Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

Economie et Politique - Revue marxiste d'économie
Accueil
 
 
 
 

La conjoncture française : Une « reprise » sans emploi

La conjoncture française a un peu mieux résisté au cours de la récession mondiale que celle de ses principaux  partenaires occidentaux. La récession n'y aura officiellement duré que deux trimestres, contre cinq en moyenne en zone euro. Cela est généralement  expliqué par l'importance  des stabilisateurs automatiques et, donc, principalement  la protection sociale et les services publics. Cela explique sans doute la résistance de la consommation française qui n'a jamais diminué d'un trimestre à l'autre depuis le début de la crise, ce qui distingue la France au sein des pays développés. Bien sûr, y ont concouru aussi les mesures ciblées et mises en oeuvre dans le courant de l'année et, notamment, la prime à la casse automobile qui a été réduite  au 1er janvier 2010, ce qui a conduit, à une hausse des achats automobiles en fin d'année. Cela pourrait alors être suivi d'un contrecoup en ce début de 2010.

LA SITUATION  PRÉOCCUPANTE DE L'EMPLOI EN FRANCE.

L'emploi total aura reculé de 374 000 en 2009 et 583 000 postes si l'on ajoute 2008. C'est nettement supérieur à ce qui avait été constaté en 1993 (-215 000) en 1984 (-268 000), les précédents  records. Il y a eu, en effet, une dégradation du marché du travail sans précédent en France par son ampleur et sa brutalité.

L'emploi salarié dans les secteurs marchands ne cesse de reculer depuis le deuxième trimestre 2008. En un an, depuis cette date, plus de 400 000 emplois ont été perdus. Le mouvement a certes ralenti au cours de l'année 2009, mais il est demeuré très prononcé. L'emploi marchand a diminué au rythme de plus de 90 000 postes par trimestre aux deuxième et troisième trimestres 2009, contre 180 000 au premier trimestre. Au total, sur l'ensemble de l'année 2009, ce sont 451 000 emplois qui auront été détruits .

Cette situation traduit la pression imposée par les grands groupes à leurs sous-traitants notamment.

La publication récente des comptes économiques des sociétés non financières pour le troisième trimestre de 2009 indique qu'au plus fort de la crise (fin 2008, début

2009), les entreprises avaient très rapidement procédé à de violents ajustements dans les composantes les plus flexibles de l'emploi et des rémunérations. D’autres recouraient au chômage partiel et aux marges offertes par l'annualisation du temps de travail avec la réduction du temps de travail.

Ainsi l'emploi intérimaire a reculé de 27% entre la fin du troisième trimestre 2008 et le premier trimestre 2009 dans les secteurs principalement marchands.Tandis que c'est probablement l'ajustement des prix et des heures supplémentaires qui aurait conduit à une baisse de 0,2% du salaire moyen par tête versé aux ménages au premier trimestre 2009, par rapport au premier trimestre 2008, alors que le salaire mensuel de base augmentait de 0,5% sur le même trimestre.

De fait, les rémunérations brutes versées ont enregistré un repli exceptionnel au premier trimestre 2009 (-1,7% sur le trimestre correspondant en 2008). Ensuite elles se sont plus ou moins stabilisées à un bas niveau : -0,1% au deuxième trimestre 2009 et+ 0,1% au troisième trimestre 2009. Du coup, le redressement de l'activité s'est traduit par un rebond de l'excédent brut d'exploitation d'environ 1,4% au troisième trimestre 2009 par rapport au second et par une hausse de 0,5 point du taux de marge à 30,6% au troisième trimestre 2009, après un creux à 30,1% début 2009 et un point haut à 32% au troisième trimestre 2007.

C'EST L'INDUSTRIE QUI A ÉTÉ LE PLUS FORTEMENT FRAPPÉE.

