Economie et Politique - Revue marxiste d'économie

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Synthèse de la Conférence fédérale du Finistère

 
 
 
 

Synthèse de la Conférence fédérale du Finistère

le 31 mai 2011

Première partie du débat.   Ismaël  (section de Morlaix):   A la section du pays de Morlaix, nous avons eu deux débats en avril et en mai sur les échéances de la désignation de notre candidat aux présidentielles et du choix de notre campagne et notre projet pour les élections de 2012 et, si ces Assemblées Générales de section n'ont pas réuni autant d'adhérents que nous l'aurions désiré, elles ont donné lieu à des débats approfondis et intéressants qui n'ont pas toujours permis d'établir des consensus. Plusieurs camarades ont considéré qu'un congrès aurait dû avoir lieu avant les présidentielles et législatives pour trancher clairement en premier lieu la question de nos options stratégiques, du rôle du PCF et du Front de Gauche, de leurs éventuelles futures alliances, en second lieu la question de notre projet, et en troisième lieu celle du candidat qui peut le défendre, issu ou non du PCF. Dans la conjoncture actuelle, on aurait pris les choses à l'envers en nous demandant de statuer sur un candidat avant de prendre des décisions (sur la base d'un débat ouvert et véritable de tous les communistes) sur notre projet et notre vision du rôle de notre parti. Plusieurs camarades aussi ont désapprouvé, sans pour autant forcément s'opposer à une candidature Mélenchon, le choix de Pierre Laurent d'exprimer sa préférence à l'issue d'un conseil national, début avril dernier, alors que les débats à l'intérieur des sections et des départements venaient à peine de s'engager. Il y aurait là une forme de pression exercée sur les adhérents communistes qui trahit pour certains d'entre nous des choix qui ont été faits très tôt, dès 2010, en faveur d'un accord impliquant une candidature Mélenchon aux présidentielles, comme en témoigne certains signes émanant de la direction ou des pages politiques de l'Huma depuis des mois. Certains ont le sentiment que les candidatures Chassaigne et Mélenchon n'ont pas été traitées sur un pied d'égalité. D'autres considèrent que, en raison même des accusations de favoriser Mélenchon en sous-main dont il était victime, Pierre Laurent a eu raison d'annoncer à titre personnel sa préférence pour que les débats communistes se concentrent enfin sur l'essentiel: le contenu de notre campagne, l'intérêt du PCF et du Front de Gauche. Pour ma part, je pense qu'aux présidentielles, une candidature Mélenchon est préférable pour représenter le Front de Gauche. Certes, Chassaigne avait toutes les qualités pour être aussi un très bon candidat du Front de Gauche (c'est un homme de terrain populaire, un parlementaire qui réalise un vrai travail sur les dossiers, il a un profil qui tranche un peu avec ceux des professionnels de la politique qui dirigent les grands partis, il n'est pas dogmatique et peut-être plus humain que Mélenchon) mais le candidat selon notre c?ur, pour reprendre des mots de Daniel Ravasio, n'est pas nécessairement le candidat selon la raison. Mélenchon passe bien et souvent dans les médias, il est capable d'imposer des idées de critique du libéralisme et du capitalisme dans le débat public et de faire valoir nos solutions. Même s'il ne s'efface pas assez derrière la dynamique collective du Front de Gauche et du programme partagé, même si on peu avoir des doutes sur sa stratégie médiatique qui consiste à s'emporter facilement (contre les journalistes notamment) pour faire parler de lui et désennuyer, voter pour lui sera perçu comme un signe de notre volonté d'enraciner et d'élargir le rassemblement de Front de Gauche tandis que Chassaigne, s'il était désigné par les communistes, pourrait être présenté par les médias- qui ne nous font aucun cadeau - comme le candidat du repli identitaire du Parti Communiste. Mélenchon a peut-être aussi plus de chance de reconquérir l'électorat populaire pour une gauche de transformation sociale et de capter une partie de l'électorat de Besancenot, qui ne sera pas présent au 1er tour des présidentielles. Un score à (ou proche des) deux chiffres au 1er tour des présidentielles peut créer une dynamique électorale favorable pour le Front de Gauche lors des législatives et nous permettre, en cas de victoire du candidat du PS aux présidentielles, d'être indispensable au Parlement à la majorité gouvernementale pour gouverner, ce qui nous permettrait de modifier le rapport de force à gauche, de tirer la gauche vers la gauche. La violence des attaques actuelles contre les droits des salariés, les principes républicains et la protection sociale, la crise économique mondiale qui coïncide avec une agressivité inédite du capitalisme vis à vis des systèmes sociaux, la défiance de plus en plus grande de la population vis à vis de la politique, nous donnent la responsabilité de ne pas risquer de casser la dynamique ascendante du Front de Gauche qui peut donner un débouché politique aux aspirations sociales du peuple pour ne pas revenir à une déroute électorale du type de celle de 2007.   Daniel (section de Morlaix): Je voulais préciser, par rapport à l'intervention précédente, que l'important pour nous à Morlaix, c'est maintenant d'abord de centrer notre réflexion sur le contenu du programme et de faire notre campagne autour de ce programme partagé, et non autour d'un homme providentiel de qui nous attendrions notre salut.   Jean-Pierre (section de Douarnenez): Je retrouve beaucoup de ce qui s'est dit entre nous dans le dernier point de l'intervention d'Ismaël. Pour nous, plus que le candidat et le programme: l'important, c'est l'implication populaire. Marie-George a été une bonne candidate, une candidate populaire avec un bon programme, mais quelle était l'implication populaire autour de sa campagne? De même, l'implication populaire après 1981 était plutôt faiblarde, ce qui explique notre déclin et notre perte d'influence à ce moment là. Pour en revenir au contenu, je crois qu'il faut tirer le meilleur parti de cette séquence de construction participative, dans des débats organisés par le Front de Gauche avec la population, pour la construction d'un programme partagé. A Douarnenez, nous avons fait un débat sur l'énergie avec des militants de « Sortir du nucléaire » et Claude Aufort, issu de notre parti. Quand on partait des problèmes concrets vécus par les gens pour aborder cette question de l'énergie (les transports, l'habitat), on ne se laissait pas enfermé dans un débat pour ou contre le nucléaire et on montrait que, dans le parti, il y a des ressources, qu'on peut apporter dans la corbeille du Front de Gauche des choses très positives.   