Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Sombres perspectives économiques pour l’Union européenne

Par une habile  mise en scène et un sens indéniable du politique, Nicolas Sarkozy a donné l’illusion, lors de sa présidence, que l’Union européenne réagissait à la crise d’une manière dynamique et efficace, qu’elle damait le pion à une Amérique affaiblie économiquement et politiquement et qu’elle devenait un interlocuteur privilégié des pays émergents. Fidèle à sa stratégie politique, Sarkozy a essayé « de tout changer pour que rien ne change » en Europe.

Mais la réalité a été, et reste bien différente. Dans les faits les institutions européennes, en particulier la Commission et la Banque centrale européenne (BCE), ont été complètement prises à contre-pied par les événements depuis août 2007. D’abord, la Commission et la BCE ont nié puis minimisé la gravité de la crise et sa contagion à l’Union européenne et à la zone Euro. Ainsi, la BCE a préféré d’août  2007 à octobre 2008, poursuivre sa croisade pour tirer vers le bas les salaires faibles et moyens sous prétexte de risques d’inflation. Or les hausses de prix ne tiraient pas leur origine d’une surchauffe salariale (sic), mais de spéculations sur les matières premières(1), du fait de la tentative de substituer à la bulle immobilière, une bulle matière première.

Les différents  plans de relance et les initiatives  politiques anti-crise ont été le fait des gouvernements nationaux. La coordination s’est faite entre États(2), autour de l’axe Gordon Brown – Nicolas Sarkozy, avec un rapport conflictuel avec l’Allemagne, et mettant la Commission systématiquement devant le fait accompli.

La Commission européenne n’a fait qu’entériner des décisions nationales qui ont souvent passé totalement outre la lettre et l’esprit des Traités européens que cela soit en matière d’aides publiques aux entreprises, de non respect de la « concurrence libre et non faussée», ou des normes de déficits publics.

Ainsi le fameux plan anti-crise de 200 milliards d’euros de la Commission européenne n’est que la compilation de l’ensemble des plans nationaux, auxquels on a rajouté quelques mesures dont certaines qui pourraient être positives comme les prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) aux PMI/PME, s’ils étaient assortis de conditions sur l’emploi et la formation.

Certes si l’existence de l’Euro a permis d’éviter des fluctuations erratiques des taux de change et d’intérêt, elle n'a pu empêcher la divergence grandissante de leur développement économique qui se traduit par des écarts considérables dans les notes de leurs dettes publiques par les agences de notation. Si l’euro  avait été une monnaie  supranationale commune et non unique, comme l’avait préconisé en son temps le PCF, par la voix de Paul Boccara, l’Union européenne aurait eu à sa disposition un instrument de stabilité et un outil suffisamment flexible pour permettre aux États membres de recouvrer le degré de souveraineté monétaire nécessaire à la mise en œuvre de politiques  de sécurisation de l'emploi.

À l’heure actuelle, la politique de l’Euro fort, l’indépendance de la BCE et la divergence accrue des économies de la zone euro, coûtent un point de croissance et des centaines de milliers d’emplois à notre pays. Si demain, Barack Obama menait une politique monétaire agressive pour préserver l’industrie américaine, ou si la confiance en la solvabilité de la dette souveraine des États-Unis venait à être mise en doute, le risque d’une dislocation de la zone euro s'aggraverait.

La situation dramatique  de l’industrie automobile européenne donne un exemple édifiant de l’incapacité congénitale des actuelles institutions de l’Union européenne à répondre à la crise en particulier  en termes d’emplois.

Si, au vingtième siècle, à partir de la rupture technologique que représentait le moteur à explosion à 4 temps, l’industrie automobile s’est construite autour du développement des classes moyennes et de l’accès facile de celles-ci au crédit, aujourd’hui, ce modèle économique connaît une crise mondiale et profonde.  Les classes moyennes salariées qui formaient le socle de la demande d’automobile sont en voie de paupérisation et leur solvabilité à moyen terme devient problématique.

Dans le même mouvement, la crise financière a débouché sur une crise générale du crédit, qui affecte à la fois le financement de l’achat des véhicules par les particuliers et des entreprises du secteur disposant de peu de fonds propres(3).

Or face à cette crise majeure d’une industrie  fondamentale pour l’Union européenne, la seule réponse de la Commission européenne est d’attaquer les États-Unis devant l’OMC pour leur plan de relance de l’industrie, d’empêcher les aides d’État aux constructeurs automobiles européens et de redéployer quelques crédits pour renforcer la recherche sur les véhicules propres.

Pire, en ne remettant pas en cause la stratégie de Lisbonne, en encourageant la recherche de gains de productivité, en substituant au « made in zone euro »  le « made by zone euro », elle aggrave la crise en accélérant la désindustrialisation de la zone Europe, la paupérisation des classes moyennes et populaires, et le freinage du financement solidaire de la protection sociale.

Avec la présidence Tchèque de l’Union européenne, l’illusoire village Potemkine construit par Sarkozy, d’une Europe refondant et moralisant le capitalisme, va s’écrouler, laissant apparaître au grand jour une Commission,  une BCE incapables de changer de paradigme et enfermées dans une défense dogmatique de Traités rendus obsolètes par la crise(4).

Si les effets des désordres financiers sur l’économie dite réelle commencent à être cernés, les effets de rétroaction du secteur réel vers la sphère financière restent largement sousestimés. Ceci contribue  à entretenir la vision d’une reprise mécanique en 2010, ce qui relève d’un optimisme irresponsable quant à la profondeur et la durée de la crise actuelle.

Le risque de passer en Europe d‘une récession à une dépression existe et ne doit pas être sous-estimé. La sensible détérioration économique de la situation en Irlande, en Espagne, en Grande-Bretagne, en France, mais aussi et surtout en Allemagne(5), ainsi que les dangers qui pèsent sur la filière aéronautique, le montrent.

Les transpositions des dernières directives services, énergie, transports en droits nationaux ne feront qu’aggraver la crise. Tout dépendra des politiques  publiques qui seront mises en œuvre en 2009 à l’échelle de la nation, de l’Europe et du monde, et donc des rapports de forces sociaux et politiques qui les induiront.

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(1) Gaz, pétrole, métaux, mais aussi produits agricoles : blé, maïs, riz...

(2) Autour l’axe Gordon Brown-Sarkozy.

(3) En particulier les pmi/pme équipementières.

(4) À ce titre la cérémonie des dix ans de l’Euro était particulièrement significative de la surdité des institutions européennes au monde réel.

(5) La plus grande récession depuis la création de la RFA de l’aveu même du gouvernement allemand.

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