La tendance longue à la baisse de ses effectifs, s'est nettement accélérée avec la dernière récession : 97 800 postes auraient été détruits au cours du premier semestre

2009, contre  81 300 pour l'ensemble de l'année 2008. Si l'on tient compte du recul de l'emploi dans l'intérim, la contraction est encore plus brutale (le nombre d'intérimaires en mission dans l'industrie a été fortement diminué en 2008 (-94 300 postes) et au premier semestre 2009 (-45 300).

DES NOUVEAUTÉS SIGNIFICATIVES  :

1) Le bâtiment avait jusqu'ici contribué à soutenir la conjoncture de l'emploi, y compris en 2008, avec 9000 créations nettes. Et il a plongé à son tour en 2009 (-58 400).

2) Le plus impressionnant, c'est le recul de l'emploi dans les services. Bien sûr, il y a le recul très violent dans l'intérim. Mais le « tertiaire hors intérim » a perdu aussi de nombreux emplois depuis le début 2009 : -71 700 au premier semestre 2009.

Les perspectives d'ensemble ne  sont  pas  à  l'optimisme  (INSEE, décembre).

-L'emploi dans les secteurs marchands devrait à nouveau reculer de 126 000 postes au premier semestre 2010.

-L'emploi total, qui aura reculé de 374 000 postes en 2009, chuterait à nouveau : -109 000 postes au premier semestre  2009 !

Cela concernerait bien sûr l'industrie (soit -63 000), mais aussi le bâtiment (-24 400) et le tertiaire marchand (-38 400), même si on note une remontée de l'intérim à partir du troisième trimestre 2009.

Au total, selon l'INSEE, on peut anticiper 107 000 emplois nets détruits au premier semestre 2010 dans les secteurs concurrentiels.

Plus qu'ailleurs, en France, la reprise s'annonce sans emploi

Dans ces conditions, il faut s'attendre à une for te poussée du chômage rendant illusoires les promesses d'un retour au dit « plein emploi » grâce à la fin du papyboom, comme le postulaient en choeur  droite et PS avant la récession.

Certes, la population âgée de 15 à 59 ans, qui augmentait encore de 200 000 personnes  par an au début 2000, baisse désormais depuis 2007. Cependant,  la population active continue d'augmenter : +67 000 en 2008 et +75 000 en 2009 (INSEE).

Cela tient à un double mouvement :

1) -Le taux  d'activité des femmes continue d'augmenter ;

2) -Le taux d'activité des 55 64 ans monte rapidement : de 42,2% début 2003, il est passé à 44,8% au troisième trimestre 2009, du fait , notamment de tout ce qui pousse au retardement de l'âge de départ à la retraite.

Et il faut ajouter à cela, le fait qu'avec l'accentuation des difficultés ,et malgré la chasse aux chômeurs, le nombre de chercheurs d'emploi découragés augmente.

Au total, selon l'INSEE (décembre 2009), après une hausse de 104 000 du nombre de chômeurs (B.I.T.) en 2008, on devrait enregistrer une augmentation de 453 000 en 2009, soit  un  niveau jamais atteint, puisque le chômage officiel avait crû de 307 000 en 1984 et de 276 000 en 1993.

Et, selon l'INSEE, le stock des chômeurs continuerait d'augmenter sensiblement au premier semestre 2010 avec 133 000 nouveaux inscrits.

Le chômage de  longue  durée remonte très rapidement, pour cette année, c’est l'arrivée massive en fin de droits de prés d'un million de chômeurs ! Cela pèse sur l'évolution des salaires : les prévisions économiques de 2009-2010 retenues par le gouvernement, faisaient état d'une augmentation du PIB de 1,4% en 2010 (-2,25% en  2009) mais d'une évolution de la masse salariale corrigée des prix à la consommation de -0,9% en 2010, comme en 2009. Cette situation explique la montée des doutes sur l'efficacité du plan de sauvetage des banques, alors que le crédit demeure rationné pour les PME et qu’il coule à flots pour la spéculation et les délocalisations. Mais on peut s’interroger aussi sur l'efficacité des plans de soutien de l'activité, comme pour l'automobile, alors que Peugeot veut racheter Mitsubishi et que Renault ,qui soutient Nissan, pense délocaliser la production de la Clio en Turquie.

