérable. Ils ne tranchent pas moins avec le langage habituel de la BCE. Pour ses dirigeants, imaginer que la politique monétaire puisse soutenir sélectivement « l’économie réelle » a toujours été qualifiée d’hérésie : selon leur doctrine, les marchés ont toujours raison et toute prétention des autorités à exercer activement une influence sur les décisions des acteurs privés était stigmatisée comme d’inspiration « soviétique », pour reprendre les termes employés par l’un d’eux, le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer ! Mais le même Christian Noyer vient d’être obligé de reconnaître, devant les rencontres économiques d’Aix-en-Provence, en juillet dernier, que « les marchés de capitaux, aujourd’hui, paraissent très perturbés et pleins d’anomalies, et pas seulement en Europe ». C’est le moins qu’on puisse dire.

Que la BCE en vienne ainsi à briser un à un ses tabous est un signe du désarroi des dirigeants de la finance internationale face au déchaînement des forces qu’ils ont eux-mêmes déclenché mais dont ils se montrent, de G20 en sommets européens, de plus en plus incapables de venir à bout. Un autre signe de désarroi se manifeste dans les tensions de plus en plus publiques entre les dirigeants de la BCE, soucieux de faire savoir qu’ils sont décidés à « tout faire » pour sauver l’euro, et ceux de sa principale composante, la Deutsche Bundesbank arc-boutée sur les dogmes monétaristes.

Le même désarroi avait inspiré, en 2009, l’ouverture d’un sixième chantier, la réforme du système monétaire international. Il avait fait s’exprimer des propositions novatrices sous la plume du gouverneur de la banque centrale chinoise, préconisant le remplacement du dollar comme monnaie mondiale commune de fait par un nouvel instrument de réserves international qui pourrait être développé à partir des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI. Sans aller jusque-là, le FMI avait été autorisé à procéder à la plus forte émission de DTS de son histoire. Mais depuis que la crise s’est focalisée sur la zone euro, aucune avancée ne semble s’être opérée dans ce domaine, pas plus que dans celui de la taxation des mouvements de capitaux.

Deux questions cruciales : quels critères, qui décide ?

Jusqu’à quel point l’idée d’une sélectivité des financements en faveur de l’économie réelle, exprimée par Benoît Coeuré, apporte-t-elle une réponse à la crise ? Elle n’est qu’une partie de la réponse. La BCE a assurément un rôle à y jouer, mais il n’y aura là de contribution à la sortie de la crise que si des réponses tout à fait nouvelles sont apportées à deux questions :

1. Qu’est-ce que l’«économie réelle»? Ce n’est pas seulement le développement des PME ou le soutien à l’« investissement productif » en général. C’est, d’un point de vue économique, la création de valeur ajoutée ; or, il n’y a de création de valeur ajoutée qu’à deux conditions : que des êtres humains travaillent, et que leur travail soit efficace. Le but du crédit bancaire doit donc être d’abord de favoriser la création d’emplois et d’élever la qualification des travailleurs. Dans le même temps, la création de valeur ajoutée ne doit pas avoir pour contrepartie la destruction de ressources naturelles. En d’autres termes, une nouvelle orientation du crédit ne sera efficace que si elle rompt avec la recherche de la rentabilité du capital financier pour obéir à de nouveaux critères visant au développement des capacités humaines grâce à des économies sur les moyens matériels et financiers.

2. Qui décide des projets qui doivent être encouragés par le crédit ou non? Ceux qui nous ont conduits à la crise ? Le gouverneur Noyer lui-même s’étonne, dans l’intervention citée plus haut, de ce que « les grandes entreprises ont accumulé des réserves de trésorerie à des niveaux jamais atteints (plusieurs trillions de dollars). Et en même temps, il y a des opportunités d’investissement très profitables dans le monde qui ne sont pas exploitées, des besoins d’infrastructures non satisfaits, des goulots d’étranglement dans la production de matières premières ». Précisément, tant que les décisions d’investissements resteront l’apanage des chefs des grandes entreprises, des banquiers… et des gouverneurs de banques centrales, ce genre de situation a toutes les chances de persister. La crise a remis les nationalisations à l’ordre du jour dans les secteurs de la banque et de l’assurance. Ce sera nécessaire mais la profondeur de la crise appelle à aller encore beaucoup plus loin : que les citoyens eux-mêmes accèdent – pour la première fois dans l’histoire, en réalité – à l’exercice d’un véritable pouvoir sur le crédit et la monnaie.