Christian... (Le Faou ): La chose la plus importante pour nous, c'est le programme partagé. Par exemple, dans le document que MG Buffet a préparé sur la question des services publics, il y a des choses extrêmement intéressantes. En tant que communistes, on peut et doit s'approprier ces questions pour les mettre au débat, montrer que nous avons des propositions intelligentes pour changer les choses. Nous avons prévu quant à nous de retourner voir toutes celles et tous ceux qu'on a été voir lors des cantonales, pour montrer que notre travail militant ne cesse pas, une fois passées les élections. Le candidat que je préfère au niveau du Front de Gauche, c'est André Chassaigne. Après...je n'ai pas non plus d'objection fondamentale à ce que cela soit Mélenchon qui y aille. Mais il faudrait qu'il parle un peu mieux et un peu plus des différentes organisations qui constituent le Front de Gauche. En revanche, pour les législatives, les communistes doivent être respectés: ils ne peuvent, au vu de ce que représentent actuellement les forces de chacun, accepter l'accord que leur propose le Parti de Gauche et céder 50% des circonscriptions à ses partenaires. Pour revenir sur le programme partagé: la question que je me pose, c'est: comment le faire mieux connaître?   Yvette (section Roscoff/Saint Pol de Léon): Lors de l'AG de section sur la question de la campagne de 2012 et de la consultation nationale des 16 au 18 juin, on était huit à débattre. On peut compter sur onze ordinairement. Le débat s'est mieux passé que l'on s'imaginait. Selon le choix du candidat, il y aura évidemment quelques tensions à l'intérieur du parti ou dans le Front de Gauche. En tout cas, nous devons tous être clairs au FDG sur l'Europe: comment accepter l'Euro plus? Il faut aussi changer les institutions, de moins en moins démocratiques au fur et à mesure que se renforce le présidentialisme: il faut aller vers une VI ème République. Le retrait de Olivier Besancenot peut ouvrir une fenêtre car 1/3 de ses adhérents serait prêt à rejoindre le FDG. Je pense aussi que nous ne pouvons prendre le risque d'avoir un score ridicule: avoir un PS hégémonique ne serait pas bon pour la France.   Denis Je pense qu'on devrait s'inspirer du récent appel du plateau des Glyères pour préserver et étendre l'?uvre du CNR. C'est le contenu qui est important dans notre campagne: clarifier notre rapport aux renationalisations souhaitables, mettre l'accent sur les responsables de la crise, pour créer de nouveaux droits pour les travailleurs, un nouveau statut pour les élus. On a un peu de mal à la section à digérer la politique de fait accompli de Jean-Luc Mélenchon qui s'est en quelque sorte auto-désigné il y a quelques mois candidat du Front de Gauche. Pour être délégué du Finistère à la conférence nationale du 4 au 6 juin, je propose ma candidature.   Représentant de la section du Pays Bigouden: S'il y a un accord complet avec nos partenaires sur le programme, les législatives, le candidat à la présidence de la République peut être Mélenchon pour obtenir un accord sur tous les sujets, y compris sur la façon de mener la campagne.   Denise (pour la section de Fouesnant): L'échéance de 2012 constitue un tout et notre exigence doit avant tout se porter sur le contenu. Le choix du candidat à la présidentielle ne doit pas faire l'objet d'une polémique. Les législatives sont infiniment plus importantes pour la suite, notamment le passage à une VIème République.   Michel . Je voudrai faire trois observations après avoir souligné que, dans cette séquence, ce qui est extrêmement important, c'est le texte d'accord du Front de Gauche, essentiel pour les présidentielles et les législatives, qui nous a été fourni par la Fédé. La première idée, c'est qu'il ne s'agit pas pour nous de construire une gauche de la gauche avec pour ambition principale de tondre la laine sur le dos du PS. Je me réfère à un paragraphe précis de l'accord parlant de « notre volonté de construire une victoire aboutissant à un gouvernement de gauche et une majorité de gauche au Parlement ». Il y a un besoin d'unité qui monte dans le pays, d'unité sur des contenus qui répondent aux exigences de la population. Je lis encore quelque chose qui marque la limite de notre alliance possible avec le PS: « A l'inverse, qu'on ne compte pas sur nous pour faire payer le prix de la crise du capitalisme à la population ». La deuxième idée, c'est qu'il s'agit pour nous, par le couplage entre les législatives et les présidentielles de subvertir l'hyper-présidentialisation. La troisième idée, dégagée du texte: « Nous aurons ainsi au total une campagne aux législatives et aux présidentielles collective avec une campagne partagée, un programme partagé, un temps de parole partagé, un matériel de campagne partagé... ». Un avis personnel: on ne doit pas balayer d'un revers de main les interrogations des camarades à qui le choix d'un non-communiste peut poser problème. Le problème n'est pas de discriminer les mérites respectifs de Chassaigne et de Mélenchon. Même si Mélenchon n'avait pas fait le forcing pour imposer sa candidature, pouvons-nous, pour reprendre l'interrogation de Francis Wurtz, croire développer ce Front de Gauche ostensiblement pluriel et revendiquer 75% à 80% des candidatures aux législatives et en plus poser pour condition que le candidat ou la candidate aux présidentielles soit issu(e) de nos rangs? Mélenchon a déjà accompli un sacré parcours pour venir à solliciter notre soutien pour représenter le FDG. Ceci dit, en politique, la règle, c'est de n'accorder une confiance absolue à personne et il n'échappera pas à la règle. La question qui nous est posée, c'est de donner un signal fort de notre volonté de rassemblement pluriel, ouvert. Pour que le FDG ne soit pas que quelques organisations, pas qu'un cartel: la question essentielle, c'est quels sont les gens avec qui on travaille?   Alain (section de Morlaix): Il y a une attente forte de modification, de changement: la situation des gens devient de plus en plus intolérable, insupportable. Cette attente cohabite avec des doutes sur la possibilité du changement. Il faut que l'on soit clair sur les trois dimensions des rendez-vous que nous aurons en 2012: D'abord, il faut donner la priorité au contenu. Depuis un an, on nous bombarde régulièrement de sondages sur « qui voulez-vous à la présidence de la République? » alors que jamais on ne met en avant les propositions de ces candidats à la candidature. Il y a là un manque, un manque de contenu, et cela nous prive d'un certain nombre d'arguments. Je pense à la réunion à laquelle nous avons assister hier sur l'énergie avec Ismaël en présence d'Yves Cochet. La réponse qu'il a donné à nos interrogations sur la possibilité de persuader les gens de la nécessité d'adopter un autre modèle de vie et de la compatibilité des mesures sociales progressistes qu'il proposait avec le cadre libéral de l'Union Européenne, a été: le problème, c'est pas le capitalisme, c'est le productivisme, que vous défendez tout autant que le PS ou la droite... Si on réussit à faire en sorte que le débat s'installe avec la population, on peut lever le doute sur la possibilité du changement. L'urgence, c'est de passer du « ça serait bien » au « ça se peut »... Pour convaincre, il faut utiliser nos contacts personnels, les blogs d'expression publique, le corps à corps. Il faut également que rapidement au niveau de la Fédé on prenne des dispositions pour qu'il y ait une meilleure articulation entre les actions de la Fédé et celles des sections.   