Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Migrant-e-s et Travail

le 23 novembre 2005

Moustapha Gueye Réseau Migrations et citoyenneté.

Le capitalisme international, devenu système économique mondialisé par le régime politique du libéralisme, intensifie la circulation des marchandises et des capitaux hors de tout contrôle social et politique, alors qu'il multiplie les entraves à la circulation des personnes entre pays riches et pays pauvres.

Cette mondialisation entretient la fixité de la force de travail, et joue sur les discriminations de législation en agissant inlassablement pour leur abolition..

Pourtant elle crée un monde chaque jour plus mobile ,où l'intensification de la concurrence internationale met tous les travailleurs en compétition les uns et les autres.

ET, elle assigne en résidence les populations de plus de 130 pays, leur refusant toute demande de visa.

Une fois de plus, le capital va là où il veut ,le travail est prisonnier chez lui. C'est dire que le marché mondial du travail est non seulement régulé par la loi de l'offre et de la demande , mais aussi, elle profite de l'intervention massive de l'état, avec pour objectif de maximiser le rôle du marché et de minimiser tous les contrôles sociaux efficaces pour la protection des travailleurs et de l'environnement.

Les mouvements migratoires

A l'origine, le système capitaliste a produit des déplacements et migrations forcées de plusieurs millions de personnes pendant la période de l'esclavage et du commerce triangulaire. Ces mouvements, des travailleurs et travailleuses, se sont poursuivis de manière souvent coercitive et dramatique pendant la colonisation et à l'époque du néo-colonialisme. Ces personnes déplacées ont constitué souvent une force de travail temporaire surexploitée dépourvue de toute protection. Abdel Malek Sayad(sociologue de l'immigration) développera sur le lien primordial qui existe entre immigration et travail. « qu'est-ce donc qu'un immigré ? Un immigré c'est essentiellement une force de travail ,et une force de travail provisoire ,temporaire, en transit ; C'est le travail qui fait naître l'immigré ,qui le fait être » .Et Sayad d'ajouter ,il est « révocable » à tout moment lorsque le travail vient à manquer.

Les migrants joueraient le rôle d'amortisseurs conjoncturel, ils seraient de simples suppléants en transit ,instrumentalisés par une division du travail ,qui organise leur illégitimité pour mieux les exploiter.

Aujourd'hui les pays développés reconnaissent implicitement le fait migratoire comme une des composantes de la mondialisation ; par contre, confrontés aux besoins de travailleurs qualifiés , non-qualifiés, les gouvernements de ces pays n'ont de solution, que de favoriser la venue de migrantes et de migrants pour juguler ces besoins, notamment dans des secteurs de pointe, par exemple, en informatique. L'Allemagne et l'Italie ont engagé le processus , le gouvernement français se prononce aujourd'hui pour la politique des quotas d'immigration, la politique d'immigration choisie, pour la venue d'étudiants, dans des disciplines très spécialisés et de travailleurs hautement qualifiés.

Au plan international les rapports de l'ONU,de L'OCDE, et au plan national les rapports du Conseil Economique et Social, et du Commissariat au plan confirme cette tendance ,faisant le lien avec les problèmes démographiques à venir.

Qui sont les migrants d'aujourd'hui.

Ce sont surtout des femmes et des hommes travailleuses et travailleurs diplômé-es qualifié-es qui aspirent à la mobilité géographique et professionnelle . Mieux informé-es ,elles, ils décident de venir travailler en Europe pour accumuler des moyens financiers et techniques, qui leur permettraient de se réinstaller ,de mettre leur savoir faire à la disposition de leur pays d'origine( création d'une petite et moyenne entreprise ,dans le transport, la boulangerie, la mécanique ) ou d'être à cheval sur le pays d'origine et celui d'accueil.

Des mineurs et des femmes isolées participent aussi de ces mouvements migratoires.

Situation de l'emploi en France

Les travailleurs immigrés connaissent une forte concentration dans les secteurs d'activité traditionnels ,52/100 des hommes, et 23/100 des femmes en emploi sont des ouvriers. Les secteurs d'activité de ces ouvriers ,industrie et BTP,ont perdu des emplois.

Par contre le tertiaire occupe aujourd'hui la grande majorité des emplois des travailleurs immigrés. Les services opérationnels,( location de matériels, travail temporaire, nettoyage, routage, l'assainissement, voirie et gestion des déchets),les services aux particuliers(services personnels et domestique, hôtellerie- restauration) le commerce, constituent leurs secteurs d'activité les plus importants. Pour les femmes , elles occupent essentiellement des métiers de services directs aux particuliers :agent d'entretien, employé de maisons, assistance maternelle, agent de gardiennage.

Cependant, les emplois de cadres, d'employés ou de professions intermédiaires ont progressé

De 8,5 points entre 1992 et 2002.