D'ailleurs, malgré le rebond du mois de novembre, la reprise industrielle demeure très molle. Elle est due, surtout, au secteur automobile (+8,5%) d'autant plus dopé par la « prime à la casse ».

Le rattrapage sur les niveaux d'avant crise est toujours loin d'être atteint : sur le secteur manufacturier, l'indice de production atteint 89,5 en novembre, soit 15 points de moins qu'au début de 2009 .

Sarkozy entend cependant redoubler dans une politique visant à réduire la part des prélèvements publics et sociaux sur les entreprises dans les richesses produites, pour faire de la place aux prélèvements financiers du capital.

C'est pour cela qu'il supprime la taxe professionnelle, maintient la perspective d'une taxe carbone frappant aveuglément les dépenses des familles, malgré le camouflet du Conseil Constitutionnel.

LE LANCEMENT DE L’EMPRUNT PUBLIC

Il est censé rappor ter 35 milliards d'euros dont 22 milliards prélevés effectivement sur les marchés financiers, le reste provenant des remboursements des aides par les banques.

Cet emprunt prétend financer le développement de secteurs prioritaires comme l'enseignement supérieur (11 milliards d'euros), la recherche (8 milliards d'euros), l'industrie  (6,5 milliards d'euros), le numérique (5 milliards d'euros) ou encore le développement durable.

Mais les sommes allouées ne devraient servir qu'à financer des investissements, c'est-à-dire le capital, contre le fonctionnement, c'est-à-dire l'emploi, la formation, les rémunérations des salariés du public. Et cela avec une telle obsession ,que les dépenses en intérêts supplémentaires générées par l'emprunt, seraient gagées par des économies sur les dépenses de fonctionnement de l'État !

Cet emprunt n'est assorti d'aucun objectif chiffré de création d'emplois pour les secteurs et entreprises bénéficiaires. Par contre, il va pousser à une intégration plus forte de la société aux exigences des capitaux financiers .Comme l'indique le recours pour l'Université à la création de structures d'accueil des sommes allouées, analogues à celles des « Endowment Funds » aux  ÉtatsUnis, avec les énormes effets pervers pour les investissements en liaison avec la contraction des marchés financiers.

Cet emprunt ne comporte aucun volet social comme, par exemple, la santé, la petite enfance, le logement social, qui, eux, vont être confrontés à un rationnement accru des dépenses.

Au total, il va servir à continuer de faire jouer l'effet de levier de la dette  pour les grands capitaux financiers, l’endettement public se substituant aux endettements privés qui ont conduit au krach financier.

Avec cet emprunt public, Sarkozy entend permettre à des capitaux monopolistes d'accéder à la puissance d'endettement à bas taux d'intérêt dont jouit,pour l’heure, l’État français avec la visée de partenariats « publicprivé »assortis de la promesse de rendements beaucoup plus importants et, grâce à la signature de l'État, moins risqués.

35 milliards d'euros de capitaux publics empruntés à 2% de taux d'intérêt, pour 60 milliards d’euros de capitaux privés visant 15% de rentabilité financière sur 95 milliards d'euros, c'est-à-dire l'ensemble.

Cette politique, pour une part, cherche à mimer les États-Unis et entend intégrer tout le tissu social français aux contraintes d'attractivité des capitaux financiers à l'appui de « l'euro fort ».

Mais cette politique conduit à de grandes difficultés, en encourageant en fait la croissance financière contre l'emploi, la formation et une croissance réelle efficace en France. Sur cette base, elle pousse aux délocalisations, alors que le crédit demeure très sélectif contre l'emploi.

