Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Le MEDEF dans l’aire électorale

Le patronat est entré dans la campagne électorale pour l’élection du président de la république avec un livre numérique publié sous le titre : Besoin  d’aire, ouvrage coordonné par sa présidente Laurence Parisot. En février 2007 la présidente du MEDEF avait déjà publié un livre sur papier intitulé : Besoin  d’air sans « e » qui avait assez étroitement « inspiré » le candidat Nicolas Sarkozy servant, en quelque sorte, de feuille de route à sa désastreuse politique.

Même si présentement la collusion entre le patronat et le pouvoir politique est flagrante, elle n’est pas en soi une nouveauté. Elle intervient tôt dans l’histoire du capitalisme où l’on assistera à d’étroites connivences entre les grandes affaires de la banque et de l’industrie et le pouvoir politique et ensuite avec les groupements patronaux, qui vont être créés à la fin du xixe siècle.

La plupart seront initiés et étroitement dominés par des patrons de grandes firmes. Elle atteindra des sommets avec le capitalisme monopoliste d’état où, par exemple, on verra les lobbies gangrener les Parlements et les Ministères pour promouvoir des dispositions conformes à leurs intérêts. Cette connivence est devenue, aujourd’hui, particulièrement forte entre l’UMP, Sarkozy son principal dirigeant, et les positions  du MEDEF formulées notamment par sa présidente Madame Parisot.

En France, l’idéologie républicaine, sa référence à l’égalité supposerait que le président de la République se positionne  en prenant, au moins en apparence, une posture exprimant vis-à-vis du capital une certaine distance. Il en va autrement,  aujourd’hui, particulièrement avec Nicolas Sarkozy qui n’hésite pas à plaider en faveur des riches, à adopter une position décomplexée par rapport à l’argent et les possédants. Les festivités du Fouquet’s qui ont suivi son élection restent présentes à la mémoire, de même que ses amitiés avec les grands patrons, tels Vincent Bolloré, Martin Bouygues, ainsi que l’augmentation, sans pudeur, du traitement présidentiel, ou l’exaltation de la richesse, illustrent une conception où le pouvoir politique n’hésite plus à afficher son étroite imbrication  avec le pouvoir économique. Cet affichage va de pair avec la démagogie populiste, accentuée dans la période de crise, avec des diatribes sans actes concrets. Loin s’en faut. Ces gesticulations de l’hyper-président s’inscrivent dans une évolution du capitalisme où le renoncement à certaines apparences du passé s’inscrit délibérément  dans une stratégie de communication utilisant des apparences modernistes pour consolider les rapports sociaux existants, y compris par l’imposition d’images cherchant à légitimer les grands capitalistes. Fondamentalement, sur les objectifs et leur formulation, cette démarche rejoint celle de l’organisation patronale et est corrélée avec les modifications qui sont intervenues dans son organisation.

En décembre 1945, au lendemain de la Libération, se constitue le Conseil national du patronat français (CNPF), héritier de la CGPF centrale patronale, créée en 1919, réorganisée en 1936 pour combattre le Front populaire, disparue pour céder la place aux Comités d’organisation mis en place par le régime de Vichy (1). Le CNPF s’est transformé en MEDEF, sous la houlette du baron Seillière, chef de file de la dynastie des Maîtres de forges de Wendel (2), lignée qui a joué un rôle important dans l’histoire politique de notre pays, aussi bien que dans celle des organisations du patronat.

La transformation du CNPF en MEDEF, qui se veut une modernisation, n’est pas seulement un changement de raison sociale, encore qu’il en fasse partie, en évitant une référence au patronat estimée vieillotte et péjorative. Elle lui substitue celle de l’entreprise, plus neutre, apparemment plus consensuelle.  Elle se définit comme  un groupe d’influences appelé à peser dans le débat public et dans tous les aspects essentiels de la vie sociale.

Ambition que traduit l’article premier d statut du MEDEF qui lui assigne un rôle inédit : replacer l’entreprise « au centre de la société française » en « favorisant la liberd’entreprendre ».