Daniel (section de Quimperlé): Les camarades de Quimperlé se retrouvent dans ce qui a été dit sur l'importance du contenu. Par défaut, nous avons choisi Mélenchon. Mais, ce qui nous apparaît vraiment important, c'est d'avoir des bons candidats et de faire une bonne campagne pour les législatives. Pour info, on a décidé de verser 200 euros à L'Huma et 200 euros à la Fédé, pour soutenir en particulier la mise en place du journal.   François (Crozon): Aux cantonales, nous avons réalisé 103 vois de plus que la dernière fois, et un peu plus de 5% des suffrages exprimés: ce n'est pas rien. Les communistes vont avoir un rôle essentiel dans la campagne et pour que le programme soit appliqué. Je souligne l'importance de pour vendre L'Huma pour aller au contact des gens, leur expliquer, par exemple, comment il est possible de mettre en place un SMIC à 1600 euros. Les gens ne sont pas opposés à nos propositions mais ils sont parfois sceptiques sur notre capacité à les mettre en ?uvre... Il faut que l'on se mette au diapason avec les gens, que l'on parte de leurs problèmes, que l'on cherche à construire avec eux.     Intervention de Patrick Le Hyaric (directeur de L'Humanité, parlementaire européen)   On peut prendre note aujourd'hui d'un fait, d'une opinion partagée qui se dégage dans l'assemblée: on est pour une candidature du Front de Gauche. Les conditions mises dans le débat auprès de nos partenaires sont validées. Le caractère prioritaire du contenu du programme que nous avons en débat est réaffirmé. Nous nous sommes battus pour que notre programme soit élaboré au grand jour dans des lieux de co-élaboration, et cela semble vous satisfaire même si la mise en ?uvre de ces réunions pour un programme partagée est inégalement satisfaisante et aboutie selon les régions. Michel Simon a dit une chose importante touchant l'orientation des campagnes législatives et présidentielles: nous ne sommes pas la gauche de la gauche. Cette stratégie que certains défendent est une option erronée. Nous voulons être au c?ur de la gauche. Nous ne voulons pas d'une alliance au sommet de trois formations politiques dont l'optique ne serait que d'énumérer les défauts du candidat socialiste ou du programme socialiste. Le FDG doit être plus qu'un conglomérat de 3 formations politiques: il doit intégrer des mouvements et des citoyens ancrés dans la société. Nous voulons d'un FDG qui soit la propriété du grand nombre, qui travaille sous le regard du peuple, en élaboration avec lui. Nous n'avons pas encore tout vu des conséquences de l'onde de choc que constitue l'élimination de Strauss-Khan. Cette affaire peut rejaillir sur les socialistes. Elle soulève la question de la morale, la question du candidat et de sa fortune. La séquence politique de la semaine poussera encore le thème du « tous pourris ». Le tableau actuel de la politique, avec le procès Villepin, le procès Strauss-Khan, est terrible. Sarkozy va essayer au G8 et au G20 d'instrumentaliser le sentiment qu'ont les français d'être privés de protecteur. Parallèlement, la moitié des profits des entreprises cotées en bourse sont donnés sous forme de dividendes aux actionnaires, et ces profits des banques et sociétés du CAC 40 repartent à la hausse alors que la précarité et les bas salaires sévissent pour le plus grand nombre. C'est sur ce fond là que monte le FN. On ne connait pas les effets de ce qui est en train de se passer sur ce que fera le FN lui-même. La tactique du FN jusqu'à présent est formidable: on présente une jeune fille blonde bien sous tout rapport qui rejette publiquement, au prix d'une mise en scène bien étudiée (cf. exclusion du cadre du FN qui s'était rendu capable d'un salut nazi désapprouvée par le père après avoir été préméditée avec lui) les excès xénophobes et fascistes cautionnés et exercés par son père. Pourtant, on est dans la même situation, toute proportions gardées, que dans les années 1930. Dans le même temps, on porte des coups terribles au mouvement ouvrier: les militants de la CGT et les ouvriers voteraient soit disant FN; le journal Le Monde ne parle plus du FN comme un parti xénophobe et anti-républicain mais comme le possible allié futur de Sarkozy, en tant que frange de la droite anti-immigrée; pour Terra Nova, le think tank proche des socialistes; la question n'est plus de se préoccuper de la classe ouvrière, ces 16 millions d'employés et d'ouvriers, ceux, dirait Marx, qui ont d'abord intérêt à un basculement de la société. Ce dont il faudrait s'occuper, ce serait essentiellement de la classe moyenne. Même si un candidat socialiste était élu sur cette base là aux présidentielles, cela ouvrirait la voie la prochaine fois à un candidat d'extrême-droite ou de droite dure. Si un mois avant l'élection présidentielle, il apparaissait que le seul choix possible au second tour, ce serait entre un candidat de droite et un candidat d'extrême-droite, alors nous aurions à nous poser la question d'un retrait de notre candidat au 1er tour... En attendant, il faut mener une campagne hardie, dynamique, rassembleuse pour les élections, pour l'avenir de la gauche et du mouvement ouvrier. Je m'interroge encore en tant que directeur d'un journal de gauche: comment se fait-il qu'on ait laissé en 2007 la question du travail à Sarkozy? L'Huma prend ses responsabilités en ce moment et constituent des dossiers pour démasquer les positions dangereuses et irresponsables du FN. On peut déplorer que, maintenant, dans l'esprit public, pour une majorité de gens, l'extrême-droite est devenue un parti républicain et qu'il n'y a plus de choix à gauche en dehors du PS: le PCF n'existe plus. Il faut bien choisir nos thèmes de campagne pour qu'ils soient proches des préoccupations des gens: comment on peut augmenter les salaires? Comment on peut empêcher les licenciements? Comment on peut relancer l'école, aider les petites et moyennes entreprises à accéder plus facilement au crédit? Du point de vue des contraintes, nous avions le traité de Lisbonne, qui n'empêchait pas à proprement parler une politique nationale de gauche. Maintenant, dans la règle d'or du Pacte pour l'euro plus, on nous demande de modifier les constitutions pour ne plus faire de déficits. On impose des plans de privatisation aux pays qui ont besoin de prêts exceptionnels pour faire face aux intérêts de leur dette et l'absorber: au Portugal, on bloque, on gèle, on réduit les salaires, on diminue la prime des licenciements, on s'occupe du nombre de tribunaux à détruire, et on impose la même austérité à marche forcée aux Grecs. La nouveauté, c'est qu'un mouvement est en train de naître qui apparaît pour partie en dehors du mouvement syndical et des partis politiques: en Espagne, des collectifs appellent à voter ni pour le PSOE aux élections municipales, ni pour la droite. Ce mouvement, dans lequel Izquierda Unita joue tout de même un rôle, est une véritable prise de conscience. Même en Grèce, en Irlande, au Royaume-Uni, quelque chose de positif, un sursaut de la population, est en train de naître. Cela montre la nécessité d'une solidarisation des travailleurs européens pour des actions communes. Pour convaincre, il faut s'armer plus, être plus précis, plus concis, plus compréhensible, plus lisible, tout en menant la campagne électorale. L'important pour nous, c'est le Parlement. Ce qu'il faut dire par exemple, c'est ce que nous révélons ces jours-ci dans l'Huma: il y a des retraités qui viennent faire des prêts aux banques maintenant pour couvrir les besoins de tous les jours.   