LA BALANCE  DES PAIEMENTS  DE LA FRANCE (en novembre 2009, dernières données disponibles) Elle indique sur 12 mois :

Une accélération des sorties nettes de capitaux au titre des investissements directs à l'étranger  : 78,1 milliard d'euros à fin novembre 2009, contre 70,4 milliards d'euros à fin décembre 2008 et 47,6 milliards d'euros à fin décembre  2007. Cela au prix d'une sortie nette mensuelle de 7,1 milliards d'euros en novembre 2009, contre 4,8 milliards d'euros en octobre 2009.

Une véritable explosion des entrées nettes de capitaux au titre des investissements de portefeuille,  purement financiers et beaucoup  plus volatils  : 214,6 milliards d'euros fin novembre 2009 sur 12 mois, contre 89,4 milliards d'euros fin décembre 2008 et une sortie nette de 121 milliards d'euros fin décembre 2007. Au seul mois de novembre2009, les entrées nettes se sont chiffrées à 13,3 milliards d'euros, en augmentation de 114% sur les entrées nettes d'octobre.

Une vive poursuite de la dégradation de la balance commerciale de la France. Malgré la récession, le déficit commercial atteindrait 45 milliards d'euros en 2010 contre 42,4 milliards en 2009,

La responsabilité des groupes de l’automobile. Le rôle joué dans cette dégradation par les importations d'automobiles dont la production a été délocalisée est crucial. Elles ont été « boostées », elles aussi, en fin d'année par la perspective d'un arrêt de la prime à la casse à taux plein.

L'affaire de la Clio de Renault est emblématique de la volonté des groupes de poursuivre la même politique, refusant de relever le défi de la production d'un nouveau modèle populaire à bas coût, économe en carburant en France.

Renault a bénéficié de 3 milliards d'euros de prêt, comme PSA). Son usine de Flins a obtenu une aide de 100 millions d'euros pour la production de la Zoé (voiture électrique de Renault dont le lancement est prévu en 2012) et 150 millions d'euros du Fonds stratégique industriel (FSI) pour son projet de batteries.

Les très vagues promesses faites par les dirigeants de Renault et la perspective que l'État entre dans un comité stratégique du groupe, soulignent le besoin d'une prise en main de ce défi par les luttes, avec des contre-propositions mettant au centre la formation des salariés et les emplois, en liaison avec la recherche-développement. Cela exigerait aussi l'appui d'un pôle financier public, pour un nouveau crédit sélectif à taux d'intérêt très abaissé, pour les investissements matériels et de recherche, selon le nombre d'emplois et de formation qu'ils programmeraient.

Cela est d'autant plus nécessaire que les divers fonds publics créés par Sarkozy comme le F.S.I., les aides  à l'automobile avec le Fonds d’aide aux équipementiers de l’automobile (F.M.E.A.) ; les Fonds d'aide à l'aéronautique (Aerofund 1 et 2), conduisent en réalité à accroître massivement des aides publiques sans aucune contrepartie chiffrée au plan social  en matière d'emploi, de formation. Elles concernent en premier lieu, les plus grands groupes et leurs PME satellites  les plus rentables, avec une interpénétration plus forte entre le public et le privé, sous pilotage de multinationales dans les secteurs les plus avancés.

Cela dessine une perspective de restructurations

accrues, avec des délocalisations  et une mise en concurrence accentuée des territoires qui ne fera que jeter de l'huile sur le feu d'une concurrence oligopolistique exacerbée en France, en Europe, dans le monde. Pendant ce tempslà, le FISO (Fonds  d’investissement social), qui a bénéficié d'une nouvelle allocation de 1,5 milliards d'euros -ce qui demeure très insuffisant -s'attache à financer le développement du travail partiel en articulation avec une soumission plus étroite de la formation aux exigences patronales.

L'inefficacité du plan de relance, de même que l'inefficacité sociale de l'aide apportée aux banques, dont les profits relancés ont fortement irrité  tandis que les critères de crédits n'ont pas bougé, laissent augurer de la montée de tensions fortes sur les comptes publics et sociaux, avec le type de croissance, molle, chaotique, pauvre en emplois et extrêmement concurrentielle, qui s'annonce.