Pour Seillière et Kessler (alors son adjoint immédiat), il s’agit de donner une nouvelle dynamique à l’organisation patronale, et d’en faire un véritable « parti de l’entreprise » – ce qui va se traduire par la réforme des processus de décisions internes, et s’accompagner d’un appel aux patrons à l’engagement sur le terrain politique. Seillière exige alors une réforme de l’état ainsi que la diminution des coûts du système de sécurité sociale et la suppression d’un certain nombre de régimes d’aides à l’emploi. Il appartiendra à Denis Kessler (3) de définir le projet « entrepreneurial » pour la France, qui s’intéresse à tous les aspects de la vie sociale aussi bien l’éducation, la formation, la santé que l’emploi et le fonctionnement de l’état. Il est certain que les dirigeants  du patronat entendent assurer une hégémonie pleine et entière sur la société française tout en s’affirmant : « radicalement neutre ».

Qui est Laurence Parisot

Présidente du MEDEF qu’elle dirige depuis 2005, Laurence Parisot est née à Luxeuil-les-bains en 1959. Sa famille y est alors propriétaire d’une entreprise importante : Le groupe Parisot premier industriel du meuble en France.

Elle a suivi une formation en politique à l’institut d’études politiques de Paris. Formation qui est celle de nombreux hommes politiques et de hauts-fonctionnaires.

Ce qui la conduira à être assistante de 1983 à 1985 au Centre d’études de la vie politique française (CEViPOF). Ensuite, chargée d’études, de l’institut de sondage Louis Harris, avant de rejoindre l’institut français d’opinion publique (iFOP). Elle le dirigea de 1997 à 2008. Ce savoir-faire s’accorde aux ambitions politiques du MEDEF.

Elle entre au MEDEF en 2003, devient membre du bureau et du Comité exécutif, siège au Conseil économique et Social et au conseil d’Euro Disney SCA, aux conseils consultatifs d’ERNST and YOUNG, de Havas, et entre au conseil de surveillance de Michelin.

En 2005, elle sera élue à la présidence du MEDEF en remplacement de Seillière, élue avec une courte majorité en raison de l’opposition d’un certain nombre d’organisations. En 2010, elle recueillera une quasi-unanimité : les différends ayant été apaisés (4).

Pour 2012, la feuille de route que dicte le MEDEF se présente sous la forme d’un livre numérique, abondamment illustré avec notamment des photos et des citations de personnalités qui ont exalté l’Europe tels Victor Hugo, Saint-Simon, Churchill, Habermas, et que le MEDEF annexe sans vergogne. Des déclarations, accompagnées de leurs photos de patrons, d’artistes ; des graphiques et diverses illustrations accompagnent le programme patronal. La préface de Laurence Parisot constitue un plaidoyer en faveur des états-Unis d’Europe. Elle indique clairement que quand le patronat parle de besoin d’aire (avec un « e »), c’est de la mondialisation capitaliste, dont il s’agit d’exploiter toutes les opportunités de profit. Elle met l’accent sur la compétitivité façon MEDEF, vieille antienne pour viser en particulier les coûts salariaux et débouchant sur une apologie de la concurrence qui devait être portée également, selon la présidente du MEDEF, au niveau « psychologique » !

« Il faut  oser le fédéralisme », proclame Laurence Parisot qui invoque « l’expérience  patronale » pour affirmer la nécessité d’une gouvernance européenne plus intégrée, car tout ce qui n’a pas été fédéralisé a échoué ou stagné. S’il faut dépasser les procédures actuelles, la présidente du MEDEF n’en accorde pas moins un satisfecit aux initiatives communautaires récentes, en dépit de leurs redoutables effets économiques et sociaux. Notamment celles intervenues sous la présidence française exercée par Sarkozy laissent augurer ce que serait une gouvernance d’une Europe fédéralisée reposant, en fait, sur une concurrence accrue des travailleurs et des peuples, le maintien du rôle destructeur de la BCE. Bref, tout le contraire de l’Europe démocratique et sociale.

Pour le MEDEF, la gouvernance globale actuelle de l’Europe est peu maniable, car éclatée entre un organisme communautaire affaibli, une réunion de 27 chefs d’état et de gouvernements et un parlement européen particulièrement faible. La seule institution qui réponde aux critères du MEDEF, c’est la BCE et son autonomie qui ne doit pas être remise en cause.

