Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Deux tabous à lever : Financement, Union européenne

Il faudrait, en liaison avec les enjeux de la négociation sur la « modernisation du marché du travail » traiter  aussi de questions essentielles comme celle de la réduction  du temps de travail ou celle de la santé au travail, dossier devenu sensible avec les suicides de salariés sur le lieu de travail,  notamment chez Peugeot et Renault.  Sur cette question aussi les syndicats auraient besoin d’un fort appui politique, car le MEDEF refuse de reconnaître la gravité et l’ampleur  systémique des problèmes  posés et il s’oppose à tout nouveau droit accordé aux institutions représentatives du personnel craignant un empiètement possible sur le sacro-saint domaine réservé de la gestion

Précisément cette question de la gestion des entreprises et des pouvoirs d’intervention  des salariés pour commencer à la changer paraît très refoulée, pour ne pas dire occultée, dans les négociations sur le marché du travail. Pourtant, il n’y aura jamais de la sécurité sociale professionnelle digne de ce nom sans changement profond  dans les gestions d’entreprise, à commencer par celles où l’État détient tout ou partie du capital. Et l’actualité montre combien, cette «Bastille de la gestion» demeurant inviolée, les conséquences pour l’emploi, les territoires, les productions nationales et européennes deviennent insupportables comme dans le cas de l’affaire Airbus ou encore celui de l’affaire Smoby.

Autre question si décisive et pourtant occultée dans les négociations, celle du financement et, singulièrement des banques, de leurs relations avec les entreprises, du crédit considéré, en quelque sorte, comme  «hors  sujet» ! La culture étatiste demeure prédominante du côté syndical et c’est un point de fragilité pour le mouvement qui n’arrive pas à contrer l’offensive patronale sur la baisse des coûts salariaux, le recul des prélèvements sociaux au nom de la compétitivité. L’aveuglement sur les coûts du capital, matériels et financiers, devient handicapante. La politique d’exonération  des cotisations sociales patronales est au cœur de l’engagement de l’État, dans cette offensive aux côtés du MEDEF sur le terrain de la compétitivité  dont dépendrait l’emploi.

Au total, en 2008, l’ensemble des baisses de cotisations sociales patronales  totalisera  31,7 milliards d’euros dont 27 milliards compensés par l’État (plus 26 % sur 2007).

Il y a un consensus là-dessus entre le PS et la droite et il renvoie, fondamentalement, à un consensus sur la construction européenne.  La CGT, sous influences contradictoires, a bien pointé le problème mais elle se trouve en difficulté car elle ne prend pas en main, pour le moment, des contre-propositions à cette façon d’inciter les entreprises à s’occuper de l’emploi et se trouve seulement aiguillonnée sur sa gauche par de simples revendications de suppression des exonérations. Plus que jamais, il paraît nécessaire de faire connaître et développer les options retenues dans la maquette pour une proposition  de loi de sécurisation de l’emploi et de la formation. Il s’agit particulièrement de la proposition de conversion  des fonds publics pour financer les exonérations de cotisations sociales patronales en un Fonds national régionalisé. Celui-ci mettrait en œuvre des bonifications des taux d’intérêt payé aux banques par les entreprises sur leurs crédits à l’investissement avec une modulation  telle de la bonification que la part d’intérêt prise en charge par le Fonds, sur chaque crédit, serait d’autant plus importante que les investissements ainsi financés programmeraient plus d’emplois et de formation ?

Comment aider des luttes pratiques à prendre en mains de telles options jusqu’à soulever la nécessité d’une réorientation de la BCE, alors même que le traité modificatif européen va conforter ses orientations anti-emploi actuelles ?

Il y a d’ailleurs  sur tous ces chantiers une dimension européenne très forte qui est occultée là encore, même si la Confédération européenne des syndicats (CES) a émis de très fortes réserves sur la flexisécurité que les dirigeants européens cherchent à imposer au cœur du « nouveau modèle social » de  l’Union.

La liaison au type de construction européenne n’est pas assez mise en évidence dans la négociation  sur la modernisation du marché du travail, alors qu’en fait elle la structure. On voit alors l’importance  de la jonction entre l’appui à une résistance unitaire des syndicats face au gouvernement et au Medef et l’appel, avec des contre-propositions constructives, à un référendum sur le projet modificatif européen

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