Deuxième partie du débat.   Jerôme...( section de Douarnenez): Il y a une chose que j'ai énormément de mal à dépasser, même si Patrick Le Hyaric dit que c'est une attitude stérile, c'est ma haine des socialistes qui participent, si l'on suit ce que tu dis toi aussi, de la domination du capital. On ne peut plus dire que le PS est une organisation de gauche.   Patrick: Ce que je pense, c'est que la bipolarisation va être poussée à outrance si nous ne sommes pas capables de dire qu'il nous faut une campagne dont l'axe soit le c?ur de la gauche. Quand Jacques Duclos fait 22% aux présidentielles, il obtient le vote de gens qui ne sont pas pour l'URSS. Dans les 16% des voix de Georges Marchais, il y a sans doute aussi des voix socialistes. Le PS n'est pas sur une trajectoire de transformation sociale: il ne le sera jamais sans la construction d'un rapport de force. La question n'est pas de savoir si l'on va convaincre la direction de tel ou tel parti mais est-ce que nous en avons la capacité, la volonté, les moyens, d'aller au-delà des 700000 personnes qui ont voté MG Buffet en 2007. Il faut chercher à échapper au piège du débat politique sur le vote utile dès le premier tour. On va élire quelqu'un qui aura carte blanche au nom de la République. Mais de quelle République s'agit-il? De la République sociale? On peut en douter.   Alain : Je pense aussi qu'on est en train de refuser de créer une forme de Die Linke à la française comme certains dans le Front de Gauche le voudraient pour chercher à l'inverse à déplacer le centre de gravité de toute la gauche vers la gauche. L'instrumentalisation de la montée du FN peut nous faire redouter que les électeurs de gauche tombent à nouveau dans le piège du bipartisme: seule notre capacité à défendre la qualité de nos propositions et de notre construction participative d'un programme partagé, la nouveauté du Front de Gauche, pourra nous faire éviter ce piège.   Ismaël : Comme Patrick Le Hyaric, je pense que la situation actuelle a des points de comparaison avec celle des années 30 et qu'à ce titre, elle est à la fois très inquiétante et lourde de menace et exaltante car riche de potentialités nouvelles, d'un réveil des luttes et d'une repolitisation de la population. Comme dans les années 30, le capitalisme financier dérégulé nous a plongé dans une crise économique et sociale dont sortent grandis la défiance vis à vis du politique, l'abstention et le vote d'extrême-droite. La crise politique que nous traversons est aussi une crise de la social-démocratie, ce qui s'observe en surface par la défaite très fréquente maintenant des partis socio-démocrates et socialistes européens aux élections nationales partout en Europe et par la progression de l'absention, du vote de droite et d'extrême-droite dans l'électorat populaire, des catégories populaires qui sont dégoûtées par les renoncements et la conversion au consensus libéral de la gauche. Ce n'est pas la gauche de Strauss-Khan qui nous aurait sorti d'affaire en effet, lui qui, dès avant 2002, affirmait comme aujourd'hui la fondation Terra Nova qu'il ne fallait plus viser prioritairement les suffrages des catégories populaires qui s'étaient définitivement détournées de la gauche mais plutôt se recentrer sur l'électorat cible des classes moyennes et classes moyennes supérieures à fort niveau d'éducation en défendant des réformes sociétales à portée symbolique élargissant les droits individuels et le respect des différences, comme l'effort culturel. Si elle abandonne tout à fait le terrain de la lutte des classes et de la question centrale de la redistribution des richesses et des conditions de travail, la gauche de gouvernement a toute chance de s'aliéner définitivement le vote des catégories populaires, et de nourrir en retour l'extrême-droite, ce qu'elle a fait dans les deux décennies qui ont suivi sa victoire en 1981 en sacrifiant la justice sociale à la construction libérale de l'Europe. Le Front de Gauche, ce n'est pas la gauche de la gauche mais la gauche de gauche et c'est pour créer un rapport de force véritable avec le PS qu'il faut qu'il impose dans le débat public et l'espace médiatique ses idées iconoclastes pour une taxation véritable du capital et des hauts revenus, une sortie des traités européens existant, un élargissement des droits des citoyens, une réforme profonde des institutions, de manière parfaitement indépendante par rapport au PS. Mélenchon me paraît le mieux placé pour être audible dans un espace médiatique assez verrouillé idéologiquement et faire en sorte qu'un certain nombre d'idées s'ancrent dans la population. Et il existe un véritable espace politique pour nos idées, ce qui nous donne la responsabilité de ne pas décevoir à nouveau les aspirations au rassemblement de la gauche anti-libérale, de la gauche qui cherche vraiment un dépassement de ce système capitaliste. En effet, dans un récent sondage commandé par l'Humanité, 33% des français considéraient que le capitalisme était un mauvais système pour gérer la production des biens et des services et repartir les ressources, un système qui exténue les hommes et la nature en soumettant tout à l'impératif de la concurrence pour le profit individuel. De même, il y a peu de pays en Europe où il est possible de faire sortir sur deux mois à 4 reprises 3 à 4 millions de personnes dans la rue pour soutenir le système de retraite par répartition et où 70% de la population se dise hostile à la réforme libérale des retraites. On sent partout en Europe un frétillement pour un réveil des luttes et la France, pays des révolutions, en créant un rapport de force dans la rue pour faire pression sur un gouvernement de gauche qui l'amerait à transformer les politiques européennes ou à s'en désolidariser, peut donner le signal d'une contagion et d'une réorientation globale des politiques publiques en Europe, le néo-libéralisme ayant montré qu'il menait les sociétés dans le mur avec la crise financière de 2008 et ses suites.   Jerôme (section de Douarnenez): Je crois qu'il faut faire preuve d'imagination créative pour sortir de la situation où on est et convaincre. Pourquoi ne pas monter au niveau départemental une radio pour propager nos idées sans se contenter d'un journal?     Claude: Le pouvoir personnel que les communistes étaient les seuls à dénoncer avec autant de résolution et en tant que parti en 1958 donne aujourd'hui toute la mesure de ses conséquences anti-démocratiques et perverses. Il faut faire émerger dans l'opinion l'exigence d'une 6ème République. L'affaire Strauss-Khan est l'illustration de la situation délirante dans laquelle les institutions nous ont mis: un bonhomme disparaît et tout fout le camp... Il faut faire attention à l'amalgame entre le PS et le fric. Si on ne se démarque pas par rapport aux orientations du PS, on ne serait pas à l'aise entre des organisations authentiquement de gauche et le PS. Si on ne marque pas nos différences, je ne vois pas comment on fera progresser les résultats de la gauche de gauche.  