« Au système actuel, il faut substituer une gouvernance intégrée », c’est-à-dire   un cadre plus contraignant, obligeant les états  à avancer par des moyens politiques « selon des directions  fixées par la gouvernance européenne. »

Dans cette perspective, le MEDEF réclame un Commissaire européen ayant rang de Vice-Président qui serait l’interlocuteur  privilégié des entreprises. Elle revendique une réforme en profondeur de la Commission, avec création d’un portefeuille à l’économie ayant autorité sur les dossiers fiscalité, budget, etc., sorte de Ministre qui présiderait le Conseil des ministres des Finances des pays européens (ECOFIN) et participerait au Conseil européen des chefs d’états.

Dans cette nouvelle organisation, le rôle du B 20, structure créée par le patronat français et ses homologues américains, allemands, italiens…, pourrait être de premier plan. Il est souligné que « la complexité des différents  enjeux  posés par la mondialisation, leur imbrication   conduisent  les entreprises à travailler avec les gouvernements  d’une manière  plus étroite ». Il est déclaré que « le monde du business a besoin d’engagements cohérents et de long terme ». C’est clairement  exprimer la volonté de l’oligarchie d’augmenter son pouvoir sur les institutions européennes.

L’Europe doit, selon l’ouvrage patronal, penser sa compétitivité et retrouver un temps d’avance en créativité et en productivité en remettant de l’ordre dans ses finances publiques. Il faut mettre en œuvre rapidement le récent traité de janvier 2 012, installer le Mécanisme européen de stabilité. Le MEDEF ne cache pas sa satisfaction sur ces mesures et estime qu’en 18 mois, l’Union et les pays européens ont beaucoup avancé. Ce n’est certes pas l’avis de beaucoup d’Européens confrontés à l’austérité ! Les peuples, si on en juge d’après leurs manifestations, ne partagent pas l’euphorie patronale.

La défense de la libre concurrence mondiale est affirmée, mais doit se situer « au bon niveau » et le livre appelle à l’exigence vis-à-vis des entreprises non européennes en matière de marchés publics, de propriété intellectuelle, d’accès aux financements.

Dans le domaine international, le MEDEF considère que l’OMC  est l’organisation  internationale la plus efficace, il préconise la création d’une Organisation internationale pour l’environnement et d’une Agence pour les matières premières. Il propose une refonte à terme du FMI mais reste dans le vague sur le contenu alors que celui-ci devrait être démocratisé et qu’existent des propositions concrètes de diverses origines dont celle de la Chine.

Les abus de la finance sont reconnus très discrètement et il est préconisé un accroissement de la responsabilité du Fonds monétaire international, du Fonds européen de stabilité financière. Il s’agirait de fixer des normes nouvelles à la hauteur des enjeux actuels. En même temps, il est requis que les nouveaux pays qui participent au commerce international acceptent pour leurs monnaies la flexibilité, la convertibilité que les autres pratiquent. La politique monétaire chinoise est critiquée pour sa monnaie maintenue à un niveau artificiel.

Pour le MEDEF, si la France perd des parts de marché, c’est le résultat de son recul de compétitivité, avec derrière l’argument, inexact mais toujours ressassé, que c’est la conséquence du coût élevé du travail notamment par rapport à l’Allemagne.

Le livre patronal se prononce en faveur d’un socle social reposant sur les partenaires sociaux et le « dialogue social ». Alors que la plupart des syndicats des travailleurs européens ne peuvent que constater, qu’avec la mondialisation  capitaliste, les attaques contre la législation sociale, les codes du travail, les refus dans les négociations sociales sont devenus pratiques courantes des patronats.

Il est caractéristique que l’ouvrage cache soigneusement que ses préconisations répondent, avant tout, aux préoccupations des sociétés multinationales. Il s’attache au contraire à rassurer les petites et moyennes entreprises. Ce qui est une attitude constante de l’organisation centrale du patronat, soucieuse d’entraîner dans son sillage l’ensemble du patronat, stratégies que viennent compliquer la crise systémique et la mondialisation.

Les questions de fiscalité et de cotisations ont toujours constitué un champ privilégié de l’intervention des organisations patronales. Le document patronal y consacre d’abondants développements.

Nous nous arrêterons sur quelques-uns particulièrement révélateurs.