Et cela alors que redémarre fortement, malgré le poids accru du chômage, la pression sur les salaires et les conditions de travail.

LE DÉFICIT DE L'ÉTAT

Il a été revu à 149,2 milliards d'euros pour 2010 contre 117,4 milliards d'euros dans la loi de finances initiale. Le déficit public total de la France a atteint 5,9% du PIB en 2009 et devrait atteindre 8,2% en 2010) Quant à la dette publique, elle est passée de 64% du PIB en 2007 à 76% en 2009.

La progression de près de 32 milliards d'euros du déficit budgétaire tient à deux choses :

L'ouverture des crédits mobilisés dans le cadre du « grand emprunt » (35 milliards d'euros) ;

Une diminution de 3,1 milliards d'euros des prévisions de recettes.

Et, pour neutraliser la charge d'intérêt en 2010 de l'emprunt qui sera levé sur les marchés financiers, 500 millions de crédits sont annulés sur les dépenses des ministères.

M. Sarkozy a confirmé l'engagement de la République française à revenir dans les « clous » de Maastricht dès 2013. Avec la perspective d'une nouvelle étape de la réforme réactionnaire sur les retraites, engagée par Rocard  Balladur Fillon, dès 2010 et la mise en place d’une architecture institutionnelle territoriale beaucoup plus centralisée au service de la domination du marché. Simultanément l'attaque contre l'hôpital public et l'assurance-maladie serait accentuée.

Une première conférence sur les déficits publics, cherchant un consensus gauche droite, a été organisée à l'Élysée. Et une seconde, plus décisionnelle à partir du « constat partagé » de la première, aura lieu en avril, après les élections.

Le ministre du budget, a souligné que pour ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013, il faut « gagner » cinq points de PIB, soit 100 milliards d'euros.

Comment compte-t-il y arriver ?

-50 milliards seraient récupérés grâce à la reprise des recettes fiscales sans augmentation des prélèvements obligatoires et à la fin des dépenses de relance ;

-Il entend « trouver » 50 milliards d'euros supplémentaires en réduisant la dépense publique avec une croissance deux fois moindre qu'aujourd'hui.

1) Les dépenses d'assurance-maladie  :

Leur progression serait ramenée à 2 % par an, contre un objectif de 3% en 2010. Le ministre relève lui-même que cela réclamera « un effort considérable ».

Cela renvoie particulièrement au « plan stratégique »

2010  -2014  de l’AP-HP que son directeur général voudrait faire adopter en avril ou mai prochain, dès les élections régionales passées. Seraient programmésde nouveaux regroupements et fermetures, la probable disparition d'un des trois pôles universitaires franciliens de renommée mondiale, l'hôpital Trousseau, et la suppression de quelque 3500 postes.

2) Les collectivités locales : E. Woerth a déclaré que leurs dépenses « galopent de 6% par an » alors que, selon lui, elles devraient ne progresser que « de 2 ou 3%, voire respecter la règle que se fixe l'État de dépenses ne progressant pas plus que l'inflation », c'est-à-dire  la croissance zéro en volume. Il a ajouté que « les collectivités devraient commencer à faire diminuer le nombre de fonctionnaires ».

Cette attaque contre les collectivités territoriales s'appuie sur de nouvelles dispositions fiscales adoptées dans le cadre de la loi de finances 2010.

Celles-ci font disparaître la taxe professionnelle au profit d'une cotisation sur la valeur ajoutée (la « CVAE  »). Elles font disparaître aussi de l'assiette fiscale régionale la taxe foncière bâtie (la seule portant sur les ménages). Les Régions ne disposent donc plus d'une fiscalité mixte, elles ne sont munies d'aucun droit de vote des taux en matière de fiscalité directe.