    A propos de cette contribution

    le 31 mai 2011

       

      Extrait

      Première partie du débat.   Ismaël  (section de Morlaix):   A la section du pays de Morlaix, nous avons eu deux débats en avril et en mai sur les échéances de la désignation de notre candidat aux présidentielles et du choix de notre campagne et notre projet pour les élections de 2012 et, si ces Assemblées Générales de section n'ont pas réuni autant d'adhérents que nous l'aurions désiré, elles ont donné lieu à des débats approfondis et intéressants qui n'ont pas toujours permis d'établir des consensus. Plusieurs camarades ont considéré qu'un congrès aurait dû avoir lieu avant les présidentielles et législatives pour trancher clairement en premier lieu la question de nos options stratégiques, du rôle du PCF et du Front de Gauche, de leurs éventuelles futures alliances, en second lieu la question de notre projet, et en troisième lieu celle du candidat qui peut le défendre, issu ou non du PCF. Dans la conjoncture actuelle, on aurait pris les choses à l'envers en nous demandant de statuer sur un candidat avant de prendre des décisions (sur la base d'un débat ouvert et véritable de tous les communistes) sur notre projet et notre vision du rôle de notre parti. Plusieurs camarades aussi ont désapprouvé, sans pour autant forcément s'opposer à une candidature Mélenchon, le choix de Pierre Laurent d'exprimer sa préférence à l'issue d'un conseil national, début avril dernier, alors que les débats à l'intérieur des sections et des départements venaient à peine de s'engager. Il y aurait là une forme de pression exercée sur les adhérents communistes qui trahit pour certains d'entre nous des choix qui ont été faits très tôt, dès 2010, en faveur d'un accord impliquant une candidature Mélenchon aux présidentielles, comme en témoigne certains signes émanant de la direction ou des pages politiques de l'Huma depuis des mois. Certains ont le sentiment que les candidatures Chassaigne et Mélenchon n'ont pas été traitées sur un pied d'égalité. D'autres considèrent que, en raison même des accusations de favoriser Mélenchon en sous-main dont il était victime, Pierre Laurent a eu raison d'annoncer à titre personnel sa préférence pour que les débats communistes se concentrent enfin sur l'essentiel: le contenu de notre campagne, l'intérêt du PCF et du Front de Gauche. Pour ma part, je pense qu'aux présidentielles, une candidature Mélenchon est préférable pour représenter le Front de Gauche. Certes, Chassaigne avait toutes les qualités pour être aussi un très bon candidat du Front de Gauche (c'est un homme de terrain populaire, un parlementaire qui réalise un vrai travail sur les dossiers, il a un profil qui tranche un peu avec ceux des professionnels de la politique qui dirigent les grands partis, il n'est pas dogmatique et peut-être plus humain que Mélenchon) mais le candidat selon notre c?ur, pour reprendre des mots de Daniel Ravasio, n'est pas nécessairement le candidat selon la raison. Mélenchon passe bien et souvent dans les médias, il est capable d'imposer des idées de critique du libéralisme et du capitalisme dans le débat public et de faire valoir nos solutions. Même s'il ne s'efface pas assez derrière la dynamique collective du Front de Gauche et du programme partagé, même si on peu avoir des doutes sur sa stratégie médiatique qui consiste à s'emporter facilement (contre les journalistes notamment) pour faire parler de lui et désennuyer, voter pour lui sera perçu comme un signe de notre volonté d'enraciner et d'élargir le rassemblement de Front de Gauche tandis que Chassaigne, s'il était désigné par les communistes, pourrait être présenté par les médias- qui ne nous font aucun cadeau - comme le candidat du repli identitaire du Parti Communiste. Mélenchon a peut-être aussi plus de chance de reconquérir l'électorat populaire pour une gauche de transformation sociale et de capter une partie de l'électorat de Besancenot, qui ne sera pas présent au 1er tour des présidentielles. Un score à (ou proche des) deux chiffres au 1er tour des présidentielles peut créer une dynamique électorale favorable pour le Front de Gauche lors des législatives et nous permettre, en cas de victoire du candidat du PS aux présidentielles, d'être indispensable au Parlement à la majorité gouvernementale pour gouverner, ce qui nous permettrait de modifier le rapport de force à gauche, de tirer la gauche vers la gauche. La violence des attaques actuelles contre les droits des salariés, les principes républicains et la protection sociale, la crise économique mondiale qui coïncide avec une agressivité inédite du capitalisme vis à vis des systèmes sociaux, la défiance de plus en plus grande de la population vis à vis de la politique, nous donnent la responsabilité de ne pas risquer de casser la dynamique ascendante du Front de Gauche qui peut donner un débouché politique aux aspirations sociales du peuple pour ne pas revenir à une déroute électorale du type de celle de 2007.   Daniel (section de Morlaix): Je voulais préciser, par rapport à l'intervention précédente, que l'important pour nous à Morlaix, c'est maintenant d'abord de centrer notre réflexion sur le contenu du programme et de faire notre campagne autour de ce programme partagé, et non autour d'un homme providentiel de qui nous attendrions notre salut.   Jean-Pierre (section de Douarnenez): Je retrouve beaucoup de ce qui s'est dit entre nous dans le dernier point de l'intervention d'Ismaël. Pour nous, plus que le candidat et le programme: l'important, c'est l'implication populaire. Marie-George a été une bonne candidate, une candidate populaire avec un bon programme, mais quelle était l'implication populaire autour de sa campagne? De même, l'implication populaire après 1981 était plutôt faiblarde, ce qui explique notre déclin et notre perte d'influence à ce moment là. Pour en revenir au contenu, je crois qu'il faut tirer le meilleur parti de cette séquence de construction participative, dans des débats organisés par le Front de Gauche avec la population, pour la construction d'un programme partagé. A Douarnenez, nous avons fait un débat sur l'énergie avec des militants de « Sortir du nucléaire » et Claude Aufort, issu de notre parti. Quand on partait des problèmes concrets vécus par les gens pour aborder cette question de l'énergie (les transports, l'habitat), on ne se laissait pas enfermé dans un débat pour ou contre le nucléaire et on montrait que, dans le parti, il y a des ressources, qu'on peut apporter dans la corbeille du Front de Gauche des choses très positives.   