Ainsi, est proposé un nouveau pacte fiscal et social fondé, d’une part, sur une baisse de cotisations salariales mais compensée par une hausse de la CSG, d’autre part, une baisse des cotisations des employeurs compensée par une augmentation de la TVA. Mécanisme doublement favorable aux employeurs ! Le MEDEF se porte demandeur d’un débat pour déterminer ce qui dans les dépenses de santé et de retraite doit relever de la solidarité collective ou de l’assurance individuelle. Il en espère, sans le dire, une réduction des systèmes obligatoires au bénéfice de l’assurance privée qui lui permettrait de gagner sur les deux tableaux puisque les réserves des systèmes assurantiels sont génératrices de crédits à long terme, dont bénéficient  les entreprises, notamment les plus grandes.

N’est pas caché que le patronat estime que la part de la richesse nationale allant aux dépenses de santé est trop élevée. Les soins à l’hôpital public sont déclarés trop coûteux et la part supportée par les particuliers trop faible. Le secteur public hospitalier doit être remodelé et il doit s’inspirer des gestions prévalant dans le secteur privé hospitalier, particulièrement en ce qui concerne le statut du personnel. De même, il faudrait prendre exemple en matière de santé au travail sur ce qu’ont mis en place des entreprises.

Le régime français concernant les maladies de longue durée est lui aussi présenté comme trop coûteux, il doit être normalisé. Tout en se défendant  de vouloir instituer un système répressif, il est certain que le dispositif proposé ne peut avoir qu’un effet dissuasif totalement en contradiction avec l’option d’une politique nationale progressiste de santé.

S’appuyant sur l’allongement de la durée de la vie humaine, le MEDEF se targue d’avoir été pionnier en matière de réforme des régimes de retraite. Il faut aller plus loin que la réforme de 2010 et il se réserve, dès 2013, de proposer un nouvel âge pour les départs à la retraite sans cacher qu’il faudra aller plus loin dans le recul réactionnaire de l’âge de la retraite. Il projette également une « simplification » des régimes complémentaires de retraite prétendant prendre en compte les évolutions économiques et démographiques à venir. Il vise à accroître l’attractivité de l’épargne de retraite pour favoriser les investissements, mais sans préciser aucun critère.

La politique sociale et fiscale proposée par le patronat est révélatrice, à sa manière, des objectifs réels que sous-tend sa politique dite de compétitivité.

Un chapitre est consacré au soutien des PME, notamment par des réductions de la fiscalité, l’allégement des réglementations pour aller vers un modèle économique reposant sur un « partenariat intime » – est-il dit – entre les grands groupes et les petites et moyennes entreprises. L’organisation patronale est fort discrète sur les effets de domination que peut dissimuler cette formule. Le patronat demande l’extension des exonérations accordées aux entreprises de moins de 10 salariés pour l’embauche d’un jeune de moins de 26 ans et son extension, sans considération  d’âge et de niveau de salaire, postulant un effet positif de résorption du chômage.

La stratégie du MEDEF de couvrir un champ étendu de questions le conduit  à se positionner sur une série de problèmes pour y faire prévaloir, directement ou non, les intérêts du capital, sont souvent présentés sous le drapeau de « l’intérêt général ». Ainsi,  il affirme vouloir respecter la biodiversité, se défend des critiques faites aux entreprises et rappelle sa présence au Grenelle de l’environnement, se préoccupe de l’efficacité énergétique et s’engage dans ces domaines à poursuivre ses efforts. Il demande la fusion de certains programmes énergétiques pluriannuels, le développement de certaines filières technologiques  liées à l’énergie. Il réclame, en France et en Europe, une amélioration de la gouvernance des choix énergétiques et de ne pas occulter certaines questions cruciales concernant la sécurité d’accès à l’énergie ou la distribution. La stratégie de « compétitivité » doit prendre en compte le développement durable ainsi qu’une « politique volontariste » pour un « accès général  au très haut débit ». On remarquera que certaines propositions non assorties de dispositifs concrets relèvent de l’affichage électoral  ou sont soumises à des mesures fiscales peu compatibles avec la réduction de la dette publique revendiquée dans le même programme.

Le document patronal aborde les questions de l’emploi sous l’angle de l’employabilité, se félicitant de la « flexibilité à la française ». C’est-à-dire  les dispositions résultant de l’accord  interprofessionnel sur la « rupture conventionnelle du contrat de travail » qui facilite la « mobilité » et escamote la proposition autrement importante de création d’un véritable dispositif de sécurité emploi et formation initié par Paul Boccara (5) et que l’on retrouve dans le projet de la CGT.

