Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Fiche 6 - Inflation

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1. Le panier de la ménagère

 

Le panier de la ménagère est constitué de 1000 produits ou services dont les prix sont relevés mensuellement par l'INSEE dans divers endroits du pays.

L'exactitude des relevés ne fait aucun doute. Mais c'est le poids très différent de chaque article ou service selon les revenus et la composition du ménage qui pose problème et que ne prend pas en compte l'indice des prix de l'Insee.

Or les hausses des prix seront beaucoup plus importantes pour ceux qui sont contraints de consacrer une part importante de leur revenus à des produits ou services qui flambent.

Ainsi, Les hausses de prix touchent beaucoup plus les familles modestes et moyennes que les couches supérieures en raison de l'explosion des prix des dépenses dites « contraintes et obligatoires » (loyer, assurances, énergie, eau, alimentation, santé...). Alors que les prix de nombreux produits haut de gamme baissent (Hifi, informatique, ..). Or, le poids des loyers, assurances, etc, est bien plus important dans les familles modestes que dans les couches supérieures.

Ainsi, un ménage disposant au plus de 8 000 € annuels par membre du ménage consacrera 25,5 % de ses revenus aux dépenses de logement et combustible contre 11,5 % pour celui disposant de 32 000 €, et plus.

Ce qui signifie qu'une augmentation de 10 % du poste de loyer et combustible -tous les autres postes sans changement- aurait un impact de 2,5 % sur l'inflation subie par le premier ménage, tandis que la même augmentation n'aurait qu'un impact de 1,14%. sur le ménage disposant de 32000 € à nombre de personnes identiques dans ces 2 foyers. À cette inégalité, il faudrait ajouter le fait que les plus grands consommateurs de produits informatiques et de communication, qui, eux, voient leurs prix baisser sont les ménages disposant des revenus les plus importants.

De même, un ménage dont le référent est sans diplôme dispense dépensera 8,8 % de ses revenus aux loisirs et à la culture contre 13,9 % pour ceux ayant un diplôme au-delà du bac+3.

Ces inégalités sont ignorées par l'indice insee de l'inflation qui raisonne sur un panier type et ne peut appréhender ces fortes variations.

 

2. L'inflation : qu'est-ce que c'est ? D'où ça vient ?

 

L'inflation c'est l'augmentation des prix à la consommation et le taux de référence de l'inflation est celui de l'augmentation des prix sur une année. Cet indice est réalisé à partir du panier de la ménagère » de l'INSEE.

De nombreuses causes favorisent cette inflation :

  • la spéculation qui augmente les prix des matières premières, de l'immobilier, des céréales et autres denrées matières premières alimentaires (café, cacao,...),

  • le gâchis de capitaux et notamment des investissement sans formation suffisante (le capital cherchera à compenser l'insuffisance d'efficacité en augmentant les prix, pour maintenir sa rentabilité1),