Christian... (Le Faou ): La chose la plus importante pour nous, c'est le programme partagé. Par exemple, dans le document que MG Buffet a préparé sur la question des services publics, il y a des choses extrêmement intéressantes. En tant que communistes, on peut et doit s'approprier ces questions pour les mettre au débat, montrer que nous avons des propositions intelligentes pour changer les choses. Nous avons prévu quant à nous de retourner voir toutes celles et tous ceux qu'on a été voir lors des cantonales, pour montrer que notre travail militant ne cesse pas, une fois passées les élections. Le candidat que je préfère au niveau du Front de Gauche, c'est André Chassaigne. Après...je n'ai pas non plus d'objection fondamentale à ce que cela soit Mélenchon qui y aille. Mais il faudrait qu'il parle un peu mieux et un peu plus des différentes organisations qui constituent le Front de Gauche. En revanche, pour les législatives, les communistes doivent être respectés: ils ne peuvent, au vu de ce que représentent actuellement les forces de chacun, accepter l'accord que leur propose le Parti de Gauche et céder 50% des circonscriptions à ses partenaires. Pour revenir sur le programme partagé: la question que je me pose, c'est: comment le faire mieux connaître?   Yvette (section Roscoff/Saint Pol de Léon): Lors de l'AG de section sur la question de la campagne de 2012 et de la consultation nationale des 16 au 18 juin, on était huit à débattre. On peut compter sur onze ordinairement. Le débat s'est mieux passé que l'on s'imaginait. Selon le choix du candidat, il y aura évidemment quelques tensions à l'intérieur du parti ou dans le Front de Gauche. En tout cas, nous devons tous être clairs au FDG sur l'Europe: comment accepter l'Euro plus? Il faut aussi changer les institutions, de moins en moins démocratiques au fur et à mesure que se renforce le présidentialisme: il faut aller vers une VI ème République. Le retrait de Olivier Besancenot peut ouvrir une fenêtre car 1/3 de ses adhérents serait prêt à rejoindre le FDG. Je pense aussi que nous ne pouvons prendre le risque d'avoir un score ridicule: avoir un PS hégémonique ne serait pas bon pour la France.   Denis Je pense qu'on devrait s'inspirer du récent appel du plateau des Glyères pour préserver et étendre l'?uvre du CNR. C'est le contenu qui est important dans notre campagne: clarifier notre rapport aux renationalisations souhaitables, mettre l'accent sur les responsables de la crise, pour créer de nouveaux droits pour les travailleurs, un nouveau statut pour les élus. On a un peu de mal à la section à digérer la politique de fait accompli de Jean-Luc Mélenchon qui s'est en quelque sorte auto-désigné il y a quelques mois candidat du Front de Gauche. Pour être délégué du Finistère à la conférence nationale du 4 au 6 juin, je propose ma candidature.   Représentant de la section du Pays Bigouden: S'il y a un accord complet avec nos partenaires sur le programme, les législatives, le candidat à la présidence de la République peut être Mélenchon pour obtenir un accord sur tous les sujets, y compris sur la façon de mener la campagne.   Denise (pour la section de Fouesnant): L'échéance de 2012 constitue un tout et notre exigence doit avant tout se porter sur le contenu. Le choix du candidat à la présidentielle ne doit pas faire l'objet d'une polémique. Les législatives sont infiniment plus importantes pour la suite, notamment le passage à une VIème République.   Michel . Je voudrai faire trois observations après avoir souligné que, dans cette séquence, ce qui est extrêmement important, c'est le texte d'accord du Front de Gauche, essentiel pour les présidentielles et les législatives, qui nous a été fourni par la Fédé. La première idée, c'est qu'il ne s'agit pas pour nous de construire une gauche de la gauche avec pour ambition principale de tondre la laine sur le dos du PS. Je me réfère à un paragraphe précis de l'accord parlant de « notre volonté de construire une victoire aboutissant à un gouvernement de gauche et une majorité de gauche au Parlement ». Il y a un besoin d'unité qui monte dans le pays, d'unité sur des contenus qui répondent aux exigences de la population. Je lis encore quelque chose qui marque la limite de notre alliance possible avec le PS: « A l'inverse, qu'on ne compte pas sur nous pour faire payer le prix de la crise du capitalisme à la population ». La deuxième idée, c'est qu'il s'agit pour nous, par le couplage entre les législatives et les présidentielles de subvertir l'hyper-présidentialisation. La troisième idée, dégagée du texte: « Nous aurons ainsi au total une campagne aux législatives et aux présidentielles collective avec une campagne partagée, un programme partagé, un temps de parole partagé, un matériel de campagne partagé... ». Un avis personnel: on ne doit pas balayer d'un revers de main les interrogations des camarades à qui le choix d'un non-communiste peut poser problème. Le problème n'est pas de discriminer les mérites respectifs de Chassaigne et de Mélenchon. Même si Mélenchon n'avait pas fait le forcing pour imposer sa candidature, pouvons-nous, pour reprendre l'interrogation de Francis Wurtz, croire développer ce Front de Gauche ostensiblement pluriel et revendiquer 75% à 80% des candidatures aux législatives et en plus poser pour condition que le candidat ou la candidate aux présidentielles soit issu(e) de nos rangs? Mélenchon a déjà accompli un sacré parcours pour venir à solliciter notre soutien pour représenter le FDG. Ceci dit, en politique, la règle, c'est de n'accorder une confiance absolue à personne et il n'échappera pas à la règle. La question qui nous est posée, c'est de donner un signal fort de notre volonté de rassemblement pluriel, ouvert. Pour que le FDG ne soit pas que quelques organisations, pas qu'un cartel: la question essentielle, c'est quels sont les gens avec qui on travaille?   Alain (section de Morlaix): Il y a une attente forte de modification, de changement: la situation des gens devient de plus en plus intolérable, insupportable. Cette attente cohabite avec des doutes sur la possibilité du changement. Il faut que l'on soit clair sur les trois dimensions des rendez-vous que nous aurons en 2012: D'abord, il faut donner la priorité au contenu. Depuis un an, on nous bombarde régulièrement de sondages sur « qui voulez-vous à la présidence de la République? » alors que jamais on ne met en avant les propositions de ces candidats à la candidature. Il y a là un manque, un manque de contenu, et cela nous prive d'un certain nombre d'arguments. Je pense à la réunion à laquelle nous avons assister hier sur l'énergie avec Ismaël en présence d'Yves Cochet. La réponse qu'il a donné à nos interrogations sur la possibilité de persuader les gens de la nécessité d'adopter un autre modèle de vie et de la compatibilité des mesures sociales progressistes qu'il proposait avec le cadre libéral de l'Union Européenne, a été: le problème, c'est pas le capitalisme, c'est le productivisme, que vous défendez tout autant que le PS ou la droite... Si on réussit à faire en sorte que le débat s'installe avec la population, on peut lever le doute sur la possibilité du changement. L'urgence, c'est de passer du « ça serait bien » au « ça se peut »... Pour convaincre, il faut utiliser nos contacts personnels, les blogs d'expression publique, le corps à corps. Il faut également que rapidement au niveau de la Fédé on prenne des dispositions pour qu'il y ait une meilleure articulation entre les actions de la Fédé et celles des sections.   Daniel (section de Quimperlé): Les camarades de Quimperlé se retrouvent dans ce qui a été dit sur l'importance du contenu. Par défaut, nous avons choisi Mélenchon. Mais, ce qui nous apparaît vraiment important, c'est d'avoir des bons candidats et de faire une bonne campagne pour les législatives. Pour info, on a décidé de verser 200 euros à L'Huma et 200 euros à la Fédé, pour soutenir en particulier la mise en place du journal.   