« Une notion  devrait  rythmer  la campagne,  celle de l’employabilité  compétitive », proclame Laurence Parisot. Le MEDEF appelle de ses vœux une grande réforme de la formation professionnelle. Sa proposition est conditionnelle : « plus les entreprises investissent dans des formations, plus leurs cotisations pour l’assurance chômage baisseront ». Il s’agit, en particulier, de supprimer la taxe sur la formation professionnelle, de rendre dégressives les indemnités  chômage dans le temps au prétexte de renforcer le caractère incitatif du retour à l’emploi. Pour le patronat la fixation de la durée effective du travail devrait relever exclusivement de l’accord collectif ou, à défaut, du contrat de travail. On en revient à la compétitivité-emploi du gouvernement, avec, en filigrane, la volonté obsessionnelle de briser les 35 heures.

Laurence Parisot distribue beaucoup de bons points à Sarkozy. Nombre de commentateurs ont relevé l’étroite parenté des positions patronales avec celles de Sarkozy et de l’UMP, ne laissant aucun doute sur le choix du candidat « patronal ».

Cet ouvrage affirme que de plus en plus d’entreprises innovent, ce qui n’est pas évident. Il considère qu’il y a trop de lois et qu’il faudrait leur substituer des « dialogues  » comportant la présence des intéressés, donc du patronat. Celui-ci veut réduire les instances représentatives du personnel  dans les entreprises  de moins de 250 salariés. Il veut modifier la législation (délit d’entraves) réprimant les interventions  abusives de l’employeur quand il fait obstacle à l’exercice de leurs attributions par les représentants  élus du personnel et des délégués syndicaux. De même il veut « renforcer » les règles du gouvernement du paritarisme pour en professionnaliser le système.

La compétence patronale à traiter de tous les problèmes d’immigration est soulignée et subordonnée aux critères des besoins immédiats et futurs de l’entreprise (force de travail, démographie, etc.).

Le MEDEF rappelle qu’il a accepté une « délibération sociale » !  sur la qualité de vie au travail, les formes d’organisation. Il prétend prôner la promotion de la diversité, la vigilance contre le racisme et soutient les formes nouvelles de management (codes de bonne conduite, déontologies dans l’entreprise, etc. Il veut inscrire « la liberté  d’entreprendre  » dans le Préambule de la Constitution et appelle à la promotion de la responsabilité sociale de l’entreprise.

Les solutions du MEDEF sont présentées comme l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’histoire européenne, avec l’objectif que les compétences de l’Union deviennent celles des grands états fédéraux en matière de régulation économique, de politique monétaire, de budget, de défense et de la sécurité. La crise alimentant les tendances  au repli sur soi, la crainte apparaît qu’elle contrarie  ses objectifs. On comprend  l’effort de ce texte pour vanter les bienfaits de la mondialisation capitaliste, à en faire un beau conte de fée, à cacher ses méfaits.  Et surtout il ignore la voie d’une Europe démocratique et sociale, la seule qui réponde à la recherche d’une issue à la crise systémique, à la satisfaction des besoins économiques et sociaux et d’une autre mondialisation permettant de conjuguer progrès économique et progrès social. 

(1) À leur tête, on trouvera souvent des représentants des trusts.

(2) Il n’est pas inutile de rappeler que le Baron Seillière est héritier, par sa mère, des de Wendel et par son père de la banque Seillière. Il a également appartenu au cabinet de Jacques Chaban-Delmas et de Pierre Messmer.

(3) Kessler a depuis quitté ses fonctions au MEDEF et, à la tête de la Fédération patronale des assurances, est devenu le PDG de la SCOR, puissante société de réassurances, en même temps qu’administrateur de BNP/Paribas, de Bolloré investissements et de Dassault aviation, et il siège dans un certain nombre d’organismes économiques. Il s’est illustré en écrivant dans le magazine Challenges, du 4 octobre 2011 : « […] le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la résistance […] il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie […] il s’agit de sortir de  1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la résistance. » Il faut reconnaître que Kessler fait preuve d’une grande continuité de pensée et d’un discours spécialement instructif sur la collusion du patronat et du pouvoir en place.

(4) On sait que l’ANIA qui groupe les divers syndicats patronaux du secteur alimentaire s’est retirée du MEDEF.

(5) Paul Boccara, La crise systémique. Europe et Monde. Quelles réponses ?, Le Temps des Cerises, 2011

 

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