  • les prélèvements financiers (dividendes et intérêts aux banques), qui augmentent souvent bien plus vite que les richesses créées dans les entreprises,
  • l'inflation importée comme on le voit avec l'énergie ou les matières premières, mais aussi avec des prélèvements de « domination », comme les royalties des groupes sur leurs sous-traitants.
Par contre, il y a d'autres éléments facteurs qui, eux, favorisent la baisse des prix : l'augmentation de la productivité du travail comme du celle du capital, liée en premier lieu aux progrès techniques, (ce qui d'ailleurs permet une augmentation des salaires sans favoriser l'inflation). Lorsque la banque centrale européenne ou les gouvernements placent l'inflation comme le premier risque auquel l'économie pourrait être confrontée, il s'agit surtout d'éviter que les capitaux placés voient leurs rapports rongés par l'augmentation des prix. Mais, pour freiner cette inflation, on cache les facteurs d'inflation favorisant les revenus du capital (spéculation, dividendes, intérêts), mais on polarise sur le facteur salaire qui est le plus souvent présenté comme la cause, voire l'unique cause, sur laquelle on peut agir, (voir le discours de Jean-Claude Trichet) et on évoque aussi le fait qu'il y aurait trop de monnaie dans l'économie. L'augmentation de la masse monétaire supérieure à la croissance du PIB favoriserait l'augmentation des prix. D'où l'idée d'une double réponse avancée par les libéraux : baisser les coûts salariaux (notamment les cotisations sociales patronales) réduisant ainsi les ressources de la protection sociale et freinage de la croissance de la masse monétaire. Pour peser sur les coûts salariaux, le capital cherche à maintenir un volant important de chômage qui, pour lui, représente une garantie anti inflation. Concernant la croissance de la masse monétaire, celle-ci pose le problème de l'utilisation plus ou moins efficace du crédit : si on utilise beaucoup de crédits, mais pour gâcher des capitaux faute d'un développement suffisant des capacités humaines en formation et qualification , cela provoque de l'inflation mais, si au contraire, on développe un crédit avec des taux d'intérêt modulé d'autant plus abaissé que l'on accroît l'emploi qualifié et la formation, cela permet l'accroissement des richesses réelles, sans inflation. Au contraire, peser sur le crédit utile au développement des capacités humaines comme sur les revenus salariaux et sociaux conduit au freinage de la croissance, dont les effets sont bien plus graves car cela enclenche des cercles vicieux pouvant aller jusqu'à la déflation.. Or, une croissance maîtrisée des prix, ce n'est pas la mort, c'est même plutôt bénéfique, car celà limite les prélèvements du capital sur les richesses et accroît donc la valeur ajoutée revenant aux salariés et à la population, ainsi que les moyens pour l'investissement.   Notes 1mais cela le mettra en difficulté dans le cadre de la concurrence internationale, difficulté à laquelle il cherche toujours à répondre en supprimant des emplois.   3. Une dégradation salariale qui continue Le salaire moyen par tête progresserait un peu moins rapidement que l'inflation à l'horizon de mi-20111) et les salaires réels stagneraient au premier trimestre. Alors que le salaire réel par tête dans les sociétés non financières a diminué de 1% en 2009 et de 0,8% en 2010, il pourrait reculer à nouveau de 0,3% au moins en 2011. Cela entraînera un freinage du pouvoir d'achat des salariés comme de la consommation : D'une hausse de 0,9% au quatrième trimestre 2010, cette dernière passerait à une hausse de 0,5% au premier trimestre 2011, puis à une baisse de 0,1% le trimestre suivant. Cela frappera de plein fouet les familles les plus modestes dont les dépenses contraintes pré-engagées (logement, assurance, électricité, gaz, télécommunications ..), qui représentaient déjà les trois quarts des revenus des 20 % des ménages les plus pauvres en 2006, continuent de s'alourdir. C'est dans ces familles que se comptent entre 1 et 1,9 millions de personnes exerçant un emploi mais disposant d'un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté2.   Si l’on compte l’ensemble des personnes, conjoints et enfants compris, c’est entre 1,9 et 3,7 millions de personnes qui vivent dans un ménage pauvre dont le chef de famille dispose d’un emploi - toujours en tenant compte de l’ensemble des ressources.3 Il n'est donc pas étonnant dans ces conditions que 8 millions de français (13% de la population) vivent sous le seuil de pauvreté. Au-delà des salariés les plus pauvres, c'est la majorité des salariés qui est touchée par les bas salaires : 50% des Français gagnent moins de 1580 euros net par mois (18 990 euros/an). En France, 70 % des salaires mensuels nets de tous prélèvements sont inférieurs à 2074 €. Pourtant alors que les gains de productivité du travail dans les entreprises auront été de 0,6% en 2010 et seraient sans doute supérieurs en 2011, le patronat refuse toute négociation générale sur les salaires. Cette dégradation salariale et ce blocage patronal sont les ingrédients de la, montée du mécontentement, des luttes et de la grande défiance à l'égard de tout ceux qui cautionnent les politiques d'austérité en France et en Europe.   Notes 1 A fortiori avec l'inflation actuelle des prix alimentaires, des loyers et des tarifs des services aux personnes qui pèsent relativement beaucoup plus lourd sur les catégories modestes. 2 Seuil de pauvreté calculé après avoir comptabilisé les prestations sociales (prime pour l’emploi, allocation logement, etc.) ou intégré des revenus de leur conjoint. 