Dépendant à 90% de la dotation de l'État, les Régions sont censées ne plus guère avoir de marge de manœuvre. D’autant plus qu'il y a un consensus sur les aides publiques aux entreprises, les Régions seraient donc extrêmement contraintes pour faire face à leurs obligations de services publics régionaux de proximité, découlant de la réforme de 2004 :

-La gratuité des manuels scolaires ;

-Un tarif adapté pour les populations vulnérables,

-La formation professionnelle pour les personnes en recherche d'emploi ;

-La construction et l'entretien des lycées aux normes

H.Q.E. (haute qualité environnementale).

Dépourvues de maîtrise des recettes fiscales, les Régions, pour faire face aux besoins, seront donc incitées à :

-S'endetter,

-Redéployer les dépenses, voire les ajuster, alors que l'on sait que l'inertie des dépenses est d'autant plus forte que l'État continue d'en transférer.

Cependant, l'État continue imperturbablement de demander aux collectivités territoriales  de soutenir massivement l'effort national d'investissement public, notamment en matière d'infrastructures pour le compte de grands pôles d'excellence et de compétitivité.

Il y a une sorte de consensus dans les Régions pour recourir à l'endettement auprès des marchés financiers. Certes, celui-ci demeure, comme on dit, « soutenable » pour certaines, mais il ne faut pas perdre de vue que la logique de Maastricht impose une contrainte globale sur tout l'endettement public (60% du PIB), c'est-à-dire celui de l’État, celui des collectivités territoriales  et celui de la protection sociale.

Dans de telles conditions, on est amené à penser que, pour dégager des marges de  manœuvres financières, indépendamment de toute mobilisation nouvelle du crédit, les régions seront, chacune, incitées à faire venir de nouvelles entreprises sur leur territoire pour élargir leur assiette de CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée) Elles seront donc, toutes choses égales par ailleurs, incitées à accentuer la rivalité d'attraction des capitaux avec les autres régions en s'engageant à concéder des remises ou suppressions temporaires de CVAE dans certaines zones.

Tout cela concerne très fortement l'Ile-de-France, étant entendu qu'il y a le projet du « Grand Paris » et sa double boucle de métro automatisé reliant huit grands pôles dominants.

Les huit grands pôles, pilotés par des partenariats

« public -multinationales » visent, par-dessus tout, à renforcer l'attractivité de la place financière de Paris, en concurrence notamment avec la City de Londres. Ils visent donc à accentuer, pour la région, la France et l'Europe, la subordination du crédit aux marchés financiers, ainsi que la soumission des banques aux exigences de rentabilité financière, contre les PME, l'emploi, la formation, la croissance réelle. Alors que, cependant, les dépôts effectués dans les banques en Île-de-France à la fin novembre 2009 ont totalisé 357,3 milliards d'euros. On ne saurait trop s'illusionner sur le projet de taxation des bonus attribués « aux professionnels des marchés financiers », dont les 270 millions qu'elle rapporterait, ne viseraient, selon le projet gouvernemental, qu'à augmenter la garantie des dépôts de 70 000 à 100 000 euros imposés par le droit communautaire à compter du 1er janvier 2010.

Dans le Programme de stabilité qu'il vient de remettre à la Commission européenne, le gouvernement s'engage à ramener le déficit public de la France à 3% du PIB en 2013, à condition de parvenir à porter la croissance à 2,5% par an dés 2011. A échéance 2013, les collectivités territoriales seraient à l'équilibre et le déficit des régimes sociaux ne serait plus que de 1% du PIB, contre 1,9% aujourd'hui, le reste du déficit incombant à l'État.

(1) A fin novembre 2009, la région Ile-de-France comptait 696 300 demandeurs d'emploi inscrits en catégories A,B et C, contre 582 600 un an plus tôt (+19,5%). C'est près de 18% du total des chômeurs inscrits en France métropolitaine.

(2) Les jeunes de moins de 25 ans représentent 13,7% et enregistrent une augmentation de 30,6% de leur nombre sur un an, soit la 4ème hausse la plus importante en France après l'Alsace, Rhône-Alpes et Pays de Loire.

(3) La part des chômeurs inscrits depuis plus d'un an est de 32,8% (+15,2% en un an).

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.