Pour cela, il faut à la fois des mobilisations populaires et des cadres institutionnels qui permettent de les traduire en décisions concrètes. Cela commence dès les entreprises – où les salariés devront disposer de pouvoirs accrus pour intervenir dans les décisions les plus stratégiques – en particulier les décisions de financement. Cela continue dans les territoires. L’exemple américain du Community Reinvestment Act (CRA) de 1977 montre qu’il est possible de mettre à la disposition des citoyens et des élus locaux des moyens d’agir sur le comportement des banques, en obligeant celles-ci à rendre publics les montants de leurs prêts aux particuliers et aux PME dans chaque quartier (voir dans ce numéro l’article de Kent Hudson). Avec le même but, qui est de renforcer le pouvoir des citoyens sur les financements, les vet le pôle financier public proposés par le PCF et le Front de gauche sont d’autres instruments institutionnels pour traduire dans l’action concrète des pouvoirs publics, aux niveaux régional et national, les rapports de forces créés par les mobilisations des citoyens (voir l’article consacré à ces propositions dans le précédent numéro de cette revue (6). Ce sont précisément les crédits bancaires permettant la réalisation de projets soutenus ou conçus par les salariés dans les entreprises, ou par les citoyens dans les quartiers ou les bassins d’emploi, encouragés par les FREF au moyen de garanties d’emprunts ou de bonifications d’intérêt, et soutenus par une participation du pôle financier public, qui devraient bénéficier d’un refinancement privilégié par la BCE.

Ces propositions sont parfaitement cohérentes avec une autre nécessité : répondre à l’urgence de la crise de la zone euro en permettant à la Banque centrale européenne d’acheter massivement des titres d’État européens. On mettrait fin ainsi à cette pratique immorale et opaque qui consiste, pour les banques, à acheter des emprunts grecs, espagnols ou portugais fortement rémunérés avec de l’argent emprunté à bas prix à la BCE. Cela ne veut pas dire que les banques ne doivent pas être incitées à acheter des titres d’État dès lors que cet endettement public contribuerait au développement des services publics.

Les chantiers évoqués dans cet article révèlent que les éléments qui pourraient servir à une construction mettant en cause les marchés financiers pour une autre cohérence systémique existent. On aura noté que la plupart d’entre eux recoupent les projets annoncés par le gouvernement dès cette rentrée : Banque publique d’investissement, réforme bancaire, relèvement du plafond du livret A et création d’un livret d’épargne pour l’industrie. Mais cette cohérence pour une transformation sociale radicale est, à l’évidence, absente des préoccupations de François Hollande et de ses amis socialistes et écologistes. Manque, pour l’instant, une action capable de la transformer en force politique irrésistible. En créant le Front de gauche, le PCF a contribué à faire renaître une espérance. Parviendrons-nous à progresser dans cette voie jusqu’à imposer des transformations profondes du système économique et social ? La solution à la crise passe par-là. n

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(1) Claudio Borio et Philip Lowe, « Securing sustainable price stability : should credit come back from the wilderness ? », BIS Working Papers, n° 157, juillet 2004.

(2) Claudio Borio et Piti Disyatat, « Global imbalances and the financial crisis : Link or no link ? », BIS Working Papers, n° 346, mai 2011.

(3) Démonstration faite en ce qui concerne la spéculation sur le marché des changes par Barry Eichengreen et Charles Wyplosz, « The Unstable EMS », Brookings Papers on Economic Activity, 1993, n° 1.

(4) Chow, Julian T.S. et Jay Surti, « Making Banks Safer : Can Volcker and Vickers Do It ? », Working Paper du FMI, WP/11/236.

(5) Voir, dans notre numéro précédent, Denis Durand « Union bancaire, de quoi s’agit-il » ?, Économie et politique, n° 694-695, mai-juin 2012.

(6) Denis Durand, « Pôle public financier : des leviers concrets », Économie et politique, n° 694-695, mai-juin 2012.

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