François (Crozon): Aux cantonales, nous avons réalisé 103 vois de plus que la dernière fois, et un peu plus de 5% des suffrages exprimés: ce n'est pas rien. Les communistes vont avoir un rôle essentiel dans la campagne et pour que le programme soit appliqué. Je souligne l'importance de pour vendre L'Huma pour aller au contact des gens, leur expliquer, par exemple, comment il est possible de mettre en place un SMIC à 1600 euros. Les gens ne sont pas opposés à nos propositions mais ils sont parfois sceptiques sur notre capacité à les mettre en ?uvre... Il faut que l'on se mette au diapason avec les gens, que l'on parte de leurs problèmes, que l'on cherche à construire avec eux.     Intervention de Patrick Le Hyaric (directeur de L'Humanité, parlementaire européen)   On peut prendre note aujourd'hui d'un fait, d'une opinion partagée qui se dégage dans l'assemblée: on est pour une candidature du Front de Gauche. Les conditions mises dans le débat auprès de nos partenaires sont validées. Le caractère prioritaire du contenu du programme que nous avons en débat est réaffirmé. Nous nous sommes battus pour que notre programme soit élaboré au grand jour dans des lieux de co-élaboration, et cela semble vous satisfaire même si la mise en ?uvre de ces réunions pour un programme partagée est inégalement satisfaisante et aboutie selon les régions. Michel Simon a dit une chose importante touchant l'orientation des campagnes législatives et présidentielles: nous ne sommes pas la gauche de la gauche. Cette stratégie que certains défendent est une option erronée. Nous voulons être au c?ur de la gauche. Nous ne voulons pas d'une alliance au sommet de trois formations politiques dont l'optique ne serait que d'énumérer les défauts du candidat socialiste ou du programme socialiste. Le FDG doit être plus qu'un conglomérat de 3 formations politiques: il doit intégrer des mouvements et des citoyens ancrés dans la société. Nous voulons d'un FDG qui soit la propriété du grand nombre, qui travaille sous le regard du peuple, en élaboration avec lui. Nous n'avons pas encore tout vu des conséquences de l'onde de choc que constitue l'élimination de Strauss-Khan. Cette affaire peut rejaillir sur les socialistes. Elle soulève la question de la morale, la question du candidat et de sa fortune. La séquence politique de la semaine poussera encore le thème du « tous pourris ». Le tableau actuel de la politique, avec le procès Villepin, le procès Strauss-Khan, est terrible. Sarkozy va essayer au G8 et au G20 d'instrumentaliser le sentiment qu'ont les français d'être privés de protecteur. Parallèlement, la moitié des profits des entreprises cotées en bourse sont donnés sous forme de dividendes aux actionnaires, et ces profits des banques et sociétés du CAC 40 repartent à la hausse alors que la précarité et les bas salaires sévissent pour le plus grand nombre. C'est sur ce fond là que monte le FN. On ne connait pas les effets de ce qui est en train de se passer sur ce que fera le FN lui-même. La tactique du FN jusqu'à présent est formidable: on présente une jeune fille blonde bien sous tout rapport qui rejette publiquement, au prix d'une mise en scène bien étudiée (cf. exclusion du cadre du FN qui s'était rendu capable d'un salut nazi désapprouvée par le père après avoir été préméditée avec lui) les excès xénophobes et fascistes cautionnés et exercés par son père. Pourtant, on est dans la même situation, toute proportions gardées, que dans les années 1930. Dans le même temps, on porte des coups terribles au mouvement ouvrier: les militants de la CGT et les ouvriers voteraient soit disant FN; le journal Le Monde ne parle plus du FN comme un parti xénophobe et anti-républicain mais comme le possible allié futur de Sarkozy, en tant que frange de la droite anti-immigrée; pour Terra Nova, le think tank proche des socialistes; la question n'est plus de se préoccuper de la classe ouvrière, ces 16 millions d'employés et d'ouvriers, ceux, dirait Marx, qui ont d'abord intérêt à un basculement de la société. Ce dont il faudrait s'occuper, ce serait essentiellement de la classe moyenne. Même si un candidat socialiste était élu sur cette base là aux présidentielles, cela ouvrirait la voie la prochaine fois à un candidat d'extrême-droite ou de droite dure. Si un mois avant l'élection présidentielle, il apparaissait que le seul choix possible au second tour, ce serait entre un candidat de droite et un candidat d'extrême-droite, alors nous aurions à nous poser la question d'un retrait de notre candidat au 1er tour... En attendant, il faut mener une campagne hardie, dynamique, rassembleuse pour les élections, pour l'avenir de la gauche et du mouvement ouvrier. Je m'interroge encore en tant que directeur d'un journal de gauche: comment se fait-il qu'on ait laissé en 2007 la question du travail à Sarkozy? L'Huma prend ses responsabilités en ce moment et constituent des dossiers pour démasquer les positions dangereuses et irresponsables du FN. On peut déplorer que, maintenant, dans l'esprit public, pour une majorité de gens, l'extrême-droite est devenue un parti républicain et qu'il n'y a plus de choix à gauche en dehors du PS: le PCF n'existe plus. Il faut bien choisir nos thèmes de campagne pour qu'ils soient proches des préoccupations des gens: comment on peut augmenter les salaires? Comment on peut empêcher les licenciements? Comment on peut relancer l'école, aider les petites et moyennes entreprises à accéder plus facilement au crédit? Du point de vue des contraintes, nous avions le traité de Lisbonne, qui n'empêchait pas à proprement parler une politique nationale de gauche. Maintenant, dans la règle d'or du Pacte pour l'euro plus, on nous demande de modifier les constitutions pour ne plus faire de déficits. On impose des plans de privatisation aux pays qui ont besoin de prêts exceptionnels pour faire face aux intérêts de leur dette et l'absorber: au Portugal, on bloque, on gèle, on réduit les salaires, on diminue la prime des licenciements, on s'occupe du nombre de tribunaux à détruire, et on impose la même austérité à marche forcée aux Grecs. La nouveauté, c'est qu'un mouvement est en train de naître qui apparaît pour partie en dehors du mouvement syndical et des partis politiques: en Espagne, des collectifs appellent à voter ni pour le PSOE aux élections municipales, ni pour la droite. Ce mouvement, dans lequel Izquierda Unita joue tout de même un rôle, est une véritable prise de conscience. Même en Grèce, en Irlande, au Royaume-Uni, quelque chose de positif, un sursaut de la population, est en train de naître. Cela montre la nécessité d'une solidarisation des travailleurs européens pour des actions communes. Pour convaincre, il faut s'armer plus, être plus précis, plus concis, plus compréhensible, plus lisible, tout en menant la campagne électorale. L'important pour nous, c'est le Parlement. Ce qu'il faut dire par exemple, c'est ce que nous révélons ces jours-ci dans l'Huma: il y a des retraités qui viennent faire des prêts aux banques maintenant pour couvrir les besoins de tous les jours.   