3Même en utilisant la définition la plus restrictive on compte presque deux millions de personnes qui vivent avec moins de 800 euros par mois pour un adulte seul, alors qu’elles exercent un emploi ou que leurs parents sont dans ce cas.   4. La TVA: Réduire le poids des impôts indirects Les taxes, c'est à dire les impôts indirects, telles que la TVA, la taxe sur les produits pétroliers, etc.., représentent près de 17 % des revenus des plus démunis, deux fois plus que pour les ménages les plus aisés. La France est l’un des pays riches où la fiscalité indirecte - les taxes incluses dans le prix d’un bien ou d’un service - est la plus élevée. Ces taxes - dont l’essentiel est constitué de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) - représentent plus des deux tiers des recettes de l’Etat, et un quart de l’ensemble des prélèvements obligatoires. Elles représentent une part deux fois plus élevée du revenu des ménages les plus pauvres (16,6%) que de celui des plus riches (8%). Alors que dans le cas des impôts "progressifs" (comme l’impôt sur le revenu) le taux augmente avec le niveau de vie, dans le cas des taxes indirectes, il diminue. C'est injuste. Changer la fiscalité Une des premières retombées d’une revitalisation des impôts de type progressif permettrait de réduire le poids des impôts indirects comme la TVA et la TIPP dont la principale caractéristique est leur fonction anti-redistributive. Particulièrement injustes mais largement utilisés par les pouvoirs publics pour leur vertu indolore, les impôts indirects pèsent de façon inégalitaire sur les ménages et les personnes car ils s’appliquent sans distinction de leur capacité contributive réelle, à la consommation de produits nécessaires voire indispensables à l’émancipation et au développement de chaque individu. Il est donc urgent de commencer à en limiter la portée. TVA - un examen attentif de la situation en vigueur devrait conduire à faire basculer au taux réduit divers produits de grande nécessité comme l’habillement et un bon nombre de produits relevant du champ informationnel et culturel comme les livres, les CD, les DVD, la micro informatique et instaurer un taux hyper réduit pour les produits de bouche de première nécessité.   TVA: pourquoi paye-t-on plein pot sur les fournitures scolaires. Les règles communautaires en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) limitent l'application du taux réduit aux seules opérations inscrites à l'annexe III à la directive communautaire 2006/112/CE du 28 novembre 2006 portant refonte de la réglementation communautaire en matière de TVA. Ce taux réduit de la TVA au taux de 5,5 % au lieu de 19,6%.Toute extension du champ d'application de ce taux relève d'une décision à l'unanimité au sein de l'Union, conformément aux dispositions de l'article 93 du traité de l'Union européenne (UE). Les fournitures scolaires ne figurent pas, en tant que telles, sur la liste prévue à l'annexe III de la directive précitée des biens et des prestations de services auxquels les États membres sont autorisés à appliquer un taux réduit de TVA. Elles ne figurent pas non plus dans la proposition de directive de la Commission du 7 juillet 2008 portant sur les taux réduits de TVA. La mesure proposée n'est donc pas envisageable.   5. Coût de la Publicité L'insuffisance massive de la demande mondiale, en raison des salaires et revenus populaires insuffisants, a conduit à intensifier la guerre économique entre les groupes qui est se font une concurrence acharnée sur des marchés de plus en plus étroits. D'où la montée des dépenses massives de conquête de consommateurs : publicité, promotion, développement de techniques nouvelles avec la multiplication des centres d'appels. Ces dépenses en communication des annonceurs publicitaires s’élèvent en 2010 à 30,7 milliards €1. soit de l'ordre de 500€ par habitant.   6. Spéculation sur les matières premières Les émeutes qui ont éclaté en Algérie en ce début d’année 2011 sont des émeutes de la faim. Ces révoltes contre la vie chère, contre les hausses des prix des produits alimentaires de base, comme le sucre et l’huile rappellent les émeutes de la faim qui ont eu lieu en 2008, dans un grand nombre de pays pauvres. La spéculation est désormais considérable et permanente. Nous savons pourquoi elle a pris une telle ampleur: Ayant à dépenser moins pour les salaires et les équipements, avec des technologies de plus en plus économes en moyens, les entreprises disposent d'un surplus liquide grandissant (170 milliards de trésorerie dans les groupes du CAC 40, fin 2010). D'autre part, les injections massives de monnaie, notamment de dollars, pour sortir de la récession de 2009-2010, faute d'une reprise saine de la croissance, ont, elles- aussi, été massivement utilisées pour des placements spéculatifs. Ainsi, sous exigences de rentabilité financière, ces surplus cherchent à s'employer dans des opérations qui promettent de rapporter au moins autant que ce que rapporte un investissement réel dans les pays émergents au lieu de servir à financer, de partout, les dépenses de services publics pour un développement de toutes les capacités humaines de la planète.. D’où le redémarrage de la spéculation sur les marchés de matières premières (mais aussi sur les titres) confrontés à des déséquilibres structurels entre la demande, appelée à croître, des pays émergents et une offre contrainte par les exigences de rentabilité financière.   7. Marges de la grande distribution Le prix du lait est révélateur de « l'opacité » qui entoure les marges des grandes surfaces : en deux ans, de septembre 2007 à novembre 2009, le prix au producteur a baissé de 7 % alors que dans le même temps, le prix de la brique de lait (marque distributeur) a augmenté de 11 % ! Sur une période d'observation plus longue : entre 1992 et 2009, le prix agricole du porc a baissé de 26 % alors que le prix en rayon a augmenté de 25 % ! Au coeur de la problématique : les marges que s'octroient les grandes surfaces. Ce sont les consommateurs et les exploitants agricoles qui en subissent les conséquences. Tandis que la grande distribution, voire, dans une moindre mesure, les industriels de l'agro-alimentaire qui se partagent le gateau. Pas étonnant qu'ils soient en tête du cac 40 pour les profits. Carrefour: 0,43 Mds € (+32%), Danone : 1,57 Mds (+37%).    

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  • Inflation & monnaie

    Je ne comprends pas cette définition de l'inflation. En économie, l'inflation, c'est la perte de valeur de l'unité monétaire, l'augmentation des prix en est une conséquence, pas la définition. En général, il y a infaltion lorsqu'il y a plus de monnaie (sous toute ses formes) en circulation que de contrepartie en valeur. En fait, l'inflation,  c'est un excès de la demande solvable sur l'offre si j'ai bien retenu mes cours d'économie.

    Par Ivan, le 08 December 2011 à 10:20.