Aujourd'hui les nouvelles dispositions législatives , notamment le contrat nouvelle embauche favorisent d'avantage la précarité du travail ,en particulier pour les étrangers qui viennent d'arriver sur le marché du travail.

Nombreux sont ceux et celles qui sont en situation d'intérim ou en contrat à durée déterminée,13,4/100 en 2000(24/100 dans le secteur public), et en travail partiel 19/100. En 2002, on compte 8,4/100 des travailleurs immigrés en situation de sou-emplois.

Il faut dire que la force de travail migrant reste marquée par son caractère de grande flexibilité sur le marché du travail .Cette situation est une conséquence directe des restructuration des activités productives des 30 dernières années. Les étrangers ont afflué dans les secteurs d'activité où pèsent de très fortes contraintes de rentabilité, c'est souvent des secteurs où les grandes entreprises développent la sous-traitance et externalisent une partie de leurs activités

Les migrants et le chômage en France

Depuis presque 30 ans la pénurie d'emploi et le rationnement du travail sont des faits structurants de la politique économique et sociale en France ;s'ajoutent à cela les questions du chômage, la pratique courante des réductions d'effectifs(diminution de la masse salariale),les délocalisations, l'affaiblissement de la négociation collective.

Ces conditions touchent plus particulièrement les immigrés ,en 2002,(donnés INSEE) le taux de chômage des immigrés s'élèvent à 16,4/100, et parmi les actifs qui ont fait leurs études au-delà de 19 ans ce taux est de 15/100.

Existe-t-il un lien entre immigration et situation du marché du travail ?

L'immigration étant seulement conçu comme un vecteur économique ,le recours aux travailleurs immigrés serait seulement rendu possible dans les périodes de bonne conjoncture.

Des analyses économiques et des déclarations politiques mettent l'accent sur le soit-disant nécessaire arbitrage entre la venue de migrants supplémentaires et la préservation des emplois des personnes résidentes .

Patrick Weil -ancien conseiller de l'ex-Ministre de l'intérieur Mr Chevênement-, déclarait dans ce sens en 1997, « la porte de l'immigration de travail doit rester fermée :des millions de chômeurs sont à la recherche d'un emploi et contexte ne permet aucun autre choix.

Deux points de vue différents se confrontent sur cette question :

1)une offre d'emploi supplémentaire à une personne migrante, équivaut à une privation d'emploi pour un demandeur autochtone . Cette analyse privilégie la parfaite interchangeabilité entre migrants et autochtones, la substituabilité des deux forces de travail, la première s'employant au détriment et à la place de la force de travail légitime. Un autre élément de l'analyse souligne la préférence de l'employeur pour la personne migrante ,pour un salaire inférieur. Ce fait discriminatoire serait accepté par les deux parties.

Cette première conception repose sur une l'hypothèse d'une situation économique non dynamique, d'un marché du travail avec un volume d'emploi fixe ,donc un nombre de salariés fixes. Elle n'intègre point la création possible d'emploi nouveaux.

Cette analyse repose uniquement sur « l'équilibre partiel du marché du travail », qui refuse à la personne migrante ,son rôle ,d'acteur économique-sa présence sur le marché des biens et services comme demandeurs notamment, d'acteur social, culturel, politique...

2)La segmentation du marché du travail ,avec la co-existence de 2 catégories de travailleurs, qualifiées, non-qualifiés. Les personnes migrantes occupant des postes de travail non désirés par les autochtones.

La question pertinente qui doit être posée, est : l'immigration modifierait-elle la demande de travail autonome de l'employeur ? . Des études empiriques récentes montrent qu'une hausse de 1/100 du nombre d'emplois de migrants entraîne une baisse de 0,05/100 ,du nombre de travailleurs nationaux non-qualifiés, qui leur sont substituables ,et permettent une augmentation de 0,01/100 de travailleurs qualifiés autochtones qui leur sont complémentaires.

Ces chiffres montrent que les effets de l'immigration sur l'emploi et le chômage du pays d'accueil sont très ténus.

Droits humains et égalité des droits à l'embauche et au travail

Avec le développement de la société mondiale et les phénomènes migratoires qui en sont les manifestations les plus éclatantes il nous faut définir d'autres conceptions alternatives de l'articulation des régulations économiques et sociales. La bataille pour l'emploi pour toutes et tous ,se pose en terme de répartition sociale des gains de productivité, de réduction du temps de travail.

Nous voulons contribuer à la construction d'un droit à la mobilité garantie pour les travailleurs qui dépasse les logiques économiques (liées aux besoins de main-d'œuvre) et les logiques politiques (donner des gages de sécurité). Nous voulons aussi concourir à la nécessité d'une politique basée sur la reconnaissance des droits sociaux fondamentaux ,sur l'élargissement de la charte des droits fondamentaux des citoyens, français, résidents ,ainsi que des nouveaux arrivants, ceci lié à des politiques fortes en matière d'emploi ,et de développement.