Deuxième partie du débat.   Jerôme...( section de Douarnenez): Il y a une chose que j'ai énormément de mal à dépasser, même si Patrick Le Hyaric dit que c'est une attitude stérile, c'est ma haine des socialistes qui participent, si l'on suit ce que tu dis toi aussi, de la domination du capital. On ne peut plus dire que le PS est une organisation de gauche.   Patrick: Ce que je pense, c'est que la bipolarisation va être poussée à outrance si nous ne sommes pas capables de dire qu'il nous faut une campagne dont l'axe soit le c?ur de la gauche. Quand Jacques Duclos fait 22% aux présidentielles, il obtient le vote de gens qui ne sont pas pour l'URSS. Dans les 16% des voix de Georges Marchais, il y a sans doute aussi des voix socialistes. Le PS n'est pas sur une trajectoire de transformation sociale: il ne le sera jamais sans la construction d'un rapport de force. La question n'est pas de savoir si l'on va convaincre la direction de tel ou tel parti mais est-ce que nous en avons la capacité, la volonté, les moyens, d'aller au-delà des 700000 personnes qui ont voté MG Buffet en 2007. Il faut chercher à échapper au piège du débat politique sur le vote utile dès le premier tour. On va élire quelqu'un qui aura carte blanche au nom de la République. Mais de quelle République s'agit-il? De la République sociale? On peut en douter.   Alain : Je pense aussi qu'on est en train de refuser de créer une forme de Die Linke à la française comme certains dans le Front de Gauche le voudraient pour chercher à l'inverse à déplacer le centre de gravité de toute la gauche vers la gauche. L'instrumentalisation de la montée du FN peut nous faire redouter que les électeurs de gauche tombent à nouveau dans le piège du bipartisme: seule notre capacité à défendre la qualité de nos propositions et de notre construction participative d'un programme partagé, la nouveauté du Front de Gauche, pourra nous faire éviter ce piège.   Ismaël : Comme Patrick Le Hyaric, je pense que la situation actuelle a des points de comparaison avec celle des années 30 et qu'à ce titre, elle est à la fois très inquiétante et lourde de menace et exaltante car riche de potentialités nouvelles, d'un réveil des luttes et d'une repolitisation de la population. Comme dans les années 30, le capitalisme financier dérégulé nous a plongé dans une crise économique et sociale dont sortent grandis la défiance vis à vis du politique, l'abstention et le vote d'extrême-droite. La crise politique que nous traversons est aussi une crise de la social-démocratie, ce qui s'observe en surface par la défaite très fréquente maintenant des partis socio-démocrates et socialistes européens aux élections nationales partout en Europe et par la progression de l'absention, du vote de droite et d'extrême-droite dans l'électorat populaire, des catégories populaires qui sont dégoûtées par les renoncements et la conversion au consensus libéral de la gauche. Ce n'est pas la gauche de Strauss-Khan qui nous aurait sorti d'affaire en effet, lui qui, dès avant 2002, affirmait comme aujourd'hui la fondation Terra Nova qu'il ne fallait plus viser prioritairement les suffrages des catégories populaires qui s'étaient définitivement détournées de la gauche mais plutôt se recentrer sur l'électorat cible des classes moyennes et classes moyennes supérieures à fort niveau d'éducation en défendant des réformes sociétales à portée symbolique élargissant les droits individuels et le respect des différences, comme l'effort culturel. Si elle abandonne tout à fait le terrain de la lutte des classes et de la question centrale de la redistribution des richesses et des conditions de travail, la gauche de gouvernement a toute chance de s'aliéner définitivement le vote des catégories populaires, et de nourrir en retour l'extrême-droite, ce qu'elle a fait dans les deux décennies qui ont suivi sa victoire en 1981 en sacrifiant la justice sociale à la construction libérale de l'Europe. Le Front de Gauche, ce n'est pas la gauche de la gauche mais la gauche de gauche et c'est pour créer un rapport de force véritable avec le PS qu'il faut qu'il impose dans le débat public et l'espace médiatique ses idées iconoclastes pour une taxation véritable du capital et des hauts revenus, une sortie des traités européens existant, un élargissement des droits des citoyens, une réforme profonde des institutions, de manière parfaitement indépendante par rapport au PS. Mélenchon me paraît le mieux placé pour être audible dans un espace médiatique assez verrouillé idéologiquement et faire en sorte qu'un certain nombre d'idées s'ancrent dans la population. Et il existe un véritable espace politique pour nos idées, ce qui nous donne la responsabilité de ne pas décevoir à nouveau les aspirations au rassemblement de la gauche anti-libérale, de la gauche qui cherche vraiment un dépassement de ce système capitaliste. En effet, dans un récent sondage commandé par l'Humanité, 33% des français considéraient que le capitalisme était un mauvais système pour gérer la production des biens et des services et repartir les ressources, un système qui exténue les hommes et la nature en soumettant tout à l'impératif de la concurrence pour le profit individuel. De même, il y a peu de pays en Europe où il est possible de faire sortir sur deux mois à 4 reprises 3 à 4 millions de personnes dans la rue pour soutenir le système de retraite par répartition et où 70% de la population se dise hostile à la réforme libérale des retraites. On sent partout en Europe un frétillement pour un réveil des luttes et la France, pays des révolutions, en créant un rapport de force dans la rue pour faire pression sur un gouvernement de gauche qui l'amerait à transformer les politiques européennes ou à s'en désolidariser, peut donner le signal d'une contagion et d'une réorientation globale des politiques publiques en Europe, le néo-libéralisme ayant montré qu'il menait les sociétés dans le mur avec la crise financière de 2008 et ses suites.   Jerôme (section de Douarnenez): Je crois qu'il faut faire preuve d'imagination créative pour sortir de la situation où on est et convaincre. Pourquoi ne pas monter au niveau départemental une radio pour propager nos idées sans se contenter d'un journal?     Claude: Le pouvoir personnel que les communistes étaient les seuls à dénoncer avec autant de résolution et en tant que parti en 1958 donne aujourd'hui toute la mesure de ses conséquences anti-démocratiques et perverses. Il faut faire émerger dans l'opinion l'exigence d'une 6ème République. L'affaire Strauss-Khan est l'illustration de la situation délirante dans laquelle les institutions nous ont mis: un bonhomme disparaît et tout fout le camp... Il faut faire attention à l'amalgame entre le PS et le fric. Si on ne se démarque pas par rapport aux orientations du PS, on ne serait pas à l'aise entre des organisations authentiquement de gauche et le PS. Si on ne marque pas nos différences, je ne vois pas comment on fera progresser les résultats de la gauche de gauche.  

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